• Category Archives: Louis Guédet

Jeudi 24 juin 1915

Louis Guédet

Jeudi 24 juin 1915

285ème et 283ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pas un coup de canon. Chaleur lourde, orageuse, pas de pluie. Mis tout au point, fais quantité de courses. Vu Procureur de la République, M. Bossu, fort découragé en disant qu’on ne reconnaitra jamais ce que nous avons fait et que du reste à Paris on s’en moque ! Cela ne m’étonne pas.Du reste tout le monde ici est de cet avis et envisage de plus en plus un nouvel hivernage devant Reims !! Alors, que faire ? Je ne pourrai guère rester dans mes ruines !! Chercher un nouveau logement ? Où ? Mon Dieu quel problème !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf vers 9 h 1/2, une grosse détonation qu’on prétend être française. Journée tranquille ; visite de M. le Curé de Perthes qui me raconte les cruautés des Allemands dans sa paroisse.

Visite à l’ambulance russe (1) ; thé, photographies.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Jeudi 24 Juin 1915. Aujourd’hui sur Le petit Parisien on reparle du jeune homme du 44e. C’est un dénommé Joseph Bernard. Ses parents habitent rue du faubourg Saint-Cosne à Chalon-sur-Saône. Ils expliquent que s’ils ont eu des nouvelles de leur fils, c’est par hasard. Ils lui avaient envoyé une lettre à son nom et adressée au bureau de poste N°24 à Berlin. C’est de là qu’ils ont eu des nouvelles. Il leur dit qu’il est en bonne santé mais il réclame des aliments. J’ai écrit à Berlin et aux parents du jeune homme. Si seulement j’avais des nouvelles, que je serais heureuse de t’envoyer des petites friandises.

Ton coco fait sa bourse. Il garde ses petits sous pour acheter du chocolat à son papa Charles. Il te réclame toujours. Je lui ai dit que les boches t’avaient enfermé dans une maison et que tu ne pouvais sortir. « J’irai ouvrir la porte, me dit-il ; mon papa Charles pleure ; il s’ennuie après son coco ». Il comprend déjà bien.

Mais que c’est long ! Jusqu’ici ils avançaient vite dans le Nord , mais voilà les opérations qui retardent encore une fois. Pourtant Mme de Thèbes prédit la fin de la guerre pour le 6 Octobre et j’ai du mal à croire qu’elle sera terminée. J’aurais plus de patience si je te savais vivant.

Je te quitte mon bon tit Lou. J’espère toujours…

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

le 24 il vient avec S/lieut. et le 49 nous avons fait le salon

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


près de la place de la République

près de la place de la République


 

Jeudi 24 juin

Quelques actions d’infanterie dans le secteur au nord d’Arras : nous avons progressé au nord de Souchez. D’Angres à Ecurie, canonnade violente.
Près de Berry-au-Bac, nous avons fait exploser une mine et endommagé les tranchées allemandes.
Canonnade violente en Champagne, sur le front Perthes-Beauséjour.
Sur les Hauts-de-Meuse, à la tranchée de Calonne, l’ennemi a prononcé une violente contre-attaque qui lui a permis de reprendre sa deuxième ligne, mais une nouvelle contre-attaque de notre part l’a, à son tour, refoulé.
Bombardement aux lisières du bois Le Prêtre.
En Lorraine, nous avons enlevé deux ouvrages près de Leintrey : nous avons fait des prisonniers.
Dans les Vosges, l’orage a contrarié les opérations.
Aux Dardanelles, nous avons pris plusieurs lignes de tranchées turques, et les troupes ottomanes ont subi des pertes très sensibles.
L’armée russe a remporté des avantages marqués aux deux ailes du front oriental. Elle a fait au total plus de 5000 prisonniers.

Share Button

Mercredi 23 juin 1915

Louis Guédet

Mercredi 23 juin 1915 

284ème et 282ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Calme. Temps lourd et orageux, pluies par ondées. J’ai enfin mon passeport. J’ai présidé la Commission d’allocation de matin, rien de saillant. Je vais donc partir vendredi 25 à 8h1/2 matin pour arriver le soir à 6h. Je ne puis prendre Jacques Wagener parce que luxembourgeois et que s’il sortait il ne pourrait revenir à Reims !!

Reçu les nôtres de M. Hochet sur l’occupation prussienne de Reims comme interprète. En dehors de la phrase sur les 2 parlementaires il y en a une autre dite sur le parvis de l’Hôtel de Ville par un capitaine prussien en voyant tout le peuple rassemblé sur la place en présence de M. Hochet et de M. Arnold, alsacien d’origine et concierge de la maison Bellevue, rue du Marc au coin de la rue de la Prison (le beau plafond) (rue de la Prison du Baillage depuis 1924)  « Ach was, ich verstehe nicht ihr französischer Quatsch ! Das alles ist Dreck ! Wir schiessen das Lumpensvolk nieder. Wissen Sie überhaupt nicht dass ein einziger unserer Soldaten mehr wert ist als ihr ganzes Gesindel !!

Tous les officiers prussiens avaient, dit-il, une attitude arrogante, brutale, lâche !! Les saxons étaient plus corrects !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit très tranquille. Visite à Saint-Benoit (codex) ; à la laiterie de la rue des Capucins ; rue du Jard. A 1 h 1/2 orage, peu violent et lointain ; pluie. Visite de M. Goloubef et un Colonel russe, chef de l’Ambulance, dans la fabrique de bougies, à la Haubette.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 23 Juin 1915. Neuf mois aujourd’hui. C’est navrant. Où es-tu mon pauvre Lou ? Ce que tu dois souffrir aussi, encore plus que nous ! Car peut-être as-tu faim, toi qui avais si bon appétit. Quel courage mon dieu faut-il avoir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Le 23 passe le lieut. en vélo, très pressé mais qui vient nous tenir compagnie toute l’après midi, pendant quelques jours aucun coup de canon mais de l’orage mais hier attaque côte de Perthes et avant-hier 3 obus sur Taissy il revient même au soir avec le lieut.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Collection Gallica-BNF

Collection Gallica-BNF


 

staticmap

 
Mercredi 23 juin

Dunkerque a été bombardée par une pièce d’artillerie à longue portée qui a fait des morts dans la population civile et qui a été prise à partie par notre artillerie lourde. Les troupes belges ont progressé prés de Saint-Georges. Au nord d’Arras, les contre-attaques allemandes ont pris fin, après que l’ennemi eut subi de lourdes pertes dans la région du « Labyrinthe ». Une offensive allemande a été enrayée par nous à l’est de la ferme de Quennevières. Nos adversaires y ont fait usage de bombes asphyxiantes. Sur les Hauts-de-Meuse, à la tranchée de Calonne, ils ont prononcé une violente attaque pour reprendre les positions qu’ils avaient perdues: ils ne sont parvenus à occuper qu’une partie de leur ancienne deuxième ligne, qui est aussitôt presque entièrement retombée entre nos mains. Près de Marchéville-en-Woevre, une demi-compagnie allemande, qui prenait l’offensive, a été dispersée par notre feu. Nos progrès se sont accentués en Lorraine (région de Gondrexon-Leintrey). En Alsace, dans la vallée de la Fecht, nous avons dépassé Metzeral vers Sondernach. Les Russes ont repoussé leurs ennemis sur la Narew, sur la rive gauche de la Vistule et le Dniester. Ils se sont retirés, par contre, des lacs de Grodek sur les positions de Lemberg.

Share Button

Mardi 22 juin 1915

Louis Guédet

Mardi 22 juin 1915 

283ème et 281ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Canonnade la nuit de 2h à 4h. Puis calme plat. Temps lourd et orageux. Dans l’Echo de Paris (voir aussi Louis Latapie du journal « La Liberté » (Article de louis Latapie (1891-1972) dans La Liberté du 21 juin 1915)) je vois dans une interview du Pape Benoit XV, qui ose ajouter foi à ce que les allemands affirment que s’ils ont bombardé la Cathédrale de Reims c’est parce qu’il y avait un observatoire. C’est faux – archifaux – Il est parfaitement regrettable que Benoit XV accorde crédit à ce mensonge. Attendons ! Quand nous pourrons causer écrire et nous défendre librement.

5h  Terminé mon audience de simple police. Les 70 affaires sont réglées, rien de saillant. Je suis rentré vers 4h fatigué, las, et de plus en plus triste. Vais-je tomber malade !! Je n’en puis plus.

7h  Voici la pluie. Quelle tristesse de plus pour moi. Ne verrai-je donc pas la fin de cette vie de prisonnier, d’emmuré dans mes ruines, devant nos ruines toujours, toujours !!

L’audience a eu lieu comme la dernière fois dans la crypte du Palais de Justice ! Il y faisait juste chaud, je ne vois pas pourquoi on ne l’a pas tenue dans la salle ordinaire, nous aurions été mieux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Nuit troublée par fusillade continue, et par bombes. Vers 2 heures, jusqu’à 3 h 1/2. Visite du Général de Mondésir et de M. Abelé. Visite de M. de Marcheville ; projet de visite à Louvois. Visite de M. Malbois, vicaire de Saint-Sulpice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 22 juin 1915, projet de visite à Louvois

Mardi 22 juin 1915, projet de visite à Louvois


Mardi 22 juin

La situation n’a pas changé au nord d’Arras, il n’y a eu que des actions locales. Nos escadrilles bombardant les parcs d’aviation de l’ennemi, ont détruit quatre hangars, deux avions et un ballon captif. Attaque allemande à l’ouest de l’Argonne, sur la route de Binarville à Vienne-le-Château. Après avoir fléchi, nous reprenons la presque totalité de nos positions initiales. Sur les Hauts-de-Meuse, dans la région de Calonne, nous avons occupé et conservé de nouvelles tranchées. En Lorraine, l’ennemi, évacuant les ouvrages à l’ouest de Gondrexon, s’est replié au sud de Leintrey. Ses pertes ont été sensibles dans la région de Reillon. En Alsace, nous avons pris le cimetière, puis la gare, puis le village de MetzeraL. L’ennemi a été repoussé au Reichakerkopf. Nous avons atteint, plus au nord, le village du Bonhomme. Les Russes ont reculé dans les secteurs nord et ouest de Lemberg, mais ils gardent l’avantage sur le Dniester, où ils infligent de grosses pertes aux Austro-allemands. Guillaume II est venu prendre le commandement en chef des troupes de Galicie. Un nouveau projet d’emprunt a été soumis au Parlement anglais. Le gouvernement autrichien ne pouvant obtenir l’argent voulu des souscriptions libres, va recourir à l’emprunt forcé. Les Italiens ont élargi les positions conquises par eux sur le haut Isonzo.

