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Mardi 16 février 1915

Paul Hess

Les deux dernières nuits ont été calmes.

Canonnade terrible une partie de la journée, au nord de Reims et bombardement vers 16 h 1/4.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 16 – Vêpres des Quarante Heures à Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

16 – Mardi. Camille et Marie partent pour Menton. Le matin, assez beau temps, il fait très bon au soleil, aussi continuation du tir de nos grosses pièces autour de Reims et direction de Berry-au-Bac. Du chemin (XXX) on entend très bien dans la direction (XXX). A midi le temps se recouvre, le soleil a déjà regretté sans doute de s’être montré trop tôt.

L’après midi, la canonnade est toujours très intense. à 4 h, les obus commencent à arroser le 4e canton, j’en ai entendu tomber 4 en 5 minutes derrière la gare. La nuit a été très mouvementée, canonnade très violente. Le cimetière du nord a été violemment bombardé a des dégâts très importants parait-il. Dépêche bonne.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Le cimetière du nord

Le cimetière du nord


Mardi 16 février

L’ennemi bombarde, en Belgique, nos tranchées de la Dune, mais notre artillerie lourde a efficacement riposté. Une batterie allemande a été réduite au silence. Entre Béthune et la Bassée, nous enlevons sur 250 mètres, une tranchée; nous détruisons d’autres tranchées à Beaurains (sud d’Arras). Canonnade autour d’Albert, aux environs de Soissons et de Vailly : nous dispersons plusieurs rassemblements: la lutte reste vive, dans l’Argonne, de tranchée à tranchée, vers Bagatelle et Marie-Thérèse, mais il n’y a eu aucune action d’infanterie. Une attaque allemande a été arrêtée à Malancourt, entre Argonne et Meuse. L’ennemi qui avait occupé le signal de Xon, près de Pont-à-Mousson, a été repoussé sur les pentes septentrionales de la colline. Son offensive dans la vallée de la Lauch (Vosges méridionales) a été arrêtée.
L’Italie a fait une démarche à Vienne et à Berlin pour demander la portée des préparatifs militaires accumulés à la frontière roumaine. Elle a par là attesté sa solidarité avec la Roumanie.
Le ministre de Grèce n’ayant pas reçu complète satisfaction de la Porte au sujet de l’injure faite à son attaché naval a quitté Constantinople.
Le comte Bernstorff, ambassadeur allemand à Washington, recourt à un véritable chantage. Il annonce au gouvernement américain que l’amirauté allemande renoncera à toute menace contre les neutres si l’Angleterre consent, sur les instances de l’Amérique, à laisser passer les cargaisons de vivres à destination de Hambourg.

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Samedi 13 février 1915

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Visite à Mencière et au Fourneau économique. Donné 20 F pour ustensiles à acheter.

Promis d’aller à la Haubette lundi à 2 h 1/2

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

13 – Samedi – Encore la pluie. quelques coups de canon de part et d’autre. A 10 h 1/2 du matin, j’en ai entendu quelques uns ; Après-midi bombes sur le 4e canton. La nuit calme, mais il fait un vent terrible.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Samedi 13 février

Luttes d’artillerie en Flandre et dans le Nord. Canonnade également sur l’Aisne et en Champagne. Elle est très active de notre côté dans le secteur de Soissons et autour de Reims. En Argonne, légère accalmie, les Allemands se bornant à faire exploser des mines, et à jeter des bombes auxquelles nous répondons d’ailleurs. En Woëvre, ils canonnent plusieurs localités. Nous bombardons les gares de Thiaucourt et d’Arnaville, repoussons une attaque à Arracourt (est de Nancy) et enlevons une côte importante dans le massif de Hartmannsweilerkopf (Haute-Alsace).
Les Russes se replient eu Prusse orientale pour adopter un dispositif nouveau. Il semble que von Hindenburg ait modifié tout son programme, et qu’écrasé en Pologne, il veuille reprendre la lutte à son aile gauche. Dans les Carpates, la bataille se poursuit sans interruption.
Le gouvernement américain publie le texte de la note qu’il a lancée à l’Allemagne au sujet de la destruction des navires neutres. Cette note revêt une allure nettement comminatoire. Au contraire, le memorandum remis à l’Angleterre au sujet du pavillon neutre est conçu dans une forme amicale.
Un sous-marin allemand a poursuivi le vapeur anglais Laertes, bien que celui-ci eût arboré le pavillon hollandais. Le gouvernement de La Haye a prescrit une enquête à ce propos.
L’Italie retient à nouveau plusieurs classes sous les drapeaux et constitue une escadre de dreadnoughts.
La Roumanie fait savoir que l’attitude ondoyante de la Bulgarie n’influe en rien sur la sienne, et qu’elle reste disposée à prêter son concours à la Triple Entente.

 

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Vendredi 12 février 1915

Abbé Rémi Thinot

12 FEVRIER – vendredi –

Toute la nuit, les troupes ont circulé, sont montées… Mon Dieu, ayez pitié de tous ceux qui tomberont aujourd’hui !

5 heures soir ;

Il n’y a pas eu d’attaque ; la neige s’est mise 4 tomber, très dense, vers 8 heures. Contre ordre est arrivé. Regrets amers des commandants, des hommes qui étaient décidés, bien en train, mais vraiment l’artillerie ne pouvait pas donner. Il paraît que sur un front assez restreint, il y avait 1600 bouches à feu, prêtes à donner. Quel carnage c’aurait été, mon Dieu !

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La journée d’hier s’est passée en canonnades de notre part. Aujourd’hui, les détonations de l’artillerie m’ont éveillé brusquement à 7 h, après une bonne nuit, ce qui devient rare.

Le Courrier donne le compte-rendu succinct d’une réunion du Conseil municipal qui a eu lieu avant-hier, sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle assistaient : MM. Em. Charbonneaux, de Bruignac, Bataille, Drancout, Perot, Guernier, Gve Houlon, Jallade, Chezel, Gougelent, P. Lelarge, Mennesson-Dupont, Rohart et Demaison.

Entre autres choses, le Conseil a décidé, sur le rapport de M. Mennesson-Dupont, que les veuves et orphelins des employés et travailleurs municipaux, toucheront la moitié des traitement ou salaire de ces employés et travailleurs tués au feu ou par suite du bombardement ; et sur la proposition de M. Guernier, il est ajouté au rapport que les veuves ou orphelins des ouvrier s, même employés temporairement, jouiront de la même faveur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 12 – Nuit tranquille, sauf coups de canons de temps en temps.

Le matin, 7 h 1/2, coups de canons de gros calibre. Envoyé réponse à Cantorbéry. Écrit à Mgr Touchet, Évêque d’Orléans (Recueil, p. 31)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12/2 – vendredi.

Il neige très fort et dès 7 h du matin une très violente canonnade se fait entendre de notre part à Reims et ses abords. A 8 h, un peu de repos. Une centaine de bombes sur les 2e et 4e cantons. Dégâts matériels, pas de victimes. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Vendredi 12 Février 1915.

Ton parrain est revenu. Je suis allée le voir à son bureau et sa première parole a été de me dire : « Vous ne resterez pas ici. Vous reviendrez à la maison. Vous prendrez André avec vous, et voilà tout ».

