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Dimanche 31 janvier 1915

Collection : Bosco Djoukanovich

Abbé Rémi Thinot

31 JANVIER – dimanche –

Je prêche messe et vêpres… profonde impression produite sur cet auditoire d’hommes debout, pressés ? attentifs. Oh les âmes sont ouvertes ; il faut faire tomber la grâce à flots ; à nous, jardiniers de ne pas chômer…

En quittant des vêpres, Je croise le convoi d’un caporal ; la brouette est recouverte du drapeau tricolore ; en avant, la croix qui sera plantée sur la tombe, de chaque côté un peloton fusils couchés… L’aumônier annonce « Un tel… mort au Champ d’Honneur » et fait prier… Il neige.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Réveil avec détonations et sifflements d’obus.

Lorsque je passe au bureau, j’apprends que la maison située à l’angle des rues Saint-Thierry et du Mont-d’Arène, où habitait notre collègue Joly, rentré à Reims depuis le 22 courant a été entièrement disloquée à 6 heures, au cours du violent bombardement de ce matin.

Après-midi, reprise du bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Collection : Bosco Djoukanovich

Collection : Bosco Djoukanovich


Cardinal Luçon

Dimanche 31 – Nuit tranquille. Journée tranquille.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

31 – Dimanche – Temps gris. La neige tombe un peu. La journée s’est passée avec un peu de canonnade et bombardement. Assez calme la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 31 janvier

Les pertes subies par les Allemands près de Nieuport sur la grande Dune ont été très importantes. Ils bombardent à nouveau Arras et les localités environnantes. En Argonne, nous avons reculé de 200 mètres environ, après un combat sanglant et disputé, qui a été d’ailleurs plus coûteux encore pour nos ennemis que pour nous mêmes.
L’enveloppement que les Russes opèrent avec succès, dans la Prusse orientale, au nord de Tilsitt, a pour but de riposter à la contre-offensive que les Austro-allemands tentent dans les Carpates, à l’autre extrémité du front oriental. On lui attribue une grande importance, la garnison de Koenigsberg ayant été très réduite par les prélèvements qui ont été opérés sur elle.
L’Autriche, après l’Allemagne, va établir le monopole des grains afin de se prémunir contre la famine. En Allemagne même, les journaux se plaignent de la spéculation, de la hausse des cours, et réclament d autres monopoles, celui des pommes de terre en première ligne.
Le ministre des Finances austro-hongrois, M. de Bilinski, a été disgracié.
L’Italie continue ses préparatifs militaires en mobilisant de nouvelles unités.
Des officiers austro-hongrois, qui portaient des bombes, ont été arrêtés à la frontière roumaine.
Ricciotti Garibaldi propose de porter à 30.000 le nombre des volontaires italiens qui combattent en France. Ils retourneraient en Italie, si la guerre éclatait entre ce pays l’Autriche.

 

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Samedi 30 janvier 1915

Paul Hess

Pendant la nuit, même tir furieux qu’hier.

Le soir, avant de m’endormir, j’entends siffler les obus.

– Dans le long communiqué en date de Paris, 28 janvier, 15 h, reproduit par les journaux, aujourd’hui, nous lisons ceci :

Le 27 janvier était la date de l’anniversaire de l’empereur d’Allemagne. Nos adversaires avaient annoncé à cette occasion un gros effort. Il s’est produit ; il n’a pas tourné à leur avantage………..

Dans le secteur de Reims et de Reims à l’Argonne, duel d’artillerie où notre artillerie lourde a maîtrisé les batteries ennemies.

C’est tout, pour tant de détonations entendues.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 


Cardinal Luçon

Samedi 30 – Nuit tranquille. Toute la journée canonnade des deux côtés. Quelques bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

30 Samedi – Temps gris. La neige tombe un peu. La journée s’est passée avec peu de canonnade et de bombardements. Assez calme la nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Samedi 30 janvier 1915.

Aujourd’hui, mon tit Lou, je suis descendue et j’ai mangé à table. J’avais rêvé de toi toute la nuit et j’avais dans l’idée que j’aurai des nouvelles. Quand ton parrain est rentré à midi il ne m’a rien dit, mais dès que j’eus fini de dîner il me présenta une lettre qu’il avait reçue. C’était la réponse du lieutenant. Je n’osais pas la lire, mais dès les premières lignes j’étais rassurée. Il s’excusait de ce qu’il avait écrit la première fois et racontait exactement ce que Rominger et Langlet avaient dit. Je sens, moi, qu’ils disent la vérité, mais pourvu que tu aies bien été soigné par les boches ! Maintenant on me dit que tu es peut-être dans une ambulance allemande en France. De cette façon tu me reviendras peut-être plus vite.

Mais ils n’ont pas l’air de vouloir partir car ils bombardent toujours la ville. Ce n’est pas une vie, mon Charles. Quand on pense que ce sont des centaines d’obus par jour qu’ils envoient, et toujours des victimes. Quand je repense qu’avant d’avoir la soeurette, une fois nous étions allés chez Mignot nous deux Charlotte : en passant près de la gare quatre qui tombent dans le square Colbert ; en arrivant chez Mignot deux qui tombent sur le cellier aux vins, tout coulait ; en repartant par le canal, car ça ne tombait jamais par là, en voici cinq rue de Venise et tout le long de notre parcours les maisons étaient fermées. Rues MontLaurent, Brulart, Coquillard, Créneaux et jusqu’aux quatre routes, on aurait dit qu’ils nous suivent, ces boches. Je ne dirais pas que je n’ai jamais eu peur, ce serait mentir, mais je ne me suis jamais laissée impressionner.

Je te laisse encore une fois. Bons baisers de loin.

Journal d'Hortense Juliette Breyer prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 30 janvier

Actions locales sur toute la ligne; nous prenons pied sur la Grande Dune, dans la région de Nieuport; nous refoulons des attaques d’infanterie autour d’Ypres, Lens et Arras; deux tentatives de passage des ennemis sont repoussées à l’est de Soissons, à Venizel et au moulin des Roches; combat d’artillerie dans les Vosges; rien de saillant en Alsace. Entre Russes et Allemands, l’action continue en Prusse orientale (régions de Pilkalen et de Gumbinnen). En Pologne, les Allemands ont subi de nouveau de grosses pertes, leur offensive étant comme toujours repoussée; en Galicie, sur le front des cols des Carpates, l’avance des troupes du tsar est à peu près générale : elles ont fait prisonniers, en trois jours, 2400 soldats et 60 officiers. C’est, au surplus, dans les Carpates que se concentre maintenant la grande action austro-allemande. ~ Le baron Burian, ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie, a invité le gouvernement roumain à ne pas favoriser les appels à la révolte qui ont été lancés en Transylvanie. M. Augagneur, ministre de la Marine, qui revient de Londres et de Portsmouth, a échangé des télégrammes cordiaux avec M. Winston Churchill, premier lord de l’amirauté britannique.


Légionnaires dans les monts Carpates 1915 dessin

Légionnaires dans les monts Carpates 1915 dessin

 

 

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Vendredi 29 janvier 1915

rue Thiers

Paul Hess

Dans la soirée d’hier et au cours de la nuit, des détonations terribles de nos pièces d’artillerie de gros calibre, qui faisaient vibrer toutes les vitres et même trembler la maison où je suis réfugié, 8 rue Bonhomme, se sont fait entendre.

– Vers 15 heures, alors que nous sommes en plein travail, au bureau de la comptabilité, le conservateur du cimetière du Sud, M. Jumeaux, vient déposer les états qui doivent servir à établir le mandat de paiement pour ses fossoyeurs. Il nous annonce joyeusement que nos troupes ont réalisé une avance signalée jusqu’à Nauroy – et il s’en va.

M. Vigogne déplie aussitôt l’une de ses cartes d’état-major, qu’il a continuellement sous la main et plusieurs collègues se déplacent pour aller auprès de lui, se rendre compte de ce mouvement en avant du front. Ils sont eux ou trois, à suivre par dessus son épaule les indications qu’il leur donne, en supputant l’importance du succès obtenu, lorsqu’un obus, arrivant soudain sur l’hôtel de ville, éclate en heurtant une poutrelle, au dessus de l’escalier de la Bibliothèque.

Le surprise est complète.

Au bruit de l’explosion formidable qui a suivi immédiatement le sifflement, M. Vigogne en se levant brusquement s’est exclamé « M… » et ceux qui l’entouraient se sont sauvés avec lui, tandis qu’on l’entendait crier encore :

« En voilà un qui n’est pas loin. »

Absorbé dans mes écritures, j’étais resté à ma place que la curiosité allait me faire quitter également. Je n’ai pu que baisser la tête sur mon pupitre instinctivement et apercevoir l’un de mes camarades faire des bonds entre les tables.

L’émoi passé, nous voyons revenir Jumeaux, la figure ensanglantée. Tous, nous le questionnons :

« Vous êtes blessé ? – Ce n’est rien », dit-il, j’allais quitter le vestibule pour sortir dans la cour au moment où le projectile arrivait et ce ne sont que des plâtras qui m’ont atteint.

