Louis Guédet

Dimanche 1er décembre 1918

Girard, associé de Mareschal, me dit que rue d’Avenay où ils avaient encore 53 000 bouteilles il n’en reste plus que 12 000 !!! (53 000 – 12 000 = 41 000) 41 000 bouteilles bues, volées, saccagées en 2 ou 3 jours de temps, et il ajoute mélancoliquement : « Quand nous défendra-t-on contre les militaires de tous grades !!»

Je lui réponds qui si j’avais qualité pour parler et agir cela ne durerait pas longtemps, mais que pour cela il faut parler franc, net et ferme, avec toute indépendance et ne pas s’inquiéter du « qu’en dira-t-on » et surtout n’avoir pas de compromission avec les Galonnards ! il pourra aller raconter cela à son ami Charbonneaux ! (Rayé). 

Lettre de M. Girard-Amiot, sous enveloppe timbrée à 15 centimes, adressée à :

Monsieur Louis Guédet   Notaire   St Martin aux Champs par Vitry la Ville    Marne
St Hilaire St Florent (Maine et Loire)

Le 29 novembre 1918

Cher ami,

Je serai à Paris jeudi et vendredi de la semaine prochaine. Si vous veniez nous y trouver je serais charmé de vous rencontrer. Je descendrai à l’hôtel Edouard VII. On continue à piller toutes les nuits à Reims malgré la présence de gardiens civils. Dans la nuit du 24 au 25 notre établissement de la rue Jacquart a été visité par une harde de 60 pillards qui accompagnaient des camions-autos.

Rue d’Avenay où nous avions laissé 53 000 bouteilles on nous en a laissé à peine 12 000.
Quand nous défendra-t-on contre les militaires de tous grades !

Bien cordialement à vous.
Girard-Amiot

J’ai plusieurs combinaisons en vue au sujet de la réalisation de l’affaire Henry Goulet. C’est à cet aspect que je voudrais bien avoir une conversation avec vous, car vous connaissez mieux la question étant de Reims que les frères Paul et Gaston Cousin.

Copie de la réponse :

Louis Guédet Notaire Reims
St Martin-aux-Champs par Vitry-la-Ville    Marne

1 décembre 1918

Cher Monsieur et ami,

Je ne sais quand j’aurais occasion d’aller à Paris que je viens, malheureusement de quitter il y a 3/4 jours.

Mais maintenant que j’ai à Épernay un train à 2h11 du soir qui me permet de rentrer ici le même jour, ne pourrions-nous pas nous y rencontrer à l’une de vos apparitions dans cette ville où vous avez à faire. J’arriverai vers 8h du matin, comme l’autre jour où je n’ai pu vous attendre, et nous aurions le temps de causer de ce qui nous intéresse dès votre arrivée du train (10h) jusqu’à 2h.

Ce serait peut-être le plus sûr, mes voyages à Paris étant subordonnés à trop d’éventualités.

Vous ne m’apprenez rien au sujet des pillages scandaleux auxquels Reims est soumis. Il faudrait que ceux qui ont qualité pour parler ferme le fasse une bonne fois et avec toute l’indépendance voulue. Avec le galon il faut parler net, haut et ferme comme je l’ai fait lorsqu’on molestait les habitants. Aussitôt ces gens-là baissent pavillon, et s’exécutent. Je n’ai malheureusement pas qualité pour le faire, sans quoi ce serait déjà fait et nous serions maîtres chez nous, mais il faut être indépendant comme je l’étais et ne pas s’inquiéter du « qu’en dira-t-on ».

Qu’importe la chute d’un seul si la collectivité en profite, çà été là tout mon secret.

Bien cordialement,
Guédet

P.S. Où sont vos neveux ? mes 2 grands sont en Alsace !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Dimanche Ier – Visite à Madame Lancereaux de la part de M. Deuze Cochin, pour me donner des renseignements, et m’apporter des documents concernant la question des Lieux Saints (qu’on me priait de trancher avec le Saint-Siège à Rome)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 1er décembre

Le roi d’Angleterre, George V, a quitté Paris.
M. Clemenceau est parti pour Londres, ainsi que MM. Stephen Pichon, le maréchal Foch et Philippe Berthelot : il y conférera avec les ministres anglais et avec les ministres italiens.
L’ex-impératrice d’Allemagne a rejoint en très modeste équipage Guillaume de Hohenzollern.
M. Lloyd George a prononcé à Newcastle un discours électoral où il a abordé la question des indemnités à réclamer de l’Allemagne et celle du châtiment des coupables. « La paix, a-t-il dit, doit être d’une justice rigoureuse et inflexible.  »
M. Wilson fait annoncer qu’il viendra en Europe comme chef de la délégation américaine, qui comprendra M. Rouse, le général Bliss et sir Henri White.
Le président de la délégation japonaise à la conférence de la paix est le marquis Saionji, ancien président du Conseil dont la francophilie est bien connue.
La presse berlinoise de tous les partis a engagé une campagne extrêmement violente contre M. Kurt Eisner, en accusant la Bavière de séparatisme. Une réunion orageuse a eu lieu à Berlin, où les partis extrêmes continuent à réclamer la démission de Solf, d’Erzberger et de Scheidemann.
Des massacres d’israélites sont signalés de divers côtés en Pologne.
Des représentations ont été faites par l’Entente aux Pays-Bas.
Une escadre interalliée ira au-devant de M. Wilson.
D’après les statistiques publiées, un million d’Arméniens ont été massacrés au cours de la guerre.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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