Il est bon ton parrain, un vrai cœur d’or. Mais je ne sais ; de savoir que je prendrai André, j’ai peur.

Tout mon cœur à toi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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vendredi 12 février

Les Allemands bombardent Nieuport, sans grand résultat, tandis que notre artillerie leur répond efficacement. L’ennemi, dans le Nord, fait sortir des avions qui opèrent sans effet aucun au-dessus de nos lignes. Il attaque vainement, en Champagne, nos positions près de Mesnil-les-Hurlus: il envoie une brigade contre l’ouvrage Marie-Thérèse dans l’Argonne, mais cette brigade est décimée par le feu de notre artillerie et de notre infanterie et laisse de très nombreux cadavres sur le terrain.
L’affaire qui s’était engagée au Ban-de-Sapt(Vosges) s’est terminée à notre avantage, nos troupes ayant finalement repris ce qu’elles avaient d’abord perdu. Au nord du col de Sainte-Marie-aux-Mines, nous avons enlevé une tranchée.
Le conclave des jésuites a élu général le père Ledochowski, Polonais germanisant, dont le frère est un général autrichien. Il remplace un Allemand, le père Wernz.
Les États-Unis ont envoyé une note à l’Angleterre pour faire des observations sur l’emploi par la marine marchande britannique, du pavillon neutre. Ils ont envoyé une autre note à l’Allemagne en disant que l’attaque d’un navire américain par un sous-marin allemand pourrait entrainer de graves complications.
M. Asquith, Premier Ministre du Royaume-Uni, déclare aux Communes qu’il étudie l’application de mesures plus sévères contre le commerce allemand, l’ennemi violent systématiquement toutes les lois de la guerre.
Le ministre de Bulgarie à Rome, M.Risof, prétend que le cabinet de Sofia, en contractant un emprunt à Berlin et à Vienne, n’a nullement aliéné sa liberté politique.

 

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Jeudi 11 février 1915

Abbé Rémi Thinot

11 FEVRIER – jeudi –

Aujourd’hui, je dis ma première messe avec mon calice, ma chapelle de campagne ramenée de Chalons

A ce propos, il est curieux ; que les oraisons de la messe « pro tempore belli », avec elle « pro pace » remontent pour l’ensemble au temps de l’invasion des Vandales. Plus vieux que les Turcs, par conséquent ! Les textes des pièces de chant, des épitres et évangiles, ont été choisis au Moyen-âge, dans l’antiphonaire grégorien, tels qu’ils étaient dans les sacramentaires.

10 heures 1/2 soir ; Grand mouvement cet après-midi ; visiblement, c’est une attaque pour demain… attaque de toute l’armée (IVe) par petits paquets. Les trains marchent ; la troupe arrive ; l’artillerie tient ses positions… A la grâce de Dieu ! [1]

[1] La IVe armée est engagée dans la première bataille de Champagne https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Champagne_(1914-1915)#F%C3%A9vrier_1915

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Journée de prière des enfants à Sainte-Geneviève.

Messe et allocution à Sainte Geneviève à 8 h. Procession à 5 heures.

Bombes. Reçu 300 F de Cantorbéry. Adresse des Cardinaux français au Cardinal Mercier (Recueil, p. 78).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

11 – Jeudi . Gelée blanche, brouillard intense. Dès le matin, quelques coups de canon et bombes sur les 2e et 4e Cantons principalement. L’après-midi, 5 h, violente canonnade.

Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


jeudi 11 février

Nous faisons sauter, à la Boisselle, trois fourneaux de mines et nous occupons les entonnoirs malgré une contre-attaque que nous repoussons a la baïonnette.
En Argonne, canonnade et jets de bombes dans la région de Bagatelle et de Bolante. Attaque violente, mais infructueuse des Allemands sur l’ouvrage Marie-Thérèse.
En Lorraine, nous repoussons une offensive près de la forêt de Parroy ; nous refoulons des postes ennemis, dans la zone de Manonvillers. Nous enrayons une attaque au Ban-de-Sapt, dans les Vosges.
Les Allemands accentuent leur offensive contre les Russes dans la Prusse orientale. Sur la Bzoura, ils subissent de nouvelles et cruelles pertes. En Galicie et dans les Carpates, succès russes.
M. Delcassé, qui s’était rendu à Londres pour conférer avec sir Edward Grey, est de retour à Paris.
La Douma a voté une motion, aux termes de laquelle, dans sa pensée, la guerre doit aboutir aux satisfactions du droit. Elle a approuvé l’attitude de M.Sasonof.
M. Salandra fait savoir, dans ses journaux, que si il est attaqué au Parlement par M. Giolitti, il se défendra vigoureusement.
Les socialistes ont protesté à la Diète prussienne contre la prolongation indéfinie de la guerre.


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Mercredi 10 février 1915

Paul Hess

C’est aujourd’hui que siège le conseil de révision pour la classe 1916. En raison de cela, les débitants ont reçu ordre du Général commandant d’armes de fermer complètement leurs établissements, pendant les journées du 10 et du 11.

Journée calme.

– Nous apprenons que M. Terrel des Chênes, 46 ans, faisant fonction de directeur de la maison Pommery depuis la guerre, a été tué hier au cours du bombardement, alors que tous autres personnes ont été grièvement blessés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 10 – Nuit tranquille. Visite à Saint Jean-Baptiste de la Salle : aux Sœurs du Saint-Sauveur, à l’église, dans les rues. Porté des vêtements pour les pauvres, au Sœurs. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

10 – Mercredi – Assez beau temps et brouillard.

Le matin est calme, quelques obus à l’extrémité du faubourg. A 2 h 1/2 du soir un avion allemand survole le 4e canton, 1 bombe sans dégât, il a été de suite mis en fuite par nos canons.

Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Mercredi 10 Février 1915.

Mon Charles, je reprends mon écriture. J’étais si désemparée avant hier. Quel malheur, vois-tu, que je n’ai plus de chez moi. Mon petit André est tombé malade. J’ai passé deux mauvaises nuits. Ta maman me dit de l’amener chez vous mais il n’y a pas de place et je ne peux pas le sortir. Il a des fièvres. Il faut que je retourne près de lui ; mon coco avant tout. J’en parlerai à ton parrain. Il le comprendra. On est bien aux caves, et moi je ne me trouverai bien qu’entre mes deux petits.

Je retourne donc chez ton parrain mais malheureusement il n’est pas revenu de Paris. Ta mémère me conseille de ne pas l’attendre et me dit que ma place est près d’André. Quand ton parrain rentrera, je m’excuserai auprès de lui. Il a des enfants et pour rien au monde il ne voudrait qu’il arrive quelque chose aux miens.

Si tu voyais comme mon coco est heureux. Il ne mangeait plus, pauvre crotte ; il a voulu que ce soit moi qui le couche et pour la petite sœur, on lui a fait une espèce de banne que je conserverai toujours. Ce sera un triste souvenir mais cela me rappellera les jours malheureux et le bonheur, s’il me revient, me semblera plus grand. André, lui, s’en rappellera.