 

Share Button

Lundi 21 juin 1915

Louis Guédet

Lundi 21 juin 1915 

282ème et 280ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Toujours le calme. Le temps est orageux, lourd. Gare la pluie et l’inondation pour moi.

Ce matin j’ai été voir à la Mairie (sous-préfecture) si mon passeport pour le train était arrivé. On me dit que ma demande avait été retournée pour me prier d’y joindre un mandat poste de 0,60 Fr pour le timbre dudit passeport ! que j’avais omis d’envoyer, et que du reste on ne m‘avait pas signalé comme nécessaire. Beauté de l’administration !! et de la paperasserie !! Maintenant quand le recevrai-je ? Obligeamment M. Martin me rendit le tout avec une enveloppe et sans refermer pour me permettre de prendre mon mandat et de l’y joindre et de faire porter le tout avant 16h.

Hors de cela rien, ou peu de choses. Été chez M. G. Hochet pour prendre ses notes sur l’occupation allemande. Rien, rien trouvé ou les chercher. Reçu une lettre de ma pauvre femme qui me dit que St Martin a encore de la troupe.

Reçu le dossier de 70 affaires de simple police à juger demain à 1h, après-demain, Allocations. Pourvu que j’ai un passeport jeudi matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

A 9h matin, aéroplanes français. Visite à Saint-Remi, avec M. Dage, rue dieu-Lumière avec M. le Doyen et M. Dage. A toutes les portes et cours à droite et à gauche.

Visite à l’Orphelinat Rœderer, Sainte-Geneviève ; au Fourneau Économique qui fonctionne activement à la grande satisfaction des clients qui m’ont remercié, Sœur Marie-Joseph, qui est très sourde, le tient. J’ai adressé quelques paroles aux braves gens attablés.

Reçu la visite de l’Abbé Hennequin, infirmier militaire.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

/ le 21 passe le commandant

nous allons nous 2 Maman à Taissy ; nous rencontrons le petit lieutenant et le major PLANTIER ami de Mr NOQUIES le lieut. MUGNIER nous accompagne jusqu’au palmier hier au soir, nous avons eu à dîner Mr BELVAL.

Hier 20 j’ai oublié de dire que Mr CRÉMIEUX nous a fait à tous des contes,

Le 21 passe le lieut. et le cap. je leur offre 1 rose –après-midi le lieut. d’Épinal vient avec un adjud. Nous buvons le champagne sous la véranda

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


château de Vrilly ; à droite le palmier dont parle Renée Muller

château de Vrilly ; à droite le palmier dont parle Renée Muller


Lundi 21 juin

En Artois, après avoir pris le fond de Buval, nous avons prononcé une attaque vers l’est, dans la direction de Souchez, et progressé d’un kilomètre. A l’ouest de l’Argonne, nous avons repoussé une violente attaque et fait des prisonniers. Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons attaqué dans le secteur de la tranchée de Calonne, enlevé deux lignes ennemies et fait 70 prisonniers. En Lorraine, près de Reillon, nous avons enlevé un centre de résistance ennemi et repoussé trois contre-attaques. Nous avons fait une cinquantaine de prisonniers. Nous avons encore progressé sur la Fecht, et fait des prisonniers. Les Italiens ont remporté une victoire à Plava, sur l’Isonzo. Les Russes contiennent énergiquement les Austro-Allemands en avant de Lemberg. Ils ont progressé à la frontière de la Bessarabie et de la Bukovine. Un contre-torpilleur français a capturé, à bord d’un voilier, une mission turque qui se rendait en Lybie, probablement pour aller soulever les tribus contre l’Italie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Share Button

Dimanche 20 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 20 juin 1915 

281ème et 279ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme, temps magnifique. Je pars avec M. Charles Heidsieck pour passer la journée aux environs de Pargny, Ville-Dommange, ce sera un Dimanche passé… !

8h soir  Eté à Pargny. Déjeuné dans le bois sur un banc en face de Mary femme de Paul Heidsieck. Revenu à Pargny, vu l’abbé Midoux (Suc successeur de Thinot), revu Touzet mon brave clerc, Bouchette que j’ai secoué, tout officier gestionnaire de 3ème classe qu’il soit, pour son attitude dans mon affaire avec ma propriétaire au sujet de mon incendie, vu Legros lieutenant, muet, impossible de savoir pour demain (sauf-conduit).

Vu M. Misset en revenir de son hôpital écossais de l’autre jour. Puis couru reprendre une voiture à la gare de Pargny, il était temps.

Charles Heidsieck m’a répondu de l’offense de Cent-Mille têtes (100 000 têtes) de cochons de rémois dont je m’occupe de consigner pour mes nôtres. Il sait que la phrase historique a été prononcée à l’Hôtel de Ville par un officier d’artillerie de la garde prussienne en présence de nombreux témoins et que ce n’est pas : 100 000 têtes de cochons (en allemand) de rémois (en français) « Ein Hundert Tauzent schweinkopf de Rémois » qu’il a dit, mais bien : « Ihre hundert taiger duck koppffler de rémois etc… » c’est-à-dire « vos 100 000 têtes de merde de rémois ne valent pas nos parlementaires !! » Peu importe l’expression : elle est toujours aussi vile, grossière, brutale et pas étonnante de cette race là.

Il tenait cela d’Emile Charbonneaux adjoint au Maire qui a assisté à toutes ces scènes. Or en rentrant j’ai trouvé une lettre de G. Hochet, actuellement au 6ème train des équipages, État-major à Fougères (Ille et Vilaine) qui servait d’interprète durant l’occupation et il a entendu la scène, et il précise que ‘était le 4 septembre 1914 un peu après 14 heures (2h après-midi) après le bombardement par erreur, en présence de M. Alexandre Henriot, et d’un nombreux public entre mon alsacien dont je retrouverai le nom en présence du général Zimmer, de son officier d’ordonnance (l’intendant militaire général de Mestre (à vérifier), avocat à la Cour d’appel) et l’officier qui l’a dit était un officier de l’État-major de von Bülow, capitaine d’artillerie d’un régiment de la Garde Prussienne. Voilà le point d’histoire qui se précise de plus en plus. Je reverrai Charbonneaux et je prendrai demain les notes de ce brave Hochet que je mettrai en sûreté.

Voir en annexe le témoignage de G. Hochet.

Pas de nouvelle de ma pauvre femme depuis avant-hier, pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé. Que je suis triste. Et encore plus quand je songe à ce que j’ai vu cet après-midi des hauteurs de Pargny et Coulommes des travaux et des tranchées allemande ! Moi qui connais tous les coins et recoins de ces terres. Coins de Courcy, La Neuvillette, Bourgogne, Bétheny, Fresne, Witry-les-Reims, Courcy, Nogent, Pompelle etc…  parce que j’ai chassé depuis 20 ans. Je ne les reconnaissais plus, je ne m’y reconnaissais plus. Oh ! que c’était triste, je m’ire (me mettais en colère) de voir cela et de se dire : c’est l’Allemagne ! La Prusse !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. journée tranquille

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 20 Juin 1915. Le mariage de Georgette, la sœur de Charlotte, a cassé. C’était à douter. Il est marié et père de deux enfants. Je ne comprends pas les jeunes filles qui se laissent entraîner en ce moment. C’est honteux, ce qui se passe en ce moment à Reims. Les femmes ne se respectent pas et Bons bécots. Je ne t’oublie pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

Hier 20 j’ai oublié de dire que Mr CRÉMIEUX nous a fait à tous des contes,

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


 

Le carnet de Renée Muller

Le carnet de Renée Muller


Dimanche 20 juin

Succès dans l’Artois. Nous prenons, après une lutte acharnée, le fond de Buval, que nous avions entouré de toutes parts. Sur les pentes de Notre-Dame-de-Lorette, nous faisons 300 prisonniers, dont 10 officiers; nous tenons les pentes de la côte 119 (vers Vimy). Dans le Labyrinthe, après avoir perdu un boyau, nous le reprenons. En Lorraine, l’ennemi qui avait tenté de déboucher au bois Le Prêtre a été arrêté.
A Emberménil, un bataillon ennemi est repoussé par des forces françaises numériquement inférieures. En Alsace, nous continuons à avancer sur les deux rives de la Fecht, en conquérant les pentes du petit ballon de Guebwiller. Nous bombardons la gare de Munster, où les dépôts de munitions ont sauté, et investissons complètement Metzeral.
Les Italiens ont réduit au silence les forts de Malborghetto, entre Pontebba et Tarvis, et entamé une grande action à Plava, sur l’lsonzo. Ils ont bombardé avec succès une fabrique de munitions près de Trieste.
Les Russes ont chassé les Austro-Allemands de Bessarabie en Bukovine; mais ils ont abandonné plusieurs points importants en avant de Lemberg. Le prince Henri de Prusse déclare que les Allemands défendront Libau jusqu’au bout contre tout retour offensif des armées du tsar.

