• Daily Archives: 10 février 2019

L’abbé Rémi Thinot au front (2) : semaine du 1er au 6 février 1915, secteur de Suippes

1er FEVRIER – lundi –

Demain, il paraît qu’il y aura attaque ; J’irai au poste de secours. J’apprends la nomination du P. Bhalluin, chevalier de la Légion d’Honneur. Je lui envoie un mot d’amitié.

3 FEVRIER – mercredi –

Hier, donc, je me suis rendu au poste de secours du 83ème[1] ; vers 2 heures, une gerbe immense de terre jaillit de l’autre côté de la crête, à gauche de Perthes.

Notre artillerie donne ; l’artillerie allemande passe en rafales sur les tranchées pendant l’action. Je me promenais à droit te sur la route, aux alentours, labourés par les marmites, de la chaussée romaine. Des balles perdues sifflaient par intervalles…

Mais voici qu’on amène quelques blessés. L’un, le dos ravagé de la façon la plus horrible, râle et meurt près du poste de secours ; l’autre à la cuisse emportée presque en haut du membre… le reste est demeuré dans la tranchée… c’est épouvantable.

Beaucoup arrivent par leurs propres moyens, blessés, qui, à la tête, qui, au bras, à l’épaule…

On ne sait pas les résultats de l’action.

Le poste de secours est un misérable réduit où le médecin Albouze, une brute, rudoie, insulte ou à peu près les malheureux qui arrivent… On prend le nom des blessés ; on les embarque, et puis c’est tout. Pas un cordial, rien ! Il faut être solide pour y résister. Le refuge est à Maison forestière.

[1] 83e RI appartient à la 34e DI

6 FEVRIER – samedi –

Je monte aux cantonnements derrière les tranchées. Le colonel de Riancourt, du 14ème[1], me retient à déjeuner… De là, je continue mon pèlerinage par monts et par vaux, dans une boue incroyable. Le capitaine Thiébaut, du 57ème d’artillerie, m’arrête comme espion… s’excuse. Je suis vexé, il aurait pu y mettre des formes.

Un autre capitaine me donne un maréchal des logis pour m’accompagner là où je voulais aller – un très brave garçon avec qui je remonte vers la route de Souain à Perthes, parmi les fils de fer, les obus non éclatés – puis nous redescendons vers cabane forestière, sous les obus, les balles… Je prends contact avec les brancardiers régimentaires à Maison forestière, un contact qui m’édifie sur leur compte.

Ces hommes ne voient jamais l’aumônier dans leurs bivouacs.

Ils regardent passer la soutane comme on regarde passer un phénomène. Si on entre en relations avec eux, ils sont gentils Pourtant, il s’en rencontre qui restent méfiants, le regard fermé… C’est bien pénible ; on repère de l’hostilité mal contenue… qui s’irrite encore rien que du fait de la proximité du danger, lequel danger sert « les affaires du curé », prépare le terrain à son influence ; ils le savent.

A Maison forestière, les brancardiers régimentaires ont eu cette attitude en grande partie. J’ai été gêné. Les soldats, d’ailleurs, les trouvent de bien pauvres gens, qu’il faut tarabuster pour obtenir qu’ils aillent chercher un blessé… Ah ! l’humanité !

Et comme l’œuvre néfaste est vraiment accomplie dans tout ce monde attaché à la vie matérielle, parce qu’on ne croit plus qu’à celle-là ; anéantissement de tout idéal, ce qui est la nécessaire contrepartie…

D’ailleurs, il se produit beaucoup d’actes d’indiscipline dont on ne parle pas, refus des hommes de sortir des tranchées etc.

Et la course à la décoration et au galon parmi tout ce monde ! A côté de beaucoup d’héroïsme merveilleux, vaillants, ceux qui feraient tuer deux compagnies pour se pousser un peu, si çà réussit… Ils ne s’exposent pas d’ailleurs !

Enfin, c’est l’ordre ici-bas.

Et les Allemands continuent à être très forts… Que Dieu aide la France ; la fin ne sera pas brillante.

[1] 14e RI appartient à la 34e DI le lieutenant-colonel de RIENCOURT a pris le commandement le 15 novembre 1914 https://www.horizon14-18.eu/wa_files/14e_20RI.pdf
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Lundi 10 février 1919

Louis Guédet

Lundi 10 février 1919

1613ème et 1611ème jours

9h matin  Toujours le froid glacial et gelée très forte. Dans la journée soleil magnifique. Alerte ce matin, le feu dans le tuyau de la petite cheminée de la chambre de Maurice et Marie-Louise !! Tout le monde en révolution pour rien ! Mais quel affolement de tous, excepté moi qui en ai vu bien d’autres. Je suis toujours là en attente ! Je voudrais bien pouvoir déclencher mon départ, car je perds mon temps ici. Et on me réclame là-bas ! Quoique ce ne soit que pour des services, car ce ne sont pas les affaires qui doivent m’affluer, et puis personne pour me seconder… ! En trouverais-je ?? à quels prix ??! Tout cela me décourage complètement. Quelle vie misérable !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

  Cardinal Luçon

Lundi 10 – Visite de M. Benéri, Drouet, Nivois. M. Lami de Châlons

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 10 février

Le Conseil supérieur de guerre interallié a continué sa délibération sur le renouvellement de l’armistice. Il a approuvé la résolution suivante, qui était présentée par M. Wilson :

Dans les circonstances présentes, beaucoup de questions n’ayant pas dans le principe un caractère militaire sont soulevées journellement et, avec le temps, prennent une importance croissante. Ces questions devraient être traitées à l’avantage des États-Unis et des alliés par des représentants civils de ces gouvernements ayant qualité pour traiter les questions de finances, approvisionnement, blocus central, flotte et matières premières.
 » Pour cela, il sera constitué, à Paris, un conseil supérieur économique chargé de traiter les questions pendant la période de l’armistice.
 » Ce conseil pourra absorber ou remplacer à sa convenance tous les autres corps interalliés déjà existants et leurs pouvoirs. Le conseil économique ne pourra comporter plus de cinq représentants de chaque gouvernement intéressé.
 » Il sera adjoint à la présente commission internationale et permanente d’armistice deux représentants civils pour chaque gouvernement qui délibèreront avec le haut commandement allié, mais en réfèreront directement au conseil supérieur économique.
La commission de la Société des Nations a continué l’examen du projet Smuts-Wilson. Elle a presque terminé la première lecture et chargé une sous-commission, formée de MM. Hymans, Léon Bourgeois, Lord Robert Cecil et Venizelos, de mettre le texte au point.
Le comité central des ouvriers et soldats d’Allemagne a remis ses pouvoirs à l’Assemblée nationale de Weimar. Hambourg serait en feu. La guerre civile de janvier a fait 530 morts à Berlin.
Un aérobus est allé de Paris à Londres en trois heures.
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