C’est bizarre, vois-tu, mais je m’y plais aux caves. Je ne sais pas si c’est parce que j’y ai souffert, mais cela m’attire et je vois que cela procure une joie à maman. Elle souffre tant, elle aussi. Elle n’a pas non plus de nouvelles de Paul. Elle se fait autant de mauvais sang pour toi que pour lui. Elle souffre en silence ; on ne la voit jamais sourire.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Furnes

Furnes

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Reims 14-18 – De Louis à Louisa

Reims 14-18 - De Louis à Louisa Mlle Louisa… chez Mme Bernard à Bléquin (62)
9 février 1915
Chère sœur,
je suis toujours en bonne santé, j’espère toi aussi.
Ne te fais pas de chagrin la guerre va bientôt finir.
Je finis en t’embrassant, ton frère qui
t’aime pour la vie.
Louis

Début 1915, on ne pensait pas s’enliser dans ce conflit… il avait déjà assez duré, nul doute que la fin était proche.
Le pauvre Louis a dû hélas vite déchanter !

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CPA – Thomas Geffrelot

La carte nous présente une vue assez connue, que l’on verra évoluer au fur et à mesure de la guerre.
Légendée « Campagne de 1914 », la Cathédrale a donc déjà vu sa toiture partir en fumée… à ses pieds, la Place Royale a encore peu souffert…
mais çà ne durera pas. Les stores sont baissés, les vitrines protégées par des planches… mais cela ne sera pas suffisant.
A l’issue de ces années de bombardement, il ne restera au mieux… que les façades… et encore !

Ci-dessous, une carte de cette même place Royale, colorisée, tel qu’elle était avant guerre, magnifique, et pleine de vie.

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Mardi 9 février 1915

Abbé Rémi Thinot

9 FEVRIER – mardi

Je rentre de Châlons…

Je vais voir Mgr Tissier[1], très paternel, très bon. Monseigneur est bien d’avis que c’est lamentable la façon dont les officiers se conduisent, s’amusent, dépensent, scandalisent.., Ah ! ce n’est pas un élément de victoire, cela !

J’ai fait la route avec un médecin qui raisonnait de bonne façon. Nous étions d’accord pour dire que si la guerre fait bien des conversions individuelles, le gros demeure dans ses vieux sentiments. Tant et tant qui n’auront pas souffert de la guerre ! Tant qui seront « sur le front », solidement embusqués à l’arrière, bien en sûreté !, qui se gardent pour leurs ambitions, leurs divers égoïsmes !

Ah ! l’humanité n’est pas belle !

Déjà, j’avais causé hier avec le lieutenant Delpret (prêtre) de tous les motifs et mobiles qui sont à la base d’actions pourtant si graves, si solennelles ! Ce colonel Vély, du 59ème [2], qui commande la brigade, qui veut ses deux étoiles et qui ordonne des attaques dans des conditions si lamentables ! Les hommes ne veulent plus marcher. Ils sont las. Ils ne sortent pas des boyaux… ou bien il faut que l’officier les pousse avec son révolver.. !

Mon Dieu, comme c’est grand de confesser quelqu’un qui part à l’attaque ! qui ne sait pas s’il en reviendrai Mon Dieu, élevez mon âme, que je sois moins indigne dans ce ministère très saint, que je sois l’autre Christ qu’il faut auprès de ces âmes.

[1] Joseph-Marie Tissier, évêque de Chalons https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph-Marie_Tissier

[2] Colonel Vely ou Velly (selon les sources) du 59e RI (68e brigade d’infanterie ; 34e division d’infanterie ; 17e corps d’armée.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Paul Hess

La nuit a été calme. Bombardement dans la matinée vers le faubourg de Laon et l’après-midi sur le 3e canton.

– Vers 10 h, nous pouvons assister, de la cour de l’hôtel de ville, par un temps très clair, à la une chasse au Taube fort intéressante. Cela n’est pas pour faciliter sa promenade car de nombreux obus sont tirés sur lui, venant parfois éclater bien près dans son sillage. A-t-il été atteint ? Il finit par filer dans ses lignes, jugeant certainement qu’il deviendrait dangereux de rester plus longtemps en observation au-dessus de la ville.

– Depuis quelques jours, des ouvriers travaillent à garantir les parties basses de la cathédrale restées intactes après l’incendie du 19 septembre 1914 et non atteintes ensuite par les bombardements, en entassant des sacs de sable le long de pièces de bois clouées sur des montants allant jusqu’à la base des ogives, aux portails du centre et de droite de la façade.

– Je suis heureux d’avoir pu, ce jour, me débarrasser de trois grands caisses qui m’avaient été confiées par un voisin, bijoutier, alors qu’il partait pour la Creuse, avec sa famille, le 30 août 1914.

Lorsque ce dépôt m’avait été laissé, je ne pouvais soupçonner, en l’acceptant bénévolement, pour rendre service, combien il m’occasionnerait de soucis et d’ennuis quand la situation de Reims me ferait un devoir impérieux de chercher à la restituer.

Ce n’est, en effet, qu’après des pourparlers longs et laborieux, par correspondance, que ces trois caisses volumineuses, dont deux étaient remplies de pièces d’argenterie contrôlée (cafetières, théières, etc.), ont été livrées à la maison de roulage Rondeau, pour être transportées à Épernay et remises, en cette ville, à un oncle de l’intéressé, pour leur acheminement définitif.

Pour moi, oui, c’est un réel débarras, car après avoir sauvé de ma cave effondrée cette marchandise précieuse, le 26 septembre 1914, je n’avais pu que la placer sous un hangar, au fond du jardin de la maison de mon beau-père, 57 rue du Jard, où elle était susceptible de se ressentir des intempéries.

Il m’avait fallu déclarer nettement que je ne voulais pas prendre la responsabilité de la garder plus longtemps, sous le bombardement, et demander à plusieurs reprises des instructions pour son expédition.

Alors, deux fois, sur rendez-vous de Rondeau, qui avait été chargé du nécessaire, j’avais dû faire à faux le trajet mairie-rue du Jard, tandis que les obus pleuvaient, pour aller inutilement attendre… leur enlèvement.

J’étais exaspéré.

Aujourd’hui, j’ai poussé un soupir de soulagement en voyant enfin arriver, alors que je me tenais prêt pour la troisième fois, l’homme qui avait pour consigne de charger les caisses dans sa voiture – et je lui ai souhaité bon voyage avec satisfaction.