Share Button

Samedi 19 juin 1915

Louis Guédet

Samedi 19 juin 1915 

280ème et 278ème jours de bataille et de bombardement

9h1/4 matin  Canonnade toute la nuit et bombardement assez loin de chez moi. Il va encore faire très chaud aujourd’hui. Bref situation toujours latente. Quelle vie ! Nos progrès (?) vers Arras ne semblent avoir donné aucun résultat, alors ? Serons-nous enfin dégagés ici ? Je n’y crois plus. Je vais tout à l’heure retirer les valeurs du lieutenant d’artillerie René Martin-Guelliot de la succursale du Comptoir d’Escompte de Paris et les confier à M. Alard, architecte à Reims qui les remettra demain au Docteur Guelliot, 95, boulevard Raspail, Paris, ou à M. Martin, Père, 7, rue de Villersexel, Paris. Ce n’a pas été sans mal !! Dieu que ces banques telles que Crédit Lyonnais, Comptoir d’Escompte de Paris, Société Générale, se sont montrées désagréables, difficultueuses, malhonnêtes, moins raides pour la remise des titres et valeurs en dépôt à leurs clients, même pour l’ouverture des coffres-forts loués !! Il n’y a pas de mesquines difficultés qu’ils n’aient soulevées, employées. La raison je l’ignore ! Mais je suppose cependant que c’est la crainte de ne plus revoir ces clients qui font des retards. En tout cas ce n’est pas en les embêtant comme ils le font qu’ils les conserveront. Chose assez curieuse c’est la Banque de France qui durant toute cette période tourmentée qui se sera montré la plus courtoise, la plus large !! Et Dieu sait cependant si la Banque de France est habituellement difficultueuse et tatillonne, au contraire elle a été d’une largesse, d’une amplitude qui m’a même étonné. Bref comme toujours il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’aux saints !

9h soir  Rien de saillant. Journée (comme toutes) monotone, morne. L’herbe pousse partout dans les rues. Reims devient une Ville morte, bien morte.

Charles Heidsieck est venu me demander d’aller nous promener à Pargny ou à Ville-Dommange demain pour jouir de notre dimanche. Cette fois nous emporterons notre déjeuner !! Départ 9h, le temps de passer à la Kommandantur pour nos laissez-passer et filer. J’ai l’intention de grimper jusqu’à St lié où nous déjeunerons avec un panorama splendide, sous les ormes. Lui aussi trouve que c’est long et que cela ne va pas assez vite !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille, sauf bombardement sur quartiers lointains de 1 h 1/2 à 2 du matin. Bombes sifflent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

Le 19 nous pouvons (sic) le champagne avec des madeleines sous la véranda avec le 58ème chasseur qui loge à Taissy

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


 

ob_1ca547_taissy

Samedi 19 juin

Violent combat d’artillerie dans le secteur au nord d’Arras. Le front ne s’est pas modifié; nous gardons tout le terrain gagné. En Alsace, nous consolidons les positions conquises et nous continuons à progresser. Nos patrouilles ont atteint les lisières de Metzeral. Nous avons gagné du terrain sur les deux rives de la Fecht et nous tenons sous le feu de notre artillerie les communications entre Munster et Metzeral. Nous avons fait de nouveaux prisonniers et capturé des mitrailleuses. Les Russes ont repoussé des attaques allemandes sur le Niémen moyen et sur la Bzoura. Les combats violents continuent en Galicie, entre le San et Lubaczow. Sur le front du Dniester, l’ennemi a été rejeté en désordre entre la Tysmenica et le Stryj. Sur le Dniester, en amont de Jurawno, les Russes ont capturé, les 14 et 15 juin, 202 officiers et 8514 soldats. Les éléments austro-allemands qui avaient franchi le fleuve de Nizniow ont été anéantis. Dans la région de Chotin, entre Pruth et Dniester, des éléments ennemis ont été vigoureusement pressés. Les pertes totales des Austro-Allemands dans cette région sont évalués depuis le 29 mai, à 120.000 ou 150.000 hommes. Les Italiens ont consolidé leurs positions dans le Cadore et sur l’Isonzo. Ils ont démoli la gare de Goritz par le feu de leur artillerie. Une escadrille autrichienne a bombardé Pesaro et Rimini. Le kaiser a manifesté une grande colère au sujet du bombardement de Karlsruhe, qui a fait finalement 84 victimes.

Share Button

Mercredi 16 juin 1915

Louis Guédet

Mercredi 16 juin 1915 

277ème et 276ème jours de bataille et de bombardement

Cette nuit à 11h bombardement tout proche de chez moi, il faut descendre à la cave. A 11h1/4 les bombes ont cessé de siffler. J’estime à 30 ou 40 les projectiles lancés un peu partout, et particulièrement sur la Cathédrale. Été à 10h à La Haubette pour une prestation de serment de suppléant à la justice de Paix des 2ème et 4ème canton de Reims. J’ai donc maintenant sous ma juridiction toutes les 4 justices de Paix de Reims et communes environnantes. Je vais déblayer le plus possible pour pouvoir aller à Paris et de là à Vevey pour rechercher Jean. Je tâcherai en outre d’aller voir à Genève les de Vroïl et Mme E. Schoen.

Lettre de M. G. Hochet

Franchise militaire

Asp. Hochet  Bies R.A.T. – 6ème Esc du Train Etat Major à Fougères (Ille-et-Vilaine)

Tampon de la Poste à Fougères du 18 juin 1915

Tampon rouge  service postal 6ème escadron du train des équipages militaires – dépôt –

Monsieur L. Guédet notaire

Rue de Talleyrand 37 Reims (Marne)

Fougères, le 17 juin 1915

Cher Monsieur,

De mon côté je pense bien souvent à vous et j’ai lu avec joie votre bonne lettre. Quelle triste situation est la vôtre cher Monsieur et comme avec tous nos amis j’attends avec impatience la fin de nos épreuves. Permettez-moi d’admirer votre courage et votre endurance. J’ai dû quitter précipitamment ce qui reste de notre pauvre ville et je n’ai même pu serrer la main à tous nos amis car je devais rejoindre sans délai mon dépôt. Matériellement nous ne sommes pas malheureux, je supporte bien les fatigues et les privations et je me dis bien souvent qu’il y a de plus malheureux que moi. Mais quelles souffrances morales j’endure parfois, je n’ai pas besoin de vous le dire surtout qu’aucune lueur d’espoir ne point encore à ce triste horizon ! C’est avec plaisir que nous avons parlé de vous avec l’ami Archambault. Bien souvent nous échangeons nos impressions cherchant à nous donner mutuellement courage.

Voici quelques détails que vous me demandez : j’ai laissé mes notes à notes à Reims et beaucoup de ces détails m’échappent, mais j’espère pouvoir vous satisfaire superficiellement pour l’instant. 1° L’entrevue orageuse eu lieu le 4 septembre un peu après 14 heures. L’épouvantable menace fut proférée sur le pas de porte extérieur de l’Hôtel de Ville en présence de M. Alexandre Henriot, des appariteurs de l’Hôtel de Ville et de nombreux gardes civils : parmi eux un alsacien (dont le nom m’échappe) comprenant parfaitement l’Allemand, ce témoin gardait rue du Marc la maison dont le plafond en bois sculpté était d’une grande valeur, l’ami Metzger le connait certainement. Les menaces furent proférées en présence du général Zimmer et de son officier d’ordonnance. De nombreux citoyens, plus d’une centaine, ont assisté sur la place à la scène. Malheureusement nous n’avons pu connaitre le nom de l’officier, un jeune capitaine faisant partie de l’État-Major de l’Armée de Bülow. Ce capitaine faisait partie d’un régiment de la Garde. Des discussions à ce sujet avaient déjà eu lieu dans la matinée dans le bureau de Monsieur le Docteur Langlet en présence de celui-ci, de M.M. le Docteur Jacquin, M. Lelarge, M. Emile Charbonneaux, M. Mignot, M. Georget, M. Bataille, M. Gosset, M. Gobeau (vétérinaire), M. Raïssac secrétaire de Monsieur le Docteur Langlet.

Je regrette de ne pas avoir sous les yeux mes notes me permettant de vous donner tous les détails. Ces notes sont restées sur la table de ma petite salle à manger rue Brûlée 3, au 1er étage et les clefs sont entre les mains de ma bonne Melle Georgette Siméon 46, rue Brûlée, qui pourrait vous ouvrir la porte de mon appartement. Vous trouverez ainsi tous ces détails avec d’autres qui peut-être vous intéresseront aussi. Ne craignez pas de me gêner, cher Monsieur, au contraire vous me ferez plaisir.

Le petit cercle d’amis à Reims doit être maintenant bien rétréci et je sens d’ici le grand vide qui s’est formé autour de vous. J’espère que votre cher beau-père M. Bataille est toujours en bonne santé et que vous avez des nouvelles satisfaisantes de toute votre chère famille. Veuillez je vous prie, présenter mes sincères amitiés à tous ceux qui voudront bien se souvenir de moi. A Monsieur Metzger lorsque vous aurez l’occasion de le voir. Je vous serre bien cordialement la main.

Sincèrement à vous.

Signé : G. Hochet

6ème Esc. du Train – Etat Major à Fougères (Ille-et-Vilaine)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Du 16 au 26 juin 1915
Période de calme, coupée par des sifflements et des explosions le 19, pendant midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 16

Nuit troublée. A 11 h soir, bombardement d’une demi-heure, mais violent. Cathédrale touchée tour nord au petit chapiteau d’un faisceau de colonnettes. Un pinacle décapité au sud. Une partie de la galerie brisée à l’angle de la tour et de la nef sud. Deux obus chez le Cordonnier (rue des Fusilliers), un devant le « Lion d’Or » ; 1 au « Lion d’Or » ; 1 sur la place du Parvis, devant l’imprimerie Jeanne d’Arc ; maison bleue, à côté de l’imprimerie Jeanne d’Arc, démolie.

Visite au Palais Archiépiscopal : un gros obus a démoli le mur à l’angle de l’Archevêché et du Palais Royal. Pas d’accidents de personnes.

