Louis Guédet

Mardi 1er octobre 1918

1481ème et 1479ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  St Remy ! La St Remi, que de souvenirs ce nom évoque en mon esprit, la foire de St Remi, place de St Remy et place Museux où tout rémois qui se respectait et digne de ce nom aurait cru commettre un crime en n’y allant pas y manger des « Darioles » et des « Barbottes » et faire dire l’Évangile de St Jean sur la tête de leurs nouveaux nés ! La Chasse exposée, les chapelets tendus aux vicaires de St Remy pour leur faire toucher la Chasse ! La bousculade dans les rues, et le calme dans la Basilique ! Pauvre Basilique, qui n’existe plus maintenant qu’à l’état de ruine. Que de souvenirs ! C’est tout le passé qui ne reviendra plus, qu’on ne reverra plus.

Par ce beau temps froid, il a gelé ce matin et les plantes grasses sont roussies par la gelée. Un froid piquant avec un soleil radieux qui me rappelait les plus beaux jours de cette fête de St Remi, notre patron Rémois, National. Le Berceau de la France.

Ma chère femme est partie ce matin avec André, par ce froid sec à 5h1/2 du matin. Ils n’ont pas dû avoir chaud. Le train avait du retard. Ce matin à 6h1/2 le glas a sonné pour Philogène Aubry, un voisin, un vieux type de St Martin, très brave homme (Léon Philogène Aubry, né le 20 avril 1876 à St Martin-aux-Champs), qui a fait une chute hier d’une voiture de fagots démarrant qu’il venait de décharger dans les sapins. Il a eu la colonne vertébrale brisée, la paralysie s’est déclarée et ce matin il est mort vers 3h. Un brave homme de moins, vrai type du St Marteignot (habitant de St Martin) qui avait encore conservé les vieilles coutumes et le vieux patois. C’avait été dans sa prime jeunesse un gros mangeur. On contait qu’une fois à une noce, au milieu du repas, de ces repas de noces de villages qui commençaient à midi/une heure et ne finissait qu’à 10 ou 11h du soir avec un léger entracte pour sauter les gants et attraper le pâté !… Sa mère le voyait songeur lui demanda pourquoi. Il répondit : « J’ai pu faim !… » La Mère : « Mets z’en dans tes poches !… Réponse : « All’ sont plainnes !… » – « Portes-en chez nous !… » Réponse : « J’y a été déjà 3 fouois !… !!… La Mère n’insista plus, elle était satisfaite de la prévoyance de son rejeton. Pauvre Philogène ! il n’en mettra plus dans ses poches !

Travaillé toute la journée d’arrache-pied. Lettre de Robert du 29, qui allait bien et s’attendait à repartir au combat. Il dit à sa mère que son milieu d’officiers et de sous-officiers n’est ni brillant ni fameux ! Notamment un nommé Georges, ancien lieutenant de Gendarmerie passé capitaine d’artillerie, une brute et un ivrogne, etc…  fini. Pauvre enfant ! Ils n’ont pas d’aumônier ! du reste il ajoute qu’au point de vue religieux c’est nul ! On n’en parle même pas, c’est déjà cela !

Maurice est rentré en classe, et ce soir il est venu avec moi jusqu’à Vitry-la-Ville porter mes lettres à bicyclette et tâcher d’apprendre quelques nouvelles. Peu de choses saillantes sur Reims et Fismes, on a pris Montigny-sur-Vesle et Breuil-Romain.

Les journaux parlent de l’armistice demandé par les Bulgares… ! Marcel Hutin dans l’Écho de Paris annonce pour demain ou après des nouvelles sensationnelles (sic !) Attendons ! nous saurons !… Pourvu qu’on ne fasse pas une paix boiteuse ! Il faudrait que nous allions en Allemagne. Il le faut absolument, sinon ces gens-là ne se croiront pas battus ! Ce serait une faute grave que de ne pas y aller, et la Guerre pour l’avenir toujours à craindre avec ces sauvages-là… Attendons ! Nous verrons…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

 Cardinal Luçon

Mardi Ier – Journée de repos à Torfou. Diné avec M. de la Breterche et M. Griffon, industriel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 1er octobre

Nos troupes ont attaqué au sud de Saint-Quentin, sur le front Urvillers-Cerisy. L’ennemi, qui a opposé une résistance énergique, a été rejeté de ces deux villages, qui sont en notre possession. Nous avons franchi la route de Saint-Quentin à la Fère et dénombré 500 prisonniers.
Entre Ailette et Aisne, nous avons réalisé une avance de deux kilomètres de part et d’autre du Chemin-des-Dames, occupé Pargny-Filain, Filain et Ostel.
En Champagne, des résultats importants ont été obtenus.
Nous avons, sur notre droite, emporté Bouconville et élargi nos positions au nord de ce village. A l’ouest de cette localité, nous nous sommes emparés du mont Cuvelet âprement défendu par l’ennemi. Plus au nord, nous avons pris Sechault ; plus à l’ouest, Ardenil, Monfauxelles, Neux. Nous avons pénétré dans Sainte-Marie-à-Py.
Les Anglo-Belges ont battu l’ennemi sur la haute crête des Flandres et sur la position Messines-Wytschaete.
Les Belges ont pris Dixmude, Zarren, Terrest, Stadenberg, Westroosebeke, Moorslede. Ils ont attaqué la route Roulers-Menin, ainsi que Colliemolennoek (4 kilomètres de Roulers).
Les Anglais ont dépassé les bois de Plogstaert, Sapabad, Saint-Temprielen, Terband, Dadtzeele.
Les Anglo-Belges, en deux jours, ont capturé 9000 prisonniers et 200 canons.
Les Bulgares ont accepté toutes les conditions mises par les Alliés à l’armistice. Les hostilités sont suspendues.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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