Mais on ne m’y reprendra plus à rendre des services de ce genre !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

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Henri Abelé

Mardi 9 – Nuit tranquille. Visite de M. Henri Abelé. des officiers lui ont dit que l’on amenait autour de Reims 225 (1) canons de 105, avec des munitions pour 1000 coups chacun. Chaque jour on fabrique en France 80000 obus. 40000. sont envoyés sur le front et emmagasinés et mis en réserve. Le Père Screpel dit que Pie X est apparu à une religieuse digne de confiance, et lui a dit que la Victoire n’était pas si loin qu’on le pensait ; et quelle se produirait de telle manière qu’il serait manifeste à tous qu’elle viendrait de Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il n’existe pas de canons de 105 mm à cette date dans l’armée française. Peut-être s’agit-il de canons anciens de 120 mm du système de Bange mais leur présence serait plus probable à l’Est de Reis ou sera lancée la première offensive de Champagne le 16 février 1915 (voici des officiers bien bavards !). La production quotidienne d’obus de 75 qui était de 10000 en 1914 va attendre 150000 en 1915 pour culminer à 230000 en 1917 et 1918. En 1915 on fabrique 3600 coups de 155 par jour et 460 de 220


Eugène Chausson

9/2 – Mardi – Beau temps dès le matin, les aéros circulent sur Reims, on leur expédie de nombreux obus. A midi, c’est assez calme. C’est toujours les mêmes cantons qui supportent le choc, 2e, 3e et 4e canton. Nuis assez calme. Ce jour, l’après-midi la (XX), par autorité militaire, a donné l’ordre de fermer les cafés les 10 et 11 courant. Conseil de révision au Pont de Muire.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


collection : Jean-Claude Thuret

collection : Jean-Claude Thuret


Mardi 9 février

Duel d’artillerie à Guinchy, près de la Bassée. A Carency, prise d’une tranchée allemande par nos troupes: ses défenseurs sont tués ou capturés. A la Boisselle, l’ennemi après avoir fait exploser des fourneaux de mines avait lancé des troupes à l’assaut de nos positions : ces troupes avaient été arrêtées. Une contre-attaque exécutée par une de nos compagnies a ensuite brillamment réussi. Les Allemands ont laissé 200 morts sur le terrain.
En Champagne, tir efficace de notre artillerie. Au nord de Massiges, nous enrayons une attaque; au nord de Mesnil-les-Hurlus, nous nous emparons d’un bois; nous refoulons une attaque à Fontaine-Madame dans l’Argonne, et une autre à Bagatelle dans la même région.
La lutte sur le front oriental continue à se dessiner en faveur des Russes (Bzoura, Borgimoff, Carpates). Un de leurs corps d’armée a fait 10000 prisonniers austro-hongrois dans les montagnes. En Bukovine seulement, ils ont dû se replier en attendant l’arrivée de leurs renforts.
La Bulgarie a emprunté 150 millions à 71/20/0 à Berlin et a Vienne. Elle touchera 75 millions tout de suite et le reste par quinzaines.
Le peuple allemand murmure d’autant plus contre le rationnement qui lui est imposé pour le pain, que le prix de la bière renchérit, en même temps que les cours de toutes les denrées.
La presse de Rome dénonce les mauvais traitements infligés aux Italiens à Trieste et dans le Trentin.

 

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Lundi 8 février 1915

Paul Hess

Hier dimanche, le bombardement a continué.

Aujourd’hui, c’est principalement vers Courlancy et la Maison-Blanche que tombent les obus.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 8 – Nuit tranquille. Matinée item. Lettre au Frère Supérieur de l’École de Montevidéo (Recueil, p. 35).

Visite aux Caves Mumm, aux réfugiées, et aux soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

8 – Lundi – Soleil radieux dès le matin, aussi les avions boches circulent en plusieurs endroits au dessus de la ville et on leur fait la chasse à coup de canons spéciaux.

A 11 h 45, il y en avait encore un sur lequel on a tiré quelques coups de canon. A partir de 11 h du matin, violent bombardement qui fit de gros dégâts, à 5 h du soir, le bombardement existe toujours sur les 3e et 4e cantons et les abords de la ville.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Lundi 8 Février 1915.

Aujourd’hui je suis allée aux caves avec notre coco. Près d’un mois sans le voir. J’ai pleuré en le retrouvant. C’est bizarre : pour si peu de temps, quel changement ! Il semblait changé, jusqu’à sa voix, et je me suis dit tout de suite quel effet cela pourrait te faire quand tu le reverras. Je ne sais pas pourquoi – est-ce parce que j’avais la petite sœur dans mes bras – mais il est parti dans le couloir et il s’est accroupi par terre, la tête dans ses mains.

Si tu savais, quand je l’ai vu dans cette posture, quelle peine cela m’a fait ; je l’ai serré dans mes bras. Il avait de grosses larmes qui ne coulaient pas, et ce n’est pourtant pas la jalousie car il a embrassé sa soeurette.

Je suis triste aussi. Je n’en peux plus.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Lundi 8 février

Quelques attaques ennemies dans la région de Nieuport : elles ont toutes été repoussées. Les Anglais ont enlevé une briqueterie entre le canal et la route de Béthune à la Bassée à un kilomètre de Guinchy. Les batteries allemandes ont bombardé à Écurie, près d’Arras, la tranchée conquise par nous le 4. Le quartier nord de Soissons a été une fois de plus bombardé; d’autres combats d’artillerie, où nous avons eu d’ailleurs la supériorité ont eu lieu jusqu’à Reims. Une attaque allemande a échoué, en Champagne, au nord de Beauséjour. Diverses canonnades de l’Argonne aux Vosges; dans la région montagneuse, la brume épaisse a quelque peu gêné le tir.
Les Russes qui se maintiennent sur les passes des Carpates et qui, sur plusieurs points, ont même progressé, ont fait venir 100.000 hommes de renfort en Bukovine.
Les neutres se concertent pour établir leur protestation contre la politique navale allemande qui doit s’exercer à dater du 18.
Le prince de Wied, ancien roi d’Albanie est maintenant officier dans un régiment allemand qui opère en Hongrie.
Ricciotti Garibaldi est arrivé à Paris. Accueilli par une foule enthousiaste, il a déclaré que l’opinion italienne était plus que jamais favorable à une coopération armée avec la France.
Les avions autrichiens ont bombardé, à Antivari, mais sans résultat aucun, des transports qui contenaient des vivres et qu’escortaient des croiseurs français.
Les journaux turcs passés sous la férule germanique, racontent des histoires extraordinaires. Guillaume II, converti à la religion musulmane, serait devenu empereur de l’Islam et serait entré dans Paris, où les députés seraient venus embrasser sa main. Dix dreadnoughts anglais auraient été capturés.
Un Alsacien, capturé par les Allemands sous l’uniforme français, a été condamné à mort par le conseil de guerre d’Essen.

 

 

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Dimanche 7 février 1915

Sainte Geneviève

Cardinal Luçon

Grand-messe, rue du Couchant ; aéroplanes.

Vêpres et Prières publiques à Sainte-Geneviève, demandées par N.D. Père le Pape Benoît XV dan toute l’Europe et fixées au 7 février (Lettre Pastorale n° 75, page 7 (ou 323)).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Sainte Geneviève

Sainte Geneviève


Eugène Chausson

7 – Dimanche – Temps gris. Le matin, obus en ville (2me canton) pas d’accident de personne. Après midi calme ; à 4 h ça recommence. La nuit a paru assez calme. Quelques coups de canon, comme toujours.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Dimanche 7 Février 1915.

Ton parrain est parti à Paris. J’en profite pour aller jusque chez tes parents avec notre petite fille. « Restez-y plusieurs jours si vous voulez, me dit Maria, puisque le parrain ne revient que mercredi ». Je ne me le fais pas répété et je m’en vais.

Ton papa est venu me chercher et c’est lui qui porte notre petite crotte. Ta maman a pleuré en la voyant. Elle avait préparé un bon petit dîner, mais tu nous manquais et tu dois penser que le repas ne fut pas gai. Enfin on installa dans la chambre de ta maman un lit-cage qu’André Thumis avait prêté. Je leur en cause du déménagement et je change toutes leurs habitudes. Gaston est obligé de coucher avec ton papa dans la chambre de Juliette et Juliette couche avec ta maman.

