• Category Archives: Louis Guédet

Dimanche 29 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

29 NOVEMBRE – dimanche –

Le R.P. Dhalluin est venu m’apporter le laissez-passer ; J’irai donc à Bétheny demain. J’en ai à l’avance beaucoup de satisfaction. Il m’a raconté ce soir qu’avant-hier, les allemands étaient venus apporter une pancarte « Grande victoire des allemands sur les russes ; nous avons 200 bouteilles de Champagne à Witry ; venez les boire ! »

Les Français ont confectionné un mannequin qui est allé renir [renier ?] cette réponse en allemand ; « Ce sont les Russes qui ont battu les allemands ; on vous trompe abominablement ; nous avons 250.000 bouteilles à Bétheny ; venez nous y voir ; M…. pour Guillaume… »

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 29 novembre 1914

78ème et 76ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  La nuit a été tranquille, cette matinée aussi jusqu’à présent, mais je n’ai guère confiance en ces calmes qui nous ont toujours amené des tempêtes et des ouragans de fait ! Mon Dieu, quand donc serons-nous délivrés ?

5h1/2 soir  Journée tranquille. Vu Charles Heidsieck, l’abbé Andrieux qui m’apprend sa nomination comme aumônier des fusiliers marins et qui va prendre ses dispositions à Paris. Je lui confie une lettre pour ma chère Madeleine et sa chaine de montre en or avec perles. Je lui recommande surtout qu’il ne lui fasse pas connaître mon chagrin, ma peine, mon découragement. Dieu voudra peut-être qu’en même temps elle apprenne le recul des allemands et la délivrance de Reims. Alors le bonheur, la joie…  de se revoir !! Dieu exaucez-moi !

Absence des feuillets 173 à 176

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit et journée calmes

Vu, ces jours-ci, plusieurs enterrements que ce temps d’état de siège et de bombardement rend encore infiniment plus tristes que d’habitude. Quelques rares assistants suivaient les convois ; pour l’un, trois hommes et deux femmes, pour un autre, deux hommes et quatre femmes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – Nuit très calme. Écrit à Mgr de Nevers. Assisté à la grand’messe. Canons français. Visite aux Sœurs de l’Espérance au sujet des Fourneaux Économiques. nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

29/11. Dimanche. Beau temps pour la saison, à 7 h 1/4 du matin, moi et Lucie, nous partons faire un tour jusqu’à chez nous pour y chercher quelques effets ; rentrés à 10 h 1/4 sans encombre. A 11 h 1/2, le canon chez nous qui avait commencé à 9 h 1/2 fut sans doute la cause d’une riposte des Allemands qui ont envoyé un certain nombre d’obus sur la ville.

Je vais sur le Petit Parisien de ce jour 28 novembre, un nommé Lallemand Letellier de Séry ; Louis Dubois de Pargny Ressor ; Constant de Sault-les-Rethel ainsi que d’autres Ardennais sont prisonniers à Lossen près de Berlin. Il y a de Sévan, Floing, Chilly, Bouvellement, Séchebal, Suzannes. L’après-midi il fait un beau soleil et à 2 h 1/2, quand j’écris ces lignes, * au moins, ça parait assez calme mais vers 3 h ça recommence, canonnades et obus jusqu’à la nuit qui fut assez calme, on a pu dormir tranquille. Remarqué que toute la journée et toute la nuit il y avait une très forte canonnade vers le nord, sans doute à Berry-au-Bac

*illisible

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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28 novembre 1914

Abbé Remi Thinot

28 NOVEMBRE – samedi –

Minuit 1/4 ; J’ai été réveillé il y a une heure par des éclatements très rapprochés. Je suis sorti le feu prenait chez Balourdet. II était ardent déjà boulevard de la Paix. Enfin, les pompiers arrivent. Ces braves gens sont très exposés… On emmène une grand-mère impotente, un peu de mobilier. Les bombes passent ; on entasse les pauvres restes dans la pauvre cave. Heureusement, les pompiers arrivent à dominer le fléau.

Nous rentrons chez nous, M. le Curé et moi. Les obus claquent à proximité. Je suis à cette table quand il vient d’en tomber un chez Mme Pommery très probablement.

Ce qui reste à Reims en fait de gens est dans les caves ; les dégâts seront purement matériels mais les sifflements des obus pendant que l’incendie fait rage, apporte une particulière impression de la sauvagerie de ceux qui viennent déjà d’allumer l’incendie…

Je vais me reposer dans le fauteuil

1 heure du matin ; La séance continue ; pas moyen de dormir. Il est absolument authentique que les Russes ont infligé une grave défaite aux allemands…

Serait-ce la raison des bombardements de tous ces Jours-ci ?

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 28 novembre 1914

77ème et 75ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On a bombardé toute la nuit. Ce matin calme. Le calme des journées m’inquiète. Pourvu que les allemands ne fassent pas leurs derniers efforts sur Reims. Nous sommes déjà assez misérables comme cela. Mon Dieu quand cela finira-t-il ? je ne puis cependant croire que vous nous laisserez ainsi mourir de tourment, de misère si longtemps. Seigneur, délivrez-nous tout de suite !

6h soir  Je viens de passer, de 2h1/2 à 5h1/2 à la Clinique Mencière pour l’inventaire de tout le pauvre et sanglant mobilier  de Maurice Mareschal. Vêtements, objets personnels, argent, cantine, etc…  Quel calvaire. Quel martyr pour moi. Je suis anéanti. Je n’en puis plus. Mon Dieu, protégez-moi, sauvez-moi ! sauvez ma maison, tout. Que je revoie bientôt mes chers adorés et mon Père.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement au cours de la nuit. Nous devons nous relever deux fois, car les obus tombent de nouveau dans le quartier du Jard. Vers 1 h du matin, il en arrive un entre autres, qui éclate en face, à peu de distance de notre domicile actuel et le bruit sinistre, que nous connaissons bien, d’une maison qui s’est aussitôt effondrée, nous a mis en émoi.

Sur le matin, nous regagnons les chambres fatigués et, après nous être recouchés pour la seconde fois, nous commençons à sommeiller quand nous sommes encore réveillés par le cris : Au feu ! Il est environ 5 h. Des obus incendiaires ont explosé dans le chantier de bois Dravigny, au coin de la rue du Jard et de la chaussée du Port. Les pompiers occupés à la ferme Demaison, rue de Beine, en feu également et à la maison de commerce de tissus Duval, Hayem & Cie, rue d’Anjou (anciennement maison Soussillon) qui commence aussi à brûler, ne peuvent venir qu’à 6 h 1/2 ; heureusement, ils doivent tout de même combattre le foyer qui s’est bien développé.

Le bombardement a fait encore des victimes. un ouvrier tournant à bras la machine pour l’impression du journal L’Éclaireur, a été tué, paraît-il pendant son travail.

– Après toutes ces longues journées d’angoisses et cette terrible nuit, ma femme consent à me laisser demander un laissez-passer devant lui permettre de quitter Reims et de se diriger avec les enfants à Épernay, où nous avons des parents. Dès mon arrivée à l’hôtel de ville, je fais aussitôt le nécessaire auprès de M. Bochard, faisant fonctions de secrétaire du commissaire central.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 28 – Bombes la nuit, jusqu’à 5 h. Visite à la Cathédrale. Traces d’obus. Chute de l’enduit de plâtre en plusieurs -2- endroits. Éclats d’obus sur l’autel Saint-Nicaise, datant de quelques jours.

A 2 h, Absoute aux victimes du jeudi 16 + trois mortes des suites de leurs blessures, à S. Marcoul. Nuit très tranquille.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

28 – Samedi – Matinée calme à part quelques coups de canon des nôtres. C’est tout jusqu’à midi. Après-midi et nuit dans le calme absolu, on a pu dormir tranquille !

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

Rue de Belfort, Henri Barbusse - Collection Gallica-BNF

Rue de Belfort, Henri Barbusse – Collection Gallica-BNF

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Vendredi 27 novembre 2014

Louis Guédet

Vendredi 27 novembre 1914

76ème et 74ème jours de bataille et de bombardement

5h40 soir  Nuit dernière tranquille. Journée de même jusqu’ici !! A déjeuner l’abbé Andrieux. Toujours bien gentil. Sorti pour répondre au Parquet à la dépêche du Garde des Sceaux au sujet des pensions militaires. De là je pousse chez Mareschal, son mur de jardin sur rue est crevé par des chocs, les 2 maisons en face, aux 89 et 91, sont fort abîmées ! Revenu voir M. Lamy (Pierre-Edouard Lamy, architecte, membre de l’Académie de Reims, décédé à Reims le 30 novembre 1914) à toute extrémité ! Je rentre chez moi, pas de clef de la porte d’entrée que j’ai oubliée sur l’armoire de Robert. Adèle est sortie. Je l’attends, et voici qu’elle me dit avoir aussi oublié ses clefs. Nous voilà dehors ! après bien des essais, je vais au Casino, je monte avec un domestique de la brasserie sur la terrasse et la véranda en verre près du vieil acacia. Il descend comme un chat et va ouvrir la porte à Adèle. En même temps le serrurier arrivait et ouvrait. Sauvé mon Dieu ! Mais quelle alerte ! Dans l’état d’esprit où nous sommes. Heureusement que les bombes ne se sont pas mises de la partie ! Mon Dieu ! Je vous en supplie, délivrez-nous ! des allemands, ayez pitié de nos misères !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 27 – Matinée tranquille, 1 h, bombes.

Répondu à M. Fernand Laudet : Œuvre du Vêtement des Combattants.

Nuit terrible. Bombes à partir de 9 heures. Je descends au sous-sol et me couche à 9h 1/2, mais à 10 h ou 11 h, le bombardement devient si violent, les obus tombent si près autour de nous, je les entends siffler au-dessus de nous et exploser tout près. Je me lève. Une bombe tombe dans la cour ; une autre dans le mur de la maison Meltat, qui fait angle droit avec mon bureau, à 4 mètres du sol et à 8 de ma fenêtre environ.

Incendie dans la maison Balourdet, cela dure jusqu’à 1 h 1/2. A 1 h 1/2 nous nous couchons. Mais le sabbat continue toute la nuit, avec quelques intervalles. Tout finit vers 5 ou 6 h du matin. L’église Saint-Thomas dévastée par les obus est fermée, le culte se fera dans la Chapelle du Patronage de la Paroisse.

Écrit à M. le Curé de Saint-Sulpice, (M. Letourneau).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

La maison Balourdet

La maison Balourdet


Eugène Chausson

27 /n – Vendredi – Temps gris, brouillard. Toute la journée canonnade et bombardement n’occasionnent parait-il que des dégâts matériels. Vers 2 h du soir, un avion apparait et lance une bombe sans effet.

La nuit fut des plus terribles, pour le bombardement qui a commencé vers 9 h 3/4 du soir, 300 bombes seraient tombées parait-il, n’occasionnant que des dégâts matériels (4 incendies en ville).

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

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Victime civile de ce jour à Reims

  • LEDUNC Victor  – 37 ans, 11 rue du Cloître, marchand de journaux, demeurant à Reims, 36 rue de Metz
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Jeudi 26 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

26 NOVEMBRE – jeudi –

A 10 heures, je vais faire des photos chez Mme Pommery qui a reçu en pleine façade de son habitation un « 150 ».

Je m’installais ensuite pour prendre l’ouverture abominable faite chez Chatain… sssszzzz… c’est une deuxième séance. Elle n’a pas été moins furieuse que la première… les obus se suivent, se suivent ! Les éclatements sont épouvantables tout autour… Mon Dieu ; il y en a qui vont très loin, très loin… la clameur ouatée des maisons qui s’écroulent me fait frémir… J’entends fort bien les départs. Un silence glacial… puis le cri lointain de l’engin de mort vous courbe le dos ; on rentre la tête dans les épaules… Que de ruines vont être accumulées !

Les espions ont-ils fait une confusion ? C’était hier que le général Joffre était à Reims !

5 heures 1/4 ; Nous venons de passer une des plus abominables journées que nous ayons vécues depuis 18 et 19 Septembre.. ! Je revis les dures émotions de ces jours de deuil. La séance de 1 heure est marquée par un acte de sauvagerie inouïe ; St. Marcoul a été atteint ; 18 morts et 30 blessés. C’est horrible ! Je viens de voir ces 18 corps allongés dans la salle au fond de la cour en entrant. La salle dans laquelle la catastrophe est arrivée est au premier étage à droite ; il n’en reste rien. C’est affreux ! affreux ! On amenait les cercueils déjà ! Les plus blessés étaient transportés à l’hôpital civil…

J’étais allé à la cathédrale aussitôt la séance de 1 heure ; près l’adoration Réparatrice, je trouve l’énorme culot d’un « 220 » tombé auprès de 1’Hôtel du Commerce Je fais le tour de l’abside face au trou énorme de l’Hôtel du Commerce… la chapelle rayonnante est vidée de ses vitraux J’entre à la cathédrale pour mesurer le désastre… Je cours d’abord à la chapelle St. Nicaise. Sacrilège ! La chasse – vide depuis la Séparation – est jetée à terre, la chapelle criblée de débris de vitraux, fers, verres et plombs en paquets, que la poussée d’air a précipités… J’ai l’âme fendue ! Je m’agenouille.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 26 novembre 1914

75ème et 73ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille à la cave, on n’entend rien, si ce n’est les obus qui peuvent passer au-dessus de la maison. Quant à de la fusillade et des engagements de nuit je ne puis n’en entendre là ! Ce matin à 8h bombardement, tous les obus passaient au-dessus de nous pour aller tomber vers la gare ! C’est toujours la vie misérable, quand cela finira-t-il ?

On n’ose rien entreprendre ni commencer car on ne sait si on terminera et on ne peut se mettre de suite à ce que l’on fait. On mène une vie végétative, sans but, sans rêve, à la diable, à bâtons rompus. On commence quelque chose, puis un sifflement ou un boum ! et il faut laisser tout là ! Je tâcherai cet après-midi de sortir un peu, mais où aller on ne sait où ? de peur de se trouver sous les bombes !! Je deviens craintif !!! C’est insensé !! Pourvu que je ne tombe pas malade !