En effet, ses vêtements sont tout blancs et il n’a, heureusement pour lui, que des éraflures superficielle à la tête – mais il a été secoué ; il lui faut quelques instants pour se remettre de l’émotion ressentie si violemment.

Nous venons de reprendre nos occupations respectives, après nous être félicités mutuellement d’en être quittes pour la peur et avoir constaté que le conservateur du sud l’avait échappé belle. Nous en étions à plaisanter M. Vigogne qui, malgré sa surdité avait si énergiquement souligné l’explosion de cet obus, quand un deuxième projectile survient dans les mêmes conditions. Celui-là éclate dans la cour, au-dessus de la porte du bâtiment principal, à peu de distance de la dernière fenêtre de notre bureau ; un peu plus à droite, il entrait en plein dans la « comptabilité ».

Enfin, un troisième obus arrive encore, peu après, sur la rue de la Grosse-Ecritoire, endommageant fortement le « salon rouge » de l’hôtel de ville et les extérieurs ; des morceaux de cet engin projetés par son explosion aussi forte que les précédentes, brisent comme verre les solides barreaux de fer forgé, aux fenêtres de la salle où fonctionne provisoirement le bureau des allocations.

Ni d’un côté, ni de l’autre, il n’y a heureusement de victimes.

Des éclats que j’étais allé chercher en haut de l’escalier, aussitôt l’arrivée du premier obus, la fusée du second, ramassée quelques instants après dans la cour, avec des balles, nous font voir que ce sont des shrapnells de 150, tirés probablement par les pièces sur tracteurs opérant ainsi, depuis quelques temps, devant Reims.

Le bombardement a éprouvé également les environs de la mairie et différents quartiers de la ville.

– Nous lisons cette lettre, dans Le Courrier d’aujourd’hui :

Petite correspondance

Les habitants de la rue Chanzy s’étonnent de ne recevoir leur courrier qu’entre 12 et 15 heures, alors que ceux des quartiers avoisinants le reçoivent entre 12 et 13 . L’administration des postes ne pourrait-elle remédier à cet état de choses, ce qui permettrait aux intéressés de pouvoir répondre dans la même journée ?

Un groupe d’habitants.

Des réclameurs, il y en a toujours ; c’est égal, en raison des circonstances et des difficultés actuelles, on a du mal à admettre une telle mesquinerie dans les exigences.

Le groupe (?) d’habitants qui a produit et signé cela ne se rappelle probablement pas qu’en septembre et octobre 1914, nous avons été privés, pendant un long mois, de toute communication avec l’extérieur de la ville. Il laisse supposer qu’il n’était pas à Reims car il apprécierait mieux l’avantage de recevoir, chaque jour quelque correspondance… même avec le délai imposé entre l’arrivée et le départ.

L’administration des Postes, à qui s’adresse indirectement la lettre jugera de son opportunité, mais le journal, en l’ayant rendue publique, l’a soumise ainsi à ses lecteurs. Je ne doute pas que quelques-uns soient de mon avis.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

rue Thiers

Collection : Pierre Fréville


Cardinal Luçon

Vendredi 29 – Nuit tranquille pour la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

29/1 – Vendredi – Beau temps, gelée. Violente canonnade de notre part toute la matinée et dans l’après-midi. Sur le soir, le calme parait rétabli quand à 7 h 1/2 un coup de nos pièces ouvre la séance qui va sans doute recommencer à 3 h si fort, bombardement des gros obus sur un édifice de la ville dans un autre (?).

La nuit fut, encore un peu mouvementée. Canonnade intermittente.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 29 janvier

Les communiqués de l’état-major français sont particulièrement intéressants; Ils attestent que sur toute la ligne nous sommes devenus supérieurs à l’ennemi.
En Belgique nous démolissons ses tranchées; sur la Lys, l’artillerie anglaise l’empêche de se rassembler; sur le front entre Arras et Soissons, il essaie vainement de sortir de ses abris; dans la région de Craonne, il se repose après avoir perdu l’effectif d’une brigade; dans l’Argonne, nous repoussons successivement trois attaques (Fontaine-Madame); trois autres sont brisées près de Saint-Mihiel (bois d’Ailly); deux autres à Parroy et à Bures (arrondissement de Lunéville); dans les Vosges nous gagnons du terrain au Ban de Sapt (Saint-Dié), et à Senones; en Alsace, nous progressons vers Burnhaupt.
Au total, du 25 au 27, les Allemands ont perdu, d’après nos évaluations, plus de 20.000 hommes.
La Chambre a voté à l’unanimité le projet de M. Ribot, qui pourvoit l’État de ressources nouvelles par l’augmentation du chiffre des Bons du Trésor et par la création d’obligations à échéance de dix ans. Ce vote donne lieu à une nouvelle manifestation de l’entente qui règne entre les partis.
Les Russes poursuivent leur avance du côté d’Insterburg (Prusse orientale) et infligent des pertes sensibles aux forces allemandes qui attaquaient à nouveau sur la rive gauche de la Vistule.
Les séditions contre les autorités hongroises se multiplient en Transylvanie. Dans le Trentin, 50% des territoriaux ont déserté.
La Roumanie a obtenu de la Banque d’Angleterre un prêt de 125 millions.

 

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Jeudi 28 janvier 1915

Paul Hess

Bombardement.

Vers 11 heures, trois camionneurs de la maison Plumet, occupés à la préparation d’un wagon de caisses de champagne à expédier, sont tués dans la cour du CBR, rue Jacquart.

Ce sont MM. Michel Kariger, 67 ans ; Ernest Guidet, 55 ans et Victor Dautel, 52 ans.

– à 17 h, les obus sifflent encore, envoyés de très près ainsi que cela a été constaté maintes fois depuis quelques temps, les coups de départs s’entendant aussi bien que les explosions des projectiles.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Gare du CBR, rue Jacquart

Gare du CBR, rue Jacquart


Cardinal Luçon

Jeudi 28 – Nuit tranquille pour la ville à partir de 10 h. Canonnade toute la journée. Bombes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

28 – jeudi – Beau temps, gelée. Violente canonnade de nos grosses pièces dès le matin. Le vent venant du nord-est, quand les coups partent les maisons de la Haubette tremblent sur leur base. A 2 h du soir le calme est un peu rétabli. Mais pas pour longtemps sans doute.

Trois hommes tués gare du CBR : Karger, Guidet et Dautel du routage (?) (et deux chevaux).

La nuit fut des plus terribles comme canonnade et bombardements. De 5 h 1/2 à 8 h 20 du soir 100 obus sur le 4ème canton.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Jeudi 28 janvier

Le combat s’est ralenti en Flandre, où un avion allemand a été abattu par les Belges.
L’affaire du 25 a coûté à l’ennemi un bataillon et demi. Celle de la Bassée, qui fut un gros échec pour lui, et où l’armée anglaise s’est vaillamment comportée, lui a coûté deux bataillons. Un coup de main, qu’il a tenté près de Tracy-le-Val, entre Oise et Aisne, n’a donné aucun résultat. L’infanterie allemande a attaqué sur le plateau de Craonne, mais elle a été repoussée avec des pertes très notables, 1000 cadavres étant restés sur le terrain. Elle n’a pu prendre pied que sur un point, à la Creute, des éboulements ayant enfermé deux de nos compagnies dans une ancienne carrière. Quatre assauts allemands ont été brisés dans l’Argonne.
Les Russes ont accompli des progrès sérieux en Prusse orientale où ils ont réussi à tourner la région fortifiée des lacs de Mazurie.
Le conseil fédéral allemand a été obligé d’avouer la disette croissante qui règne dans l’empire. Il a prononcé le séquestre pour tous les stocks de blé, de seigle, d’orge et de farine.
Des émeutes se sont produites en Transylvanie, où la haine des Hongrois grandit de jour en jour.
Trois corps d’armée turcs marcheraient contre l’Égypte : une escarmouche a eu lieu entre leur avant-garde et une patrouille anglo-égyptienne, à l’est du canal de Suez. Les troupes anglo-indiennes ont eu un succès dans le Chatt-el-Arab, près du golfe Persique.

 

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Mercredi 27 janvier 1915

Caricature du Kaiser

Louis Guédet

Mercredi 27 janvier 1915

137ème et 135ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Nuit fort agitée en bataille. Journée du même temps que au début et s’éclaircissant. Ce soir nuit de pleine lune absolument rayonnante. Dans la journée en l’honneur sans doute de l’anniversaire de la naissance de ce déchet, de ce résidu, de ce pourri de Guillaume II bombardement de première classe, sifflements, mais pas de gros dégâts il me semble. La camelote allemande devient de plus en plus camelote.

Jean ‘est ajourné. Dieu soit loué, il n’aurait pu supporter les fatigues de la vie militaire. Il parait qu’il est furieux ! Il a tord car à quoi bon aller mourir dans un hôpital. Il a mieux à faire.

Déjeuné chez les Henri Abelé avec Charles Heidsieck, abbé Landrieux, Lartilleux (Représentant en laines, 1877-1941), les 2 abbés Pierre et Jean Abelé. Causé des événements et de l’avenir qui au point de vue social et religieux est plutôt sombre et peu encourageant. Le qui verra et la F.M. (Franc-maçonnerie) gagnent de plus en plus. Alors !! ??

