• Monthly Archives: juin 2018

Dimanche 30 juin 1918

Mareuil-sur-Ay

Louis Guédet

Dimanche 30 juin 1918

1388ème et 1386ème jours de bataille et de bombardement

3h soir  Toujours beau temps chaud avec vent Nord-est. Quelle sécheresse ! Peu de courrier. Harel me demande d’aller recevoir pour lui un acte du Crédit Foncier pour un emprunt sur l’arrondissement de Reims. Je lui propose de descendre à Oiry pour aller de là à 500 mètres de la gare, sur le territoire de Mareuil signer l’acte.

Cet après-midi conduit Maurice sur la route avec André pour lui apprendre à aller à bicyclette sur route. Ils sont allés 2 fois à Cheppes et retour. Il commence à déjà bien aller. Une chute, une égratignure, rien. Le pauvre petit avait voulu se gratter le bout du nez !!!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Mareuil-sur-Ay

Mareuil-sur-Ay


Cardinal Luçon

Dimanche 30 – Avions allemands, tir contre eux.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 30 juin

Activité intermittente d’artillerie dans plusieurs secteurs.
Au nord-ouest de Montdidier, nous avons réalisé une légère avance au bois Senecat et fait une trentaine de prisonniers.
Entre la Marne et l’Ourcq, une opération de détail au sud de Dammart, nous a permis de faire 22 prisonniers.
Les troupes britanniques ont repoussé un raid contre un de leurs postes dans les environs de Moyenneville, au sud d’Arras. Elles ont infligé des pertes à l’ennemi.
Un de leurs détachements a exécuté avec succès un raid en plein jour près de Mericourt et fait quelques prisonniers.
Leur artillerie s’est montrée active aux environs du bois du Rossignol, au sud-est de Gommécourt, où leurs patrouilles ont infligé des pertes à l’ennemi.
Leurs avions ont attaqué les usines de produits chimiques de Ludwigshafen, les manufactures et voies de garage de Sarrebruck et l’aérodrome de Bolchen. Plusieurs bombes sont tombées sur un haut fourneau en activité à Sarrebruck. A l’aérodrome de Bolchen, deux hangars ont été incendiés ainsi qu’un appareil. Tous les avions anglais sont rentrés indemnes.
Sur le front américain, des groupes ennemis qui tentaient des coups de main sur les positions de nos alliés dans les Vosges ont été repoussés.
La Bulgarie a invité l’Allemagne et l’Autriche à rompre avec la Grèce, elle-même étant en guerre avec ce pays.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 29 juin 1918

Louis Guédet

Samedi 29 juin 1918

1387ème et 1385ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Toujours du beau temps et une continuelle sécheresse. Il fait beaucoup d’air néanmoins. Du courrier en masse, j’y ai travaillé jusqu’à 4h. Rien d’autre de saillant. Les journaux sont insignifiants, et tous disent qu’ils ne savent pas où l’attaque prochaine aura lieu de la part des allemands ! Pourvu que ce ne soit pas de notre côté. Je n’y résisterais pas et je succomberais. Cette nuit, vers 2h, nous sentons une forte odeur de grillé ! Émoi de ma femme. Je me suis levé tout en maugréant pour faire le tour de la maison par un clair de lune magnifique. Rien. Fait un tour même dans les rues de St Martin. Tout dormait et rien d’anormal. D’où pouvait venir cette odeur d’incendie ? Je me suis recouché à 3h1/2.

Achevé de cueillir des fleurs du tilleul du jardin près de la cour. J’en ai la valeur de 4 paniers, mais quel travail de patience ! Je suis fatigué de travailler. Cette solitude et ce travail incessant de correspondance me fatigue et me lasse. Il me faudrait avoir quelques occupations me forçant à aller et venir de temps en temps. Je voudrais bien que Monsieur Leroux, de la Justice, me confie quelques voyages dans cet ordre d’idée. Ce me serait un dérivatif de pouvoir aller quelques jours dans une ville ou une autre surveiller, organiser pour mon Ministère. Je ferais au moins un peu œuvre utile, au lieu de rester aussi désœuvré.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 29 – Visite du Dr Lalouel et d’un autre docteur (à 3 galons) qui nous photographie. Écrit à M. Letourneau de surseoir à la publication de ma lettre au Président de la République. Télégramme refuse,… aux civils ? (plutôt réservé aux militaires, à l’armée)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 29 juin

