Louis Guédet

Lundi 10 juin 1918

1368ème et 1366ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Pluie battante toute la nuit. Temps assez beau ce matin quoique nuageux, mais frais. Rien de plus à dire. On n’a ici aucune nouvelle ! C’est énervant au possible, d’autant qu’on fait circuler un tas de faux-bruits qui viennent je ne sais d’où. J’irai sans doute à Songy cet après-midi.

4h soir  Les allemands auraient prononcé une attaque sur un front de 35 kilomètres entre Montdidier et Noyon, nous les avons repoussés. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à Jean. Ils ont attaqué surtout devant Hangard et Moreuil. C’est à Songy que j’ai appris cela par un journal et le communiqué. A Songy cantonne le 149e à fourragère qui fait partie, avec le 11e Génie que nous logeons ici, du XXIe Corps d’Armée (Épinal). Ce 149e a perdu devant Braine 53% de son effectif !!

Le communiqué parle aussi d’une attaque violente à Vrigny près de Gueux, région de Reims, qui a été repoussée avec de lourdes pertes pour les allemands. Tout cela ne nous avance guère, et nous perdons des hommes en quantité. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé à Jean ! Il avait quitté la position devant Hangard-en-Santerre, mais était-il plus loin ? Je ne cesserai donc jamais d’avoir des ennuis, des soucis, des malheurs !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 10 – Canonnade active toute la nuit. Visite du P. Économe de Binson. Visite de cinq ou six prêtres soldats conduits par le prêtre qui accompagne les Saints de France à Arcis : ils sauvent le mobilier des églises de Chaumuzy, Nanteuil-la-Foret, etc. Écrit à M. le Président de la R. pour lui demander s’il ne croirait pas utile et convenable que le Gouvernement s’associât aux prières publiques pour la France.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 10 juin

Les Allemands ont déclanché une violente préparation d’artillerie depuis la région au nord de Montdidier jusqu’à l’est de l’Oise.

Nos batteries ont intensifié immédiatement leur tir de contre-préparation. A 4 h. 30 du matin, l’infanterie ennemie s’est portée à l’attaque de nos positions, entre Montdidier et Noyon. Nos troupes résistent avec une magnifique vaillance dans la zone de couverture.
Entre Avre et Aisne, nous avons exécuté une opération de détail à 1’est de Haute-Braye et gagné du terrain, en faisant une soixantaine de prisonniers.
Au sud de 1’Ourcq, nous avons amélioré nos positions à 1’est de Chezy. L’ennemi, qui avait réussi à pénétrer dans nos lignes, vers Vinly, en a été rejeté aussitôt par une contre-attaque. Nous avons enlevé le bois d’Eloup et le bois immédiatement au sud de Bussiares. Ces opérations nous ont donné deux cents prisonniers, dont cinq officiers.
A l’ouest de Reims, après un vif bombardement, l’ennemi a attaqué dans la région de Vregny et a subi des pertes sérieuses sans obtenir de résultat.
Les troupes anglaises ont réussi un coup de main an sud de Beaumont-Hamel et fait trente prisonniers.
Des coups de main ennemis ont été repoussés au sud-est et à l’est d’Arras, et dans le voisinage de Givenchy-lès-la Bassée.
Vive canonnade de Villers-Bretonneux à Albert, et de Givenchy à Robecq.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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