Rendu ensuite visite au Procureur de la République pour sa lettre d’hier. Accueil fort cordial. Il m’a lu son texte de proposition à citation à l’ordre du jour civil, très élogieux mais vrai et juste pour moi et sur moi, il s’appuie en dehors de ma bravoure sur ce fait que non seulement je suis le seul des notaires de Reims resté à son Poste mais aussi et encore le seul des officiers ministériels (avocats, avoués, huissiers, commissaires-priseurs, greffiers, etc…) bref toute la garde de robe. Le Tabellion a fait honneur à nos panonceaux quoi !! Il espère que le Garde des Sceaux m’accordera cette citation à l’ordre du jour, mais on ne sait jamais !! par le temps qui court !! Ce que cela m’indiffère !! Et cependant (le passage suivant à été rayé, illisible) mériterait bien ce soufflet ! à la Grâce de Dieu cela ne m’empêche pas de dormir. Dieu peut faire plus, alors qu’il en arrive ce qu’il voudra…  …J’ai ma conscience.

J’ai fait mon devoir, plus que mon devoir, largement. Alors foin ! de la gloire et de la renommée ! Je l’aurai mérité, cela me suffit, même le ruban rouge !! Certes si cela suivait je n’en serai pas fier, mais je le reçois pour ma chère femme et mes enfants. J’en serais heureux. Oh ! fort heureux pour eux. Car cela aura été gagné sous le feu, les bombes et la bataille pendant 5 mois 1/2.

Les feuillets 194 à 196 ont disparus, le feuillet 197 se résume à une demi-page resto-verso.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Hier, le bombardement a commencé le matin, vers 4 heures.

Cette nuit, il y a eu canonnade de notre part et ce matin le canon gronde encore de tous côtés devant Reims. Une action très vive a lieu certainement en direction de la Pompelle, car la fusillade et les mitrailleuses se font entendre également une partie de la journée. Cela nous paraît sortir de l’ordinaire ; peut-être verrons-nous, demain dans le communiqué de quoi il s’agissait.

– Au cours d’une promenade, vers 8 h 1/2, tandis que je montais le bout de la rue Lagrive conduisant de la rue Ponsardin au boulevard de la Pais, je vous tirer, juste dans l’axe de la rue et tout près de son extrémité, l’une des pièces que je soupçonnais, avant-hier, être cachées là dans les abris du champ de Grève. La flamme du départ, aperçue en même temps que ce premier coup se faisait subitement entendre, m’a révélé sa présence.

Quand on ne s’y attend pas et à si courte distance, le 75 claque bien.

Tout le reste de la batterie se mettant aussitôt de la partie, je dois m’éloigner, car la riposte pourrait fort bien ne pas se faire attendre de ce côté ; d’ailleurs le moment vient de rentrer à la mairie, pour le travail.

– L’après-midi, le centre de la ville reçoit les obus d’un violent bombardement et le soir, à 21 h 1/2, par une nuit claire et très froide, les mitrailleuses partent soudainement, au nord de Reims, en même temps qu’une sérieuse fusillade ses déclenche.

Pendant une demi-heures environ, le bruit apporté par le vent, donnant précisément de cette direction, donne l’illusion d’un violent combat tout proche. Le canon s’en mêlant encore, bien des gens effrayés se précipitent dans leurs caves, croyant qu’on se bat en ville.

C’est jour anniversaire du Kaiser. Entre Bétheny et Witry, des Allemands sortis de leurs tranchées pour crier : « Vive l’Empereur », ont été tout de suite abattus, paraît-il et il s’en est suivi un engagement dont les échos, par ce beau temps de forte gelée, ont fait craindre à nombre de Rémois, un retour offensif de l’ennemi.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 27 – Nuit tranquille pour notre quartier. Canons français lourds de temps en temps toute la nuit. Vers 1 h à 2 h, fusillade intense toute la matinée. Bombardement de 3 h à 4 h. A 4 h aéroplane. Forte canonnade de 9 h à 10 h. Bombes chez M. Charles Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

27/1 – Mercredi, jour de l’année de la naissance du Kaiser

Même temps. Canonnade très violente de notre part dans la matinée. Nos grosses pièces auraient parait-il tiré avec des obus à la (?) sur un corps allemand en déplacement. L’après-midi, canonnade moins violente. A 9 h 10 du soir, il parait que les allemands sortirent tous des tranchées de Bétheny à Cernay, dansant et criant : « Vive l’Empereur » mais de notre coté, on ne l’entendit point de la sorte, car au même instant, fusillade, mitrailleuses, canon petits et gros, tout marchait ensemble, obligeant ainsi ceux qui restaient à rejoindre leur tranchée au plus vite, non sans avoir subi des pertes énormes, attaque qui dura 3/4 d’heure. le reste de la nuit fut assez calme malgré de nombreux coups de canon de nos grosses pièces.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 27 Janvier 1915.

Gaston est venu cet après-midi et comme ton papa l’avait fait, il a causé tout bas au parrain. Mais il ne s’en retournera pas sans que je sache à quoi m’en tenir. Il monte donc me dire bonjour, me demande comment ça va et me dit de reprendre espoir. « C’est vrai, dis-je, papa m’a dit que vous aviez reçu une lettre de Georges Langlet et c’est vrai que Charles ne serait pas tué ? ».

Il a l’air embarrassé. J’en profite pour ajouter : « Si vous avez la lettre sur vous, je voudrais bien la voir ». Avec regret et n’osant me refuser, il me la donna. Ma ruse avait réussi. C’est en tremblant que je la dépliai. Il y était expliqué que tu étais bien tombé, frappé d’une balle au front. La blessure paraissait légère mais la commotion étant forte, tu avais perdu connaissance et au moment où tes camarades allaient t’enlever, une contre-attaque allemande les en avait empêché et tu étais resté entre les mains de l’ennemi. D’où il résultait que tu devais être soigné dans une ambulance allemande et c’est pourquoi tu ne pouvais donner de tes nouvelles. G. Langlet ajoutait qu’il avait écrit à Rominger qui lui avait dit la même chose et il suppliait Gaston de ne m’en rien dire.

Mais moi j’étais contente au contraire de l’avoir lue ; cela me rendait encore un peu d’espoir et si je pleurais après le départ de Gaston, ce fut de soulagement. Mon dieu, quel jour aurai-je la certitude que tu es encore vivant ? Ce sera un jour béni.

Que je t’aime mon Charles, et que je voudrais te le dire comme autrefois. Mais j’ai toujours l’espérance.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Mardi 26 janvier 1915

Louis Guédet

Mardi 26 janvier 1915

136ème et 134ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 soir  Les allemands m’ont laissé dormir à peu près tranquillement ma nuit commencée avec un bombardement qui a démoli pas mal de maisons, rue Thiers, de la Renfermerie, des Consuls. Ce n’était que des shrapnells, mais çà a fait du dégât.

Journée douloureuse pour moi à cause de mon Jean qui passait la révision aujourd’hui. Angoisse que n’a pu atténuer ma proposition à l’ordre du jour (Livre d’Or des civils) faite au Garde des Sceaux par M. Bossu, Procureur de la République à Reims. J’y suis d’autant plus sensible que notre Procureur n’est pas un « gâteux », loin de là ! J’ai fait mon Devoir, on veut bien le reconnaitre, çà me suffit. Et d’autant plus que je n’ai rien fait pour obtenir cette faveur ! Mes enfants pourront lever haut la tête ! Encore une fois de plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Nuit tranquille pour la ville. Canonnade et fusillade française toute la journée. Récit de M. l’Archiprêtre sur le voyage de Mgr Baudrillart, à Rome.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

26 – Mardi. Même temps et comme hier, canonnade et bombardement jour et nuit.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mardi 26 janvier

Progression de nos troupes, en Belgique, à l’est de Saint-Georges; canonnade sur presque tout le front, de la Lys à l’Oise. Une contre-attaque ennemie est repoussée à Berry-au-Bac, sur le front de l’Aisne, où nous conservons toutes les tranchées disputées. Nous démolissons des ouvrages en Champagne; nous arrêtons, par le tir de nos batteries, une fusillade en Argonne (bois de la Grurie); nous détruisons, à Saint-Mihiel, les ponts construits par les ennemis; enfin à Emberménil, près d’Avricourt, en Lorraine, nous capturons un détachement bavarois.
Les communiqués russes indiquent que la guerre de tranchées continue en Pologne; ils confirment la concentration des troupes austro-hongroises à la lisière commune de la Bukovine et de la Transylvanie.
Une autre concentration austro-allemande s’effectue à la frontière serbe, ce pays semblant destiné à subir, à bref délai, un nouvel assaut.
L’empereur François-Joseph a déclaré qu’il abdiquerait plutôt que de céder le Trentin. Les manifestations en faveur de la guerre se multiplient en Italie, chez les radicaux et chez les révolutionnaires.
La Grèce et la Bulgarie prennent de nouvelles précautions militaires.
Les hangars d’Essen ont fortement souffert du jet des bombes alliées.
Un attentat a été commis à Constantinople contre von der Goltz.
Les communications viennent d’être rendues plus rapides entre l’Occident et la Russie par l’ouverture du tronçon ferré Tornéa (Suède) à Karungi (Finlande).