Activité de l’artillerie au sud de l’Aisne, dans la région de Coeuvres.
Dans les Vosges, trois coups de main nous ont valu des prisonniers.
Nos alliés britanniques, par une heureuse opération de détail, exécutée de nuit, ont pris un élément fortifié ennemi à l’ouest de Vieux-Berquin. Ils ont fait un certain nombre de prisonniers et capturé quelques mitrailleuses.
L’artillerie ennemie a montré de l’activité sur différents points entre Givenchy et Robecq. Elle a fait usage d’obus à gaz sur la partie nord-est de la forêt de Nieppe.
L’infanterie américaine continue à se distinguer dans la région de Château-Thierry.
D’après les évaluations italiennes, les pertes autrichiennes sur la Piave ne seraient pas inférieures à 150.000 hommes. Le nombre des prisonniers faits par nos alliés est de 18000 hommes. L’ennemi a évacué même les parties de la basse Piave qu’il occupait encore.
Kerenski a fait sa réapparition au Congrès travailliste de Londres et réclamé l’appui des socialistes de l’Entente contre les bolcheviks.
Charles 1er a chargé, après la démission de von Seidler, le comte Silva Tarouca de prendre des informations en vue de la constitution d’un nouveau cabinet à Vienne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 28 juin 1918

Louis Guédet

Vendredi 28 juin 1918

1386ème et 1384ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Toujours un temps magnifique. La terre est fendue de toutes parts. Les plantes et arbustes s’étiolent et meurent de soif. Je n’ai jamais vu une sécheresse aussi longue. Voilà 2 mois sans une goutte de pluie. Singulière chose, tout semble bouleversé.

6h soir  Courrier assez volumineux. Lettre de Landréat mon greffier qui me confirme la mort du fils de mon confrère Hanrot. Lettre du Procureur de la République me demandant la copie de mon rapport pour les décorations de Landréat et de Dondaine. Lettre de M. Legrand, juge de Paix à Ville-en Tardenois, qui me dit n’avoir eu que juste le temps de partir. Il me raconte la désinvolture et l’incurie notoire des officiers français. Ceux qui logeaient chez mon confrère Colin, notaire de Ville-en-Tardenois, lui affirmaient qu’il n’y avait aucun danger, or les allemands étaient à peine à 8 kilomètres de Ville-en-Tardenois. Une heure après ces galonnards filaient en automobile. Il ajoute mélancoliquement : « Il y aurait de bien tristes pages à écrire sur ce chapitre ! »

Été à Songy. Nos américains sont « alertés » et vont partir incessamment. En tout cas ils étaient bien calmes et tranquilles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Vendredi 28 – Via Crucis in Ecclesia. Écrit à M. Letourneau une lettre pour la Croix. Publication de la Lettre que m’a écrite M. Clemenceau en réponse à la mienne, par divers journaux ; je n’ai jamais publié la mienne. Ont publie celle du Président du Conseil : Écho de Paris, Petit Parisien, Matin, Action Française.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 28 juin

Au nord-est de Montdidier, nous avons exécuté un coup de main au nord du parc de Grivesnes et infligé des pertes à l’ennemi, auquel nous avons fait des prisonniers.
Le nombre des prisonniers capturés par les Américains dans la région des bois Belleau, est de 264, dont 5 officiers.
Nous avons abattu 22 avions ennemis, et incendié 3 drachens. Nos avions de bombardement de nuit et de jour ont jeté 17 tonnes de projectiles sur des terrains d’aviation, des bivouacs, des cantonnements dans la zone du front.
L’aviation britannique a été active, repérant des batteries ennemies et faisant des clichés. Dix avions ennemis ont été abattus et quatre autres contraints d’atterrir, désemparés. Dix tonnes de bombes ont été lancées.
Les aviateurs américains ont bombardé la gare et les voies de Conflans.
Les Italiens, après avoir réoccupé la tête de pont de Caposile, ont soutenu des contre-attaques de nombreuses forces ennemies. Ils ont capturé 8 officiers et 371 soldats. Canonnade sur le reste du front.
Les escadrilles italiennes ont lancé plusieurs tonnes de bombes sur les dépôts de munitions ennemis dans la plaine vénitienne et sur la voie ferrée de Matarella. Sept avions ennemis ont été abattus.
Quelques centaines de prisonniers ont encore été capturés au cours du nettoyage du champ de bataille.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 27 juin 1918