4h soir  A 2h bombardement côté rue Libergier, Palais de Justice, rue Chanzy, Gambetta. Nombreuses victimes. Emile Charbonneaux fort abîmé ! St Marcoul (ancien hôpital entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) 16 morts et 40 blessés dit-on ! A 2h1/2 je vais porter mes lettres à l’Hôtel du Nord avec une pour mes chers aimés, de là je pousse boulevard de la République. Au 39 je trouve la porte de Brouchot, avoué, défoncée. J’entre, une bombe déjà vieille. Il y a-t-il eu cambriolage à la nuit, je ne crois pas. Je file à la Police où je suis plutôt reçu fraichement, je cours au Parquet. Une bombe venait de tomber 1/4 d’heure avant, tout est en désarroi. Le Procureur à qui j’explique l’affaire me dit d’aller voir le Commissaire de Police du 1er canton rue des Capucins, M. Pottier, qui me reçoit fort obligeamment et me dit que le nécessaire sera fait de suite pour barricader l’immeuble. Je le prie de ne rien dire à l’agent qui m’a si mal reçu à la Ville. Je veux aller chez Mareschal, mais un obus qui n’éclate pas me rappelle à la raison. Je rentre chez moi.

4h05  En voilà 3 qui sifflent sans éclater je crois, il est prudent de descendre… Et j’ai pourtant encore une lettre à écrire. Je puis dire que malgré les tempêtes et les rafales d’obus mon courrier a toujours été à jour ! Est-ce qu’il en sera autrement aujourd’hui ? Mon Dieu me protégera et me permettra de faire mon courrier.

5h35  Voilà mon courrier terminé, me voilà en règle et tranquille sur ce point. Maintenant je vais bientôt descendre dîner avec ma brave fille Adèle, et ensuite nous irons coucher à la cave. Dans un tombeau pour ainsi dire ! Quand donc pourrai-je revenir coucher ici dans cette chambre où il ferait si bon de rêver à mes aimés au coin du feu, seul en attendant le sommeil réparateur, tranquille d’une nuit sans tempête, sans rafale, sans combat, sans bombardement, sans canonnade ni fusillade, sans obus sifflant, hurlant, éclatant au-dessus de vous, broyant, effondrant, tuant autour de vous !! Mon Dieu, quand la Délivrance !!

Et le doux revoir de tous mes chers aimés, femme, enfants, Père et St Martin !! Allons ! Pauvre martyr, lève-toi, prend ta lampe pauvre misérable, quitte ton coin où tu aimerais tant rester, passer la nuit, descend aux Catacombes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Après une nuit calme, le bombardement a repris brusque et serré vers 8 h, ce matin, tandis que nous étions en route, mon fils Jean et moi pour passer à la criée. Les obus ont tombé tout le temps que nous avons mis pour arriver à l’abri rue du Cloître 10, en passant par la rue de Vesle, rue des Élus et la place des Marchés, que nous avons trouvée déserte. Jean a pris la précaution de se mettre à plat, plusieurs fois.

En arrivant un peu plus tard à la mairie, j’apprends qu’un jeune homme, ancien employé du service de l’architecture, M. Huart, vient d’être tué, avec sa mère, rue du Levant. Un homme inconnu jusqu’alors, la été aussi près de la gare ; je viens de voir son cadavre qu’on a transporté à l’hôtel de ville.

Le bombardement dure toute la matinée et reprend à 14 heures.

Au cours de l’après-midi, le sergent Eloire, des pompiers vient nous voir, au bureau. il nous annonce qu’un obus est tombé tout à l’heure sur un des bâtiments de l’hospice Noël-Caqué (anciennement Saint-Marcoul) 88, rue Chanzy, où sont assistés des vieillards, infirmes ou incurables. Le projectile ayant éclaté dans une salle où étaient réunies des pauvres femmes aveugles, seize de ces malheureuses ont été tuées sur le coup et une quinzaine plus pou moins grièvement blessées.

Les pompiers et les brancardiers appelés en hâte au secours des survivantes, ont vu là, un épouvantable charnier. Eloire nous dépeint en peu de mots le triste et affreux tableau. Nous marchions dans le sang et les débris des cervelles, dit-il et il conclut, ému encore par cette horrible vision, en disant : Pauvres vieilles.

Oui, elles attendaient dans cet hospice une fin paisible à leur misérable existence, les pauvres femmes. oui, pauvres vieilles, victimes de la barbarie teutonne, massacrées par un ennemi qui s’acharne de plus en plus sur Reims et sa population civile !

A la sortie du bureau, j’allonge un peu mon trajet afin de me rendre compte, dans la mesure du possible, de nouveaux dégâts de la journée. Pour le peu que j’en vois, ils sont considérables. Les magasins Paris-Londres, (angle de la rue de Vesle et de la rue de Talleyrand) ainsi que les maisons voisines sont démolis ; le café Saint-Denis, rues Chanzy et Libergier, est effondré, rempli des matériaux de sa construction à l’intérieur et sans vitre.

Lorsque, pour arriver rue du Jard, je passe à hauteur du 52 de la rue des Capucins, un amas de pierres, de gravats et un cadavre me barrent le passage. Une énorme brèche, faite par l’explosion d’un projectile, en traversant le mur de clôture de cet immeuble, m’explique suffisamment que l’homme étendu là sur le trottoir, avec la tête fracassée, passait malheureusement pour lui, à ce moment de l’arrivée de l’obus, et, en rentrant à la maison, j’apprends qu’un autre projectile est tombé tout près, au 112 rue du Jard.

Il y a pour cette terrible journée, 60 tués ou blessés grièvement, et on parle maintenant de mille victimes civiles environ, pour notre ville.

En partant au bureau, ce matin, je puis me rendre compte des dégâts causés hier, par l’obus qui a ouvert le mur de la propriété Mareschal, 52 rue des Capucins (1).

Les maison situées de l’autre côté de la rue, ont été très fortement endommagées par son explosion ; des nos 83 à 91, leurs façades de pierres de taille sont criblées de traces profondes d’éclats.

En dehors de l’homme tué, que j’ai vu dans une mare de sang, ii y a eu, paraît-il, deux blessés dont une jeune fille, attente grièvement aux deux jambes. Cette malheureuse n’a pu que s’asseoir sur le seuil de la maison n° 57 ; il est encore toute ensanglanté.

L’hôtel particulier EM. Charbonneaux, rue Libergier, à été touché ; il avait déjà reçu précédemment des éclats d’un obus, tombé sur le trottoir. Le patronage Notre-Dame, rue Brûlée, a été atteint aussi. Un obus est tombé rue Robert-de-Coucy, devant l’hôtel du Commerce ; un autre sur le parvis de la cathédrale, auprès de la statue de Jeanne d’Arc, etc.

– Pendant l’heure du déjeuner, assez fort bombardement qui se prolonge encore l’après-midi.

(1) M. Mareschal, négociant en vins de Champagne et mobilisé comme officier d’administration des hôpitaux, a été tué ainsi que plusieurs de ses camarades, par un obus tombé rue de Vesle, dimanche dernier, 22 novembre, après-midi

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 26 – 8 1/2 h. Bombes sur la ville, à coups précipités. C’est terrible. On sent la rage des bombardeurs. 2 personnes tuées rue du Levant. Bombes à 10 h. Bombes à 2 h. Une d’elles tombe sur la maison, c’est la quatrième, une autre tombe à S. Marcoul, tue 16 personnes, et en blesse 90 autres, dont 10 au moins moururent de leurs blessures. Déjà 14 bombes y étaient tombées sans blesser personne. Celle d’hier en aura tué 16 et blessé 30. J’irai demain à la levée des corps. Nuit absolument tranquille.

On a démeublé salon et salle à manger propter periculi gravitatem.

Visite officielle à Reims de la délégation des Neutres. Ils ont entendu. Plusieurs sont descendus dans les caves, disant : Ce n’est pas que j’ai peur, mais j’ai une femme et des enfants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – jeudi. Brouillard intense, ce qui ne m’empêche pas les Allemands de nous canarder. ils ont commencé à 8 h du matin jusqu’à 9 heures et repos jusqu’à 1 h 1/2 du soir ; à 1 h 1/2 ça recommence jusqu’à 3 heures, bombes en ville. Dans toutes ces bombes, j’ai remarqué qu’un grand nombre, par bonheur, n’éclataient pas ce qui diminuait un peu l’intensité de la destruction et le nombre des victimes qu’est toujours trop élevé. A 5 h du soir, j’écris ces ligne dans un semblant de calme car on ne peut jamais dire : c’est fini, non. La nuit fut des plus terribles, 25 tués et 30 blessés à l’hospice Noël Caqué. Impossible de dormir de la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy



Octave Forsant

Jeudi 26- — Encore un bombardement qui peut compter parmi les plus terribles. — A huit heures dix du soir, alors que le couvre-feu venait de sonner pour les civils, cinq officiers sortant de leur « popote » se rendaient chez eux à l’extré­mité de la rue de Vesle, lorsqu’un 210 vint s’abattre à quelques mètres, en tua trois et blessa les deux autres. Détail atroce : la cervelle de l’un d’eux, le commandant…, rejaillit à la figure de son fils qui l’accompagnait, mais qui ne fut pas blessé. Jamais jusqu’ici l’ennemi n’avait tiré si loin dans le faubourg de Paris. C’était k cent mètres environ du pont d’Épernay. Dès le lendemain, beaucoup de gens du quartier déménageaient, les uns quittant Reims, tes autres allant sim­plement se loger plus haut, à la Haubette. L’autorité militaire ordonna aux marchands qui, jusque-là, tenaient leur éventaire à cette extrémité de la rue de Vesle, de s’installer dorénavant avenue de Paris, au Sud du pont d’Épernay : on ne devait pas tarder d’ailleurs à s’apercevoir qu’ils n’y étaient pas plus en sécurité. La rue de Vesle perdit ainsi beaucoup de son ani­mation et de son pittoresque. Il était vraiment original, ce marché en plein vent, tant par son installation rudimentaire que par l’attitude de ces marchandes qui, bruyamment, inter­pellaient les passants et appelaient la clientèle. Avec cela, très fréquenté : c’était comme le rendez-vous quotidien de tout le faubourg de Paris, c’est-à-dire de^ plusieurs milliers de per­sonnes.

Source 1 : Wikisource.org


Victimes civiles de ce jour à Reims

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Mercredi 25 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

25 NOVEMBRE – mercredi – 9 heures soir ;

La matinée avait été calme. A 1 heure et demie, coup sur coup, deux gros éclatements à proximité.

Une grosse marmite au Grand Séminaire, une autre chez M. Chatain, c’est-à-dire chez M. le Curé.

Je me précipite. Au bout de la rue Vauthier des vagues de fumée et de poussière… On n’y peut rien voir. Finalement, je constate que la maison est ouverte du toit au rez-de-chaussée… et jusqu’à la deuxième cave, dont la voûte est défoncée. C’est horrible. Je me précipite. Je ne vois pas M. le Curé ; je crie, j’appelle. On me dit qu’il n’était pas là. Deo gratias !

Mais quel chantier !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 25 novembre 1914

74ème et 72ème jours de bataille et de bombardement

4h1/2 soir  Journée d’hier et nuit passent tranquille. Neige légère et fondue depuis ce matin. Ai pu mettre mon courrier au couvent. Vu l’abbé Andrieux qui m’a apporté ma pelisse et m’a donné des nouvelles de mes adorés. Tous vont bien, grâce à Dieu.

Il parait qu’un grand État-major est venu aujourd’hui à Reims (c’est exact) composé d’officiers français, anglais, belges. Alors mon Adèle qui vient d’apprendre cela de la bonne de Madame Janson rue Thiers me dit qu’elle lui a dit qu’il fallait se méfier cette nuit, car les Russes !, les anglais, les japonais, etc… étaient venus ici, et que l’on allait se battre terriblement, et que sa patronne avait dit que ces officiers lui avaient dit qu’ils ne répondaient plus de rien !! et allez donc !!

Ce que j’ai rabroué ma grosse bête d’Adèle ! Tout ce que je lui concéderais sera peut-être de se coucher de bonne heure, çà fera mon affaire si je puis dormir tranquille !!! Enfin que Dieu nous protège et nous délivre, c’est tout ce que je lui demande. Et il m’exaucera. Je serai sain et sauf, corps et bien !! Dieu ne peut me refuser cela, avec tout ce que j’ai souffert.

Toutefois je ne serais pas surpris qu’il manifestât quelque chose, car après l’ouragan des 21, 22 et 23 nous sommes trop tranquilles.

Si c’était seulement la reculade générale des allemands et notre délivrance. Que j’en sorte indemne ainsi que ma pauvre maison, c’est tout ce que je demande à Dieu. Il ne peut guère me refuser cela. J’ai tant souffert en silence et lui ai tant offert d’angoisses qu’il me doit bien cela. De sortir de cet enfer sain et sauf, et ma pauvre maison sans le moindre dégât. Après tout, ce n’est pas seulement mon bien que je demande à être sauvegardé, mais aussi ce que j’ai à mes clients. Mon Dieu ! Ayez pitié de moi. Protégez-moi, ainsi que ma pauvre maison. J’ai tant souffert !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit assez calme.

L’Eclaireur de l’Est publie ce jour un avis du général commandant d’armes, indiquant les mesures à prendre chez soi et dans les rues, en raison du nouveau caractère de violence du bombardement. C’est, si l’on veut, une sorte de « manière de s’y prendre », afin de réduire, autant que possible, les risques courus par les habitants de Reims.

– Rencontré ce soir, à ma sortie du bureau, une longue colonne de fantassins revenant des tranchées. Les hommes étaient armés seulement de pelles ou de pioches que chacun d’eux portait sur l’épaule. Ils descendaient, en file indienne, la rue Carnot, se tenant sur les trottoirs et cherchant ainsi à éviter le plus possible les obus.

– Bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 25 : Sainte Catherine. Anniversaire de mon installation à N. D. de Cholet par Mgr Freppel, de ma Préconisation à l’Évêché de Belley, de la réception du Billet m’annonçant ma promotion au Cardinalat. Nuit 24-25 tranquille, pour la ville du moins. Coucher au sous-sol, première nuit.

Nous couchâmes d’abord six ou sept nuits dans la cave, fin septembre.

Puis nous cédâmes la cave au sœurs ; et nous (Mgr Neveux et moi) nous installâmes dans les sous-sol, on descend l’escalier de la cuisine.

Légère chute de neige.

Visite à Gueux, Église, Curé,
Ambulance dans le château de Mme Roederer (je crois), aux sœurs de la Divine Providence à Rosnay, à l’Orphelinat de Bethléem réfugié au Château d’Aubilly. Et aux Carmélites de Reims réfugiées dans le même village, chez M. Massart, frère de la Sous-Prieure et Maire, et riche cultivateur d’Aubilly. Nous étions en automobile ambulance conduits par M. Glorieux lieutenant, parent de Mgr. Glorieux.