Visite, avec Mgr Neveux et M. Compant, autour  de la Cathédrale, rue des Fusilliers, à l’Archevêché avec le gardien Huart

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

A gauche, les restes de l’Hôtel du Lion d’Or


 Renée Muller

le 16 très mauvaises nouvelles ; Mr FRÈRE reçoit la nouvelle que son beau-frère est mort.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Mercredi 16 juin

Actions locales d’infanterie autour de Notre-Dame-de-Lorette, de Neuville et d’Hébuterne. Les Allemands sont partout repoussés. Près de Neuville, nous avons enlevé plusieurs postes d’écoute. De violents combats d’artillerie se sont engagés sur tout ce front : nous avons canonné les tranchées ennemies.
Les pertes ennemies, de l’aveu des prisonniers, ont été très graves à Tracy-le-Mont.
Deux projectiles ont été lancés sans résultat sur Compiègne par un canon allemand à longue portée.
Vingt-trois de nos avions, à titre de représailles, ont été bombarder Karlsruhe, capitale du grand-duché de Bade. Ils y ont allumé des incendies aux objectifs qui leur avaient été indiqués: le château, la fabrique d’armes et la gare, et déchaîné la panique.
Les Italiens ont constaté que le bombardement de Malborghetto par leur artillerie donnait d’excellents résultats.
Les Russes ont remporté des avantages en Pologne; sur le front entier de Galicie, la bataille a repris avec une intensité nouvelle.
Les élections grecques ont décidément assuré une majorité importante aux partisans de M. Venizélos. La santé du roi demeure précaire. Le kronprinz de Bavière est tombé sérieusement malade.

Source : La Grand Guerre au jour le jour

 

Share Button

Lundi 14 juin 1915

Louis Guédet

Lundi 14 juin 1915 

275ème et 273ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Toujours le calme. Soleil radieux et chaud, et dire que nous sommes prisonniers !! Reçu notification du Parquet du décret du 31 mai 1915 rattachant à la juridiction de Paix des 1er et 3ème cantons de Reims les justices de Paix des 2ème et 4ème cantons et me nommant de ce fait suppléant pour la durée de la Guerre de toutes les justices de Paix de la Ville Martyre. Je prêterai serment mercredi prochain  16 juin 1915 à 10h du matin, à La Haubette, 23ter route de Paris. Ce ne sera que la consécration et confirmation de ce que j’ai fait depuis que je suis suppléant puisque je remplaçais tous les juges de Paix et suppléant absents, c’est-à-dire tous sans exception, et je suis seul, c’est une spécialité, seul notaire à Reims !! seul juge de Paix à Reims !! et quoi encore ?? !!

Reçu lettre de Louis Leclerc mon liquidateur, qui fait bravement son devoir et se bat comme un lion aux Éparges et un peu partout. A Fresnes-en-Woëvre, il cantonne dans une étude de notaire de la localité et trouve les dossiers, minutes et comptabilité etc…  mis en litière par les allemands. Le commandant de son détachement veut pour déblayer la place brûler tout, mais le brave Louis se souvient qu’il est du métier et se dispute avec son commandant qui ne veut rien entendre et se met à l’œuvre pour brûler les minutes. Mon brave clerc s’impose du tout qu’il peut, entasse entasse dans 3 armoires minutes, dossiers, quittances, comptabilité ce qui lui tombe sous la main et lui parait le plus précieux à sauver, boucle le tout et met les clefs dans sa poche, au grand ahurissement du galonné !! Brave garçon ! Merci mon Petit ! Je suis fier de ton geste de belle solidarité. C’est moi qui t’ai inculqué le respect et le noble de notre métier et tu as prêché l’exemple. Merci du profond du cœur. Mon brave Louis, je suis fier de toi ! Je ne l’oublierai pas et quand dans les journées du notariat on rappellera les beaux traits que nous tous portons aux clercs. Je te ferais inscrire en bonne place. Tu l’auras bien mérité. Ton patron est fier de toi.

Le feuillet 235 a disparu, il reste un passage recopié sur un petit feuillet

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans le Courrier d’aujourd’hui, nous lisons ceci :

Avis à la population

Le commissaire central de police, dans le but d’éviter à la population rémoise toutes poursuites judiciaires à ce sujet, lui rappelle instamment les prescriptions relatives à l’extinction des lumières dans la ville de Reims. les instructions sont celles qui ont été données par M. le maire, à la date du 21 septembre 1914, et qui sont toujours en vigueur. D’après ces instructions, toutes les lumières doivent être éteintes à partir de 9 heures du soir ou tout au moins rendues invisibles du dehors.

Des patrouilles militaires et de police seront chargées de veiller à l’exécution de cet ordre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Lundi 14 – Nuit tranquille. Couché à la cave, pour dormir un peu. Visite rue Gambetta, rue Pasteur, Saint-Remi, Fourneau économique avec M. Dage.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 14 Juin 1915. Je suis allée à Sainte-Anne aujourd’hui avec André et soeurette. Gaston les a photographiés. Il faisait chaud. Nous sommes allés chez Pichet. Je crois que la fille chercherait à faire le mariage avec Gaston. Enfin la journée a été bonne et ils n’ont pas bombardé. Tes parents étaient heureux. Je suis fatiguée.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Le quartier Sainte-Anne et la poste de la rue Cérès

Renée Muller

14 je vais au cimetière

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Lundi 14 juin

Violent combat d’artillerie au nord d’Arras. Nous avons attaqué une crête très fortement organisée au nord de la sucrerie de Souchez. Cette crête a été prise d’assaut.
Au sud-est d’Hébuterne, nous avons enlevé trois lignes de tranchées et fait plus de 100 prisonniers appartenant à quatre régiments différents. Ces régiments ont éprouvé de très sérieuses pertes. Une contre-attaque ennemie a été arrêtée; notre artillerie a produit dans Puisieux une très vive explosion qui a été suivie de panique.
Nous avons réalisé aussi des progrès à l’est de Tracy-le-Mont. Les Allemands s’en sont vengés en jetant 120 obus sur Soissons.
Les Russes contiennent les Austro-allemands sur tout le front oriental. Nos ennemis ont réussi à passer le Dniester sur quelques points près de la frontière de Bessarabie, mais immédiatement après, ils ont été attaqués par nos alliés. Le croiseur allemand Berlin a été endommagé, dans la mer Noire, par un torpilleur russe.
Les Italiens ont conquis de nouveaux points sur le moyen Isonzo et sur l’Isonzo inférieur. Ils occupent 4.000 kilomètres carrés du territoire autrichien.
Les élections générales ont eu lieu dans toute la Grèce, pour et contre le programme de M. Venizélos.

Share Button

Dimanche 13 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 13 juin 1915 

274ème et 272ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  On s’est battu toute la nuit avec rage. J’ai peu dormi, c’était impossible tellement cela fusillait, canonnait sans interruption. Aussi par le temps lourd et légèrement brumeux qu’il fait, je me sens bien fatigué. Eté à la messe de 7h1/2.

6h3/4 soir  Passé une partie de l’après-midi près de Mlle Monce dans la crainte d’une tentative du commandant Lallier…  Mais je crois que la réception plutôt…  froide que lui a faite cette pauvre jeune fille lui a servi de leçon. Il n’a pas récidivé. Quel goujat ! quand même. Me voilà passé duègne, quand je dis que j’aurais fait tous les métiers !!!

La journée a été calme mais lourde. Pourvu que nous soyons tranquilles cette nuit. Je suis de plus en plus las. Mon Dieu ! Faites donc cesser ce martyr !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dans la matinée, alors que je suis occupé, au bureau, à mettre à jour ma correspondance particulière, M. le maire me fait appeler dans son cabinet, et, en présence de M. Pierre Lelarge, membre du conseil d’administration du mont-de-piété, me demande s’il me serait possible d’établir l situation de cet établissement. le mont-de-piété est détruit entièrement, me dit-il, nous aimerions être fixés sur l’étendue d’un désastre que son administration, elle-même, ignore.

Semblable demande exprimée à brûle-pourpoint pas M. le Dr Langlet m’effraie un peu, mais ne me décontenance nullement. Je lui expose que le travail qu’il désire ne doit pas être impossible, car j’espère en trouver les éléments nécessaires dans les registres où ils se trouvent toujours, sous les ruines. En lui promettant de m’employer très activement à lui donner satisfaction je crois devoir lui demander de m’accorder quelque délai, car, lui dis-je, je ne puis prévoir la difficulté des recherches à effectuer.

Nous avons besoin d’être renseignés, m’ajoute-t-il aimablement, mais je préfère que vous preniez tout votre temps ; nous attendrons.

Sur ces mots, je quitte M. le maire, résolu à m’atteler immédiatement à la mise sur pied de ce qu’il vient de me demander – dont j’ai bien mesuré toute l’importance.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Le maire, le docteur Langlet dans son bureau de l'Hôtel de Ville - source : Gallica-BNF - cote BDIC_VAL_054_024

Le maire, le docteur Langlet dans son bureau de l’Hôtel de Ville – source : Gallica-BNF – cote BDIC_VAL_054_024


Cardinal Luçon

Dimanche 13 – Nuit très troublée. Depuis 9 h 1/2 jusqu’au matin, fusillade continuelle ; canonnade ; bombardement. Je n’ai pas dormi du tout jusqu’à 3 h 1/2. Visite à l’église du Sacré-cœur.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 13 juin

Lutte d’artillerie très violente sur le plateau de Lorette. L’ennemi essaie dans tout le secteur Aix-Noulette-Ecurie de gêner l’organisation des positions que nous avons conquises. Nous avons riposté par une forte canonnade sur ses tranchées. Quelques progrès, en dépit du brouillard, ont été réalisés par nous, dans le Labyrinthe. Une contre-attaque allemande a été enrayée dans la région d’Hébuterne, à la ferme Toutvent. Il y a eu encore des actions d’artillerie dans le secteur est de Reims et dans le secteur Perthes-Beauséjour. Les Russes ont repris la supériorité sur une partie du front oriental. En Lithuanie, ils ont infligé des pertes énormes aux Allemands qui s’étaient avancés à l’ouest de Chavli, jusqu’à leurs réseaux de fils de fer. Sur la Doubissa, ils ont capturé 5oo hommes et des canons. En Galicie, à Mosciska, ils ont repoussé les assaillants; sur la rive droite du Dniester, entre Tysménica et Svitza, ils ont pressé l’ennemi, capturé des hommes et du matériel. Sur la rive gauche, ils ont mitraillé les Austro-AlleMands qui ont laissé beaucoup de monde sur le terrain. Ils ont, par contre, pour rectifier leur ligne sur le Pruth, évacué sans combat Stanislau. Les Italiens ont consolidé leurs positions sur tout l’Isonzo et surtout dans la zone côtière du Frioul. Deux avions autrichiens ont survolé Mola di Bari et Monopoli (Apulie) en lançant des bombes. Un Suisse a été fusillé comme espion dans le duché de Bade. Le bruit court une fois de plus que la Turquie serait prête à demander la paix.