Louis Guédet

Jeudi 27 juin 1918

1385ème et 1383ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Toujours un temps magnifique, froid le matin et très chaud dans la journée. Les troupes américaines d’ici sont parties en marche. Quelques uns sont restés pour des exercices de masques chez le fermier. C’est un masque avec tube et magasin sur la poitrine. Je suis là désœuvré, quelle triste existence. Néanmoins désemparé, comme je suis, désorienté, je m’effraierais si j’avais quelque chose à faire. Quoi ? Je ne sais, n’ayant rien à faire dans l’ordre de ma profession. Ne pouvoir travailler, s’occuper, c’est épouvantable !

3h soir  Courrier peu volumineux, fini de répondre à 3h. Lettre du Procureur de la République m’annonçant le refuge de plusieurs de mes confrères. L’indemnité d’évacué accordée à Dondaine et à sa femme est de 37,50 x 2 = 75 F par mois, ainsi qu’à Landréat (1,25 + 0,50 pour sa mère) 52,50 F par mois. En même temps il m’envoyait mon mandat pour indemnité de transport 37,50 avec effet rétroactif au 1er avril 1918 = 113,75 F. Il me remerciait de mes félicitations avant la lettre pour son futur ruban, me demandait l’adresse de Mme Forzy pour la féliciter de son attitude courageuse durant en opérant le sauvetage sous le feu de l’ennemi à Troissy des archives de son mari, mon ancien clerc L. Forzy, notaire à Fismes, actuellement capitaine au 147e d’Infanterie C.I.D. (Centre d’Instruction Divisionnaire). Je lui ai répondu et j’en ai profité pour demander pour Bruneteau une récompense quelconque quand ce ne serait que la Reconnaissance Française pour sa conduite pendant toute cette Guerre et l’occupation allemande de Fismes en septembre 1914, comme notaire et comme conseiller municipal. Le Grelot est attaché, je n’ai plus qu’à attendre.

7h du soir  Je viens de causer avec un jeune soldat qui est de La Nouvelle Orléans (Louisiane), son régiment est un régiment de l’Alabama, proche de la Louisiane, c’est le 167e d’Infanterie, colonel Straussaner, soldat officier de carrière (le 167th Infantry Regiment était commandé par le colonel William Preston Screws). J’ai causé assez longuement avec lui. Il est intelligent, il se nomme Spangi, il est  d’origine italienne, de la Sicile.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

colonel William Preston Screws


Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Visite. Visite de M. le Lieut. Colonel de Bruignac, qui vient diner avec nous. Visite d’adieu du Major du cantonnement et d’arrivée de son successeur. Écrit à Mgr de Troyes pour le remercier de l’accueil paternel qu’il a fait à M. Camu et à M. Lecomte (ainsi qu’aux prêtres rémois réfugiés dans son diocèse). Un chanoine met à leur disposition une maison qu’il possédait, vacante ; une Sœur sécularisée s’offrit pour tenir leur ménage