En repassant à Gueux, Salut et petite allocution à l’église.

De 2 h à 2 1/2, bombardements sur la ville. La maison de M. Chartin de Chactans, où habitait M. l’Archiprêtre (M. Landrieux) est dévastée par des obus qui descendent presque à la 2ème cave.

9 h, bombes sur la ville. Nuit tranquille.

Réception de paquets de l’œuvre du Vêtement des Combattants. (Mr Fernand Laudet).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

25/11 – Mercredi – Un peu de neige pendant la nuit et ce matin temps de brouillard et sur le soir le temps se décharge un peu et la lune brille par moment ce qui pourrait être la cause que l’on ne dormirait pas tranquille. Journée assez carme quelques coups de canon et bombes en ville. Les gendarmes sillonnent la ville pour faire dégager les rues, faire passer les piétons sur les trottoirs. Les gens du centre sont aussi invités à rester chez eux et principalement dans les cavez (L’Éclaireur de ce jour). Soirée et nuit assez calmes

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

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Mardi 24 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

24 NOVEMBRE – mardi –

1  heure du matin ; Le bombardement continue. Déjà, à 10 heures 1/2, les sifflements et les éclatements se succédaient sans interruption. Il en passe tellement, et il en tombe dans un voisinage si immédiat, que je me lève et descends à la salie-à-manger.

J’entends une section de soldats qui reviennent des tranchées. 1 heure et demie ; les obus sifflent.

Je ravive le feu de la salle-à-manger ; je vais me reposer dans le fauteuil.

2  heures ; Ce sont de très grosses marmites qui passent… elles s’empressent, les ardentes porteuses de destruction et de mort, vers leur but ; leurs effiloches d’acier entrent dans la nuit épaisse comme dans la claire lumière du jour ; elles font dans l’air une déchirure bien plus large que leur odieux petit corps…

6 heures matin ; La nuit s’est poursuivie dans le même style. Ils ont joué le même morceau tout le temps. J’entends la « Coda” en ce moment.

Certains avaient prétendu que les allemands répondraient à chaque coup de nos canons, en réalité, on entend cette nuit admirablement les départs… Les batteries étaient- elles plus rapprochées ou le temps s’y prêtait-il? Que sais-je’

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mardi 24 novembre 1914

73ème et 71ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Après-midi d’hier épouvantable, de 1h à 5h du soir bombardement partout, et cette nuit de 10h à 5h du matin. Ruines sur ruines. Je crois que je deviendrai fou. Je suis anéanti. Ce matin, enterrement de mon cher ami Maurice Mareschal à 9h1/2 dans l’usine Cama (bouchonnerie), à La Haubette et transport du corps dans la chapelle du Cimetière de l’Ouest en attendant le transfert dans le caveau du Cimetière du Nord. Les 4 cercueils ont été laissés là en attendant. Discours du Docteur Lardennois très bon, de trois élus, du Docteur Langlet comme Maire de la Ville de Reims, d’un délégué des pompiers pour Salaire, de M. Georget, Président du Tribunal de Commerce pour Maurice et d’un Médecin Militaire en chef, Commandeur de la Légion d’Honneur, médaille de 1870, très élevés, très dignes et avec le mot chrétien à la fin de « Au Revoir !! »

Je n’ai plus de courage, je suis anéanti.

5h soir  A 4h j’ai été au Cimetière du Nord assister à la descente du corps de mon pauvre Maurice dans le caveau de sa famille ! Je viens d’écrire à Mme Mareschal. Je suis anéanti, brisé, broyé. Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

La nuit passée a été épouvantable ; le bombardement commencé à 10 h du soir, n’a cessé qu’à 5 h 1/4 ce matin. Les obus arrivaient par rafales de trois, quatre, cinq et six, simultanément.

Un gros calibre – probablement 210 – est tombé sur l’hôtel de ville, à l’angle des rues des Consuls et de la Grosse-Écritoire. Son explosion a projeté des blocs de pierre de taille sur le trottoir de cette dernière rue et causé des dégâts considérables du haut en bas de l’édifice, jusqu’au rez-de-chaussée où se trouve le bureau des contributions.

Ce nouvel accès de sauvagerie des Allemands sur notre ville déjà si martyrisée, donne à craindre qu’elle soit définitivement sacrifiée avant qu’on ne tente quelque chose pour la délivrer.

– M. Villain, faisant fonction de chef de la comptabilité, à la mairie, nous fait ses adieux, M. Cullier, mobilisé comme GVC et pour qui l’administration municipale a demandé à l’autorité militaire le maintien dans ses fonctions civiles, ayant été placé à la disposition du maire et reprenant ce jour son poste de chef du bureau.

M. E. Cullier était rentré à Reims depuis plusieurs semaine ; il avait fait déjà quelques apparitions à l’hôtel de ville.

La sympathie qui lui es t témoignée d’abord par M. Raïssac, secrétaire en chef, par ses collègues des différents services, heureux de le retrouver à sa place et de lui serrer la main, par M. Vigogne, puis par M. Cochet, excellent camarade, revenu lui-même au bureau depuis la veille, à la suite d’une mise en sursis, me révèle la réelle affection qui l’entourait. Ces démonstrations spontanées d’amitié sincère, me paraissent de bon augure et j’estime n’avoir qu’à me féliciter d’être affecté au bureau de la comptabilité.

Ce bureau est par conséquent ainsi constitué comme personnel : M. Cullier, chef et MM. Vigogne, Cochet et Hess. Peu de jours après, M.A. Guérin, employé auxiliaire, est désigné pour y prendre place.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 24 – De 10 h à 3 h, bombes continuellement sur la ville. Une 3ème bombe tombe sur la maison dans la chambre au-dessus de la salle à manger, vers 10-11 h. à 9h 1/2 enterrement des 4 hommes tués par l’obus du dimanche soir 8 h. (M. Maréchal, Conseiller de Fabrique de la Cathédrale en était un), rue de la Porte de Paris. Je devais assister à la messe et donne l’absoute. Au dernier moment le Commandant de Place interdit la cérémonie par mesure de prudence. Journée et nuit tranquilles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Mardi – Temps comme hier. Le début de la journée est assez calme quoique cependant nos pièces tirent toujours ce qui semble tout indiqué que les autres répondront sans nul doute.

A 10 h 1/2 matin, Départ de l’ambulance de la Bouchonnerie, le convoi funéraire des trois officiers et du Capitaine des pompiers, spectacle émouvant et triste en même temps ; le convoi passe derrière notre maison, devant le parc et se dirige sur le cimetière de l’ouest, route de Bezannes (1).

Nuit assez tranquille quelques coups de canon seulement. Bon nombre des taxis chargés de * sont arrivés cet après-midi à Reims

(1) J’ai omis de dire que le convoi était conduit par l’archevêque.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Hortense Juliette Breyer

Mardi 24 Novembre 1914.

Cette fois-ci, mon Lou, je crois que je n’irai plus chez nous. Il est encore arrivé un malheur dans le quartier. J’en suis navrée : la pauvre mère Genteur a été tuée par un obus, ainsi que son petit garçon, vers trois heures de l’après-midi. Et dire qu’elle m’avait encore payé le café le matin même. Je n’en reviens pas. Elle était si bonne pour moi. C‘est elle qui soignait Black et chaque fois que j’étais chez nous et que ça bombardait, elle me faisait aller chez elle. La pauvre petite remise est en miette. C’est en arrivant ce matin chez nous que j’ai su cela.

J’étais avec Régina et en tournant le coin de la rue de Beine, Mme Decouleur (de la rue de Strasbourg) me dit : « Ah ma pauvre Mme Charles ! Si vous voyiez votre maison toute ouverte et la pauvre Mme Genteur et son petit garçon, tués ». Je n’avais plus assez de jambes pour courir. En effet les volets et les fenêtres étaient grands ouverts et les rideaux volaient. Mais c’était la secousse car la bombe était tombée chez Mme Genteur. Son petit garçon est mort sur le coup, tandis qu’elle est morte peu après.

J’étais navrée et je cours refermer tout. Au même moment voilà le bombardement qui reprend. Régina m’appelle car elle a peur des bombes et je t’assure que ce sont des vraies marmites qu’ils envoient. Elle ne vit plus ; elle tourne dans la boutique comme une souris prise au piège. C’est vrai qu’ils n’arrêtent pas. En voici une qui est tombée tout prés. C’est chez le boulanger où nous allions chercher nos petits gâteaux le dimanche, en face de la succursale. Ainsi une grosse maison comme cela, elle est démolie complètement. Il n’y avait personne dedans heureusement.

Nous nous sauvons et nous rencontrons M. Dreyer qui, sachant que nous étions chez nous, venait voir s’il nous était arrivé quelque chose. Mais que le quartier est triste ! Quand tu reviendras, tu seras saisi. Je ne sais pas si je reviendrai encore chez nous. La mort de Mme Genteur m’a découragée. Je ne vois plus que tristesse autour de moi.

On m’apprend que Charles Speltz aurait été tué au début de la guerre, dans les Vosges. D’autre part Vincent Andreux, et lui c’est sur, car elle a eu la note officielle, est enterré près de Verdun. Gustave Marchand, et combien d’autres …

Mais toi, mon Charles, je suis toujours incertaine. De toi je rêve toujours et chose bizarre, je te vois et tu as chaque fois une figure sans expression. On croirait dans mes rêves que tu ne me reconnais pas. C’est ma tête sans doute qui travaille trop. Je m’en rappellerai mais quand tu reviendras, quelles gâteries je vais te faire. Je m’emploierai ma vie entière à te rendre heureux et si quelque fois je t’ai fait de la peine, je me promets de ne jamais plus t’en faire.

Ton coco aussi t’aimera. Si tu voyais comme il est beau, et ton papa vient le voir souvent. Il en est fou et André a une si belle petite manière pour lui dire « Bonjour pépère Breyer ». C’est qu’il cause bien et si peu qu’il dise, c’est toujours franc.

Encore une triste journée de passée. Combien d’autres encore avant que ce ne soit fini ? Maudite guerre. Le jour de l’An approche et nous en sommes toujours au même point. Il me semble pourtant que si j’avais de tes nouvelles, le temps me paraîtrait moins long. Mais je veux reprendre courage.

Je te quitte mon Charles. Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

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23 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 23 novembre 1914

72ème et 70ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Ce matin à 7h1/2 Adèle m’appelle à la cave pour me dire que M. Jacques Charbonneaux m’attend pour me voir. Je m’habille à la hâte, je monte à la cuisine. Et là je trouve M. Jacques Charbonneaux avec Jacques Wagener, le chauffeur de Mareschal, et en quelques mots il m’apprend que mon cher Maurice est mort, tué hier soir, (coupé en 2 par un obus) vers 8h du soir, en face de chez  Monnereaux (à vérifier), avenue de Paris, comme il revenait de dîner à sa popote de la rue de Vesle, en rentrant avec ses collègues coucher à l’Hôpital Mencière. Maurice Mareschal, Salaire, Soudain, Guyon ces autres tués et le Docteur Barillet a le pied droit enlevé !!

Mon pauvre et cher Maurice ! Mon seul, mon vrai, mon premier ami !! mort ! tué !! Je suis atterré !! Quelle épreuve, Mon Dieu !! Mon Dieu, recevez-le en votre paradis. Protégez-nous. Protégez-moi et que je sorte sain et sauf de la tourmente, car voilà un nouveau devoir, sacré celui-là qui m’incombe, sa pauvre petite femme, ses 2 enfants !!

Mon Dieu ! Mon Dieu !! Mon Dieu !!

5h soir  J’ai vu une dernière fois mon cher Maurice. Il semblait dormir, sa figure était calme !! Quelle déchirure pour moi !! Oh ! sa pauvre Jeanne (Jeanne Mareschal, née Cousin, 1873-1929), ses pauvres enfants (René et Henry Mareschal) !!

On l’enterre demain mardi 24 novembre 1914, le service aura lieu à 9h1/2 à Ste Geneviève, et de là on le conduira au Cimetière de l’Ouest pour le transporter ensuite dans la journée au Cimetière du Nord. Encore une dure et cruelle journée pour moi ! Si c’était seulement la dernière avant la délivrance de Reims. Dieu ! Aura-t-il pitié de nous devant la mort de cette innocente victime !! Mon Dieu ! protégez-nous ! ayez pitié de nous, de nos misères ! Délivrez-nous de l’Ennemi. Qu’il s’éloigne tout de suite ! et n’ait plus le temps de nous faire du Mal. Dieu, vous devez bien cela à cette pauvre Ville de Reims ! Dieu ayez pitié de moi. Protégez-moi ! afin que je remplisse tous les devoirs dont mon cher Maurice m’avait chargé. Il m’a confié ses enfants ! Faites que j’en fasse des hommes, comme mes enfants ! Sauvez-moi ! Faites que je revoie bientôt mes chers aimés ! J’ai assez souffert pour que vous m’accordiez ce bonheur, ce grand bonheur de les revoir, moi sain et sauf et sains et saufs eux-mêmes : Femme, Enfants et Père ! J’ai confiance. Mon Dieu ! Vous ne pouvez me refuser ce grand bonheur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Violent bombardement l’après-midi, de 13 h 1/4 à 14 h 1/2. Je dois retarder mon départ pour le bureau et lorsque je passe rue de Vesle, les obus tombent toujours. Au moment où j’approche de la permanence de la Croix-Rouge, sise au n°18 de cette rue, des pompiers y apportent, sur un brancard, une pauvre femme blessée, qu’ils viennent de ramasser auprès de la cathédrale. Triste tableau de la guerre, au milieu de la population civile.

A l’hôtel de ville, en arrivant, je croise un jeune employé du 1er bureau du secrétariat, qui me montre un morceau énorme du culot d’un 210, qu’il vient de ramasser rue de la Tirelire. Rue Thiers, boulevard de la République et dans le faubourg de Laon, des maisons touchées par ces gros projectiles ont encore été démolies. Des obus de tous genres sont tombés sur la gare, dans les promenades et du côté de Saint-Remi. Le soir, l’éclairage électrique, rétabli depuis quelques jours seulement dans les bureaux de la mairie, fait défaut, d’importants dégâts ayant été occasionnés également à l’usine d’électricité.

Tout le monde, à Reims, trouve la situation atrocement douloureuse, presque intenable, les ruines s’ajoutant tous les jours aux ruines.