 

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Lundi 25 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

25 JANVIER – mardi –

De 9 heures du soir, jusque 11 heures, une attaque furieuse. La fureur sauvage des mitrailleuses m’impressionnait profondément. Les canons allemands tonnaient éperdument…

Comme j’ai hâte d’aller aux tranchées ! Eux ne comprennent pas bien, mais moi, je suis sûr que les hommes verront une soutane avec quelque édification.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Lundi 25 janvier 1915

135ème et 133ème jours de bataille et de bombardement

8h40 soir  Journée calme, grise, très froide. Fort occupé par lettres et courses. Scellés chez Madame Veuve Collet-Lefort. Que deviendra cette affaire pour moi ? Je ne sais. J’aurais peut-être tiré les marrons du feu, mais j’ai encore fait mon devoir.

A 8h1/4 bombes et obus sifflent au-dessus et proches de chez moi. Ma domestique me supplie de descendre. A quoi bon ? Je suis las de cette vie !! de cette comédie de descendre et de remonter. Je descends tout de même, et je remonte pour écrire ces lignes ! Quel martyre et combien durera-t-il encore de temps ?!

Demain matin mon pauvre enfant, mon aîné, mon cher Jean va passer la révision 1916. Que Dieu le protège !! et que Dieu compte tout ce que j’ai souffert pour me le garder !! me le conserver !

Ce sera pour moi demain 26 un jour bien pénible, bien dur à passer et puis après que m’annoncera-t-on ? Quand je vois tout ces jeunes hommes forts, vigoureux, se promener ici dans les rues ne pensant qu’à jouir et à s’amuser bien à l’abri des balles et des obus, car ce sont des embusqués. Cela me saigne le cœur quand je songe à mon pauvre enfant qui lui, s’il le faut, fera son devoir, plus que son devoir, tandis que ces lâches ne penseront qu’à bien manger ! Oh ! que Dieu les maudisse !!

Lettre du Procureur de la République, M. Henri Bossu, à Louis Guédet

Entête : Copie

Cabinet du Procureur de la République
Reims, le 26 janvier 1915
Confidentiel

Mon cher Maître,

J’ai le plaisir de vous faire savoir que je vous ai proposé à Monsieur le Garde des Sceaux pour l’inscription au livre d’or des civils en raison de votre belle conduite au cours des 5 derniers mois.

Bien cordialement à vous

Henri Bossu

Guédet, notaire, Reims

Mention en travers en bas : « Reçu à 4h1/4 soir »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Éprouvant le besoin de respirer le bon air matinal avant d’aller m’enfermer au bureau, je me dirige, vers 7 h 1/2, du côté du champ de Grève. Au bas de l’avenue de la Suippe, je me heurte à un poteau portant l’inscription : « Défense de passer – zone militaire ». Je n’ai qu’à faire demi-tour, mais je monte alors le boulevard de la Paix pour voir à gagner le but de ma promenade par la rue Lagrive ; au bout de cette rue, la même indication m’oblige également à retourner sur mes pas. J’aperçois, en outre deux sentinelles, rue de Sillery, dont la présence est assez significative.

Renonçant alors à mon circuit quasi journalier d’avant la guerre, dans ces parages, je me contente d’examiner le terrain que je connais parfaitement et devant moi, je vois des abris dissimulant probablement des pièces d’artillerie, car leurs caissons se trouvent incomplètement cachés en contrebas, sur la gauche, dans l’emplacement longeant le mur de clôture de l’ancienne propriété Luzzani.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 25 – Nuit tranquille pour la ville. Canonnade et fusillade française toute la journée. Récit de M. l’Archiprêtre sur le voyage de Mgr Baudrillart, à Rome.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

25. Lundi. Temps gris. Toujours le canon jusqu’à 1 heure du soir. L’après-midi et la nuit, canonnade légère et bombardement

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Lundi 25 janvier

L’ennemi a bombardé la région de Nieuport-Lombaertzyde en Flandre, mais sans pouvoir exécuter l’attaque d’infanterie qu’il préparait. Ses rassemblements ont été, en effet, dispersés par notre artillerie.
Arras a été encore une fois bombardée, tandis qu’une vive fusillade s’engageait à proximité. Près de Vermelles, nous avons contraint les Allemands à évacuer une tranchée avancée; nous avons fait taire leurs canons aux alentours de la Boisselle. Nous avons jeté des obus, qui ont produit des effets utiles, sur leurs ouvrages entre Reims et l’Argonne, spécialement vers Beauséjour et Massiges.
En Argonne, où des combats violents se sont livrés, depuis plusieurs jours, dans la région du Four-de-Paris, nous avons gardé nos positions. En Alsace, nous avons progressé dans le massif d’Hartmannsweilerkopf et repoussé une offensive à Uffholtz.
Une escadre de croiseurs légers anglais a arrêté un raid naval allemand en mer du Nord. Le croiseur allemand Blücher, que montaient 847 hommes, a été coulé; deux autres bâtiments, parmi ceux qui l’accompagnaient, ont été endommagés. Les pertes anglaises sont insignifiantes : quelques hommes blessés.
M. Millerand, ministre de la Guerre, qui s’était rendu à Londres, est revenu à Paris.
M. Bryan, secrétaire d’État de l’Union américaine répond à l’Allemagne par une fin non-recevoir : on sait que le cabinet de Berlin avait protesté contre les fournitures faites par l’Amérique aux alliés.
La Hollande déclare officiellement qu’elle se tient toujours sur ses gardes.

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Dimanche 24 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

24 JANVIER – dimanche –

J’ai fait hier la connaissance de M. Couennon, de Rennes, aumônier du 10ème Corps ; il en veut à mort au 17ème Corps qui, en Septembre, à Suippes, a arraché les croix du cimetière, y compris celles des soldats morts, pour faire du feu…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 24 janvier 1915

134ème et 132ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée froide, glaciale, calme après la tourmente de la nuit, où l’on s‘est battu fortement. J’ai mis à peu près mon courrier à jour. Personne (ou presque) n’est venu me déranger. Vu M. Renaudat  qui se rend compte que nos troupes s’amollissent et qu’il faudrait une marche en avant. Bref il ne sait trop que me dire. Après l’affaire de Perthes-les-Hurlus on doit s’attendre à toutes les lâchetés des troupes des XVème et XVIIème Corps et encore plus de la part des officiers que celles des simples soldats.

Les génisses du Midi !! quoi !! Tas de lâches !! Quel châtiment auront-ils donc pour leur lâcheté !! Nous ne devons cependant pas toujours trinquer (payer) pour eux !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 janvier – Bombardement et fusillade.

Le Courrier publie aujourd’hui ce court avis :

La classe 1917.

Nous sommes autorisés, en réponse à certaines indictions prématurées, à déclarer qu’il n’a jamais été question jusqu’ici d’appeler la classe 1917.

En lisant cela, je pense tout de suite qu’on peut être certain que l’inscription de cette classe ne tardera pas à être ordonnée, car c’est ainsi que les journaux nous ont appris à lire ou plutôt à comprendre certains communiqués officiels qu’ils ont à insérer dans leurs colonnes.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Dimanche 24 – Nuit tranquille pour la ville. Grand’messe rue du Couchant.

Envoi de l’Adresse (au Cardinal Mercier) à Bordeaux. Canons Français et fusillade de temps en temps toute la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

24 – Dimanche. Assez beau temps. Violente canonnade de nos grosses pièces jour et nuit un peu moins la nuit cependant

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Dimanche 24 janvier

Notre infanterie répare sur tout le front les dégâts causés par la tempête dans nos travaux. Nous avons légèrement progressé près de Lombaertzyde. Combats d’artillerie autour d’Ypres, d’Arras, d’Albert, de Roye et de Soissons; les Allemands bombardent Berry-au-Bac, échouent dans une attaque près de Beauséjour, sont repoussés dans l’Argonne, subissent des pertes sérieuses près de Saint-Mihiel. En Alsace, le combat continue dans le massif d’Hartmannsweilerkopf et nous gagnons du terrain près de Cernay.
Une grande concentration de troupes autrichiennes s’opère en Bukovine. Une division hongroise qui a attaqué les Russes de ce côté a été défaite. Le général allemand von Kuk, qui commande dans Cracovie, a réclamé d’urgence des renforts.
Le président du Conseil autrichien, le comte Sturgkh, est sur le point de démissionner.
Le choléra se développe en Hongrie.
Le gouvernement allemand fait pression sur la Roumanie en protestant contre la mobilisation ordonnée à Bucarest.
Le prince Youssoupof, envoyé extraordinaire du tsar, est arrivé au quartier général français pour remettre au général Joffre les insignes de l’ordre militaire de Saint-Georges.
La Grèce convoque plusieurs classes de réserve.
L’Allemagne a appelé l’attention du gouvernement de Washington sur l’importance des fournitures d’armes que les négociants américains ont faites à l’Angleterre.

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Samedi 23 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

23 JANVIER – samedi –

Déménagement de toute la formation ; nous allons à Nantivet, le château près de Suippes. Alors, c’est un branle-bas général.