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 27 juin

Nous avons exécuté plusieurs coups de main dans la région de Mailly-Raineval, de Melicocq, de Vinly, du Cornillet, et en Lorraine. Ils nous ont valu des prisonniers et des mitrailleuses. Une nouvelle tentative allemande contre nos petits postes au nord de le Port a été repoussée.
Les troupes américaines ont effectué une brillante opération de détail dans les bois de Belleau. 150 prisonniers, dont un capitaine ont été, de prime abord, dénombrés.
Les Anglais, au cours de combats de patrouilles, ont fait des prisonniers aux environs de Sailly-le-Sec et à l’ouest de Merville.
Activité de l’artillerie ennemie aux environs de Ville-sur-Ancre, Gomécourt, Bailleul, sud de Lens et dans le secteur d’Hazebrouck.
Des tentatives ennemies sur les postes de nos alliés ont échoué sous le feu des occupants.
Les avions britanniques ont attaqué avec succès des voies latérales, des usines de Sarrebruck, des hangars, des locomotives, les casernes d’Offenburg, les usines d’explosifs et la gare de Carlsruhe.
De nombreux coups au but ont été observés. En Macédoine, sur la rive droite du Vardar, l’ennemi, après une violente concentration de feux, a attaqué nos ouvrages au nord de Rayadag. L’attaque a dû refluer avant d’avoir atteint nos lignes.
Un détachement grec a accompli un raid heureux sur la Strouma.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 26 juin 1918

Louis Guédet

Mercredi 26 juin 1918

1384ème et 1382ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Temps magnifique, mais froid le matin. Peu de courrier, et pour ainsi dire rien à faire. Je me décide à aller à Songy porter mes lettres vers 3h. A peine au moulin de Songy mon pneu arrière éclate. Je rentre, me voilà démonté encore pour quelques jours. En ce moment a lieu l’enterrement du jeune américain noyé hier… Le cortège joue la marche funèbre de Chopin. Je ne puis y aller n’étant pas habillé.

9h soir  Concert de la musique américaine, une vraie fanfare de cirque. Néanmoins la marche funèbre de Chopin était bien jouée.

Journée monotone comme combien d’autres, journée de désœuvrement, inutile, fastidieuse. Rien à faire. Rien ! Si cela continue je perdrai l’habitude de travailler. Et cependant je voudrais tant agir, exécuter, faire quelque chose d’utile et qui pour une fois n’échoue pas, ne soit pas stérile. Mais ce n’est pas dans ma destinée cela ! Rien ne doit me réussir, il suffit que je touche à quelque chose pour que tout se brise, se ruine, se dissolve ! Fatalité ! Fatalité. Vouloir faire grand bien, généreusement et ardemment…  et rien, rien. Je suis enterré là ne pouvant même pas m’occuper, même de ma profession !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

Mercredi 26 – Visite de Mgr Mestre, Évêque du Soudan, charge par M. Clemenceau de visiter les troupes noires. II me raconte que M. Clemenceau le manda, lui demanda de dire ce qu’il savait de l’Afrique – Tout ? – Oui! – II n’y aura peut-être pas que des choses agréables à entendre pour le Gouvernement français – Dites toujours. C’est pour cela que je vous ai fait venir. « D’ailleurs, aujourd’hui, il n’y a plus que vous qui fassiez quelque chose de propre. »

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 26 juin

Au nord de l’Aisne, après un violent bombardement, un combat à la grenade s’est engagé dans les ouvrages que nous avions conquis la veille au nord-est de le Port. Notre front a été intégralement maintenu.
Actions d’artillerie assez vives dans la région de Faverolles et de Corcy.
Nous avons exécuté en Woëvre et en Lorraine trois coups de main qui nous ont valu une vingtaine de prisonniers.
Sur le front britannique, à Neuville-Vitasse, des troupes canadiennes ont exécuté un raid sur les tranchées ennemies et ramené 22 prisonniers et 6 mitrailleuses. Au cours d’une attaque heureuse au sud de la Scarpe, nos alliés ont fait quelques prisonniers et pris une mitrailleuse.
Pendant la nuit, l’artillerie ennemie a été active entre Villers-Bretonneux et Morlancourt, au sud d’Avion et à l’ouest de Merville et a fait amplement usage d’obus toxiques.
Les Italiens ont poursuivi le refoulement des troupes austro-hongroises et ont capturé environ 2000 ennemis. Ils ont réoccupé complètement la rive droite de la Piave, enlevé un poste sur la pointe de Escarallo, accompli un raid heureux sur les pentes du Mont di Valbella, infligé de lourdes pertes à l’ennemi sur les pentes du Grappa.
Ils ont abattu 9 avions ennemis. L’aviateur Baracca se serait suicidé pour ne pas tomber aux mains de l’ennemi.
Paris a été classé dans la zone des armées.
Von Kuhlmann, le ministre des Affaires étrangères allemand, a prononcé un important discours devant la grande commission du Reichstag. Il a déclaré que si l’Entente énumérait ses conditions de paix, les Empires Centraux seraient prêts à les entendre. C’est la formule de M. Balfour retournée. Hertling a fait, à son tour, un discours.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 25 juin 1918

Louis Guédet

Mardi 25 juin 1918

1383ème et 1381ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, toujours sécheresse, voilà presque 2 mois ainsi. Fini mon courrier. Travaillé à l’état des Études de l’arrondissement, adresses des notaires dispersés partout, et situation des archives.