Dans la famille, nous avons envisagé depuis hier, devant la recrudescence du bombardement dans le quartier, l’éventualité de l’écroulement de la maison de mon beau-père, où nous sommes à l’abri, afin de trouver, en ce cas le moyen offrant le plus de chances de sortir des décombres, si cela pouvait se faire. Nous croyons bon de continuer à nous grouper tous dans l’angle de la salle à manger contigu à la pièce voisine, de manière à garder la possibilité de produire sur le même point un plus gros effort, solution qu’à tort ou à raison nous croyons préférable à la descente à la cave. D’ailleurs, depuis que nous sommes rue du Jard, nous n’avons pas pu nous résoudra à aller nous y mettre en sécurité. L’expérience acquise à la suite de l’effondrement, le 20 septembre, de la nôtre, rue de la Grue 7, qui offrait indiscutablement d’autres garanties de solidité, quand nous nous y tenions à vingt-deux personnes encore la veille 19, nous ayant pleinement éclairés à ce sujet.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Véronique Valette


Cardinal Luçon

Lundi 23 – Matinée assez tranquille. 9 h matin, visite aux victimes d’hier puis à Mencière. Effroyable bombardement de 1 h à 2 h. Une bombe est tombée dans la chambre des Soeurs de la rue de l’Ecole de Médecine, où elle a tout brisé ; une autre dans la maison neuve de Mme de la Morinerie (mur mitoyen avec nous), une autre sur le Mont-de-Piété, qui nous joint. Un homme est tué près de la maison Peltreau Villeneuve, bombes sur la Cathédrale. Visite aux victimes tuées hier à Mencière.

Le même jour 23 et à la même heure, une bombe dans le jardin de M. Colas, une devant la porte de Mme Pommery, deux chez M. Chatin. Tout porte à croire qu’on visait hier l’Archevêché, pour punir la rectification faite au communiqué de M. Bethmanne Holweg. Jamais ils n’avaient tiré avec une pareille rage : un coup n’attendait pas l’autre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

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Eugène Chausson

23/11 – Lundi.Temps gris qui semble couver la neige. Brouillard. La matinée fut assez calme du côté des Allemands. De notre part, nombreux coups de canon mais à midi 1/2, les Allemands commencent à nous envoyer bon nombre de bombes ce qui occasionne encore une panique momentanée ; les gens de la ville affluent encore à la Haubette. Cela dura un peu moins fort cependant jusqu’au soir et enfin on peut se coucher avec l’espoir de dormir tranquille après une aussi cruelle journée pendant laquelle la ville reçut environ 300 obus. Mais hélas, illusion, car aussitôt au lit, nos pièces commencent à tirer, ce à quoi, vers minuit les Allemands répondent en envoyant bon nombre d’obus sur la ville, occasionnant toujours des dégâts considérables et un nombre toujours trop élevé de victimes, rue Talleyrand, maison neuve, Gorget, Directeur des Docks Rémois et beaucoup d’autres semblables.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Victime civile ce jour à Reims

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Lundi 16 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 16 novembre 1914

65ème et 63ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Toute la nuit dernière le canon a fait rage, mais nous avons été épargnés par les obus qui ne sont pas venus dans notre quartier. En sera-t-il de même cette nuit ? C’est si bon de pouvoir un peu dormir, d’oublier sa misère !!

Journée fastidieuse, avec du canon toujours à la clef. J’ai écrit quelques lettres, j’ai pu enfin faire parvenir les effets de mes aimés, mais je ne vie que comme un pauvre malheureux sans énergie, sans courage. J’agis sans trop savoir ce que je fais. Comment avoir plaisir à faire quoi que ce soit !! avec la vie que nous subissons ! Sans espoir de voir nos malheurs cesser bientôt !! Dieu délivrez-nous donc bientôt !!

Absence des feuillets 167 et 168.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Pendant la nuit, coups de canon et obus. Journée assez calme

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 16 – Nuit tranquille pour la ville ; mais canonnade d’artillerie lourde entre armées. A 9 h 1/2 des bombes passent au-dessus de nos têtes. Nous n’avons pas pu sortir.

Visite à l’Ambulance Sainte-Geneviève. Reçu la lettre du P. de Broglie datée du 13 (ou du 12) arrivée le 16. Mes lettres au Card. Gasparri et au Card. Gasquet, datées du 5 novembre sont arrivées le 12.

Reçu lettre des Évêques de Bretagne, pour Prières nationales.

Bombes toute la nuit 16-17 ; avec arrêts plus ou moins longs.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

16-11 Lettres : d’Hélène (13 9bre) apportant de bonnes nouvelles de Marcel du 7 ; De J. D. (11 et 13 9bre) la dernière contenant les lignes mêmes que notre cher cuirassier a lancées à Épernay également le 7. il se plaint de ne rien recevoir de Reims, et cependant sans compter mes pages parties aujourd’hui, je lui ai écrit les 22-28 8bre, 3 et 9 9bre.

Ne pas pouvoir communiquer plus rapidement de lui à moi et réciproquement est une souffrance de plus s’ajoutant à celles déjà bien suffisantes qu’entraînent pour tous les circonstances actuelles.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Dimanche 15 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

15 NOVEMBRE – dimanche –

M. C.. a assuré ce matin que le Carmel avait reçu une bombe d’aéroplane, qui n’a pas éclaté, et qui porte, comme indication, en allemand ; bombe incendiaire. Je tâcherai de voir ce document ; au point de vue diplomatique, il est important. On n’a pas le droit de se servir de ces engins

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 15 novembre 1914

64ème et 62ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Nuit calme. J’ai cependant mal dormi. On souffre tant, on est tellement inquiet de ce calme, que malgré soit on se demande ce qui pourrait bien nous arriver après ce calme !

Actuellement on canonne par intermittence. Est-ce que ce serait tout de même la retraite pour les allemands et enfin bientôt… tout de suite la délivrance !

4h1/2 soir  Déjeuné au Cercle avec Charles Heidsieck. Là était avec nous : M. et Mme Léon Collet, Robert Lewthwaite, Théret (cave Pommery), Georget, Lelièvre (usines) d’Angers, arrivé après le déjeuner. Robert Lewthwaite, toujours aussi gai et entrain, nous a appris la libération et le retour en France de Léon de Tassigny et du capitaine Louis Kiener, les parlementaires envoyés pour retrouver les fameux 2 parlementaires prussiens du 4 septembre, Von Arnim et Von Kummer.

Vers 2h nous sommes allés, M. Heidsieck et moi à Clairmarais voir l’abbé François Abelé (1881-1949) qui nous a appris une triste nouvelle avec la disparation (tué, blessé ou prisonnier) de Louis Abelé, son frère, que j’ai marié à Roubaix en mars dernier (Louis Abelé 1883-1962, prisonnier de guerre, avait épousé Félicie Delattre), dans l’affaire de Vailly-sur-Aisne qui a été fort chaude. Le 332ème de ligne a été surpris une nuit par 15 000 allemands, et il y a eu une reculade de 20 kilomètres sur l’Aisne et le canal que nos troupes ont repassé en déroute !! Pauvre petite jeune femme, après 8 mois de mariage ! Choc d’autant plus pénible que l’on n’est pas fixé sur son sort.

Comme M. Heidsieck désirait aller voir M. Gindre au Collège St Joseph, rue de Venise, je l’ai quitté sur le boulevard pour rentrer chez moi, fort fatigué. Tout cela me brise.

8h1/4 soir  Je fais un effort, je regarde par ma fenêtre voir, non pas si le temps sera beau demain, mais si nous pourrons dormir à peu près tranquille. Car mon pauvre cœur commence à battre trop souvent et trop fort la chamade, et pour toute la nuit !!

J’ouvre : nuit sombre, pluie torrentielle, j’attends car il fait noir comme dans un four ! il faut que mes yeux s’habituent à la nuit. Peu à peu le ciel s’éclaire ! Soudain, c’est le canon qui tonne, c’est un des nôtres ! Il pleut ! Il pleut comme chez les loups, disait ma pauvre Mère !! Ne nous attendrissons pas !! Nous ne savons pas ce que sera demain !!

8h3/4 soir  C’est extraordinaire comme on reprend confiance à sa vie coutumière. Voilà à peine deux nuits que nous sommes à peu près tranquilles, et je me reprends…  à vivre…  à prendre plaisir de…  vivre mon train-train de vie. Ah ! si cela pouvait continuer, que de choses j’écrirais, je confierais à ces Pages Vécues tragiquement, douloureusement vécues !

Mais « Gott mit uns »  le permettra-t-il déjà ! Ah ! Dieu Saint !! Quand donc pourrais-je crier à pleine voix non pas : « Deutschland über alles ! », mais « Deutschland unter alles !! »…

Ce sera la délivrance et 1870 sera rayé de l’Histoire lugubre imposée à la France pendant 44 ans par les Sauvages, les Bandits, par Guillaume II, le Hesse ! Attila le second !…  et dernier !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Un aéroplane allemand est signalé, l’après-midi, par un coup de clairon donné à l’usine des Longaux. De différents côtés, on lui fait la chasse à coups de 75. Les enfants qui jouaient dans le jardin ont entendu le signal ; eux aussi se hâtent de rentrer à l’abri.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 15 – Nuit du 14-15 assez tranquille. Bombes assez loin. Lecture de la lettre de Benoît XV à la Chapelle du Couchant. Assisté à la grand’messe. Bourgeons de neige à 10 h, fondante. Dans la nuit canonnade de très gros canons.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

15-11 Usant de l’installation préparée hier, c’est à la cave et cette fois dans un lit de fer garni en conséquence que j’ai passé la nuit écoulée ; pour couvertures, j’ai emprunté au magasin celles en consigne qui ont servi à notre fabricant d’Orléans pour emballer son dernier envoi, et ayant bien chaud j’ai pu reposer mieux que je ne l’aurais fait au premier étage, puisque des passages de troupes ont réveillé Père, alors que dans mon trou je n‘ai rien entendu.

Autrement, la nuit a été assez calme.

La matinée est sombre et glaciale, et à 11H apparaissent les premiers flocons de neige, auxquels succède bientôt une abondante et froide pluie qui fait de ce dimanche un jour de mortel ennui.

Mme Jacquesson elle-même était toute morose, et n’apportait qu’une attention distraite au pourtant délicieux lapin qui, pour la première fois depuis la dispersion de la famille, variait si agréablement notre ordinaire.

Une lettre de Marie-Thérèse l’attendait (13 9bre) ; pour moi, le courrier n’a apporté que d’affectueuses condoléances de Marguerite Heitz, réfugiée à Prefailles.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 15 Novembre 1914.

Pas de changement, toujours la tristesse et pas de nouvelles. Le bombardement continue toujours. Je m’ennuie, vois-tu, de ne pas être chez nous. J’avais descendu tes effets à la cave en cas d’accident, mais j’ai été forcée de les remonter car ils commencent à avoir des taches d’humidité. C’est long pour tout.

J’ai écrit ces jours-ci à la femme du parrain. Je lui ai annoncé le bébé à venir et j’attends une réponse. Nous sommes allées au magasin tous ces jours-ci avec Marguerite et hier ça bombardait tellement que nous avons du rester une demi-heure appuyées au mur du coin de la rue de Beine et du boulevard Saint-Marceau. Ensuite nous avons fait le grand tour par l’esplanade et le Barbâtre. Que veux-tu, tout autour de Walbaum il y a plein de batteries ; c’est pour cela que le quartier est si dangereux. Je ne prendrai plus Marguerite avec moi, je ne veux pas l’exposer ; j’irai seule. Elle est courageuse et plus tard je saurai la récompenser.

Je ne suis plus si pressée non plus pour aller chez nous car ton parrain me dit toujours que je suis trop hardie et qu’il ne faut pas m’aventurer dans la rue. Enfin, tu vois, je n’y pense pas.

J’arrête encore pour aujourd’hui. Tout mon cœur à toi. Je t’aime.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Samedi 14 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

14 NOVEMBRE – samedi –

Ce malin à 6 heures, je suis allé sur la tour Nord prendre le drapeau de la Croix Rouge que le vent dépeçait. C’est celui que 1’administration a envoyé le vendredi 13 septembre, qui n’a pas été atteint – pas plus que ses voisins – par les flammes, le 19.

M. le Curé me dit que le Cardinal a reçu une lettre lui disant que l’invasion allemande est la punition du fait d’avoir introduit la prononciation romaine du latin – ce bafouillage teuton ! – quelle mentalité !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 14 novembre 1914

63ème et 61ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Nuit tranquille. Mais à 9h 2 obus viennent tomber dans notre quartier nous rappeler à la triste et sombre réalité ! Il fait cependant un si beau soleil dont il serait si bon de jouir ! Que nous sommes inaccessibles ! Et avec cela sans une lueur d’espoir de savoir quand nous serons délivrés ! et qu’un jour nous pourrons dire : c’est fini, nous pouvons nous promener, agir, sans l’obsession qu’un obus peut venir nous assassiner. Car c’est de l’assassinat et non de la guerre que ce bombardement sauvage sans rime ni raison, sans but, sans donnée stratégique sauf le plaisir de détruire, pour rien, tuer des innocents, des gens qui n’ont même pas le droit de se défendre, de répondre aux coups qu’on leur donne ! Voilà notre situation, notre vie depuis plus de 2 mois.

6h soir  Reçu la visite toujours bienvenue de M. Charles Heidsieck qui a bavardé une bonne heure avec moi au coin de mon feu. Tous les siens vont bien. Nous avons causé longuement de notre triste situation. Comme moi il trouve qu’on ne fait rien pour délivrer notre pauvre cité et de plus il croit que la guerre sera longue. Je souhaite que nous nous trompions.

Je dois aller déjeuner avec lui au Cercle de la rue Noël et nous passerons sans doute une partie de l’après-midi ensemble. Ce sera une journée à marquer d’une pierre blanche, elles sont rares pour moi. Mais nous sympathisons beaucoup ensemble et nous avons beaucoup d’idées communes. C’est un homme !!

8h1/4 soir  Je ne puis résister au désir de consigner le dernier « ragot » qu’on vient de me rapporter (voyez d’ici la logique du dernier tuyau !)

« Les allemands ont arboré le drapeau blanc sur Brimont, partout, et on a amené des quantités de troupes dans le quartier du faubourg de Laon, rue du Coq (?)(Interrogation légitime, cette rue du Coq n’a jamais existée) pour voir s’ils se rendent bien !! On a même fait évacuer les habitants de ce quartier de la rue du Coq ! »

Les allemands se rendent ! Si on fait évacuer un quartier de rue pour…  les recevoir ? Et combien d’autres du même genre !!