Mais je ne pus m’endormir car à la clarté de la veilleuse je voyais ton portrait en grand, le nôtre en mariés et puis toi en soldat ; autant de souvenirs … Je me fourre sous le drap pour que ta maman ne m’entende pas pleurer et comme toujours je me soulage. Pauvre toi, que peux-tu être devenu ? Par quelles misères es-tu passé ? Toutes ces choses me trottent dans la tête, mais je finis quand même par m’endormir.

Ta petite cadette, elle est comme notre André, vois-tu. Ses nuits sont bonnes et elle sera aussi facile à élever que lui. Reviens vite, mon Charles, que nous puissions les gâter tous les deux. Ton coco, tu en seras fou ; il est à croquer.

Je te quitte. Je t’aime. A bientôt.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Dimanche 7 février

Journée relativement calme. Combats d’artillerie, où nous marquons notre supériorité, en Belgique, dans la vallée de l’Aisne, en Argonne et dans la Woëvre; nous progressons quelque peu en Champagne, au nord de Massiges.
Les informations qui arrivent du Nord prouvent que l’armée britannique a accompli des efforts très utiles dans la région de Béthune-la Bassée, où beaucoup d’Allemands sont tombés entre ses mains.
Les combats entre Russes et Allemands sur la rive gauche de la Vistule ont atteint à un degré extraordinaire de fureur. Les troupes russes qui avaient réussi à s’installer sur la rive gauche de la Bzoura, près de son embouchure, ont repoussé toutes les attaques dirigées contre elle, puis gagné du terrain autour des points conquis. A Borgimoff même, c’est à leur avantage que la bataille a continué, l’ennemi étant affaibli par les effroyables pertes qu’il a subies.
On signale une aggravation de la situation intérieure en Hongrie, en Bohême et en Moravie, où des attentats de toute sorte ont eu lieu.
L’Allemagne a rayé de ses contrôles huit contre-torpilleurs et deux sous-marins dont elle avait essayé de dissimuler la perte.
L’ex-sultan Abdul Hamid, qui connaît bien l’Orient et l’Europe, conseille au gouvernement de Constantinople de signer la paix avec la Triple Entente, s’il ne veut pas voir disparaître la Turquie.
MM. Llyod George et Bark sont partis pour Londres.
Le prix de la bière a augmenté outre-Rhin.

 

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Samedi 6 février 1915

Gare de Bezannes

Abbé Rémi Thinot

6 FEVRIER – samedi –

Je monte aux cantonnements derrière les tranchées. Le colonel de Riancourt, du 14ème[1], me retient à déjeuner… De là, je continue mon pèlerinage par monts et par vaux, dans une boue incroyable. Le capitaine Thiébaut, du 57ème d’artillerie, m’arrête comme espion… s’excuse. Je suis vexé, il aurait pu y mettre des formes.

Un autre capitaine me donne un maréchal des logis pour m’accompagner là où je voulais aller – un très brave garçon avec qui je remonte vers la route de Souain à Perthes, parmi les fils de fer, les obus non éclatés – puis nous redescendons vers cabane forestière, sous les obus, les balles… Je prends contact avec les brancardiers régimentaires à Maison forestière, un contact qui m’édifie sur leur compte.

Ces hommes ne voient jamais 1’aumônier dans leurs bivouacs.

Ils regardent passer la soutane comme on regarde passer un phénomène. Si on entre en relations avec eux, ils sont gentils Pourtant, il s’en rencontre qui restent méfiants, le regard fermé… C’est bien pénible ; on repère de l’hostilité mal contenue… qui s’irrite encore rien que du fait de la proximité du danger, lequel danger sert « les affaires du curé », prépare le terrain à son influence ; ils le savent.

A Maison forestière, les brancardiers régimentaires ont eu cette attitude en grande partie. J’ai été gêné. Les soldats, d’ailleurs, les trouvent de bien pauvres gens, qu’il faut tarabuster pour obtenir qu’ils aillent chercher un blessé… Ah ! l’humanité !

Et comme l’œuvre néfaste est vraiment accomplie dans tout ce monde attaché à la vie matérielle, parce qu’on ne croit plus qu’à celle-là ; anéantissement de tout idéal, ce qui est la nécessaire contrepartie…

D’ailleurs, il se produit beaucoup d’actes d’indiscipline dont on ne parle pas, refus des hommes de sortir des tranchées etc.

Et la course à la décoration et au galon parmi tout ce monde ! A côté de beaucoup d’héroïsme merveilleux, vaillants, ceux qui feraient tuer deux compagnies pour se pousser un peu, si çà réussit… Ils ne s’exposent pas d’ailleurs !

Enfin, c’est l’ordre ici-bas.

Et les Allemands continuent à être très forts… Que Dieu aide la France ; la fin ne sera pas brillante.

[1] 14e RI appartient à la 34e DI le lieutenant-colonel de RIENCOURT a pris le commandement le 15 novembre 1914 https://www.horizon14-18.eu/wa_files/14e_20RI.pdf

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Cardinal Luçon

Nuit tranquille sauf quelques coups de canon. L’abbé Brouet meurt à Paris. Visite avec M. Camu à Saint-Remi, à M. le Doyen, à la sœur du Fourneau. Remise de vêtements pour distribution.

Visite au Sœurs (et Vieillards) de Rœderer, à M. Remi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

6 – samedi – Beau temps comme hier. Il paraitrait que les Allemands auraient bombardé la gare et le village de Bezannes (mais on lit) : Dans la soirée bombardement du 4e Canton. Nuit assez calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Gare de Bezannes

Gare de Bezannes


Samedi 6 février

Succès de notre artillerie au sud d’Arras, au nord-est d’Albert, au nord-ouest de Péronne et à Bailly au sud de Noyon. Elle fait également des tirs très efficaces dans toute la vallée de l’Aisne; nous avons progressé en Champagne au nord de Beauséjour et repoussé une attaque allemande au nord de Massiges. Attaqués à Bagatelle, nous avons contre-attaqué et poussé nos lignes légèrement en avant. Enfin une offensive allemande a été brisée au sud d’Altkirch.
La lutte est de plus en plus acharnée sur le front de Bolimow, en Pologne, entre Russes et Allemands. Hindenburg y a entassé ses divisions sur une ligne large de quelques kilomètres pour essayer de percer une trouée, mais il n’a abouti qu’à infliger à sa propre armée des pertes de plus en plus lourdes.
Deux bâtiments de guerre français, le Requin et le d’Entrecasteaux ont participé utilement à la défense du canal de Suez contre les Turcs.
La presse des pays neutres, et surtout la presse américaine commente avec indignation la nouvelle déclaration allemande qui tend à créer le blocus autour de l’Angleterre et menace de torpillage non seulement les bâtiments marchands des belligérants, mais aussi ceux des neutres.
Le gouvernement anglais a demandé à la Chambre des communes l’autorisation de porter à trois millions d’hommes l’effectif de l’armée.
L’Autriche-Hongrie a publié un livre rouge sur les préliminaires de la crise. Ce document n’ajoute rien à ce que l’on savait déjà.
Une note officieuse anglaise dit que l’attitude et les dispositions de la Roumanie n’ont pas changé.