Razzia par tous les soldats de tout ce qu’ils ont pu réunir pour leur installation ; en gens pratiques ils se demandent s’ils retrouveront l’équivalent ailleurs ; alors, autant emporter… 0n n’a rien pillé ! rien démoli, rien volé ! on a … réquisitionné. C’est le mot ; on en use et abuse au-delà de l’expression.

Les aumôniers vont loger à Suippes.

Le sang gêne des officiers est colossal. C’est triste à souligner, mais combien de gens qui auront souffert davantage, bien davantage des Français que des Allemands… ! quand on voit que nos soldats démolissent les toitures, les cloisons, sciant tout ce qui est bois après les instruments agricoles pour faire du feu. Que d’exactions, que d’abus de pouvoir. C’est partout une désolation indescriptible.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Samedi 23 janvier 1915

133ème et 131ème jours de bataille et de bombardement

… Reçu pas mal de félicitations au sujet d’un article du « Temps » qui dit que je suis resté le seul notaire à Reims.

Heureusement que je ne suis pas du Midi, car à en juger les XVème et XVème Corps surtout – c’est lâche – c’est honteux – Ils refusent de marcher !! Un général de cette clique là répondant au général chef d’armée de notre secteur sur un ordre de prendre et emporter telle position : « Nous ferons notre possible !! » – « Rien de plus !! » malgré les injonctions du général chef d’armée !! Je lui aurais brûlé la cervelle séance tenante. Nous avons toutes les chances à Reims !! On nous soigne comme une Marquise, mais à la condition qu’en guide de poudre nous recevions des bombes à la place des combattants des XVème et XVIIème Corps ? Tas de Gascons ! En ce moment cela bombarde et siffle pas mal ! Que va être la nuit ? Je ne sais. En tout cas, couchons-nous et à la Grâce de Dieu !! après avoir lu les fadaises du « Matin ».

9h10  Cela bombarde plus fort, très fort…  couchons-nous quand même. Pourvu que je ne sois pas obligé de descendre coucher à la cave !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul hess

23 janvier – Le canon s’est fait entendre la nuit e nos grosses pièces tonnent encore ce matin.

En me promenant, avant de rentrer au bureau, j’entends la fusillade dans la direction de Cernay.

– Nous avons un camarade de la « comptabilité » Joly, qui réformé temporairement par suite de maladie, est venu reprendre sa place au bureau.

Le Courrier voulait publier aujourd’hui un article intitulé « Dans Reims ». Anastasie, comme il l’appelle, n’en a laissé que le titre : elle lui a caviardé, en outre, en différents endroits une autre information sur Soissons, d’après la lettre d’une lectrice du journal.

Il paraît s’être fatigué, Le Courrier, de ses protestations véhémentes contre la censure ; il laisse faire maintenant, sans rien dire, ces suppressions qui l’irritaient tant. S’il a été très courageux, il a reconnu sans doute qu’il doit aussi se montrer prudent. Nous n’en serons pas mieux renseignés pour cela.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 23 – Nuit tranquille pour la ville. Canons français. Toute la journée canonnade Française, de même toute la nuit avec fusillades et riposte allemande.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

23/1 Samedi – Dès le matin, le soleil est des plus radieux, aussi, une très forte canonnade continue, toujours de notre part. Le soleil ne pouvait durer longtemps car pour midi, la neige, commençait à tomber mais cela n’empêchait pas notre et canonnade et à 8 h du soir, quand j’écris ces lignes, ça tonne toujours très fort. Nuit terrible comme bombardement.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Samedi 23 Janvier 1915.

Ton papa est venu me voir. J’étais en haut dans la chambre quand il est arrivé. Il a causé à mémère, mais contrairement à son habitude il parlait tout bas. J’ai prêté l’oreille mais j’ai juste entendu qu’il disait ‘ambulance’.

Gaston et puis Georges Langlet et mémère répondaient « C’est donc qu’il ne serait pas tué ». Ensuite ton papa est monté sans avoir l’air de rien. Je lui demandais s’il n’y avait toujours pas de nouvelles. « Non, ma pauvre fille » me répondit-il. Mais il baissait la tête. Ainsi on me cachait encore quelque chose. Si c’est du bon, pourquoi ne pas me le dire ?

Je me creuse la tête et je me fais encore plus de mal, mai j’agirai par ruse et je le saurai. Je ne souffrirai pas plus que je n’ai déjà souffert.

Je t’aime tant mon Charles, plus que tout.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Samedi 23 janvier

Les Allemands bombardent Nieuport, ce qui ne nous empêche pas de progresser. Entre Ypres et l’Oise, notre artillerie disperse des rassemblements ennemis. Nous reprenons une tranchée près de Berry-au-Bac et repoussons une attaque près de Perthes. Violents combats dans L’Argonne, à Fontaine-Madame; près de Saint-Mihiel et aussi près de Pont-à-Mousson. Dans le bois Le Prêtre, les Allemands regagnent quelques mètres de tranchée; ils lancent de gros projectiles sur Saint-Dié et multiplient vainement leurs assauts dans la région d’Hartmannswillerkopf. Du reste notre artillerie a le dessus sur toute la ligne des Vosges.
Des groupes d’avions survolent Dunkerque et y font tomber quatre-vingts bombes qui tuent sept personnes et en blessent treize. Mais l’un d’eux est abattu à Bray-Dunes.
Le général de Falkenhayn a pour successeur, au ministère de la Guerre d’Allemagne, le lieutenant général Wild de Hohenhorn.
Les Russes mettent à exécution un nouveau plan sur le front de Pologne, de Galicie et de Hongrie. On croit que ce nouveau plan entrainera des résultats plus rapides et forcera Hindenhurg à abandonner la guerre de tranchées.
Les aviateurs alliés ont survolé Essen et d’autres ont paru au-dessus d’Étaples.
Les Allemands et les Austro-hongrois habitant l’Italie partent en grandes quantités.
Le pape Benoit XV a prononcé un discours sur la guerre, dans un grand consistoire qu’il a tenu pour procéder à des nominations d’évêques. Il a exprimé sa sympathie aux Belges, mais en même temps les a engagés à ne pas aggraver leur position en troublant l’ordre public.
L’ancien président des États-Unis, M.Roosevelt, répondant aux déclarations mensongères d’un professeur allemand, propagandiste officieux du pangermanisme, a formulé une fois de plus sa réprobation des procédés teutons.

 

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Jeudi 21 janvier 1915

Louis Guédet

131ème et 129ème jours de bataille et de bombardement

Rentré à 4h1/2 à Reims de St Martin

Quart de feuillet suivant découpé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 21 – Nuit tranquille, sauf coups de canon Français de temps en temps.

Visite à la Visitation, et au Fourneau économique rue Féry : promis 300 bons par semaine à la Sœur Stéphanie, soit 30 F par semaine pour une famille qui a 1 bon : elle ne peut renvoyer et cependant ne donner qu’une ration.

Reçu visite de M. Berry de Paris ; d’une dame qui m’a donné 150 F et offert des caisses de vêtements pour les pauvres civils ou militaires.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

21 – Jeudi – Même temps et toujours canonnade et bombardement nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Petite Fille

Collection Gallica-BNF


Jeudi 21 janvier

Sur le littoral de la mer du Nord, violent combat d’artillerie : l’ennemi cherche à détruire notre pont à l’embouchure de l’Yser, mais c’est en vain, et nous désorganisons ses défenses autour de Saint-Georges.

Les Allemands bombardent de nouveau les environs d’Ypres et de Lens, et surtout Blangy près d’Arras. Notre artillerie, par contre, dirige un feu très efficace sur leurs ouvrages, au nord de Perthes et de Massiges.
Une offensive a été repoussée par nos troupes dans le bois de la Grurie (Argonne), elles sont restées maîtresses de toutes leurs positions.
A Saint-Hubert, bien que l’ennemi ait fait sauter une portion de tranchée, il n’a pas gagné un pouce de terrain.
Dans le bols Le Prêtre, au nord-ouest de Pont-à-Mousson, toutes les attaques menées contre nous ont été brisées.
Un raid de zeppelins a eu lieu au-dessus de la côte anglaise du Norfolk. Des bombes ont été jetées au-dessus de Yarmouth, de Cromer, du palais de Sandrigham, et de King’s Lynn. II y a quelques morts et blessés. La presse américaine exprime son indignation au sujet de ce nouvel attentat au droit des gens.
Les combats qui ont lieu en Pologme, sur les deux rives de la Vistule, attestent une progression méthodique des Russes.
Le général von Ompteda qui commandait une brigade allemande, a été tué.
Deux aviateurs alliés ont survolé Cologne.

 

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Mercredi 20 janvier 1915

Paul Hess

Aujourd’hui, on peut enfin se procurer, à la maison H. Matot-Braine, des éphémérides et calendriers de 1915 – introuvables jusqu’alors.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 20 – Nuit tranquille. Visite à Saint Benoît, à l’Ambulance rue Lesage. Reçu réponse de l’Évêque de Paderborn, à qui j’avais écrit pour le prier d’aider M. Badré à obtenir la révision de la sentence qui l’avait fait emmener prisonnier en Allemagne. M. Schulte répond qu’il l’y intéressera, et que s’il l’obtient, il m’avisera.