Dans une demi-heure, une heure, je serai malheureusement fixé sur cette grande nouvelle par la voix du canon qui grondera, ou par le sifflement des obus ! En ce moment on est trop tranquille. Pas un bruit, pas un souffle depuis 4h du soir ! Gare ! la casse !! Ce silence n’est pas naturel et me…  me dit rien qui vaille !

Dormirai-je dans mon lit ?!

8h35 soir  Je regarde à ma montre l’heure ! 8h35, dans 1/4 d’heure, 1/2 heure le canon va gronder. Voilà, maintenant le sablier qui règle notre vie ! En regardant l’heure, on se dit : Oh ! dans tant de temps il peut nous arriver quelque chose !! Sur ce moment je dois me dire que dans 1/2 heure le canon va gronder ou je vais entendre les obus siffler au-dessus de la maison ou éclater autour de moi !! Jolie perspective !…  Perspective qui dure depuis 61 jours !!…  Matin et soir ! et soir et matin !…  Non ! ceux qui n’y ont pas passé, qui n’y auront pas passés ne saurons jamais tout ce qu’il y a de douloureux, de pénible, d’angoisses, de tortures dans ce geste inconscient que l’on fait à chaque instant du jour en tirant sa montre pour savoir l’heure, et que l’aiguille fatidique, tout en sautillant, vous dit : « Il est telle heure, dans 1/2 heure, dans 1 heure, sache-le bien, Humain Mortel ! ce sera la voix du canon, la bombe et qui peut-être te tueras, et peut-être…  la Mort !!…  là ! au coin de ton feu…  pendant que tu écris ! ».

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les obus arrivent déjà vers 8 h 3/4, tandis que je me dirige vers le bureau, à la mairie.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 14 – Matinée assez tranquille. Bombes assez loin.

Visite à Courlancy et à l’École Saint-Joseph, où une bombe est tombée jeudi soir à 10 h. Les lits des vieillards-hommes des Petites Sœurs des Pauvres ont été couverts d’éclats de verre ; mais personne n’a eu de mal. De 9 à 10 h, 57 bombes en une heure autour de Saint-André.

Écrit au Saint Père pour le remercier de sa lettre, mais envoyé la lettre le soir seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Et à 6H1/2, la lumière brillait encore !

Par l’explication donnée dans la matinée par Mme Bellevoye, nous apprenons que nos craintes de la veille étaient sans fondement.

La femme chargée de la garde de l’appartement y procédait à une inspection, à 17H, quand le passage d’une bombe l’effraya ; fuite rapide, en oubliant d’éteindre l’électricité, et voilà, réduit à des causes moins tragiques, un incident qui a révolutionné quelques maisons du quartier.

Il prouve qu’il n’y a pas lieu de prendre à la lettre les règlements municipaux qui enjoignent l’extinction des feux pour 19H puisque, au centre même de la ville, un appartement peut rester illuminé toute une nuit sans que personne en prenne ombrage.

14H, bonne lettre d’Henri, du 12 9bre

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Boulevard Lundy, l’ancienne école

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Vendredi 13 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

13 NOVEMBRE – vendredi –

Minuit ; la nuit semble étrange ; un silence absolu sur toute la ligne.

Article paru dans le « Courrier de la Champagne ». Les criminels ! Ils l’ont visée encore, et le jour et la nuit, depuis plus d’une semaine.

Et leurs obus l’ont enfin et de nouveau profanée.

Des anges, dont les ailes éployées s’échappent des colonnettes, sous le somptueux pinacle des contre-forts, montent une garde magnifique autour du vaisseau sacré ; l’un d’eux, à l’extrême retour du chevet vers le sud, a été l’autre nuit abominablement saccagé. Les rayons sinistres d’une gloire impie vibrent en déchirures violentes et en trainées de poudre tout autour du formait, dans les hautes pierres. Et malgré tout, une aile abattue, le buste et la tête ruinés, dans le pauvre corps mutilé sur son socle aérien, l’esprit céleste palpite encore, aussi ardent ; l’ange frappé à la proue de l’arc-boutant me fait penser à la Victoire de Samothrace…

D’autres anges montent une autre garde, navrante désormais, au cœur même du monument dévasté par le feu ; ils sont agenouillés sur le marbre des crédences, à droite et à gauche du maître-autel dépouillé. Alors, un projectile stuide a traversé les verrières et s’est écrasé en tonnerre imbécile à leurs pieds ; sous nos yeux épouvantés, à travers le noir bouillonnement de la fumée, les dalles du sanctuaire volent en éclat…

Et ce pendant que nous approchons, voici un rayon de soleil qui a surgi au travers du jour embrumé ; il entre doucement par les blanches baies du croisillon et vient dans un grand recueillement envelopper l’ange et baiser la plaie béante…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Vendredi 13 novembre 1914

62ème et 60ème jours de bataille et de bombardement

Midi  Le reste de la nuit j’ai tâché de dormir, mais Dieu sait comment !! Non ! Je n’y résisterai pas. Journée grise et triste. Rencontré tout à l’heure (rayé) toujours (rayé) .Quelle joie pour (rayé). Le bas de la page a été découpé.

5h soir  Journée relativement tranquille. Il fait une tempête de pluie et de vent terrible. Mon Dieu ! Qu’ils ne nous bombardent pas cette nuit, ce serait épouvantable. Les éléments et le fléau de Dieu en même temps ! ce serait la fin du monde que ce ne serait pas pire !! Si seulement nous pouvions dormir tranquille !! Mon Dieu, auriez-vous pitié de nous ?! et de notre misère !!

9h soir  Dois-je prendre ma plume et dire les quelques minutes de tranquillité dont je viens de jouir depuis le dîner (8h) jusqu’à maintenant, car un coup de canon vient de tonner, le premier que j’entends depuis 1h.

Oh ! vous ne saurez jamais, vous qui me lirez peut-être, ce que c’est de ne pas entendre le canon tonner, grogner, gronder, les obus siffler, éclater, broyer pendant une heure !! Cette heure bénie, je l’ai vécue, j’en ai jouis, je l’ai caressée ! je l’ai bénie ! je me suis remis à…  revivre…  à reprendre à aimer la vie ! Comme c’était bon !…  mais ce sera-t-il toujours bon ? pour toujours toujours ? Oh ! l’horrible chose quand je pense au songe passé, chaque seconde, chaque instant mon… rêve de joie de revivre à la vie peut cesser, peut s’évanouir…  comme tous les rêves. Et que je vais retomber dans le cauchemar de la réalité !! Le bas de la page a été découpé.

C’est si bon de pouvoir laisser voltiger, butiner à droite et à gauche, par-ci par-là sa pensée qui s’envole comme une folle vers…  la tranquillité…  la sécurité ! C’est si bon d’entendre son maigre feu, si maigre soit-il, flamber, ronronner ! et vous inviter à dormir…  dormir ! à vous reposer…  à oublier tout, tout et surtout notre misère !

C’est si bon d’entendre le vent souffler, gronder, rugir chaud et tiède, quand on lit un livre attachant et ce serait si bon de le faire si les obus ne venaient pas vous rappeler brutalement à la réalité, à la guerre sauvage que les Barbares nous font !

Ce serait si bon…  non ! Je m’arrête, ce serait trop bon de songer que peut-être un jour j’aurais la joie, le bonheur suprême de jouir de tout cela avec mes chers aimés, près de mes chers aimés, entouré de mes chers aimés.

Cette joie et cette pensée me font peur…  tant j’ai souffert, tant je souffre. Dieu me l’accordera-t-il ? Quand ? Oh ! que ces heures sont lourdes à passer, à couler, à vivre goutte à goutte, minute par minute, seconde par seconde. Et verrais-je jamais la seconde suprême où je pourrais dire : « Les allemands sont partis. Nous sommes délivrés. »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement encore, au cours de la dernière nuit, qui nous a obligés à nous relever et à attendre une accalmie nous permettant de nous recoucher sans que nous ayons pu nous reposer ensuite. Les obus approchaient du quartier de la rue du Jard.

La population est très fatiguées de cette vie pénible et triste ; depuis deux mois, elle se trouve tenue en haleine nuit et jour par la menace continuelle du danger.

– Le soir, à 21 h, le bombardement reprend. Le temps est très couvert. Des chambres, où nous nous tenons sur le qui-vive, produit chaque fois une lueur intense puis, quelques secondes après, parvient le bruit épouvantable de l’éclatement. Nous voyons et entendons de la sorte, encore de nombreux projectiles tomber mais la fatigue générale est telle, à la maison, que personne ne quitte son lit, cette nuit.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue du Jard, où logeait Paul Hess pendant la guerre

Rue du Jard, où logeait Paul Hess pendant la guerre


Cardinal Luçon

Vendredi 13 – Anniversaire de notre entrée dans la maison. Coups de canon de 4 h 1/4 à 4 h 1/2.

Matinée, Conseil épiscopal. Après-midi, resté à la maison, écrit des lettres. Soir 9 h, quelques coups de canon, et quelques bombes, mais loin de nous. Coucher 10 h 1/2. Nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Les racontars de ville disent que la grosse canonnade qui nous remue depuis deux jours a enfin abouti à un résultat favorable pour nous : après des prises et des reprises de part et d’autre du fort de Brimont, celui-ci nous serait resté. Si c’était vrai, les autres forts encore allemands ne pourraient plus tenir les dépenses journalières se récapitulent en fin de semaine pour être supportées par chaque groupe proportionnellement à son effectif ; puis lettre d’Hélène (9 9bre) transmettant les bonnes nouvelles de Marcel reçues en date du 3.

Il est en Belgique depuis le 16 8bre ; au préalable il avait combattu près de Béthune défendant avec des Dragons un passage à niveau, et c’est là qu’a été blessé le Colonel Cochin.

Il dit n’avoir pu changer de linge depuis le 27 7bre !

Après avoir occupé longtemps un poste très périlleux, André Ragot est revenu à Trigny tenir un emploi plus tranquille ; quant à Charles Gérardin, il est question pour lui de gagner le front.

Et enfin lettre de condoléances de Pierre Mennesson à Marie-Thérèse, qui dit être allé prier à Bar-le-Duc sur la tombe bien entretenue et toute fleurie de notre cher André.

18H1/2, nous nous mettions à table quand …… boum ; 14 marches à descendre, pour ne les remonter que ¾ d’heure après ! L’émotion ne nous avait pas servi d’apéritif et il a fallu se forcer pour faire honneur au dîner.

En cours de soirée, Mme Hénin demande à passer la nuit à la cave avec sa fille et les deux enfants ; pour offrir à tous plus de confortable, je descends les deux fauteuils du 1er étage et les laisse s’organiser, en leur souhaitant que la nécessité ne s’impose longtemps, et la délivrance approcherait.

Cette lueur d’espoir ragaillardit et aide à tuer la journée sombre et pluvieuse qui, malgré sa dangereuse animation coutumière, n’offre rien de marquant à signaler.

À son arrivée pour le dîner de 18 heures, Félicien annonce que la nouvelle révision, qu’en même temps que tous les hommes du service auxiliaire, il a passé aujourd’hui, l’affecte désormais au service armé.

Les conséquences de cette mutation, qui peut plus tard lui faire prendre rang parmi les combattants, m’impressionnent profondément ; avec lui et pour n’inquiéter personne des siens, nous convenons de n’en informer aucun des membres de nos familles.

20H1/2 Hénin et le concierge de l’école d’en face viennent me signaler qu’au second étage de la bijouterie Leroy brille une lumière insolite ; avec eux je vais m’en rendre compte, et constate qu’en effet une fenêtre, dont les carreaux sont cassés, projette sur la charcuterie Cogne une clarté qui pourrait servir d’incitation aux pointeurs ennemis.

L’appartenance ainsi suspecté est d’angle, ce qui lui permet de répandre des rayons électriques également sur les immeubles Lapchin et des Sœurs de charité. Plus de doute pour nous, c’est un point de repère qui va nous attirer des obus, et notre conviction se trouve fortifiée du fait qu’on ne répond ni à nos coups de sonnettes, ni aux violents coups de poings que nous lançons dans la devanture.

Je conseille à mes deux hommes de se rendre au commissariat central pour faire part de nos soupçons et demander que le nécessaire soit fait.

Leur arrivée au milieu des agents jouant aux cartes n’émeut personne, et on leur répond qu’on va y voir.

Patiemment avec eux, j’attends dans la rue et sous la pluie l’exécution de cette promesse, mais comme au bout d’une demi-heure rien ne surgit, je vais avec M. Stenger réitérer la démarche. On nous assure que deux hommes sont partis qui, ayant pris un autre chemin que nous, sont sûrement maintenant sur les lieux.

Cette course dans des rues absolument désertes et sombres, sans un ciel sans étoiles, et alors que dans le lointain sifflent les obus est troublante à l’excès ; on n’aimerait pas à la faire seul, et pour plus de sécurité, c’est bras dessus bras dessous que nous la terminons.

Peu après arrive enfin M. Honoré, de la sûreté, qui reconnaît le bien fondé de notre exposé, mais se déclare incapable de faire quoi que ce soit pour faire cesser cet état de choses ; il faudrait pour forcer légalement la porte la présence d’un commissaire de police.

En présence de notre étonnement plus que véhément, il décide d’aller demander aide au poste militaire de l’Hôtel-de-Ville, et revient un quart d’heure après porteur d’un refus formel de son chef qui, en l’occurrence et couvert par les règlements, ne peut rien faire.

C’est une patrouille qui, seule, aurait qualité pour agir.

Comme il n’en passe pas, nous devons nous séparer sans avoir pu faire éteindre cette inquiétante lumière.

De ce fait, je décide de passer la nuit en cave étendu sur deux fauteuils, et j’y repose aussi bien que faire se peut, pendant que Père dort tranquillement dans son lit d’un sommeil qu’aucune alerte n’a troublé.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Jeudi 12 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

12 NOVEMBRE – jeudi –

4 heures 1/2 soir ; C’était mon tour aujourd’hui ; j’ai ma bombe, un Shrapnell à l’angle de ma chambre à plaques et dans le mur qui la sépare de ma chambre à coucher ; ma bibliothèque est dévastée, mon lit saccagé, toute ma chambre à coucher bouleversée ; mon réveil était à terre, poursuivant son tic tac consciencieux…

Il était 1 heure moins un quart ; Launois, que j’avais envoyé prendre mon appareil resté à la cathédrale, me dit que dans la cour sud-est, il a vu des pierres récemment tombées… j’y vais.