 

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Epernay, le paradis sur terre…

Epernay, le paradis sur terre... Épernay, le 5 février 1915
Mademoiselle,
pas de vues intéressantes non plus à Épernay, les boches ont tout respecté, jamais on ne dirait que tout fut envahit, du reste, ils ont été très convenables, personne n’a été évacué, vraiment, c’est une ville bien agréable, on ne se croirait jamais en guerre.
Les magasins de toute façon sont ravitaillés, c’est à ne pas croire, la vie est bien moins chère que par chez nous et on trouve absolument de tout.
J’ai bien regret de quitter, j’arriverais mardi à Revigny, dans l’après-dîner, je prends le train ici à 11h5et arrive à Revigny vers 2h1/2 à 3h, avec l’espoir de vous revoir bientôt.
Recevez mes amitiés ainsi que
M. et Mme Botollier.
(signature illisible)

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Une coquille s’est glissée dans la légende de la carte postale, indiquant l’incendie du 18 septembre ! La confusion vient sûrement du fait que le 18, au moins 5 obus sont tombés sur la cathédrale, causant la mort d’un gendarme et de 2 prisonniers allemands. Mais c’est le bien le lendemain, le 19 septembre 1914, qu’un obus atteint les échafaudages en bois de la tour nord de l’édifice et explose.
L’incendie qui s’ensuit et la chaleur provoquent l’explosion d’une partie de la grande rosace… par le trou béant, des flammèches tombent à l’intérieur de la cathédrale, sur les paillasses installées pour les blessés, qui s’embrasent avec la vitesse que l’on peut imaginer, puis c’est au tour des charpentes de la toiture de prendre feu !
La cathédrale a continué de se consumer toute la nuit du 19 au 20 septembre !

Une correspondance qui commence un peu étrangement.
La personne qui écrit semble désolée que la ville d’Épernay n’ait pas trop souffert des horreurs des premiers mois de conflit… elle n’a donc pas de cartes avec des vues intéressantes à envoyer, et se rabat sur une carte de la cathédrale de Reims, incendiée en septembre 1914 par les obus allemands.
On a droit à une sorte d’étonnement incrédule dans une ville épargnée où il fait bon vivre !
D’ailleurs, la personne va quitter Épernay avec beaucoup de regret… pour Revigny… mais quel Revigny ?
S’agit-il de Revigny dans le Jura, ou plus proche de nous, Revigny-sur-Ornain, dans la Meuse, où la bataille de la Marne du 6 au 12 septembre 1914 semble n’avoir laissé qu’un champ de ruines comme l’atteste les deux cartes postales ci-dessous, avec cet Hôtel de Ville complètement détruit et une rue de la gare qui reflète la désolation.

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Dans ce cas, on comprend aisément ses « regrets », de devoir quitter une si belle ville épargnée, pour un village meurtri !

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Vendredi 5 février 1915

Paul Hess

Hier, le bombardement a sévi toute la journée, après une nuit calme.

Depuis ce matin, les obus tombent encore de tous côtés ; il en est qui vont éclater dans la direction de Bezannes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 5 – Nuit tranquille. Gros coups de canons français.

Messe à 7 h 1/2, Chapelle du Couchant pour 1er vendredi du mois. Allocution?

Visite de MM. de Brimont, de Bruignac, Mennesson.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

5/2 – Vendredi – Beau temps.

Dès le matin, nos grosses pièces font rage. Les maisons tremblent. Bombardement dans tous les 4 cantons. La nuit fut un peu calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Vendredi 5 février

Combat d’artillerie dans la région de Nieuport. Attaque allemande repoussée à Notre-Dame-de-Lorette; tranchées enlevées par nos troupes à l’ouest de la route Arras-Lille; blockhaus ennemis détruits dans la région d’Albert et du Quesnoy-en-Santerre; combat d’artillerie sur l’Aisne, où nous dispersons des rassemblements ennemis; succès d’avant-postes pour nous en Woëvre et sur la Seille; attaque allemande refoulée en Haute-Alsace (Uffholtz).
M. Roosevelt publie une brochure aussi intéressante que catégorique, où il montre que les États-Unis devraient se joindre aux alliés, à raison des violations du droit international commises par les Allemands.
Les ministres des Finances de la Triple Entente : MM. Ribot, Bark et Lloyd George se sont mis d’accord sur une série de questions économiques et financières qui intéressent les trois pays.
Les Turcs ont subi un échec grave en voulant franchir le canal de Suez. Ils ont été arrêtés par les troupes anglo-égyptiennes.

 

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Jeudi 4 février 1915

Paul Hess

Canonnade au cours de la nuit.

Pendant midi, bombardement. En me promenant, après déjeuner, boulevard de la Paix, je remarque la brèche qu’un obus a faite il n’y a pas longtemps – car je suis passé par là ce matin – dans le mur de la propriété se trouvant à la gauche de la rue Piper.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Jeudi 4 – Nuit tranquille pour la ville. De temps en temps gros coups de canons français. Aéroplanes toute l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

4 – Jeudi – Beau temps – comme hier.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Jeudi 4 février

Combat d’artillerie à Noulette près de Lens. Nos batteries prennent l’avantage. Des brûlots lancés par les Allemands sur la rivière l’Ancre, à Haveluy près d’Albert, sont arrêtés à temps par nos troupes; nous canonnons efficacement les positions allemandes dans la vallée de l’Aisne. Nous progressons et faisons des prisonniers à Perthes en Champagne; nous y repoussons ensuite plusieurs attaques. D’autres attaques en force sont repoussées par nous à Bagatelle dans l’Argonne. Nous nous organisons en Alsace, sur le terrain conquis à Ammertzwiller.
Les combats se poursuivent en Pologne, entre Allemands et russes, laissant toujours la supériorité à ces derniers. Ils continuent à infliger à l’ennemi de très grosses pertes.
Les avant-gardes turques qui avaient paru aux abords du canal de Suez ont été refoulées vigoureusement.
Le Parlement anglais a rouvert ses séances. M Asquith a demandé à tous les partis d’oublier une fois de plus leurs différends et de tout subordonner à la défense nationale. M. Bonar Law, le chef de l’opposition, a souscrit à ses paroles.
Un officier allemand tentait de faire sauter un pont au Canada. Il a été arrêté.

 

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Mercredi 3 février 1915

Place des Marchés

Abbé Rémi Thinot

3 FEVRIER – mercredi –

Hier, dons, je me suis rendu au poste de secours du 83ème[1] ; vers 2 heures, une gerbe immense de terre jaillit de l’autre côté de la crête, à gauche de Perthes.

Notre artillerie donne ; l’artillerie allemande passe en rafales sur les tranchées pendant l’action. Je me promenais à droit te sur la route, aux alentours, labourés par les marmites, de la chaussée romaine. Des balles perdues sifflaient par intervalles…

Mais voici qu’on amène quelques blessés. L’un, le dos ravagé de la façon la plus horrible, râle et meurt près du poste de secours ; l’autre à la cuisse emportée presque en haut du membre… le reste est demeuré dans la tranchée… c’est épouvantable.

Beaucoup arrivent par leurs propres moyens, blessés, qui, à la tête, qui, au bras, à l’épaule…

On ne sait pas les résultats de l’action.