12 bombes à 4 h ½ rue Pluche.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

20 – Mercredi. Même temps qu’hier et comme d’habitude, canonnade et bombardement. Un obus sur la maison Boschet de la Haubette, nous n’entendons que peu de choses. A 6 h du soir on n’entend que peu de chose, c’est calme, mais ça ne peut durer. Le soir, la canonnade et le bombardement ont été très durs, 4 obus en 1/4 d’heure.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Mercredi 20 janvier

Canonnade en Belgique; duels d’artillerie également autour d’Arras, où la neige ralentit les opérations, mais où nos batteries lourdes ont le dessus; calme rétabli à la Boisselle, où nous avons réoccupé toutes nos positions; et aussi autour de Soissons; canonnades de Vailly à Reims; progrès de nos troupes au nord-ouest de Pont-à-Mousson, où une longue étendue de tranchées allemandes est tombée entre nos mains; canonnades enfin au col du Bonhomme et à Thann. Tel est le bilan de la journée.
M. de Heydebrand, chef du parti conservateur allemand, celui qu’on appelle le roi sans couronne, a prononcé un important discours à Magdebourg. Il a fait le procès de la diplomatie germanique qui, d’après lui, n’aurait pas été à la hauteur de sa tache, et a ajouté que l’Allemagne, étant isolée dans le monde, ne ferait la paix qu’à l’heure qui lui conviendrait.
Le prince de Galles s’est rencontré à Belfort avec M. Millerand, ministre de la Guerre, qui vient de visiter notre région de l’Est.
M. Ghenadieff, envoyé spécial bulgare à Rome, a déclaré une fois de plus que son pays resterait neutre. Il a ajouté que les rapports s’étaient améliorés entre la Bulgarie, d’une part, la Serbie et la Grèce, de l’autre.
Les Russes poursuivent leur cheminement, non seulement des deux côtés de la Vistule, mais encore sur le front de la Prusse orientale. On sait que trois de leurs armées y ont pénétré. Seule a éprouvé quelques difficultés celle du centre, qui a traversé la région difficile des lacs Mazures. Les Allemands prennent toutes mesures pour que ces lacs ne soient pas recouverts d’une couche de glace qui en permettrait le passage.
Au Caucase, l’armée russe a capturé, de nouveau, quantité de Turcs et enlevé plusieurs villages. Le gouvernement ottoman est obligé maintenant d’avouer sa défaite après l’avoir longtemps cachée.
Les socialistes italiens ont décidé, une fois de plus, de rester attachés à la neutralité, mais ils ont décidé également de ne pas exclure les interventionnistes, partisans de l’action armée contre l’Autriche, qui se trouveraient dans leurs rangs.

 

 

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Mardi 19 janvier 1915

Léon-Adolphe Amette

Abbé Rémi Thinot

19 JANVIER -mardi –

Je vois ce matin M. Martin, le médecin principal, homme très bon, très distingué… qui m’expose la difficulté qu’il y a à me laisser suivre mon désir d’aller aux tranchées. A cause des dangers, de l’incommodité… dans les toutes premières, on piétine dans la boue, le sang, les cadavres rejetés sur le parapet lors de l’occupation ou jetés au fond de la tranchée… Pas moyen de dépasser le doigt sans attirer les balles. Les ennemis sont à 25 mètres ; on observe au périscope… J’irai en tous cas jusqu’aux cantonnements, puis au poste de secours.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Cardinal Luçon

Mardi 19 – Nuit tranquille (du 18-19). Hier soir à 9 h canons français. J’ai entendu siffler 2 bombes. Toute la nuit de temps en temps, canon français.

Écrit à Mgr Amette pour le remercier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

19/1 – Mardi. Toujours un temps gris. Quelques coups de canon dans le cours de la journée. Néanmoins, nous deux Lucie, partons à 2 h 1/2 voir notre maison que nous avons trouvé toujours la même chose, et de là, nous allons place Bétheny afin d’enlever encore quelques provisions et nous rentrons sans encombre à 5 h du soir. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mardi 19 Janvier 1915.

Je vais encore t’en raconter au moins deux pages, depuis treize jours que je ne t’ai rien écrit. Je vais d’abord te dire que c’est la première fois que je me lève car notre petit est venu au monde. Notre petite, devrais-je dire, car mon Charles, c’est une fille. Je n’en revenais pas. Mais tu seras content.

Elle est venue dans un si triste moment.  Tu vas voir comme cela a été navrant. C’est le treize qu’elle a fait son apparition. Je ne l’attendais pas de sitôt. Je te dirai d’abord dans la journée précédente, au moment où j’allais m’asseoir, Régina, sans voir, ôta le banc et je tombai par terre. Sur le moment je n’eus aucun mal. Le soir en me couchant je ressentis à peine une douleur dans les reins. Mais à onze heures je fus réveillée cette fois-ci par une vraie douleur. Me lever fut l’affaire d’un instant. Je changeai de linge et j’appelai maman. « Je crois que ce sera pour bientôt. Je commence à souffrir. Mais si c’est comme avec André, je pourrai aller jusque demain midi ».

« Du tout, me dit maman, prends tes affaires et vas t’en. Charlotte et ton père t’accompagneront. M. Couronne ne trouvera pas drôle ». Il était minuit. J’embrassai mon coco et nous partîmes. Arrivés au poste, car chez Pommery il y a des soldats, il y eut des formalités à remplir et laissant papa, nous avançâmes nous deux Charlotte. Je sentais les douleurs se rapprocher et je craignais de ne pas arriver à temps. C’est que le chemin est long et il faisait noir. J’allais plus vite que Charlotte ; je l’entraînais. Papa était loin derrière mais nous ne pensions pas à avoir peur, pas plus que nous n’entendions les coups de canon qui sans arrêt tonnaient dans la nuit.

Oh ce chemin ! Comme il me sembla long, un vrai calvaire. Cela alla bien jusqu’à l’Esplanade, mais arrivée là je fus forcée de m’asseoir par terre, sans forces. Je crus que je ne pourrais pas aller plus loin. « Mon pauvre Charles, dis-je à Charlotte, s’il me voyait ici ; pense donc quel malheur s’acharne sur moi ». « Reprends des forces, me dit-elle, ou veux-tu que j’essaie de te porter ? ».  Mais comme si ta pensée m’eût soutenue, je m’armai de courage et jusque rue Kellermann, entre deux souffrances, je courus. Encore une fois, force me fut d’arrêter. « Cours en avant, dis-je à Charlotte, sonne et pendant ce temps je me traînerai comme je pourrai ». J’entendais ses pas et la volonté aidant, j’arrivai chez ton parrain au moment où il ouvrait la porte.

Quel soupir de soulagement ! Papa arrivait derrière nous et il partit aussitôt chercher Mme Louis. Bon parrain, je m’excusai de le déranger à pareille heure. Vois-tu, il faut le bénir. Un moment de contrariété, il ne l’a pas eu. Au contraire, voyant que je n’en pouvais plus, il me dit de monter à la chambre que l’on m’avait réservée, celle des garçons. Je ne demandais que cela. Aussitôt je me déshabille et je me fourrai dans le lit. Il me semblait que l’enfant allait arriver. Charlotte préparait tout et je souffrais.

Enfin Mme Louis arriva et aussitôt elle vit qu’il était grand temps. Un quart d’heure après la pauvre petite faisait son entrée au monde au son du canon. J’eus une crise de larmes et je te réclamai. Tout ce que j’avais passé et enduré depuis deux mois me repassait par la tête. Mais quand on me présenta ma pauvre petite, mes larmes cessèrent. Je voulus être forte pour que tu les trouves tous deux en revenant. Pauvre tite crotte toute mignonne, il n’y en avait pas quatre livres, tout au plus. J’avais tant souffert, mais je veux qu’elle devienne forte et pour cela je vais essayer de la nourrir.

De cette naissance je me souviendrai. Quelle nuit ! Partie d’auprès de maman à minuit et à deux heures la petite était là. Malgré les circonstances et pour essayer de m’égayer un peu, ton parrain me chine et il vient m’embrasser. « Pour Charles », me dit-il. Il a les larmes aux yeux en embrassant notre petite crotte. Ce sera bien la même figure que notre André, avec un peu  plus de ressemblance avec toi. Mais j’étais bien embarrassée quand Mme Louis me demanda quels noms j’allais lui donner. J’avais toujours idée que ce serait un garçon et je n’ai pas cherché de nom de fille.

« – Donnez-lui le nom de son papa, fit-elle.

– Je sais, lui répondis-je, qu’il n’aime pas beaucoup le nom de Charlotte ; je veux bien lui donner en deuxième, comme cela il sera content.

– Quels seront les parrain et marraine ?

– Les grand-parents.

– Eh bien donnez lui le nom d’une des grand-mères ! Comment s’appellent-elles ?

– L’une Marie et l’autre Blanche.

– Voilà un joli nom tout trouvé, bien doux et pas commun et elles seront contentes toutes les deux. Appelez-là Marie-Blanche. »

C’est dit et voilà toutes les formalités faites. Ton papa a été signer à ta place,

mon pauvre grand. Ils étaient saisis tous que cela avait été si vite. Mais je garderai quand même une reconnaissance éternelle à Charlotte. Dans le malheur elle est bonne car elle a aussi ses peines. De Paul elle n’a pas de nouvelles, si ce n’est comme toi qu’il a été blessé le 13 septembre, et pas plus.