Les obus sifflaient ; dès l’entrée de la rue du Cloître, je vois le malheur et j’en suis très impressionné. C’est un contrefort de l’abside qui a reçu le projectile. Exactement au niveau de la tête de l’Ange, tout est saccagé ; colonnes supportant le pinacle, moulures, fleurons, la tête, le buste, les ailes de l’ange. Et tout autour, une auréole satanique ; le flux noir et blanc de la déflagration.

J’entre dans la cathédrale ; des éclatements s’étaient fait entendre dans le voisinage. Nous avancions dans le croisillon… zzziii… pan ! Devant nous, à droite de l’autel, coté épitre, un jaillissement de fumée, suivi d’un cliquetis de pierres agitées. Un obus dans la cathédrale ! Dans la cathédrale ! Là, presque sur l’autel, Sacrilège ! Un instant, j’ai cru que l’autel était renversé… J’envoie Launois me chercher mon appareil… Je fais la photo, renvoie Launois chercher un nouveau châssis et prévenir M. le Curé. Il revient en hâte pour m’annoncer qu’une bombe était tombée chez moi…

Cet attentat nouveau à la cathédrale m’a bouleversé. Je n’ai eu aucune hâte à revenir voir chez moi les dégâts ; la cathédrale me tenait… chère cathédrale… Il était exactement 1 heure quand cette bombe s’est écrasée sur les dalles du sanctuaire à Notre-Dame. C’était chez moi à peu près à la même heure. Singulière coïncidence ! Mon Dieu, je suis entre vos mains.

8 heures 1/4 ; Au loin, le bruit comme d’une mêlée intense…

10 heures 1/2 ; J’étais couché ; je dormais profondément. Je suis réveillé par de formidables éclatements à proximité immédiate ; des éclats rejaillissent sur le toit.

Je me lève ; je m’habille ; je descends… le bruit le plus confus que jamais d’une bataille très importante à proximité ; salves, mitrailleuses… les chiens hurlent au loin.

Brisé de besoin de sommeil, je me recouche. A la grâce de Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Jeudi 12 novembre 1914

61ème et 59ème jours de bataille et de bombardement

… ce matin de Roucy faire un tour à Reims. Elle me disait qu’ils étaient absolument sur la ligne de feu comme nous et que parfois elle était obligée de descendre dans leurs caves (des creuttes (carrières et habitations troglodytes dans le département de l’Aisne)), elle est chez sa sœur, et n’a aucune nouvelle de son père ni de sa mère qui sont à Craonne ou Craonnelle, à quelques kilomètres de là ! En tout cas elle ne parait pas se faire beaucoup de bile ! Heureux caractère ou égoïsme ? Je ne sais.

8h soir  Faut-il se recoucher ? ou non ? Ah ! dormir ! J’irais jusqu’à dire toujours ! Quelle souffrance de se dire tous les soirs : dormirai-je ? ou ne dormirai-je pas ? et cela pendant 2 mois. Et quand nous conterons cela à nos amis, à nos connaissances, à nos parents qui vous portent tant d’intérêt, ils se moqueront de vous ! Eux étaient si bien, si à l’abri des coups ! « Comment, vous ne dormiez pas ? Oh que c’est drôle ! »

Le demi-feuillet suivant a été découpé

10h soir  A 9h1/2 comme d’ordinaire canonnade, sifflement de 2 ou 3 obus. Voilà Adèle qui déboule dans ma chambre en me disant : « M’sieur, n’entendez donc pas, moi je descends ! » Je me lève et m’habille sans grande conviction, je descends, et au moment d’ouvrir la lumière de la première cave je trouve l’électricité ouvert !! C’était mon Adèle que j’avais envoyé chercher une bouteille d’eau de Contrexéville à 7h qui l’avait laissé allumé. La grosse bête !! Nous sommes juste restés 10 minutes, et nous voilà remontés. Elle n’est ni figue ni raisin ! Cette grosse imbécile la…  En tout cas, çà m’a donné l’occasion de faire des économies de lumière, en me faisant trouver cette lampe allumée qui aurait pu brûler des heures et des nuits et des jours !! Elle ne pouvait pas nier que c’était elle ! C’est ce qui l’embête le plus ! Fiez-vous aux domestiques !! Enfin, çà a été un mal pour un bien !!

Allons-nous pouvoir dormir tranquille ? Cette fois !

11h10  A 11h encore un obus, tout près celui-là. Je m’habille et je descends, jusqu’à l’entrée de la cave seulement. Ma grosse bête est là, assise, elle n’était pas remontée. Un obus seulement. Je remonte. Vais-je faire cette comédie toute la nuit ?

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Coups de canon la nuit. Bombardement violent toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 12 – 4 h du matin, bombes, presque toute la nuit, mais lointaines.

Bombes vers 1 heure sur la maison Boquillon rue de l’École de Médecine, chez M. Thinot l’Abbé. On semble nous viser.

Visite de la Maison S. J.-B. de la Salle, et familles Becker, Camuset et Rome avec M. Landrieux. Rencontré M. Jacques Simon, verrier, dans la rue.

Visite à la Clinique Mencière. Vu le Commandant, frère du Préfet des Vosges, qui ne veut pas d’obsèques religieuses.

Réception de nombreuses lettres recommandées, parmi lesquelles une du Duc d’Orléans (2 octobre), celle du Pape (7 octobre).

De 8 h 1/2 à 9 h bombes ; de 9 h 1/4 à 9 h 1/2 silence ; de 9 1/2 à 11 h, terrible bombardement autour et auprès de nous. Descendu à la cave à 9 h, à 10 h jusqu’à 11 h.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Rue de l'Ecole de médecine - ReimsAvant - Montage : Véronique Valette

Rue de l’Ecole de médecine – ReimsAvant – Montage : Véronique Valette


Paul Dupuy

Sans interruption, le canon s’est fait entendre de 6 à 22 heures, et comme d’usage les bombes ont été partagées entre les différents quartiers.

À 13H1/2, lettre de Marie-Thérèse (8 9bre) demandant que j’envoie copies des pages d’André des 28 août et 5 7bre. Je les prépare ; bien souvent mes yeux se mouillent pendant ce travail, et c’est bien péniblement que j’arrive à le terminer.

En les envoyant demain à Limoges, je prierai qu’on m’autorise à y adresser aussi les originaux, que je trouve trop exposés ici.

À 22 heures, descente forcée en cave avec séjour jusque minuit.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Mercredi 11 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

11 NOVEMBRE –mercredi –

Bombardement toute la matinée ; on ne compte plus les points touchés… Une bombe rue Tronson-Ducoudray, qui a déplacé assez d’air place du Parvis pour défoncer les barrages de planches des deux porches latéraux.

10 heures soir ; Louis Midoc était venu dîner avec moi. En le reconduisant, je suis passé prendre M. le Curé, qui a bien voulu sortir avec nous et entrer avec moi à Notre-Dame.

Je laisse donc Louis sur le Parvis. Avec M. Landrieux, nous gagnons, par la porte engagée dans le barrage, le porche droit largement ouvert, puisque le bâti de planches est étalé. Je suis M. le Curé à son bras… nous enfilons la basse nef dans l’obscurité ; les vitraux ou le vide des ogives nous guident… parce que nous connaissons les lieux. Victor Hugo dit, dans l’Ange Liberté (Fin de Satan)

Là les vents ailés comme de sombres oiseaux en liberté Battent des ailes, s’ébrouent, vont et viennent en longs bruits effilochés, des ogives du nord à celles du sud, des fenêtres des croisillons à la rose vidée, ainsi la tempête dans une forêt aux chênes immenses, dans la hauteur et la profondeur d’inconcevables futaies…

Les portes claquent sèchement et sourdement dans les hautes galeries, des portes folles que rien ne retient plus… un tintinnement de haut en bas qui s’écrase sur la pierre ; ce sont des débris de vitraux que le vent chasse, des éboulements sinistres qui se répercutent exagérément ; ce sont les éboulis, les scabreuses réserves dans les angles de l’architecture admirable, qui croulent soudain, et relisent la destruction des obus meurtriers. Ainsi, depuis le haut de la Tour Nord… où le drapeau de la Croix Rouge doit bien claquer…

Nous avons dit avec M. le Curé trois dizaines de chapelet et le « Salve Regina », à l’autel de la T. Ste Vierge, l’autel de ma première messe ; j’ai pleuré là le tragique de l’heure, les pleurs de mon sacerdoce…

Nous sommes revenus avec M. le Curé, pénétrés l’un et l’autre, sans nous le dire… et si recueillis.. !

Des murs croulaient là-bas dans les ruines où les cheminées et les pans de mur bravent la tempête – car c’est une vraie tempête – et des lueurs intenses marquaient le ciel du côté où l’incendie avait fait rage toute la soirée, vers Cérès.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Mercredi 11 novembre 1914

60ème et 58ème jours de bataille et de bombardement

4h35 soir  Depuis une heure le canon gronde sans discontinuer du côté de Berry-au-Bac, Cormicy, Loivre… Est-ce la délivrance ? Il parait que mon clerc Loeillot aurait dit à mon boulanger Metzger que Witry-les-Reims serait repris ?! J’en doute, car ce village est sous les feux croisés de Brimont, Fresnes et Berru !! Ce serait trop beau !! Nos galonnés seraient marris de ce succès ! Pensez donc, ils seraient obligés de quitter leurs cantonnements d’hiver si bien organisés !!

8h soir  A 6h je somnolais au coin de mon feu après avoir traîné ma misère dans les rues pour aller chercher mon journal chez mon brave boulanger, et repassé à St Jacques… que dire ? Oh ! rien… on priait ! Je n’ai eu qu’un mot : « Oui, priez tous les autres pour moi, je ne puis plus prier ! » Je rentrais et là somnolait. Je m’endormais quand un coup d’obus éclatant me fait sursauter. Je descends à cet avertissement à la cave ! Bien humble, bien docile… mais brisé. Non, il ne faudra pas que cela dure trop longtemps, sans cela j’y laisserai certainement mon intelligence, ma volonté, mon vouloir et… ma santé !! Après tous les ébranlements de 60 jours de bataille et de 58 jours de bombardements plus ou moins intensifs, et aujourd’hui c’était une des rééditions des beaux désastres, eh bien non ! Je n’en puis plus !!

Or vers 6h1/2 nous remontons, ma pauvre Adèle et moi, bien démontés. « Et M’sieur, quand çà finira-t-il ? » – « Oui, quand cela finira-t-il ?? »

Remontant dans ma chambre je regarde à ma fenêtre, il était exactement 6h35. Une lueur d’incendie, derrière chez Martinet, loin, et qui tonne encore (8h20). Ils ne laisseront rien de notre pauvre ville.

8h20  En ce moment il fait une tempête de vent terrible, vent du sud presque sans pluie, chaud et agréable en toute autre heure !

Vent des Avents qu’enfant j’entendais avec tant de plaisir, mêlé à un peu de crainte quand dans mon petit lit de St Martin, je ronronnais et rêvais à la joie de revivre le lendemain mes jeux d’enfants !! et que je pensais à Noël et au jour de l’An ! Et mon Dieu nous étions, oh ! bien humbles ! bien simples ! (passage rayé) J’avais l’Espace, mon vieux chien et tout ce qui m’entourait !! Le vent qui soufflait, la pluie qui cinglait ! Les feuilles qui tourbillonnaient, la caresse chaude de ces vents de l’Avent qui, tout en vous faisant frissonner vous réchauffaient de leur air pur et vivifiant qui vous fouettait. J’étais heureux ! Je n’avais pas d’histoire ! Et las ! maintenant ? Je vis ma misère ! Reverrai-je jamais mon cher St Martin ? les coins aimés, les arbres que j’ai plantés avec une caresse du regard et de la pensée ? Serais-je encore dans mon pauvre jardin de mon Père ?? oui, j’ai tant vécu, tant pensé et surtout tant voulu le bonheur, la tranquillité, la sécurité des chers Miens, Père, Mère, Femme, et Enfants ?? Leur joie de vivre sans soucis !! Et être digne d’eux ! Dieu me permettra-t-il d’y revenir mourir, dormir de mon dernier sommeil comme Chateaubriand sur son rocher de St Malo !! Oui ! Dormir ! Mourir !! Dans mon St Martin !

Saint Martin ! C’est votre fête aujourd’hui ! Sauvez ! Protégez ! Délivrez l’enfant de votre village de Champagne !! Et faites que bientôt il revoie, libre, les siens ses chers aimés et le foyer Paternel, et qu’il puisse prier en action de Grâces dans votre pauvre et chère église de St Martin !

Le demi-feuillet suivant a été découpé

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Nuit mouvementée ; il a fallu se relever. Des obus sont tombés autour de la cathédrale.

En me dirigeant, le matin, vers le quartier Saint-André, je vois, en débouchant de la rue des Élus, un véritable sauve-qui-peut sur la place des Marchés, où il y a beaucoup de monde, aujourd’hui mercredi ; il est 8 h 20, un obus vient d’éclater rue Pluche.

– Bombardement toute la journée. Vers midi 1/2, un projectile explose à l’imprimerie coopérative.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

La place des marchés, actuelle place du Forum

La place des marchés, actuelle place du Forum


Cardinal Luçon

Mercredi 11 – Toute la matinée, bombardements intermittents, mais fréquents. 1 heure, reprise du bombardement, bombes très rapprochées. Une d’elles tombée chez M. Amouroux, dans notre jardin et, de là dans la maison ; elle était incendiaire (1). L’ébranlement de l’air a brisé les fenêtres de M. Compant, qui demeurait au-dessus de la salle à manger (2 carreaux de la fenêtre la plus rapprochée de la maison voisine), une fenêtre de la cave à la porte sous ma fenêtre, et enfin un verre de la fenêtre de mon bureau, près de ma table de travail, dans l’angle de la maison et de la maison Milton.

Visite de M. Desgranges ; d’un prêtre de Lille.

9 h du soir, bombes ; presque toute la nuit, mais lointaines, à 4 h du matin du 12.

Lettre du Pape dans La Croix du mercredi 11.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

Un lent bombardement répartissant des obus un peu partout a sévi toute la journée ; c’est entre 12H1/2 et 13H1/2 seulement qu’il nous a forcés à abréger le déjeuner pour nous garer de ses effets.

Beaucoup d’éclats sont tombés devant le 23, provenant des projectiles qu’ont reçus les immeubles des docteurs Simon et Lelièvre.

À 13H45 : lettre de J. D. (9 9bre) donnant des détails sur l’organisation de la vie de famille d’Épernay ; pas pour nous d’aller leur tenir compagnie.