Le poste de secours est un misérable réduit où le médecin Albouze, une brute, rudoie, insulte ou à peu près les malheureux qui arrivent… On prend le nom des blessés ; on les embarque, et puis c’est tout. Pas un cordial, rien ! Il faut être solide pour y résister. Le refuge est à Maison forestière.

[1] 83e RI appartient à la 34e DI

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Mercredi 3 février 1915

144ème et 142ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Belle journée et toujours le calme. Reçu nouvelles de Maitre Rozey (Notaire Collet-Lafond). Je pars et m’organiserai pour partir avec M. Bavaud exécuteur testamentaire le lundi 8 février 1915 à 7h1/2 avec la voiture automobile de M. Charles Heidsieck. Je demande un passeport de 15 jours. Serons-nous délivrés à ce moment 8/15/23 février 1915 !! Je n’ose l’espérer quoi qu’on m’ait dit que l’on devrait tenter un effort pour Reims et Massiges. Nous avons déjà été tant bernés par l’autorité militaire que je ne prête qu’une attention relative à ce dire.

Vu M. Émile Français toujours fort gentil, causé de Maurice Mareschal. Je dois déjeuner avec lui demain. Ce sera un repos pour moi, avec lui on peut causer. Nous verrons aussi à nos…

La demi-page suivante a été supprimée, les feuillets 198 à 201 ont disparus.

… Ma pauvre femme, mes pauvres enfants. Quand les reverrai-je ? Je n’ai plus de forces.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Les deux dernières nuits ont été calmes et au cours de la journée du 1er, on n’a entendu que la canonnade.

– Aujourd’hui, paraît dans le Courrier, un tarif des différentes denrées, fixé par arrêté préfectoral en date du 25 janvier 1915, aux prix suivants, dans l’arrondissement de Reims :

Sucre cristallisé, le kilo : 1.10 F
Camembert, la pièce : 0.80 F
Pétrole, le litre : 0.40 F
Sucre cassé, rangé, le kilo : 1.20 F
Vinaigre, le litre : 0.50 F
Sel de cuisine, le kilo : 0.25 F
Huile comestible, le kilo : 1.60 F
Chocolat Meunier, d° : 3.60 F
Fromage de gruyère, d° : 3.20 F
Beurre, le 1/2 kilo : 1.75 F

Le sous-préfet : L. Dhommée

Précédemment déjà, l’administration principale est intervenue pour limiter le prix de vente des pommes de terre à 0.20 F le kilo, ainsi que le tarif de la viande qui, actuellement n’est pas sensiblement plus élevé qu’avant-guerre. La vente à la criée se pratique tous les matins, place des Marchés, sous la responsabilité de Elie Gaissier crieur, en l’absence des commissaires-priseurs, car il a accepté pour son compte les conditions de la municipalité. La population trouve, en outre, chaque jour aux halles, des approvisionnements de marchandises très fraiches, le ravitaillement sans doute difficile, étant cependant toujours parfaitement assuré.

Depuis le 25 janvier, il est vendu par les soins de la ville, du charbon au prix de 2.60 F les 50 kg. Il n’en est livré que 500 kg au plus, pour chaque famille et les acheteurs doivent aller prendre livraison à l’un des dépôts, le long du canal. Aussi voit-on, par-là, le défilé continuel de gens conduisant des brouettes, voitures, etc. se diriger vers le chantier et le baraquement où est installé M. Robiolle, directeur de Bains et lavoir détruits, qui a été chargé de la vente et des perceptions sur place.

– Vers le commencement de l’après-midi, nous avons perçu, du bureau, un seul sifflement d’obus mais dans la soirée, le bombardement reprend sur le faubourg Cérès.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place des Marchés

Place des Marchés


Cardinal Luçon

Mercredi 3 : Nuit tranquille. Canonnade réciproque dans la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

3 Mercredi – Assez beau temps. Canonnade toujours violente et léger bombardement.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Octave Forsant

3 février. — Quels douloureux spectacles dans ces rues bombardées depuis six mois ! Les glaces des beaux magasins du centre, presque toutes brisées par les explosions, ont été remplacées ici par une devanture aux trois quarts en bois, le reste en verre ; là par des fermetures entièrement en bois, si bien qu’il faut tenir la porte ouverte pour éclairer l’intérieur, ailleurs par des planches à peine rabotées ou par des tôles. — Rue de Talleyrand, de grandes glaces fortement étoilées ont été consolidées avec du papier de toutes les couleurs; rue des Deux- Anges, la maison d’un luthier est fermée par des couvercles de caisses portant encore cette inscription, qui par hasard se trouve juste à l’emplacement de l’ancienne porte : « Côté à ouvrir. » Non loin une maison de tailleur, jadis très impor­tante, est indiquée par cette simple mention écrite à l’encre avec un bout de bois : «Auberge, tailleur — civil et militaire. » Le marchand de cycles de la rue de l’Étape s’est mis encore moins en frais et, dans sa hâte, a tout simplement, sur les pan­neaux de son magasin, griffonné à la craie, en gros carac­tères : « Pour les articles cyclistes, s’adresser au bistro voisin. » A l’angle de la même rue, un cabaretier a fermé son débit avec les rallonges de sa table. Et sur les monuments publics, aux carrefours des rues, un peu partout, imprimée sur papier vert tirant l’œil, mais à moitié déchirée ou maculée, se lit l’odieuse « Proclamation » allemande informant les Rémois que l’armée ennemie ayant pris possession de la « Ville et Forteresse » (?) de Reims, ils n’ont qu’à se bien tenir s’ils ne veulent encourir une des nombreuses peines qui les menacent, notamment la pendaison. Suit une longue et interminable liste d’otages.

Ne croyez pas cependant que la ville, quoique bombardée presque chaque jour, soit une ville morte. Dans la rue de Vesle, la circulation est assez active, de huit à dix heures du matin, et l’après-midi à partir de deux heures, car c’est généra­lement entre dix et quatorze heures que nos excellents voisins, toujours très méthodiques, nous arrosent. Nombre de maga­sins sont ouverts et même achalandés : les clients « civils, » contrairement à ce qu’on pourrait croire, y sont aussi nombreux que les militaires.