Enfin je te dirai que je me rétablis encore assez vite. La pauvre soeurette commence à pousser. J’ai du lait grandement pour la nourrir. Il faut que je vive, c’est mon devoir. Je ne peux pas laisser ces pauvres petits à l’abandon. Croirais-tu que notre petite crotte avaient les pieds et les mains bleu-noir ? C’était le sang qui ne circulait pas bien. Quel mauvais sang je m’étais fait, mais cela disparaît de jour en jour et dans une huitaine il n’y paraîtra plus. Je suis bien chez ton parrain. Plusieurs fois par jour il monte me voir.

Ca bombarde toujours mais je n’ai pas peur. Nous l’aimerons, vois-tu, ton parrain, et il ne veut pas de remerciement. Ta petite fille, mon Charles, pousse bien ; je crois que ce sera un petit ange brun aux yeux bleus. C’est vrai qu’on ne peut pas encore dire. En tout cas les nuits ne sont pas mauvaises ; elle sera aussi facile à élever que notre André. Ton parrain l’aime bien. Pauvre Jésus, elle n’a pas encore eu les caresses de son papa. Mais avec sa naissance m’est revenu un peu plus d’espérance et alors nous serons heureux entre nos deux petits.

Je n’ai pas encore revu André depuis que je suis partie. Je m’ennuie beaucoup après lui mais je préfère qu’on ne l’amène pas ; j’ai toujours peur pour lui car le bombardement continue. La lettre que j’ai envoyée à Blanchet m’est revenue. Sans doute qu’il a subi le même sort que toi. Gaston Viette, lui, a été tué. Sa femme a reçu son mortuaire ; elle vient d’avoir son bébé, une petite fille aussi, huit jours après moi. Mme Dreyer a eu aussi une fillette un mois avant, ainsi que Mme Fonder. Ce ne sont que des filles. Il vaut mieux, on souffre trop avec les garçons. Tout cela, c’est de la misère.

Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 19 janvier

La canonnade d’artillerie a comme toujours, retenti en Flandre. A la Boisselle, l’éclatement d’un obus avait provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions et l’incendie du village. Ce dernier avait été momentanément évacué par nos troupes; mais par une vigoureuse contre-attaque nous l’avons réoccupé. Les Allemands bombardent Saint-Paul, près de Soissons. Autour de Perthes, notre artillerie a tiré efficacement sur les positions ennemies. Des avions allemands qui ont survolé nos lignes ont été atteints par nos projectiles : deux sont tombés et leurs occupants ont été capturés. Dans l’Argonne, toutes les offensives dirigées contre nos tranchées ont été refoulées. Nos progrès s’affirment à l’ouest de Pont-à-Mousson, où nous réoccupons presque tout le bois Le Prêtre. Dans les Vosges, la neige tombe en abondance. L’ennemi s’est contenté de bombarder Thann.
L’armée russe chemine toujours le long de la Vistule dans la direction de Thorn. Elle a repris Plock, ville importante qui commande les passages du fleuve. La victoire de Karaourgan, remportée par nos alliés dans le Caucase, est si décisive qu’il ne reste plus que de rares vestiges de l’armée turque de ce côté, encore sont-ils privés de toute artillerie.
La situation intérieure en Autriche-Hongrie devient de plus en plus mauvaise. Les journaux de Vienne et de Pesth épiloguent sans fin sur le départ du comte Berchtold, insistant sur la gravité de la tâche assignée au baron Burian. Il se confirme d’ailleurs que des troubles sérieux ont éclaté dans les principales villes qui ont été occupées militairement. La population ne veut plus combattre et s’en prend ouvertement aux Allemands rendus responsables de la guerre et de tous les désastres.

 

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Lundi 18 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

18 JANVIER – lundi –

Je fais un tour dans les ambulances. Pauvres martyrs ! Que d’horribles plaies !

A l’heure où j’écris, la fusillade est vive ; combien de victimes encore ! C’est horrible, la guerre.. !

Je découvre – il vient vers moi dans la rue – un brave soldat qui veut mettre en ordre sa conscience, reconnaître son enfant, apr afin d’être prêt à mourir.

Il n’a pas fait encore sa première communion. Je vais le préparer. Brave garçon ! Premiers prémices de mon ministère. D’autres m’arrêtent pour les confesser. Oh ! adorable mission du prêtre !

Les médecins deviennent aimables, très ; je crois que les sympathies s’éveillent…

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

Bombardement, les 15, 16 et 17.

Au cours de la nuit dernière, la fusillade s’est fait entendre, tandis que les projecteurs fonctionnaient et que les fusées éclairantes montaient au-dessus des lignes.

Vers 1 h, aujourd’hui, sifflements et arrivées de projectiles. Il y a des victimes à la maison de convalescence.

Le Courrier d’aujourd’hui reproduit cet article de L’Économiste Français :

À quand la grande poussée libératrice ?

Quand viendra le jour de la poussée d’ensemble et à fond, soit sur tout le front, soit sur des parties choisies pour rejeter vigoureusement l’Allemand hors de France et même hors de Belgique ? Les impatients s’étonnent que ce moment tarde tant à venir ; il paraît probable qu’il n’est pas encore tout proche. Ce serait, en effet, une témérité que d’effectuer une attaque générale à fond et soutenue qui, même triomphante, coûterait la vie à des dizaines de mille hommes, quand des événements en vue doivent, dans quelques semaines, augmenter considérablement la force du groupe de la Triple entente et de ses alliés.

Ces événements en vue, c’est d’abord l’entrée en ligne, à la fin de l’hiver ou au début du printemps, des six armées britanniques, en préparation depuis presque le début de la guerre dans la Grande-Bretagne. L’apport de 400 00 ou de 500 00 hommes de troupes fraîches et d’un bon âge (20 à 55 ans) doit singulièrement accroître, dans un délai assez bref la force des Alliés. Le second événement qui, sans être encore certain, paraît très probable, c’est l’entrée en campagne en février ou mars, de la Roumanie jetant 40 000 soldats d’excellentes troupes en Transylvanie et en Hongrie et pouvant forcer l’Allemagne à réduire ses effectifs sur le front occidental de la lutte. Quand on a vu, à assez bref délai des événements aussi favorables, il y aurait une coupable témérité à les devancer par l’engagement de grandes et générales batailles.

Il serait vraiment intéressant de savoir qui a autorisé la publication d’un article présentant une telle importance, que la Censure, cette fois, n’a probablement pu le laisser passer que par ordre.

C’est évidemment une manière officieuse de faire comprendre au public qu’il n’est pas encore tout proche, le moment de la libération. Lorsqu’on pense combien il l’a été pour nous, Rémois, le 13 septembre 1914, à la suite de la bataille de la Marne !

Quelles désillusions !

Il nous faudra bien attendre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 18 – Nuit tranquille en ville. Canons autour. Aéroplane à 10 heures et 1 heure. Visite dans la matinée à Mencière avec M. Dage.

Promis d’aller à l’usine Cama après-midi avec M. Dage.

Envoyé 2000 F à M. Paul Renaudin pour l’Union-Rémo-Ardennaise. Bombes sur l’église Saint Benoit, très endommagée : murs percés, plafond crevé en plusieurs endroits.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

18 Lundi – Le matin, temps clair, il gèle un peu aussi les aéros en profitent pour excursionner. Dès le matin, la canonnades est terrible ; toutes nos grosses pièces autour de Reims se font entendre d’une façon terrible, mélangée aux coups de fusil on se croirait encore au printemps dernier. Je ne sais à quoi a pu servir toute cette canonnade. Dans la soirée obus du coté de l’avenue de Laon et la Convalescence, parait-il.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Lundi 18 janvier

Nos troupes ont progressé dans la région de Nieuport et de Lombaertzyde et les Allemands ont dû évacuer plusieurs ouvrages qu’ils avaient construits dans les dunes.
Des combats d’artillerie ont eu lieu dans les régions d’Ypres, de la Bassée et de Lens.
A proximité d’Arras, à Blangy les Allemands s’étaient emparés d’une fonderie, mais une contre-attaque nous en a rendu maîtres à nouveau. Nous avons continué à démolir les tranchées ennemies près de la Boisselle. Aucun incident près de Soissons, mais entre Vailly et Craonne, nous avons refoulé deux offensives. Nos progrès se poursuivent avec méthode dans les régions de Perthes et de Beauséjour. L’attaque allemande quotidienne a été brisée au bois Le Prêtre, près de Pont-à-Mousson ; dans les Vosges, nous avons gagné du terrain à l’ouest d’Orbey, mais la neige tombe en abondance et ralentit les opérations.
La plus grande incertitude continue à régner sur le plan que les Allemands adopteront en Russie. Battront-ils en retraite ou von Hindenburg se bornera-t-il à modifier légèrement son dispositif d’attaque?
L’armée russe du Caucase a fait encore un millier de prisonniers aux Turcs dans la région de Karaourgan.
Les autorités militaires de Cuxhaven, le grand port militaire allemand de la mer du Nord, ont adopté des mesures extraordinaires pour protéger la ville contre les hydravions alliés.
Les aviateurs alliés, jetant des bombes sur Ostende, y ont endommagé la gare et les casernes.
Des troubles graves ont éclaté dans plusieurs villes d’Autriche.