 

Share Button

vendredi 11 juin 1915

Louis Guédet

Vendredi 11 juin 1915 

272ème et 270ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Nuit calme et matinée de même. Je renonce à l’écrire tous les jours maintenant cela étant sous-entendu. Le temps est couvert et orageux, que la pluie et l’inondation de nos pauvres ruines. Le calme est tel que je n’entends uniquement en ce moment que le chant d’un merle qui a du faire son nid dans le lierre du fond du jardin. Pauvre jardin !! il eût été si beau en ce moment, mais il est de la couleur du bois de décembre brûlé, le gazon est moitié mort et en fleurs. Les rosiers grimpants sont en fleurs mais grimpent follement en gourmands. C’est la révolution, l’inculte dans toute sa laideur, sa profonde tristesse. Quand donc quitterai-je tout cela, ou j’ai tant souffert, où j’ai vécu depuis déjà 10 mois des heures tragiques, angoissantes, poignantes de douleur. Mon martyr n’a-t-il déjà pas assez duré ?? Mais après où aller ? Je n’ai plus de toit pour m’abriter avec les miens. Je suis sans foyer. Où aller ? où me réfugier ? Dieu m’éclairera-t-il bientôt mon horizon, mon avenir en tout petit peu, une lueur, qui me donne un peu de courage, confiance et espoir en des jours meilleurs…

Le quart de page suivant a été découpé, le feuillet 233 a disparu. (12 juin 1915)

…J’ai enfin une photographie du docteur Langlet notre Maire, que je vais pouvoir envoyer à mon jeune ami E. Lequeux (Émile Lequeux (1871-1935) artiste, créateur d’affiches et d’eau-fortes) pour qu’il le grave et en fasse une eau forte. Je suis certain qu’il le réussira. J’ai également écris à M.G. Hochet, actuellement brigadier RAC (Régiment d’Artillerie de Campagne) 6ème escadron train, 41ème Cie, 3ème peloton à Fougères (Ille-et-Vilaine) qui a servi d’interprète au Maire et à la municipalité lors de l’occupation prussienne pour lui demander des détails sur l’incident des 2 parlementaires et que la phrase des « Cent mille têtes de cochons de rémois » (ihre hundert Schweinkopt de Rémois) avec les noms, grades, qualités des témoins de cette scène (allemands et français).

8h20 soir  Quelques coups de canon des nôtres, et c’est tout, à moins qu’on ne nous réserve des surprises. Peu importe ! à quoi bon !! Quoiqu’il arrive ! on est si las !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le Courrier publie l’information suivante :

Avis.

Les personnes habitant les zones évacuées, qui sont rentrées chez elles par des voies non gardées à certains moments, sont prévenues que rien n’a changé dans la situation de ces zones et que par conséquent elles pourront être obligées de sortir à tout instant, sur injonction des représentants de l’autorité militaire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 11 – Nuit tranquille ; Ordination d’un Diacre du diocèse de Cambrai dans notre oratoire. Journée tranquille. Salut à Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Renée Muller

11 – 12 – 13 – messe près du pont du canal

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


 

Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne

Les Eparges le 5 mars 1915. Dessin Louis Delozanne (« Louis Delozanne, infirmier, 106e Régiment d’Infanterie, 12e compagnie »)


Vendredi 11 juin

Toujours la lutte d’artillerie dans la région de Lorette. L’ennemi attaque vainement pour reprendre la sucrerie de Souchez. Il bombarde Neuville-Saint-Vaast. Nous progressons dans le Labyrinthe. Les rapports indiquent qu’en prenant Neuville-Saint-Vaast nous avons trouvé 1000 cadavres allemands, et qu’à Hébuterne, du 7 au 9, nous avons capturé six mitrailleuses. A Beauséjour, une force ennemie supérieure à un bataillon a attaqué nos tranchées : elle a été repoussée avec de grosses pertes. Sur les Hauts-de-Meuse, aux Eparges, combat d’artillerie. Les batteries ennemies ont été réduites au silence par les nôtres. Deux torpilleurs anglais ont été coulés en mer du Nord par un sous-marin allemand. Un incendie détruit à Londres 300 autos militaires. Les Italiens, dans le Trentin, sont arrivés au col de Falzarego et à la frontière de Carinthie se sont emparés de la position de Preitkofel. Dans le pays de Goritz, ils ont occupé Monfalcone, à 35 kilomètres de Trieste. En Russie, les combats continuent autour de Chavli. En Galicie, les Russes ont repoussé les Austro-allemands vers le Dniester, faisant 800 prisonniers, mais une bataille ardente se poursuit à jouravno, où nos ennemis ont franchi le fleuve. L’escadre de la mer Noire a bombardé Zoungouldak. Des navires allemands ont été coulés ou endommagés dans la Baltique par un sous-marin russe et par un sous-marin anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Jeudi 10 juin 1915

Louis Guédet

Jeudi 10 juin 1915 

271ème et 269ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Calme toujours, ce matin quelques avions, température lourde et orageuse. Je viens d’écrire à Jean…

Le quart de page suivant a été découpé.

9h soir  Entendu quelques obus siffler vers 5h. Vu le Père Pottié, très bien en pioupiou ! Capote horizon, képi avec manchon de toile bleue, un pantalon toile bleu national et au côté…  Rosalie (épée baïonnette Lebel). Je ne lui ai fait qu’un reproche, c’est qu’il porte son ceinturon comme une haire ! Causé longuement rue de Venise avec lui et le Père Virion.

Nos idées ne sont pas couleur de roses ! Loin de là !! Le pauvre Pottié me disait navré de la décadence morale et intellectuelle du soldat, au milieu des quels il vit. Ces hommes n’ont même pas l’idée nette de la Patrie. En dehors de leurs veaux, vaches, chevaux, poulets, la Patrie n’existe pas. Alors ils ne comprennent pas nécessairement ce que peut être la Patrie, la France !! Éducation laïco-sociale démocratique que nous subissons depuis 40 ans !! C’est à dire négation et anéantissements intellectuels !! Nos gouvernants disent être fiers de leurs résultats !!

Quelle opposition !!

L’Allemagne travaillant pour la Guerre ne vivant que pour la Guerre depuis 44 ans.

Tandis que la France travaillait uniquement contre la Guerre, c’est-à-dire pour l’esclavage…  nous définitivement.

Le quart de page suivant a été découpé.

…de tonnerre ne court pas ! Aurons-nous bientôt le coup de tonnerre…  de la délivrance !!…

J’en désespère, à moins d’un miracle comme celui de la Victoire de la Marne !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Avant-hier, 8, dans la matinée, le quartier de la verrerie a été bombardé. Aujourd’hui, 10, bombardement après-midi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_36182d_597-001

 Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Nuit tranquille. Fusillade fréquente, presque continue. Aéroplane français vers 6h. Journée tranquille. 4 h bombes allemandes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 10 Juin 2015.. J’ai reçu une lettre de Mignot et je suis ennuyée. Si j’avais su que tout cela arrive, j’aurais vendu ma maison au début de la guerre. Sais-tu ce qu’ils me disent ? Qu’il est inexplicable qu’au mois d’août j’ai remis tant de marchandise en magasin et que pour eux j’avais déjà 3 à 4000 francs de déficit avant d’être pillé et qu’ils verront cela par la suite. On voit bien que je ne suis qu’une femme mais j’ai ton parrain pour me guider et je tiendrai ferme : je ne veux rien perdre.

Crois-tu, mon pauvre Lou, tout s’emmêle. Si seulement tu me revenais… J’ai écrit à l’ambassade d’Espagne à Berlin. J’arriverai peut-être à apprendre quelque chose.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée Muller

9 – 10 je vais à Taissy

Renée Muller dans Journal de guerre d’une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Jeudi 10 juin

Violent combat d’artillerie dans le secteur au nord d’Arras. Nous avons enlevé les maisons de Neuville que l’ennemi tenait encore, en sorte que le village nous appartient en totalité. Nous avons aussi progressé à l’extérieur de l’îlot nord.
Dans le Labyrinthe, nous avons avancé au sud-est.
A Hébuterne, le bombardement ne nous a pas empêchés d’élargir nos positions autour de la ferme Toutvent.
A l’est de Tracy-le-Mont, à la ferme de Quennevière, une contre-attaque ennemie a échoué et nous avons gardé toutes les positions conquises.
En Courlande, les troupes russes se sont concentrées devant Chavli. Elles ont pris 2000 Austro-allemands en Galicie. De violents combats ont eu lieu sur le front du Dniester, où les attaques ennemies ont été brisées.
Un dirigeable italien a pris feu après avoir bombardé le port hongrois de Fiume. Un avion autrichien a jeté des bombes sur Venise.
Un avion allemand a été capturé en Serbie. Deux avions allemands ont été abattus, en Flandre, dans les lignes anglaises.

 

Share Button

Mercredi 9 juin

Louis Guédet

Mercredi 9 juin 1915 

270ème et 268ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Calme complet…  pluie chaude et lourde ce matin.

Séance ce matin à 9h1/2 pour les allocations aux…

Le bas de page a été découpé.