Honorine veut aussi rester avec elles.

Ce n’est pourtant qu’à 23H que je leur donne le bonsoir définitif, car à partir de 21H il avait fallu à nouveau se mettre à l’abri.

La tempête fait rage ; on ne peut s’empêcher de songer que si des bombes incendiaires nous étaient lancées le feu se propagerait avec une rapidité et une intensité qui rendraient tout secours illusoire. Avec cette hantise, dormez si vous pouvez.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

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Lundi 9 novembre 1914

Louis Guédet

Lundi 9 novembre 1914

58ème et 56ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Le reste de la nuit a été relativement calme et nous n’avons pas reçu d’obus ! Ce matin journée fort grise.

5h soir  Je me suis démarché pour m’assurer de voir si je pourrais aller à Paris voir les miens. Je crois que je le pourrais, mais je me demande si j’en aurai la force et le courage !!

Le demi-feuillet suivant a été découpé, absence des feuillets 159 et 160.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

A 10 h, les employés de la mairie se réunissent dans le cabinet de l’administration municipale, et M. Raïssac, secrétaire en chef, se faisant leur interprète, présente à M. le maire les félicitations du personnel de l’hôtel de ville, pour la distinction que le gouvernement lui a décernée.

M. le Dr Langlet, ému de cette démarche spontanée et toute de sincérité, remercie par quelques paroles sans recherche, en déclarant simplement qu’il a accepté la décoration qui lui a été remise comme maire de la ville et qu’en cette qualité il en est fier, estimant ainsi que l’honneur doit s’en reporter sur ses collaborateurs et sur la vaillante population de Reims.

Réunion des plus touchantes, après laquelle chacun reprend aussitôt ses occupations, tandis que les obus se font entendre.

– Dans Le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons :

Le Cardinal à Clairmarais

Samedi, dans la matinée, le cardinal Luçon a rendu visite à ses diocésains de la paroisse du Sacré-Cœur, à Clairmarais.

Le dévoué curé de la paroisse, M. l’abbé Abelé a guidé son Éminence dans ce quartier qui a été si particulièrement éprouvé.

Monseigneur s’est entretenu avec les pauvres gens, à la situation desquels il s’est vivement intéressé.

Son Eminence a reçu partout le meilleur accueil. Les habitants de Clairmarais conserveront le souvenir de cette visite toute paternelle et réconfortante pour eux.

Déjà le 28 octobre, le journal avait donné cette autre relation :

Une visite du Cardinal aux Trois-Piliers.

S.E. le Cardinal Luçon, toujours plien de sollicitude pour ses diocésains, par ces jours de bombardement, s’est rendu lundi dernier, vers onze heures du matin, rue des Trois-Piliers.

Les habitants, mères et enfants surtout, se sont empressés autour du paternel prélat, dont la bonté et la simplicité ont exercé sur tous un véritable charme. On était touché de l’entendre s’enquérir avec détails de l’absence du père, du mari, des frères, des enfants partis à la guerre ; des frayeurs qu’on avait dû éprouver et l’on se sentait réconforté. Voilà une visite dont on est fier aux Trois-Piliers et dont on vous dit, Monseigneur, merci du fond du cœur.

Un Trois-Piliers reconnaissant.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
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Quartier Clairmarais


Cardinal Luçon

Lundi 9 – A 7 h, messe clôture de la Neuvaine des Morts à S. Maurice. Journée tranquille, sauf quelques coups de canon, jour et nuit, mais lointains, pas de bombes sur la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

 Paul Dupuy

Et cependant, elle s’est passée sinon sans grand vacarme, du moins sans nous mettre dans l’obligation de nous lever hâtivement.

Nos gros canons donnaient en feu rapide et nos vitres en tremblaient ; beaucoup de personnes se sont effrayées d’une telle intensité et se sont mises à l’abri.

Pour nous qui, dans ces formidables coups, n’entendions aucune détonation suspecte, nous sommes restés au lit ; si nous n’avons pas beaucoup dormi, du moins nous ne nous sommes pas refroidis.

On dit que la lutte a été très chaude, les Allemands ayant fait grand effort pour rentrer à Reims ; l’attaque venait de la direction de Berry-au-Bac.

Dans la matinée se termine le déménagement de la cave d’André, voici tout ce qui est venu au 23 :

– 135 B. Corbières rouge ordinaire
– 48 B. rouge sans indication de provenance
– 136 B.St-Estèphe rouge 1906
– 4 B. Pommard rouge 1911
– 30 B. blanc ordinaire
– 122 B. Graves blanc 1906
– 4 B. huile d’olives
– Bouteilles vides
– 1 Bidon essence pour auto
– 4 porte-bouteilles
– 2 chantiers
– 1 feuillette vide
– 2 tinettes – 1 planche à laver
– 1 Trépied – Tréteau
– 1 fourneau à lessiveuse
– 4 sacs environ de Houille

L’arrivée et la mise en place chez moi de ces épaves, représentant tout ce qui reste du foyer de nos enfants, me causent une poignante émotion.

Pauvre fille ! Quel courage il te faudra encore pour faire face aux nécessités de ta vie nouvelle dans la privation des souvenirs de ton cher mari.

De là-haut, André, soutiens-là et prie pour elle et pour nous tous qui te pleurons.

14H Amicale lettre de Mr et Mme Joët-Lagarde qui s’associent à notre deuil, dont un mot du 2 9bre leur avait fait part.

Ils disent avoir vu Marcel, de passage à Fère-Champenoise peu après la bataille de la Marne ; selon eux, leur garde-manger n’offrait pas beaucoup de ressources à ce moment, et ils n’ont pas pu ravitailler à leur gré notre grand cuirassier, qui a cependant emporté ce qui leur restait de chocolat.

 Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Lundi 9 novembre

L’offensive française se manifeste sur tout le front du Nord. A Soissons, nous avons pris pied sur le plateau de Vrégny.
Les Russes, après avoir chassé les Allemands bien au delà de la Wartha, ont pénétré dans la province prussienne de Posnanie Ils sont arrivés jusqu’à la localité de Ploeschen, coupant le chemin de fer de Posen, à 80 kilomètres environ de cette grande place. En même temps, leurs contingents progressent près de Stalüpenen et Lyck dams la province de la Prusse orientale. Cette double avance est le résultat des succès remportés par le grand-duc Nicolas, en Pologne et en Galicie, où sept armées austro-allemandes ont été mises en échec.
Dans l’Arménie turque, les forces russes ont pris la position stratégique de Koeprikeuy, prés des sources de l’Euphrate et à 30 kilomètres seulement d’Erzeroum.
Les fusiliers-marins anglais ont débarqué à Fao, au débouché de Chatt-el-Arab, dans golfe Persique; tandis que des contre-torpilleurs canonnaient la côte d’Asie-Mineure. L’offensive turque tarde vraiment à se dessiner.
La Serbie et la Grèce négocient très activement avec 1a Bulgarie afin de reconstituer la ligue balkanique de 1912. Cette restauration pourrait être très dangereuse pour la Turquie.
L’or et les vivres font de plus en plus défaut en Allemagne comme en Autriche, où joue la loi du maximum. A Berlin, il est interdit de donner, dans les restaurants, du pain à discrétion aux consommateurs; à Strasbourg, il est défendu de payer autrement qu’en billets; en Autriche, le chômage est tel que le gouvernement redoute des troubles sérieux.
L’Italie a fait savoir à la Porte qu’elle ne permettrait pas qu’il fût touché au canal Suez par les troupes ottomanes et qu’elle prendrait, le cas échéant, d’accord avec l’Angleterre, des mesures de sauvegarde.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 8 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

8 NOVEMBRE – dimanche –

Un obus hier chez le Marquis de Polignac… Rue de Tambour, le célèbre Pingot a toutes ses vitres défoncées. « Vous êtes nettoyé », lui dis-je en passant… « – Oui, c’était vers 9 heures ; je prenais un verre au comptoir ; j’ai failli mourir en vrai bistro… mais les verres, je m’en f… Du moment que ma femme reste. C’est que si je n’avais plus ma femme, je serais sac…ent emm… dé ! Tiens – à sa femme – tu partiras avec Mme Richard. Il y a encore assez de femmes à Reims » Textuel ! quelle mentalité, Quel gâchis moral !

(une page déchirée)

A propos du poste d’observation les 14 et 15 sur la cathédrale, discussion entre le général et son chef d’état-major. Celui-ci prétend que ce n’est pas avoir établi un poste d’observation que le fait, pour des officiers, d’être montés là-haut, d’autant qu’ils ne se sont nullement occupés du tir des batteries… Le général prétend au contraire que c’était là un poste d’observation, mais qu’à partir du mardi 15, les allemands ne pouvaient plus invoquer rien de semblable.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Dimanche 8 novembre 1914

57ème et 55ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Journée calme et grise. Qu’aurons-nous ce soir ? Serons-nous tranquilles ? Quelle angoisse ! Quand arrive la nuit et que l’on est obligé de se demander ce qui va arriver ?!! Mon Dieu, ayez pitié de notre misère !

Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de ma chère femme et de Marie-Louise. J’ai employé une partie de mon après-midi à préparer les linges, vêtements, etc… qu’elles me demandent de leur envoyer ! En prenant, cherchant, rangeant tous ces chers objets, j’avais le cœur serré. Je pleurais malgré moi. Mes chers aimés, vous ne savez pas ce que j’ai souffert en faisant cela ! J’ai si peu de courage maintenant !! Je n’y survivrai pas, je crois !

8h20 soir  C’est extraordinaire comme la vie, l’espoir, le désir de ne plus souffrir vous retient.

Ainsi hier soir à 8h10 je descendais à la cave. Et de ce moment je suis désemparé, désespéré.

Et en ce moment je me reprends à espérer et à… arriver à revivre ! Quel champ d’études, d’expériences, de remarques pour un psychologue, pour un analyste !! On est comme un misérable, un condamné à mort qui attend l’exécution de sa sentence, avec cette différence que la sanction n’a pas été rendue, jusqu’à décréter que malgré tout on est sous le coup de la mort qui peut arriver… brutale, nette, sans prévenance, sans jugement, en ce moment !!

Un obus qui siffle… déraille… l’éclat et… la sentence est rendue ! Voilà ma vie… la vie de nous tous rémois restés à leur poste… depuis 55 jours ! N’y a-t-il pas de quoi devenir fou ? Et malgré tout… l’espoir de vivre, de survivre à ces heures tragiques… me reprend malgré moi ! Que la puissance de vivre, de vouloir vivre est formidable !! Elle est toujours « Vainqueur ».

Le demi-feuillet suivant a été découpé.

8h37 soir  Voilà le canon qui regronde !! Attendons la réponse du berger à la bergère !! Pourvu que ce ne soit pas sur nous, pauvres hères ! qui n’en pouvons mais !

11h20  Effroyable fusillade et canonnade. J’en suis réveillé en sursaut !! Mon Dieu, ayez pitié de nous !

J’entends les cris des combattants et les « Hourras » de l’ennemi !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

8 novembre – Journée calme.

M. Viviani, Président du Conseil des ministres, vient dans la matinée à l’hôtel de ville, remettre à M. le Dr Langlet, maire, la croix de chevalier de la Légion d’Honneur.

– Comme suite au compte-rendu de la séance du conseil municipal donné hier, Le Courrier ajoute ceci, aujourd’hui :

Conseil municipal.

Au début de la séance de jeudi, tont nous avons donné le compte-rendu, un incident assez vif s’est produit.

L’Éclaireur de l’Est le relate en ces termes :

Comme M. Lelarge s’étonnait de la présence au conseil de M. Lesourd, adjoint au maire et sous-directeur de l’École professionnelle, et de M. Tixier, conseiller municipal et conseiller d’arrondissement, qui firent une assez longue absence tout récemment, M. Lesourd prétexta que des raisons familiales l’avaient déterminé à quitter Reims.

M. le maire, dans un langage très digne, rétablit les faits à leur exacte proportion et, en attendant la sanction administrative, on passa à l’ordre du jour.

– Canonnade terrible le soir et bombardement.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Messe à 10 h pour les Fondations confisquées à la rue du Couchant.

Lettre au Saint-Père ; envoi d’un Rapport sur l’incendie de la Cathédrale et le sauvetage des blessés allemands. On apprend la mort du Capitaine Rigaud,(1) tué à Mametz.

Combats violents autour de Reims. Sans bombes sur la ville.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) 28 septembre 1914 (JMO du 37er RI)


Paul Dupuy

Le courrier apporte deux cartes de Marcel des 29 8bre et 1er 8bre qui n’apprennent rien ; il va bien, c’est le principal.

Puis lettres J. D. (5 9bre) et Marie-Thérèse (6 9bre) donnant de tous des nouvelles satisfaisantes.

Du déjeuner de midi, Mme Jacquesson nous assure que la bataille s’est déroulée une grande partie de la nuit dans les directions de Witry et de Cernay, l’obligeant à se retirer à la cave ; consécutivement, c’est la 5e séance de la semaine qu’elle subit ainsi sans se déshabiller.

Un temps brumeux fait de ce dimanche un jour triste à l’excès en fin duquel on voudrait pourtant pouvoir ne pas aller coucher de crainte des surprises de la nuit.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Rue du Couchant

Rue du Couchant


Dimanche 8 novembre

Les engagements en Flandre, comme partout d’ailleurs, demeurent à l’avantage des alliés.
Sur l’Aisne, près de Vailly, nous avons reconquis tout le terrain précédemment cédé. Dans l’Argonne et dans les Hauts-de-Meuse, les tentatives ennemies ont totalement échoué. Les communiqués anglais et belges sont très réconfortants et le bulletin belge spécialement annonce la retraite d’une partie des forces allemandes dans la direction de Bruxelles.
L’Angleterre publie maintenant un récit officiel du combat naval dans les eaux chiliennes, combat qui, malheureusement, ne lui a pas été favorable.
Mais cet échec est peu de chose à côté de la défaite ou mieux du désastre que les Russes ont infligé aux Austro-Hongrois en Galicie. Les armées de François-Joseph décimées, et qui ont laissé des milliers et des milliers de prisonniers, ont été rejetées sur les Carpates, et coupées des armées allemandes, la route de Cracovie et de la haute Wartha est désormais libre pour nos alliés.
La flotte russe qui opère dans la mer Noire a bombardé Songouldak et détruit plusieurs transports ottomans qui portaient des hommes, des vivres et des munitions.
Les troupes du tsar dans le Caucase ont complètement dispersé les régiments turcs et kurdes qui leur étaient opposés.
L’armée japonaise s’est emparée de l’arsenal de Tsing-Tao,aprés six semaines d’investissement. C’est un lourd échec pour l’orgueil de Guillaume II, qui se flattait de créer un empire germanique d’Extrême-Orient, en face du Japon.
L’état-major suisse dément le bruit d’après lequel l’Allemagne aurait demandé le libre passage de ses troupes à travers le district de Porrentruy

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 7 novembre 1914

Abbé Rémi Thinot

7 NOVEMBRE ; – samedi –

Brouillard intense ; j’en profite pour monter sur la tour Nord et enlever le téléphone établi le lendemain de la catastrophe du dirigeable… Il a été enlevé par quelqu’un qui a eu la même idée que moi, mais qui a eu la maladresse de laisser des fils à l’extérieur, vers l’Est.