Les Rémois donc vont et viennent dans les rues, sans souci du danger qui les menace à chaque pas, circulant au milieu des ruines, tenant à se rendre compte des effets du bombarde­ment d’hier, regardant les cartes postales récentes qui répan­dront à travers le monde l’image des atrocités chaque jour renouvelées et chaque jour plus terribles de la « kultur alle­mande. » La ville, quoiqu’au tiers détruite, et où des tas de décombres soigneusement alignés devant les maisons atteintes, rappellent au promeneur les effets des obus de tous calibres, est toujours propre, et le visiteur n’est pas peu surpris de trouver les rues aussi bien entretenues qu’avant la guerre. — C’est qu’un avis de la municipalité, daté du 14 octobre 1914, ordonne de nettoyer les trottoirs et la chaussée « aussitôt la chute des obus, » et que le service de la voirie continue à être très bien fait. Ajoutez que le ravitaillement est assuré avec une régula­rité’ parfaite, grâce à la prévoyance de la municipalité qui fait emmagasiner chaque jour de grandes quantités de farine. La longue théorie des voitures chargées de sacs défile l’après- midi, à travers le faubourg de Paris, allant porter dans des écoles désaffectées toutes ces réserves qui suffiraient à soutenir un siège de plusieurs mois. Les mômes mesures sont prises pour le charbon et pour toutes les denrées de première nécessité

Au coin du pont de Vesle, un vieux bonhomme qu’aucun bombardement n’effraye, sans doute parce qu’il porte le ruban de chevalier de la Légion d’honneur, tient crânement sous le bras son carton à journaux, criant à tue-tête : « Demandez L’Éclaireur de l’Est, aujourd’hui quatre pages. » Les deux jour­naux locaux ne tirent d’ordinaire que sur deux pages, qui suf­fisent amplement pour enregistrer la chronique locale peu riche en évènements variés…

Source 1 : Wikisource.org


Mercredi 3 février

Redoublement de la lutte d’artillerie; attaques d’infanterie allemandes repoussées sur toute la ligne avec des pertes sérieuses. C’est le cas, par exemple à Guinchy, où les troupes anglaises ont non seulement rejeté un assaut, mais progressé entre Arras et la Bassée. Nous avons bombardé avec beaucoup d’efficacité la gare de Noyon, où avaient lieu des opérations de ravitaillement de l’ennemi.
A Saint-Paul, aux portes de Soissons, nous sommes demeurés à nouveau maîtres de la situation, après un vif combat. Progrès de nos troupes à Perthes-les-Hurlus: échec allemand en Argonne (près de Bagatelle) ; autre échec allemand en Woëvre (près de Troyon); avance française en Haute-Alsace, près de Burnhaupt-le-Bas.
Les Russes cheminent à leurs deux ailes en Prusse orientale et en Galicie, mais les combats les plus sanglants ont lieu en Pologne; les Allemands ont perdu plus de 6000 tués à Borgimoff où ils ont livré plusieurs assauts en masses serrées.
Le gouvernement allemand réquisitionne les métaux; la bière renchérit; le rationnement du pain inquiète les esprits outre-Rhin.
La Roumanie a demandé des explications au ministre d’Autriche, le comte Czernin, sur les concentrations de troupes qui ont opérées à sa frontière.
Le gouvernement italien déclare qu’il n’a pas songé à obtenir le Trentin par une négociation poursuivie durant la guerre.
Le gouvernement russe décide de traiter en criminels de droit commun les aviateurs allemands qui lancent des bombes sur les villes ouvertes.

 

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Mardi 2 févier 1915

Cardinal Luçon

Mardi 2 – Nuit tranquille. Visite à l’Ambulance Sainte-Geneviève.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

2 – Mardi. Toujours temps gris, un peu de gelée.

Dès 8 h du matin nos grosses pièces commencent à faire furie. à 1 h du soir, arrivé du 274e de ligne qui entre par le pont de Muire, tambours et clairons en tête, c’est impressionnant et peut-être un peu téméraire ; mais il y a si longtemps que l’on n’a entendu des tambours et clairons français que l’on se réjouit quand même. La même chose se produit au retour de leur marche en ville.

Pas d’obus ce jour, nuit calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


collection : Jean-Claude Thuret

collection : Jean-Claude Thuret


Mardi 2 février

Combat d’artillerie très vif dans le Nord. Nous brisons, par des feux combinés d’artillerie et d’infanterie, une attaque allemande, près d’Ypres. Nos canons détruisent des ouvrages ennemis sur tout le front de l’Aisne. Près de la Bassée, nous infligeons de fortes pertes à nos adversaires que nous contraignons à la retraite. En Argonne, ils déploient, mais sans résultat, une grande activité dans la région de Fontaine-Madame et dans le bois de la Grurie. La neige qui tombe en Alsace arrête les opérations.
M.Lloyd George, le chancelier de l’Échiquier, est venu à Paris pour rencontrer avec MM. Bark et Ribot. Les trois ministres des Finances de la Triple Entente vont examiner les intérêts financiers communs.
Les Turcs, avant d’évacuer Tauris, ont pillé la ville et les sanctuaires des environs.
La consommation du pain est désormais limitée à Berlin par décision du bourgmestre de la ville.
Un nouveau vapeur anglais a été coulé en mer d’Irlande par un sous-marin allemand.
On apprend que le baron Burian, au cours de ses entretiens avec Guillaume II et le chancelier allemand, avait soulevé la question de la paix. Il s’est résigné à la guerre à outrance sur la promesse qui lui a été faite qu’un million d’Allemands seraient envoyés au secours de la Hongrie.
M. Giolitti dément les intrigues qui lui ont été prêtées et qu’il aurait nouées avec le prince de Bulow.
L’invasion de la Serbie semble improbable – du moins pour le moment – les crues des rivières arrêtant l’armée austro-hongroise.

 

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Lundi 1 février 2015

Abbé Rémi Thinot

1er FEVRIER – lundi –

Demain, il paraît qu’il y aura attaque ; J’irai au poste de secours. J’apprends la nomination du P. Bhalluin, chevalier de la Légion d’Honneur. Je lui envoie un mot d’amitié.

Extrait des notes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à Reims

Louis Guédet

Lundi 1er février 1915

142ème et 140ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 soir  Journée grise, pas un coup de canon. Ce calme est impressionnant auprès des jours précédents où de part et d’autre le canon grognait et la mitraille sifflait. Rien. Rien. Journée de dégel !! Quand serons-nous délivrés.

Reçu lettre Maître Lefèvre, notaire à Ay, notre Président de Chambre qui m’annonce (ce que je sais déjà) que le Procureur l’avise qu’il m’a proposé pour être cité à l’ordre du jour des civils. Le brave Lefèvre m’en félicite très gentiment. Mais « peu m’en chaut », le moindre petit grain…  de délivrance ferait bien mieux mon affaire, non…  ne me ferait plus plaisir. Foin de la Gloire. J’ai fait mon devoir et çà me suffit.

La demi-page suivante a été supprimée.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 1er – Nuit tranquille. Journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

Février 1915 – 1/2 – Gelée et temps couvert. Canonnade et bombardement (néant), il semble assez drôle qu’une journée entière se passe sans un seul coup de canon de part et d’autre. Ce silence sera sans doute payé en gros. Nuit calme.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Lundi 1erFévrier 1915.

Cette fois-ci on dit que c’est pour ce mois-ci que les boches vont être repoussés. Il y a déjà si longtemps qu’on le dit et ils sont toujours là.

La vie à Reims est bizarre, vois-tu. Tout le monde en prend son parti. Beaucoup s’en vont encore mais on hésite car pour revenir, on ne rentre plus à Reims une fois partis. Ton parrain, lui, peut le faire ; il a des allers-retours pour Paris, mais on croit que c’est pour le commerce. Aussi il en profite.

Je m’ennuie aujourd’hui mon Charles ; les papillons noirs reviennent. Tu me manques. Aussi pour me changer les idées, j’ai promis à ta maman que ma première visite serait pour eux. Le parrain doit partir à Paris. Aussitôt j’irai ; ta maman sera contente de voir sa petite-fille. Cela me fait penser à notre première sortie avec André. On était heureux à ce moment là.

Bonne nuit. Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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