…enfants me firent remarquer un arc-en-ciel. Ce n’était pas un arc-en-ciel mais un cercle rond aux couleurs de l’arc-en-ciel qu’il entourait entièrement le soleil couchant, c’était très beau en même temps que singulier. Je n’ai jamais vu cela. Est-ce un signe des temps ? Que sais-je ? Eté voir Mlle Marie Monce vers 5h pour diriger et conseiller le sauvetage des vieilles choses de valeur de sa maison. Encore toute émotionnée elle m’a conté les tentatives malpropres et audacieuses du commandant, officier d’État-major du général Cassagnade, associé de la Maison Deutz et Geldermann d’Ay. Un joli Monsieur ! ma foi ! Je lui ai conseillé de se barricader chez elle avec son frère et je dois aller la revoir demain à 5h, heure à laquelle ce saligaud là lui a dit qu’il reviendrait pour voir si elle serait mieux disposée à satisfaire son sadisme !…  Et dire que tous ces galonnés là embusqués sont tous les mêmes !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit très tranquille ; journée calme. Aéroplanes allemands ; les Français tirent sur eux.
Visite au Général de Mondésir, maison Erhard et au Lieutenant-Colonel Colas, maison Mathieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Renée Muller

9 – 10 je vais à Taissy – 11 – 12 – 13 – messe près du pont du canal

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


ob_cf9147_721-001


 

Mercredi 9 juin

Très vives actions d’artillerie dans la région de Notre-Dame-de-Lorette. Plusieurs attaques d’infanterie ennemie ont été repoussées : après quoi, nous avons réalisé de nouvelles avances.
A Neuville-Saint-Vaast, nous avons enlevé des maisons dans la rue principale et la totalité de l’îlot ouest du village.
Dans le Labyrinthe, après avoir refoulé une offensive, nous avons accompli de légers progrès.
A Hébuterne, les tentatives faites par les Allemands pour ressaisir leurs positions ont échoué. Nous leur avons enlevé plusieurs lignes de tranchées sur un front de 1200 mètres en capturant environ 150 hommes. Un combat d’artillerie s’est développé au nord de l’Aisne.
Les Russes ont reculé en arrière de Przemysl, mais ont affirmé leur supériorité dans la région du San inférieur.
Les Italiens se sont fortement cantonnés sur les deux rives de l’Isonzo, où leurs effectifs augmentent de jour en jour.
Le bruit de la mobilisation générale court à Sofia.
La presse allemande marque des craintes au sujet de l’attitude de la Roumanie.
M Bryan, secrétaire d’État de l’Union, a donné sa démission.

Share Button

Mardi 8 juin 1915

Louis Guédet

Mardi 8 juin 1915 

269ème et 267ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Nuit calme, journée de même, température lourde et orageuse. Vu à la Mairie ce matin à diverses affaires de justice de Paix. Cette après-midi été à l’Enregistrement pour séquestre Louis de Bary et obtenir opposition. De là passé rue Dallier, 1, au bureau de la Place, pour serrer la main et féliciter le commandant Colas de sa nomination de lieutenant-colonel sur Place. Le brave commandant est loin d’être optimiste et n’a pas espoir que nous soyons délivrés bientôt. In petto il envisage encore un hivernage devant Reims ! J’avoue que j’en ai bras et jambes cassés. Il faut donc désespérer ! de tout !

9h soir  C’est un peu à contrecœur que je me vois obligé de consigner une petite réflexion que m’a faite cet après-midi un (imbécile) de confrère , actuellement musqué non embusqué, brigadier automobiliste au 6ème Corps du général Franchet d’Espèrey à Gueux qui venait me demander la gracieuseté de signer un certificat de vie pour une de ses tantes, qui en entrant eu cette réflexion lapidaire : « Comment, vous avez encore ces 2 pièces ? Je croyais que vous étiez plus « amoché » que cela et que vous n’aviez plus que votre cave comme habitation !!! » On ne peut être plus inconscient, je lui ai répondu : « Vous trouvez que j’ai encore trop de logement ? » Sur cela il a piqué un rouge et… bafouillé. Imbécile, va ! et voilà la mentalité de tous ces musqués là – non embusqués – pour la Gloire de la France !! Quelle Pitié !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit très tranquille. Visite à Bouilly. Pas trouvé M. le Curé. M. le Maire. Mort de M. Wagnart, Doyen de Buzancy à Ay.

Visité l’Orphelinat de Bethléem, Château de Cormontreuil

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Renée Muller

le 8 orage, on parle que le 58ème chasseur à pied va venir remplacer le 411 ;

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


ob_3e4946_906-001


 

Mardi 8 juin

Violents combats au nord d’Arras. Lutte d’artillerie à Buval, Ablain, Souchez, Neuville et Écurie. Au Labyrinthe nous avons poursuivi notre marche vers le réduit central, en repoussant toutes les contre-attaques.
Au sud-est d’Hébuterne (à 20 kilomètres d’Arras), nous avons enlevé d’assaut deux lignes allemandes en faisant 400 prisonniers non blessés et en capturant des mitrailleuses. Nous avons relevé plusieurs centaines de cadavres ennemis.
Au nord de l’Aisne, l’ennemi a attaqué furieusement en amenant des renforts en automobile. Il a été refoulé, laissant 2.000 morts sur le terrain et 256 prisonniers entre nos main . Nous avons progressé entre Soissons et Reims, arrêté une offensive à Mesnil, en Champagne; à Vauquois, par représailles, nous avons aspergé de liquide enflammé les tranchées allemandes.
Un aviateur anglais a abattu un zeppelin entre Gand et Bruges.
Un zeppelin survolant la côte anglaise a tué cinq personnes et fait quarante blessés.
Les Russes ont franchi le Pruth, en Galicie orientale, et repoussé avec pertes une attaque de la flotte allemande dans le golfe de Riga.
Le mouilleur de mines français Casablanca a heurté une mine et a été coulé dans la mer Égée.

Share Button

Lundi 7 juin 1915

Louis Guédet

Lundi 7 juin 1915 

268ème et 266ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Journée torride de chaleur. J’en souffre beaucoup, d’autant plus que j’ai passé pour ainsi dire une nuit blanche. A 1h1/4 canonnade, fusillade, mitraillade furieuse, et cela durant 3/4 d’heure. Puis silence jusqu’à 2h3/4 et ensuite nouvelle sarabande jusqu’à 3h1/2. C’était un roulement continu. Nous attaquions, parait-il, toujours pour ne pas avancer, bien entendu. Gare cette nuit la réponse des allemands. C’est bien dur. Quelle vie ! Fais mon retard de courrier, j’arrive peu à peu à la fin. Vu Mlle Mary Monce et visite avec elle sa maison rue Chanzy 71. Elle a reçu 13 obus. Quel chaos ! Si Marie-Antoinette revenait dans cette maison où elle a assisté au passage de Louis XVI lors de son sacre elle ne reconnaitrait plus. Les jolies boiseries de cette époque sont bien mal en point, notamment celles de la salle à manger, je lui ai conseillé de les mettre en sûreté, surtout le panneau de la cheminée, ainsi que les débris du marbre de cette malheureuse cheminée. Celle du salon est encore intacte. Pourvu que cela en reste là. Le bahut de l’époque avec le gros marbre dans la cuisine est réduit en poussière malheureusement.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Comme site, très probablement, aux explications provoquées à la séance du conseil municipal du 4 courant, par une question posée par M. Jallade, concernant le ravitaillement de la population civile, Le Courrier de la Champagne a inséré, aujourd’hui, la communication suivante :

Le prix de la vie.

La mairie de Reims nous communique la note suivante :

Nos concitoyens ont, depuis quelques jours éprouvé un peu d’émotion, en constatant l’élévation soudaine du prix de la viande et la rareté de la farine.

Des renseignements qui ont été communiqués hier au Conseil, par la municipalité, il résulte que la hausse de la viande s’étend actuellement à toute la France.

Les énormes besoins de l’armée, l’alimentation abondante qui li est fournie, ont peu à peu diminué l’importance du troupeau français – la demande a dépassé l’offre – et il s’en est suivi une hausse sensible sur toutes les catégories de viandes.

Le gouvernement et les chambres de commerce s’en sont émus et prennent une série de mesures destinées à parer au déficit constaté : introduction, pendant cinq ans de quantités considérables de viandes frigorifiées ; proposition, non encore votée, d’acheter une importante quantité de bétail vivant – certains demandent 200 000 têtes de bovidés, etc.

Mais toutes ces mesures, si efficaces qu’elles doivent être, ne produiront leur effet que dans quelque temps, et il faut s’attendre à voir le prix de la viande rester dans toute la France à des prix élevés.

En ce qui concerne la ville de Reims, les achats actuels sont pratiqués exactement de la même manière que depuis 10 mois et dans augmentation des frais de transports ou autres ; mais s’il a été possible, pendant presque toute cette période, de ravitailler la ville en viande excellente à des prix équivalents à ceux du temps de paix, nous ne pouvons échapper seuls à une hausse qui frappe toute la France, et il nous faut subir les cours des marchés de bestiaux.

La municipalité suivra la question avec l’attention la plus vive, afin de profiter des circonstances favorables.

Pour la farine, un accident de machine survenu à un important moulin, a causé quelques embarras, et, d’autre part, les achats faits en large proportion dans d’autres départements, se sont heurtés, en dehors des difficultés de transports, à des interdictions de sorties prononcées récemment par certains préfets qui désirent conserver dans leur département la farine produite.

Mais ces difficultés parfois considérables, sont sur le pont d’être surmontées ; des mesures sont prises pour obtenir des arrivages réguliers en reconstituant les stocks nécessaires, et de très larges achats de blé, comme des contrats avec la meunerie, assurent pour plusieurs mois la consommation de notre ville.

– Depuis la seconde quinzaine de mars, Mme Martinet et moi, nous occupions activement à préparer le déménagement du beau mobilier garnissant entièrement la maison n° 8, rue Bonhomme, dont le bail, consenti à M. et Mme Ricard, venait à expiration le 24 juin courant.