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Dimanche 17 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

17 JANVIER – dimanche -Mon impression dominante hier a été celle « du rien à faire ».

Le milieu n’a pas l’air de s’y prêter ; les aumôniers se la coulent douce. Aujourd’hui, j’entrevois que je pourrai risquer quelque chose. Je vais parler à l’Abbé Mandret… Je rêve des instructions à 5 heures…

A 4 heures 1/2, réunion des prêtres brancardiers dans la chambre de la chapelle de campagne. Je salue cordialement ces Messieurs, leur disant mon désir de leur rendre le moindre service moral ou matériel… Je crois qu’on m’a fait bon accueil. Ces Messieurs ne sont-ils pas les vrais aumôniers des régiments de la Division par leur situation, par leur mérite devant Dieu ?

Mon Dieu ; il y a du bien à faire ; donnez-moi lumière et force pour le faire.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Dimanche 17 janvier 1915 127ème et 125ème jours de bataille et de bombardement

A St Martin-aux-Champs (51)

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 17 – Nuit tranquille. Réponse au Cardinal Merry del Val, pour l’érection d’un monument à Pie X. Souscrit 1500 F + 200 F de Mgr Neveux. Bombes. Bombes sur l’église Saint-Benoît.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

17 – Dimanche – Toujours du mauvais temps. Le matin il tombe un peu de neige, il fait très froid. On parle de la reprise de Soissons par les Allemands. Ce qui me parait assez difficile, vu la crue de l’Aisne, il ne pouvaient pas la franchir plus que nous ; ce qu’ils ont pu faire, ce fut d’amener des masses de renforts sur cette position (Crouy etc.) et faire le coup d’effort qu’ils on fait, c’est à dire resserrer nos troupes sur l’inondation et ne pouvant traverser cette nappe d’eau ils ont pour une partie était faits prisonniers et un certain nombre de canons nous ont été pris par les Allemands, nos renforts n’ayant pu franchir non plus. Du reste, il y a lieu de croire que cette reprise de Soissons n’est qu’un canard, car ce n’est pas confirmé.

A midi, à Reims c’était encore calme mais la canonnade commençait un peu à se faire entendre et ce fut tout le reste de l’après-midi ainsi que toute la nuit une violente canonnade.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Dimanche 17 janvier

Combat d’artillerie entre Nieuport et Ypres; nous prenons des tranchées dans le Nord et le Pas-de-Calais et y repoussons des attaques ennemies; autour de Soissons et de Reims, notre artillerie dissipe des rassemblements, provoque des explosions et démolit des ouvrages. Nous conquérons encore des tranchées à Perthes et à Beauséjour; nous refoulons une offensive à Flirey. Quelques engagements d’infanterie à la Tête-de-Faux dans les Vosges.
Les Russes cheminent en trois colonnes vers la Prusse orientale et la Prusse occidentale : par la Mazurie, par Mlava, par Sierpe. De ce dernier côté, ils ne sont plus qu’à 60 kilomètres de Thorn. Ils ont occupé toutes les passes des Carpates, entre la Galicie et la plaine hongroise, mais le froid et la neige y ralentissent les opérations.
La flotte turque a quitté la mer Noire, où la flotte russe a pris la supériorité, pour rentrer dans le Bosphore.
Des manifestations contre l’Italie ont eu lieu à Vienne et à Villach en Autriche. Celle de Vienne s’est produite devant l’ambassade. A Rome on prétend que ces démonstrations ont été organisées par le parti militaire autrichien.
La Roumanie a rappelé ceux de ses réservistes qui étaient à l’étranger.
Le ministre des Finances d’Allemagne, M. Kuehn, va se retirer : il allègue son état de santé, mais il est évident que cette maladie n’est qu’un prétexte. Son successeur désigné est M. Helferich, directeur de la Deutsche Bank.

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Samedi 16 janvier 1915

Abbé Rémi Thinot

16 JANVIER – samedi –

Visite au chanoine Morette, le récent décoré et à l’Abbé Renault, tous deux de Toulouse et aumôniers de corps. Je ne les ai pas rencontrés. Entretemps, j’en apprends de jolies… le dit chanoine est un nul, un inactif, mais il a de ses élèves à 1’Etat-Major… alors.. !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Samedi 16 janvier 1915

126ème et 124ème jours de bataille et de bombardement

8h matin  Nuit de tempête, pluie et vent terrible. Ce matin soleil, avec un baromètre très bas (74/5). Je suis prêt à partir, et je vais laisser ma maison et tout à l’abandon ! à la Grâce de Dieu ! que Dieu protège cette maison durant mon absence et que je la retrouve intacte, et qu’en rentrant j’apprenne en même temps que Reims va être délivré. Dieu protégez-moi. Protégez tous les miens mes aimés. Protégez ma maison, tout mon bien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 16 – Nuit tranquille. Écrit aux Cardinaux.

Après-midi 3 h 1/2, visite à la Cathédrale. Un obus tombe sur le mur entre l’archevêché ou Palais archiépiscopal et la Cathédrale sur la place du Parvis. Nous apprenons que 49 paroissiens de Mouzon ont été emmenés prisonniers en Allemagne

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eugène Chausson

16 – Samedi. Mauvais temps. Violente canonnade dans la même direction (Soissons) et les grosses pièces de Reims qui tirent principalement dans la direction de Brimont. Vers 2 h du soir un violent incendie dans la direction de la Neuvillette (Distillerie de Merfy) à 6 h 1/2 du soir c’est encore d’une grande intensité. La nuit, assez calme à part quelques coups de canon.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

La distillerie de Merfy et l'hôtel de ville de La Neuvilette

La distillerie de Merfy et l’hôtel de ville de La Neuvilette


Samedi 16 janvier

Vifs combats d’artillerie en Flandre. Nous progressons près de Lombaertzyde. Près d’Arras, les zouaves enlèvent des positions importantes sur la route de Lille. Notre artillerie, dans la Somme (nord de Roye), détruit plusieurs pièces de canons et démolit des ouvrages ennemis en construction.
Au nord-est de Soissons, les Allemands voulant tirer parti de leur avance de la veille marchent sur l’enclos de Saint-Paul (2 kilomètres de la ville). Ils le prennent, mais nous le reprenons aussitôt.
Nous réduisons les batteries ennemies au silence dans les régions de Craonne et de Reims.
Les Allemands avaient établi des passerelles sur la Meuse, à Saint-Mihiel : nous les détruisons. Plus au sud, à Senones, dans les Vosges, nous bouleversons leurs positions.
L’armée russe refoule les Allemands, par la rive droite de la Vistule, sur la frontière de la province de Prusse occidentale, en leur infligeant d’énormes pertes. Les tentatives que renouvelle von Hindenburg sur la rive gauche sont encore une fois brisées.
L’armée russe du Caucase, poursuivant les débris de l’armée ottomane défaite à Sarykamisch, anéantit le 11e corps, en sorte que dans la région de la frontière arménienne les troupes turques ont désormais à peu près disparu.
La presse de Rome interprète la nomination du baron Burian en remplacement du comte Berchtold comme un acte d’hostilité à l’égard de l’Italie.
Le ministre de la Guerre bulgare déclare que si la Bulgarie prend les armes le roi Ferdinand Ier ne commandera pas les troupes.

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Reims 14-18 – Des occupations de guerriers !

Reims 14-18 - Des occupations de guerriers ! 16 janvier 1915
Cher Copain,
je profite d’un moment de liberté pour t’écrire, car tu dois bien penser que nous n’avons pas beaucoup d’arrêt dans nos occupations de guerriers.
Enfin, tu dois souvent avoir de mes nouvelles par Labourot, je me porte bien et j’espère que ta santé est toujours bonne ainsi que celles de M. et Mme Richter.
En attendant le plaisir d’avoir de vos nouvelles, je vous serres à tous très cordialement la main.
Ton copain tout à toi.
Londuc (?)
74ème d’Infanterie
9ème Compagnie
3ème Section
Secteur Postal n°155

Ces « occupations de guerriers » nous rappellent, comme s’il en était besoin, la rude vie quotidienne de ces poilus.
Une carte, écrite au cœur de l’hiver… les conditions climatiques n’arrangeant certainement pas les choses !
Heureusement, les nombreuses cartes postales permettent de garder le lien avec la famille et les amis, et d’entretenir le feu de l’espoir.
Au fil des courriers, c’est le mot « santé » qui revient le plus souvent, c’est bien l’intégrité physique de chacun qui importe le plus, aussi bien du côté du militaire que du civil, et qui permet de garder le moral !

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CPA Michel THIBAULT

Cette carte prise au coin de la Rue Eugène Desteuque et de la Rue des Trois-Raisinets nous montre les proches alentours de la cathédrale, après 6 mois de conflit, et déjà, les traces indélébiles des meurtrissures de la guerre.
La topologie des lieux est aujourd’hui bien différente. Les rues se sont élargies comme nous le montre la photo ci-dessous.

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