Je les enlève ; autre maladresse ; l’entrée des tourillons porte encore à la craie ; téléphone, bombes, magasin, bombes… Bombes veut sans doute dire marrons pour signaux, se rapportant à l’installation du projeteur électrique bien avant l’invasion. J’efface ces inscriptions.

Le général de Frontignan a fait descendre le téléphone jeudi dernier par le concierge de l’ancien archevêché. L’Abbé Andrieux avait descendu les fusées le 9 septembre (de l’occupation), la veille du jour où les allemands demandèrent à occuper la Tour.

…les allemands installèrent un téléphone portatif avec fil dans l’escalier, pendant les derniers jours de l’occupation. Ils emportèrent le tout ; on trouva juste là-haut, le pétrole et des débris de victuailles.

…les 14 et 15 septembre, les Français établissent un poste téléphonique portatif… qui ne fut pas maintenu. Ceux-là refusèrent de passer par les échafaudages – il eût fallu des lanternes pour l’ascension des échelles la nuit ; ils passèrent par la cathédrale ; les fils passèrent dans l’escalier, puis directement depuis l’étage de la Galerie des Rois (vitraux) vers la rue du Trésor ; des hommes étaient en bas, l’instrument aux oreilles, pour transmettre les ordres… Il n’est rien resté de cette installation.

Copie d’une lettre insérée dans les mémoires de l’^Abbé (auteur inconnu) probablement un prêtre??

Je vous envoie un journal « La Presse de Turin » Il y a en Suisse et en Italie une polémique au sujet d’une déclaration, puis d’un démenti de l’abbé Landrieux, à propos d’un poste d’observation sur la cathédrale. Eh ! bien, il faut dire ce qui est !

Jusqu’au 2 septembre, tout Reims a vu le poste de T.S.F. installé tour Nord. Le 13 ou le 14 plutôt, lundi, c’est cela, j’étais sur le Parvis entre 5 et 7 heures du matin. Un brigadier d’artillerie, petit, gros, portant en bandoulière un appareil ressemblant à un appareil photographique, m’aborda et me dit ; « Pour aller à la tour, s.v.p. ? » « Oh ! Monsieur, lui dis-je, le grand portail n’ouvre pas ce si matin ; faites le tour par le petit ; entrez et demandez le sacristain ». Il me répond ; « C’est ennuyeux ; je suis pressé ; il faut que je monte là-haut pour observer ! »

Eh ! bien, à mon sens, ces gens (les allemands) doivent connaître ces choses. Pourquoi les déguiser ?

Disons-le ; on nous a volé nos églises, on a dépensé nos deniers en inventaires et en liquidations au lieu de faire des canons et des ballons d’observation… et maintenant, après avoir laissé en ruines nos églises, on est bien content de s’en servir pour des choses et des usages absolument contraires à leur pieux objet.

Après tout, les Prussiens ne font qu’achever l’œuvre de destruction si bien (hélas) commencée par nos farouches radicaux. Pauvre France ! punie par où elle a pêché !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 7 novembre 1914

56ème et 54ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  On s’est battu la majeure partie de la nuit, mais nous n’avons pas été bombardés. Ce matin, journée de novembre, sombre, grise, lugubre. Ce n’est pas cela qui met du soleil et de l’espoir au cœur !…

11h3/4  Eté posté à la Poste une lettre à l’Étude de Rousseau-Dumarcet, notaire à Nantes, passé de là jusqu’à St Joseph, rue de Venise. Rue des Capucins, près du coin de la rue du Jard, je rencontre Ronné avec lequel j’ai été hisser nos couleurs sur la tour Nord de la Cathédrale le 13 septembre 1914 au matin. Nous causons, il me dit qu’il va bientôt partir pour Guingamp. Alors je lui reparle de notre escalade et escapade du 13 septembre 1914, et lui demande : « Ronné, c’étaient-ils bien 2 petits bidons et un gros bidon de pétrole que les prussiens avaient laissés là-haut sur la dernière plateforme de la tour Nord de la Cathédrale, sous la plateforme en bois ? – «  Oh ! non ! Monsieur Guédet, c’étaient deux gros bidons et un petit. » (2 de 10 litres et 1 de 5 litres). « C’est moi qui ai descendu les 2 gros et M. l’abbé Dage le petit. » – « Dites donc ! Ronné, on prétend que ce sont les Français qui les auraient laissés là ces bidons le 2 ou le 3 septembre, quand ils se sont retirés devant les Prussiens ? » – « Çà, ce n’est pas vrai, M. Guédet, car ces bidons là n’étaient pas où nous les avons trouvés avec vous quand je suis allé avec l’abbé Andrieux arborer le Drapeau blanc des allemands, lorsqu’on nous canardait le 4 septembre 1914 à 10h du matin. Pour çà non, ils n’y étaient pas ! Je les aurais bien vus, puisque nous sommes restés un moment sur la dernière plateforme et sous la plateforme en bois où nous avons trouvés ensemble le 13, en attendant que çà siffle moins. Je les aurais bien vus ! Pour çà non ! Ce sont les allemands qui les ont mis là depuis et les ont laissés. Çà ne prend pas çà avec moi ! »

Voilà donc le point d’Histoire fixé par le témoin oculaire du 4 septembre, et par nous 3 les témoins du 13 septembre.

Il était 10h du matin quand j’ai eu cet entretien avec Ronné pris au coin de la rue du Jard, 2 ou 3 maisons côté pair avant le coin de la rue du Jard qui descend vers le canal, devant les numéros 72, 74 et 76. Ce que (rayé) être si bien (rayé) ???

En tout cas je suis enchanté de cette déclaration de Ronné qui fixe ce point, point impartial et historique en premier chef.

Dans un autre ordre d’idée, tout en s’en rapportant, je bondis de rage quand chaque fois que je sors je trouve et rencontre des tas d’automobiles garnies de fanions de toutes les couleurs et de toutes natures, des Croix-Rouges, et qui sont là devant des cafés, des brasseries, des bouibouis et attendent mélancoliquement leurs… Seigneurs et Maîtres qui sont là devant des hommes en des boui-bouis qui s’amusent à boire, à rire avec des femmes de toutes espèces !… Oh ! ceux-là on ne verra que rarement leurs autos stationner devant les Hôpitaux, les Lazarets, ou les maisons ou établissements où leur devoir les appelle, et d’où ils ne devraient jamais sortir ni quitter !

Je viens de recevoir la visite de M. Tassinier (à vérifier), commissaire spécial à la gare de Longwy, détaché ici et adjoint en ce moment à M. Mailhé, commissaire à la gare de Reims où il demeure 13, rue Blondel, chez M. Letellier, qui est venu me dire qu’il pouvait m’avoir un permis (passeport) pour Paris, aller et retour pour la semaine prochaine, mais il m’a demandé instamment de ne pas dire comment je me le suis procuré. J’irai donc voir le Procureur de la République lundi pour m’entendre avec lui sur le jour de mon départ. Mon Dieu ! merci et pourvu que je puisse faire ce voyage sans arrière pensée et sans le souci de ma maison, de mon étude. Je souhaiterais plutôt qu’en partant je sache que les allemands sont partis de Reims. Enfin, à la Grâce de Dieu.

Nos artilleurs disaient ces jours-ci à Jules Meunier, mon petit employé des chemins de fer, que les allemands envoyaient des obus qui avaient 1m05 de hauteur, rien que l’obus, sans la gargousse.

8h10 soir  J’ouvre la fenêtre du cabinet de toilette, une lueur et un éclatement vers l’Hôtel de Ville. Un deuxième, un troisième. Je referme et vais chercher mes affaires, et au moment de descendre un bruit formidable, c’est tout près. Nous descendons à la cave. A 8h40 je n’y tiens plus, nous remontons, et par la porte vitrée du jardin une lueur formidable d’incendie derrière le grand mur de notre voisin M. Legrand. C’est dans la direction de la rue Noël, mais de la chambre de Marie-Louise ce doit être plus loin.

9h  Faut-il se coucher ou pas ?? oser attendre ? encore ?

En tout 6 à 8 obus pour ce moment !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Bombardement sur le centre.

Le conseil municipal s’étant réuni à Reims, le jeudi 5 courant, on peut lire le compte-rendu de sa séance, dans Le Courrier de ce jour. En voici le résumé :

Conseil municipal
Séance du 5 novembr
e 1914

La séance est ouverte à 3 h25, sous la présidence de M. Langlet, maire.

Etaient présents : MM. Gougelet, Drancourt, Lesourd, Chezel, Tixier, Rousseau, Perot, Guernier, Bataille, Jallade, Demaison, Charles Heidsieck, G. Houlon, Em. Charbonneaux, P. Lelarge, Mennesson-Dupont.

Absents et régulièrement excusés : MM. de Bruignac, Chevrier, Lejeune, Mennesson-champagne, Demorgny, Rohart et les conseillers à l’armée.

Le conseil vote divers crédits et ratifie les traité conclu avec M. Elie Gaissier, pour exploitation de la vente à la criée (2e lot-viande), pendant l’absence de Me Bonnars, commissaire-priseur, adjudicataire, appelé sous les drapeaux.

La séance est levée à 3 h 55.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 7 : Nuit du 6-7 tranquille ; matinée silencieuse.

Visite à Clairmarais et tout un circuit de rues, en compagnie du R.P. Abelé. Soir, à 8 h bombardement terrible ; commençant loin, puis plus près, puis très près, puis tout près, comme avant hier. Cette méthode fut suivie pendant longtemps. Une fois arrivé à la ville, le bombardement semblait pilonner un quartier, une rue. Incendie du bureau du service médical de la gare. On ne parle pas de victimes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Collection : Véronique Valette

Collection : Véronique Valette


Paul Dupuy

À 8 heures nous allons à l’Hôtel-de-ville chercher l’autorisation de circuler dans les ruines et d’en emporter ce que nous y trouverons, mais c’est le Commissariat du 2e Canton qui, seul, a qualité pour nous la délivrer et nous nous rendons boulevard Jamin.

Munis du papier qui nous donne toute liberté nous revenons au but de notre course. Mais là, la forte émotion m’étreint en mettant le pied sur ces ruines dont l’amoncellement recouvre les cendres de ce qu’a été le nid de nos enfants, et j’éclate en sanglots en pénétrant à la cave que notre cher André tenait en si parfait état.

Hénin respecte ma douleur ; il est impressionné lui-même.

L’inspection des lieux à laquelle il se livre avant moi, lui révèle des traces d’effraction aussi bien sur la porte d’entrée que sur le grillage de sûreté d’un porte-bouteilles maintenant vide, et les nombreux papiers gisant à terre témoignent que tout le Champagne a disparu.

Il y a donc urgence à enlever de suite ce que les maraudeurs ont laissé, et c’est dans cette intention que je viens demander l’aide de Sohier pendant que Henri file chercher caisses et brouette.

Retenu à la maison, je laisse mes employés commencer l’opération du déménagement, et au cours de leur travail ils voient se confirmer les soupçons déjà germé sur la personnalité des maraudeurs : deux groupes de deux pompiers, qui se cachent aussitôt découverts, affirmant par leur présence insolite à cet endroit qu’il n’y a pas lieu de chercher les coupables ailleurs.

Ces tristes sires profitent ainsi de la liberté d’allure que leur procure leur uniforme occasionnel pour dépouiller les sinistrés ! pouah !

Je signalerai le fait à M. de Bruignac, en le prévenant que j’ai cru bien faire en remisant aussi au 23 onze bouteilles champagne trouvées dans la cave de l’Action libérale, voisine de celle d’André.

Le transfert du vin restant se poursuit dans l’après-midi sans pouvoir être terminé ; pour laisser place nette, 3 voyages seront encore nécessaires.

À 17H1/2, Mme Gillet, rémoise émigrée à Épernay, où elle s’est rencontrée avec les nôtres, vient dire qu’elle prendra volontiers les commissions dont on voudra bien la charger pour là-bas, nous préparons donc lettre et boîte de poires qui lui seront portées le lendemain pour 8H rue de Thillois 32.

20H1/4 Forcés encore de nous abriter, nous passons une heure en cave pendant que brûle une maison annexe de la gare entre cette dernière et la rue de Courcelles.

Du 7 au 8, nuit de demi-sommeil qui fatigue plus qu’elle ne repose.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de laVille de Reims, archives municipales et communautaires


Samedi 7 novembre

C’est surtout autour d’Arras que l’ennemi porte actuellement ses efforts. Il semble au surplus, qu’il modifie une fois de plus son plan d’attaque et aussi la composition de ses effectifs.
Un convoi a été détruit par notre artillerie au nord de la forêt de Laigue. Vive action à la baïonnette, victorieuse pour nous, dans l’Argonne.
Le généralissime russe, grand-duc Nicolas, signale dans deux dépêches au général Joffre et à lord Kitchener, une victoire des Russes, remportée en Galicie par ses troupes. Jaroslaw a été reprise par celles-ci qui ont fait plusieurs milliers de prisonniers.
Les forces russes du Caucase ont brisé une contre-attaque turque. Elles marchent en deux corps sur Van et Erzeroum, deux des places importantes de l’Arménie.
Les universités françaises adressent aux universités des pays neutres une série de questions d’où se déduit la responsabilité écrasante du gouvernement allemand dans tous les méfaits commis par les envahisseurs teutons en Belgique et en France. Cet appel se termine en ces termes :  » Comme les armées alliées, les universités françaises défendent pour leur part, la liberté du monde. »
Rien n’est encore venu confirmer la nouvelle de la victoire navale allemande dans le Pacifique, victoire annoncée jusqu’ici par les seuls Allemands. Par contre, il est avéré que le Yorck, le croiseur germanique qui a coulé devant Wilhelmshaven, a été détruit par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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