D’autre par, M. l’abbé Marc Ricard, installé depuis fin septembre 1914 avec ses parents, dans leur propriété de famille, à Beauvais, nous avait priés de lui adresser en même temps son mobilier personnel qui remplissait un appartement du rez-de-chaussé 12, rue Bonhomme, où il habitait avant la guerre.

Le désir exprimé par la famille Ricard, de voir réaliser au plus tôt l’expédition complète de ce qu’elle possédait à Reims, avait pu être provoqué par la nouvelle de l’arrivée d’un obus sur la cuisine du n° 8, dans la nuit du 21 au 22 février 1915 – que j’avais tenu à signaler aussitôt. L’explosion d’un nouveau projectile incendiaire sur la maison voisine (n°10), dans la soirée du 28 avril était venue fortifier certainement la décision déjà prise. Quelques envois partiels avaient préludé à la manifestation de ce désir ; j’avais expédié deux caisses de volumes de la bibliothèque du n°12, dont l’une pesant 90 kilos ; Mme Ricar m’avait fait demander, au cours de l’hiver, de lui envoyer divers objets, une fourrure, du linge, etc., mais la question du déménagement total des deux mobiliers avait été soulevée par une lettre de M. Ricard, de mars 1915 et je m’étais tout de suite mis à son entière disposition, trop heureux que j’étais de cette occasion de rendre service à une famille qui nous avait si généreusement offert l’hospitalité, lorsque les miens et moi, nous étions trouvés brutalement dépourvus de tout, sans mobilier et sans abri, après l’incendie du 19 septembre 1914.

Cependant, l’opération était d’importance.

Le déménagement de M. et Mme Ricard et leur installation à Beauvais étaient prévus dès juillet 1914. Partis en vacances à la mer, d’où ils étaient revenus précipitamment à la déclaration de guerre, ils en avaient commencé les préparatifs. Trois ou quatre caisses de la maison de déménagements Walbaum, quelques paniers garnis par Mme Ricard qui avait tenu à y mettre et disposer elle-même, avec précaution, ses cristaux et diverses choses des plus fragiles, étaient déjà prêts à être enlevés. Une réserve d’emballages, constituée par une quinzaine de caisses et à peu près autant de paniers à moitié remplis de foin, appartenant à la même entreprise, se trouvait au sous-sol, toute prête à être utilisée.

La maison Walbaum, dont les bureaux avaient été transférés ailleurs, ne faisant plus de déménagements à Reims, je m’étais mis en rapport, aussi tôt la réception d’une lettre de M. Ricard m’y autorisant, avec Rondeau, qui assurait l’acheminement des transports de Reims à Épernay par la route – mais les pourparlers avaient été des plus laborieux.

Le déménagement, suivant les premières promesses faites et réitérées, devait être effectué fin mars. Combien de fois me fallut-il faire des démarches à l’hôtel de la Couronne, place Colin, où je ne pouvais voir Rondeau, qui habitait Épernay, que deux jours par semaine, pur obtenir continuellement de nouvelles promesses qui n’étaient pas tenues ; le long trajet que cela m’imposait, au-delà du canal, n’avait rien d’intéressant lorsque « ça » venait à bombarder tandis que j’étais en route… J’informais chaque fois m. Ricard qui, de son côté attendait toujours et avait lieu de s’impatienter. Il écrivait et faisait écrire à Rondeau par son confrère en déménagements de Beauvais, sans rien obtenir non plus.

Après un voyage que M. Ricard crut devoir effectuer spécialement de Beauvais à Épernay, pour relancer l’entreprise de déménagements, je vis enfin venir la première voiture rue Bonhomme, le 25 mai. Elle était escortée par trois hommes et conduite par un camionneur ; il y avait deux mois que je l’attendais. Deux mois au cours desquels j’avais reçu une volumineuse correspondance de M. Ricard me faisant par de ses craintes, de ses inquiétudes avivées lorsqu’il apprenait par les journaux que la ville de Reims venait d’être à nouveau bombardée, craintes qui ne coïncidaient heureusement pas avec toutes celles que nous pouvions avoir sur place, presque journellement, car le communiqué passait sou silence certaines séances de bombardement particulièrement dangereuses dont j’évitais de lui parler dans mes réponses.

Mais, pendant ce délai, Mme Martinet avait travaillé. Elle avait vidé toutes les armoires à linge et aidée de temps en temps par sa fille, empaqueté et cousu les nombreux colis de literies ; ma sœur était venu une ou deux fois lui donner également un coup de main pour l’emballage délicat de la vaisselle. J’avais eu tout le temps nécessaire de mettre en caisses moi-même, le dimanche, les objets de valeur du salon et d’ailleurs, les pendules, appliques en bronze doré, bibelots, etc., de préparer les paniers de vins en bouteilles de la cave et, comme il m’arrivait de n’être pas toujours satisfait et de recommencer une caisse après l’avoir vidée entièrement, si le couvercle s’adaptait mal, Mme Martinet me disait en riant :

« Eh bien, vous en avez de la patience ! »

C’était pour moi une distraction. Nous avions le temps, nous pouvions soigner le travail. J’avais tenu à l soigner particulièrement pour le bureau de M. Ricard, en empaquetant tous ses carnets personnels ou les différents objets qui s’y trouaient renfermés, sans les changer de place, de manière qu’à l’arrivée, les tiroirs fermés à clé présentassent tous leur contenu tel que li-même l’avait composé précédemment.

Afin d’éviter un long stationnement des voitures, sous un bombardement éventuels, nous avions ainsi disposé pour être enlevés, cinquante-six caisses, paniers et malles, quelques-unes de ces dernières de taille imposante, sans compter les mannes de linge, colis de literie, petites caisses, cartons ,paquets qui portaient à quatre-vingt le total de ces dives bagages, tous étiquetés et numérotés.

Il m’avait fallu annoncer, dans de longues correspondances, la composition des charrois et l’emplacement exact des nombreuses clés qui avaient été placées, avec l’indiction de leur destination – malles, coffrets, cadenas, etc. au-dessus de certaines caisses clouées et facilement reconnaissables.

Les voitures n’étaient pas venues l’une derrière l’autre. Plusieurs jours s’étaient écoulés entre les divers chargements et tous ne s’étaient pas faits tranquillement, loin de là. Deux fois, en raison du bombardement, les hommes avaient dû abandonner des véhicules à moitié remplis et non fermés.

Enfin, ce double déménagement venait d’être terminé. Il y avait fallu hit chargements faits dans 1) un wagon spécial ; 2) quatre cadres ; 3) trois grandes voitures capitonnées.

J’étais on ne peut plus satisfait d’avoir vu la dernière voiture s’éloigner de la rue Bonhomme et d’être venu à bout, grâce au dévouement et l’aide précieuse de Mme Martinet, de ce travail particulièrement difficile et nous avions été très heureux d’apprendre que les premiers meubles et objets, transportés dans deux cadres, étaient parvenus en d’excellentes conditions ; nous avions entièrement confiance, après cela, pour l’arrivée du reste dans accident (1).

– Mme Martinet devant partir pour Beauvais, où elle est appelée par la famille Ricard, je quitte donc aujourd’hui, définitivement, la maison n° 8 rue Bonhomme, après l’avoir habitée depuis le 30 novembre 1914, soit six mois, pour m’installer auprès de la ma sœur, restée seule au 2e étage 8, place Amélie-Doublié, depuis que mon beau-frère Montier a rejoint (2). Il a été convenu que nous prendrons nos repas ensemble, tandis que nous descendrons chaque soir, occuper pour la nuit des chambres e l’appartement du rez-de-chaussée n°2 – même place – après autorisation des locataires, qui ne sont plus à Reims.

Ces jours-ci déjà, j’avais fait quelques apparitions dans le nouveau quartier où je vais élire un troisième domicile provisoire depuis les incendies de septembre 1914, et c’est ainsi que j’y couchais la nuit dernière, alors qu’à 1 heures du matin, une attaque de notre part a eu lieu sur le font devant Reims.

Notre artillerie déclenchait un feu terrible. D’une lucarne de cette maison n° 2 place Amélie-Doublié, nous voyons parfaitement les éclairs des coups de canon tiré de la direction de la Pompette, les explosions en l’ai de Shrapnells et les éclatements en un bruit formidable, qui se répercutait longuement, d’autres engins, au-dessus de lignes. De nombreuses fusées montaient de temps en temps du « mamelon », pour éclairer les tranchées. Les projecteurs manœuvraient également et sur notre gauche, une batterie qui se trouvait probablement près de la prison, rue Danton, faisait un vacarme effrayant.

Par un temps bien clair et une nuit très douce, on entendait, au milieu des détonations épouvantables qui partaient d’un bout à l’autre du front, devant Reims, le crépitement serré des coups de fusil, le tac-tac des mitrailleuses.

De l’endroit où nous étions postés, l’ensemble aperçu présentait assez, à la vue, l’aspect d’un gigantesque feu d’artifice, s’il est permis de faire un rapprochement entre la fin dune fête publique et un champ de bataille où les engins de mort – dont nous pouvions soupçonner les terribles effets de part et d’autre, – s’abattaient à profusion.

A 3 heures seulement, nos pièces se taisaient, et, un peu plus tard, nous retournions nous coucher en nous demandant ce que nous apprendrions de l’opération, par la suite.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

ob_18bc91_796-001

Rue Bonhomme et place Amélie-Doublié

Rue Bonhomme et place Amélie-Doublié


 Cardinal Luçon

Jeudi 7 – Nuit comme je viens de le dire. Journée tranquille. Aéroplanes ; nuit tranquille, contrairement aux craintes de bombardement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Lundi 7 Juin 2015. Il y a eu un combat toute la journée d’hier. Ça devait être près de Soissons. Nous entendions la canonnade lointaine. Mais cette nuit c’était près de chez nous, à Bétheny. Les nôtres ont tiré sans arrêt ; nous n’avons pas dormi. Cela remue le cœur et nous fait penser à ceux qui nous manquent. Pourvu que le résultat soit bon ! C’est tout ce que j’ai à te dire aujourd’hui mon Charles mais je t’envoie de loin tous mes baisers.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Renée  Muller

7 juin, j’oubliais de dire que j’ai entendu une forte canonnade du côté de Perthes, aujourd’hui, ça a l’air de recommencer nous voyons depuis 2 jours, BILBO MOLLEUX et hier LERAY, Noémie a été à Cormontreuil et ce matin encore

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Lundi 7 juin

La lutte s’est poursuivie à notre avantage au nord d’Arras. Nous avons gagné du terrain à l’est de la route Aix-Noulette-Souchez et dans le fond de Buval, comme dans Neuville-Saint-Vaast où nous avons conquis plusieurs maisons; Nous avons progressé de 100 mètres dans le Labyrinthe dont nous tenons maintenant les deux tiers.
Le canon a tonné, après un long silence,au nord de l’Aisne. A l’est de Tracy-le-Mont, nous avons prononcé une attaque, et après un bombardement efficace, enlevé deux lignes de tranchées sur un front d’un kilomètre. Nous avons ensuite repoussé plusieurs contre-attaques et pris 200 hommes et trois canons. Combats d’artillerie sur les Hauts-de-Meuse et dans les Vosges.
Les Italiens activent la concentration de leur armée derrière les positions conquises du col de Stelvio à la mer. Ils ont bombardé la côte dalmate et endommagé la voie ferrée de Raguse à Cattaro.
Aux Dardanelles, les Franco-Anglais ont attaqué sur tout le front. Les Anglais ont occupé deux lignes de tranchées turques. Notre première division a enlevé la première ligne ennemie, la flotte donnant un concours efficace. Les pertes ottomanes sont élevées. Les forces alliées ont capturé plusieurs centaines d’hommes, parmi lesquels quelques Allemands.
La Bulgarie poursuit ses préparatifs militaires.
Share Button

Dimanche 6 juin 1915

Louis Guédet

Dimanche 6 juin 1915 

267ème et 265ème jours de bataille et de bombardement

3h après-midi  Je suis rentré hier soir vers 7h après 15 jours passés près de ma pauvre chère femme et des 3 petits. Les 2 ainés étant toujours l’un à Vevey (Suisse) pour se reposer, et l’autre à Paris pour sa philosophie. Je n’ai pour ainsi dire vécu que d’une vie animale tellement j’étais brisé physiquement et moralement.

La demi-page suivante a été découpée.

…Repris ce matin ma vie de galère. Eté à la Ville remettre mes lettres au Docteur Langlet, causé quelques instants avec lui et M. Raïssac, secrétaire général. Vu Houlon conseiller municipal. Après la mort de Pérot conseiller municipal socialiste qui s’est pendu pendant mon absence, désespéré de voir ses utopies internationalistes effondrées et ses collègues allemands comprendre la solidarité socialiste de la façon dont ils la pratique actuellement. C’était un esprit droit, qui sans conviction religieuse ne pouvait que finir ainsi : le suicide.

Après-midi et ce matin commencé à mettre à jour ma correspondance. Y arriverai-je ? Tellement j’en ai.

Je me demande de plus en plus si je pourrai aller jusqu’au bout, mes forces me trahissent parfois.

La demi-page suivante a été découpée.

Je lisais il y a quelques jours dans l’Écho de Paris du vendredi 4 juin, un article de Maurice Barrès intitulé « Les Veuves de la Guerre », et ce passage me frappait tant il était vrai et était applicable à quantité de ces héros (??) de l’arrière, le voici :

« Mais il ne faut pas qu’ils (les enfants) oublient. Il faut qu’ils aient de leur père un souvenir très lumineux, très vivant, qu’ils sachent bien que c’est parce qu’ils avaient un papa jeune, brave, robuste et vaillant qu’ils ne l’ont plus, que si leur papa avait été un papa à la conscience moins droite, un papa plus froussard, il serait embusqué dans un bon petit poste pas trop périlleux, et il serait revenu sain et sauf à la fin de la Guerre. Il faut que nos petits sachent bien qu’il vaut mieux pour eux n’avoir plus de papa qu’un papa lâche, pourvu qu’ils aient une maman vaillante et gaie. »

Cela n’empêchera pas que nous, ceux qui auront fait leur devoir, nous soyons toujours honnis et écrasés par ces lâches là comme le dit si bien Maurice Barrès. Tout cela est bien décourageant, et si seulement Dieu nous donnait dès maintenant un commencement de réparation, de satisfaction contre ces gens-là ! Mais c’est tout le contraire, comme me le disait si bien tout à l’heure cette brave Mlle Valentine Laignier qui elle aussi souffre de voir toutes ces lâchetés autour d’elle, comme moi-même je les vois, je les touche, je les subis.

Serons-nous récompensés ? Le châtiment est-il proche pour cette espèce là ? Je n’ose l’espérer. Foulés nous sommes ! Foulés nous resterons !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite du Général Pierron de Mondésir (1) et du Lieutenant-Colonel Colas. Procession du Saint-Sacrement à Sainte-Geneviève. Le matin, lecture du Mandement sur le Sacré-Cœur, à la rue du Couchant (Lettre pastorale, n°77)

A minuit, visite du Colonel Colas m’informant par ordre du Général de l’attaque qui va avoir lieu, et du péril de ripostes allemandes par un bombardement. L’attaque française commence vers 1 h. A peine entendit-on ici la défense des Allemands, peu de bombes sur la ville, 6 seulement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Le général Pieron de Mondésir commande une division dans le secteur de Reims. En 1917 il commandera le 38e Corps d’Armée qui tient les lignes des Cavaliers de Courcy à St-Léonard.


ob_8a4b42_195-001


Renée Muller

le 6 promenade chez nous au soir partie de barque avec Mr FRÈRE jusqu’au chalet Picard. Nous avons assisté à la messe au pont de Vrilly près des gourbis, c’était l’aumônier qui était avec le commandant de BAUCOURT

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille, 1914

Voir la suite sur le blog


Dimanche 6 juin

L’ennemi a prononcé trois violentes contre-attaques contre la sucrerie de Souchez et les tranchées au nord et au sud. Il a été repoussé avec de très grosses pertes; nous gardons toutes nos positions. Mieux : nous avons réalisé des progrès à Neuville-Saint-Vaast, où nous tenons plus des deux tiers du village, et dans le Labyrinthe où nous avons gagné 450 mètres. La grosse pièce qui avait tiré sur Verdun a été repérée et prise sous notre feu. Le béton de la plate-forme a été endommagé et un dépôt de munitions a sauté tout auprès.
Des zeppelins ont opéré sur la côte anglaise : les effets de leur bombardement ont été médiocres.
Sur le front oriental, nos alliés contiennent l’ennemi. Canonnade dans le golfe de Riga; offensive russe victorieuse sur le San inférieur; les Allemands qui venaient au secours du 14e corps autrichien ont subi un échec; graves pertes des Austro-allemands sur la rive droite du San; contre-attaque russe vigoureuse dans la région de Stryj.
Le roi de Grèce a subi une nouvelle opération.
Les sous-marins allemands ont torpillé à nouveau des bateaux anglais français et belges.
Les Allemands auraient fusillé M. Masson, député de Mons.
Une conférence a eu lieu à Nice, entre M. Carcano, ministre italien du Trésor et M.mac Kenna chancelier de l’Échiquier anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

Share Button

Samedi 22 mai 1915

Louis Guédet

Samedi 22 mai 1915 

252ème et 250ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Beau temps lourd, orageux. Toujours le grand calme impressionnant. Je pars à 1h. Dérangé continuellement. Pourvu qu’il n’arrive rien durant mon absence et qu’enfin je triomphe de tout et de tous.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers midi, ne trentaine d’obus s’abattent brusquement en ville, principalement sur le centre.

Le premier, tombe dans les ruines de l’ancien magasin de vêtement Gillet-Lafond, place Royale ; le deuxième éclate presque aussitôt sur le pavé devant la maison Hennegrave (anciennement Petitjean) également place Royale, à l’angle gauche de la rue Cérès. Un caporal du 291e d’Infanterie est tué là et deux soldats blessés, dont l’un très grièvement au ventre ; l’autre à la tête. En même temps qu’eux, un civil a été atteint.

On s’empresse à l’instant où je passe, sortant du bureau. Au coin de la rue Bertin et de la place, une marre de sang épais indique l’endroit où se trouvait le malheureux caporal quand il a été touché derrière la tête ; on l’avait transporté à côté, dans l’impasse, d’où on l’enlève ; une partie de sa cervelle est restée sur le pavé. L’auto des hospices emmène les soldats, tandis que la voiture de la Croix-Rouge prend le passant et deux autres personnes, atteintes probablement par des éclats de glace, dans le magasin de pain d’épice où elles se trouvaient quand se produisit l’explosion ; l’une d’elles porte dans les bras un bébé de quelques mois et tous sont couverts de sang.

Après quelques jours de calme, la vie de ce triste et poignant tableau ramène brutalement à la réalité des choses.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


ob_186b45_p-freville-5-10

Cardinal Luçon

Samedi 22 – Nuit silencieuse, sauf quelques coups sourds vers 9-10 h soir, canons ou mines(1) ? A 11 h 1/2 bombardement violent pendant une demi-heure. Visite de M. Garnier, neveu de M. Letourneau. Une bombe au Grand-Séminaire éventre le Donjon. Un artilleur tué Place Royale. Une femme blessée dans sa voiture ainsi que sa fille. 5 h, aéroplane contre lequel on ne tire pas, donc français (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Les mines terrestres étaient des dispositifs explosifs mis en place sous les positions ennemies par des galeries de mines et qui étaient chargées par un tonnage d’explosif parfois considérable. Le résultat était un cratère impressionnant engloutissant hommes et installations – comme à Berry-au-Bac, à la cote 108, à Vauquois et à la Ferme d’Alger, devant La Pompelle.

Share Button