Reçu lettre de Meurant principal clerc de Jolivet qui m’annonce que le fils d’Hanrot, Philippe, qui était sous-lieutenant d’artillerie au 7e RAC venait d’être tué devant Compiègne (décédé à St Jean-des-Bois le 18 juin 1918). C’était un camarade de classe de Jean et Robert. Il avait été à Fontainebleau en même temps que Jean. Quel coup pour Hanrot, qui était déjà fort déprimé.

Été à Songy pour un colis pour Robert qui meurt de faim à Fontainebleau, où on les laisse manquer de tout. C’est scandaleux. De là poussé jusqu’à Pringy, visité l’église que je ne connaissais pas. Styles nombreux, XIIe, XIIIe et XIVe. Vu une description indiquant que les morts de la famille Jacobé de Pringy de Goncourt (ancêtres des de Goncourt) avaient été ensevelis dans la chapelle gauche dédiée à St Joseph durant les XIIIe, XVe et XVIIIe siècles. Quelques voussures des colonnes sont finement sculptées, quelques unes avec le cynisme habituel du moyen-âge… Revenu ici, où j’apprends qu’un des soldats américains cantonnés ici s’est noyé dans la Guenelle.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils


Cardinal Luçon

 Mardi 25 – Visite aux deux généraux italiens : Albricci et Conson (sic), à M. le Sous-préfet, non rencontré, à M. le Commandant François attache au 2C Corps d’armée italienne, absent

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 25 juin

Une opération de détail, près de le Port, nous a valu de capturer 170 soldats allemands.
Assez vive canonnade entre l’Aisne et la Marne.
Les Américains ont amélioré leurs positions au nord-ouest de Château-Thierry, malgré la vive résistance de l’ennemi. Activité des deux artilleries dans cette région.
Dans les Vosges où les actions de patrouilles ont été fréquentes, les Américains ont repoussé un raid allemand.
Calme au front britannique. Peu d’activité aérienne à raison du temps brumeux et du vent. Les avions anglais ont fait cependant du travail de repérage. Pas de combat aérien.
15 tonnes d’explosifs ont été lancées sur Bapaume, sur les dépôts de munitions et les gares de Steenwerck, d’Armentières et de Bac-Saint-Maur. Les docks de Bruges ont été attaqués.
En Albanie, nous avons repoussé des détachements ennemis.
Les Italiens ont réalisé de sérieux résultats. L’ennemi avait commencé sa retraite dans la nuit du 22 au 23. Il a continué à passer la Piave sous le feu de l’artillerie alliée, tandis que les troupes italiennes le talonnaient. Le Montello et la rive droite de la Piave ont été reconquis.
Le nombre des prisonniers atteint 4000. Une quantité de matériel a été capturée. Le nombre des cadavres d’Autrichiens qui jonchent le sol est très élevé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 24 juin 1918

Louis Guédet

Lundi 24 juin 1918

1382ème et 1380ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps. Notre Lieutenant-colonel est parti à 9h, et à 2h il était remplacé par le Colonel (en blanc, non cité). Tous ces américains paraissent convenables mais forts remuants. Il y en a dans tous les villages environnants. J’ai fini mon courrier, peu de lettres ce matin. Je n’en suis pas fâché, été à bicyclette à Songy et Vitry-la-Ville pour mon courrier. Rien d’autre de saillant.

J’ai oublié de noter que durant mon voyage à Paris et à Troyes j’ai constaté une animosité et un mépris de plus en plus accentué contre les officiers. On les traite ouvertement de paresseux et d’incapables. Il se prépare contre tous ces galonnards une réaction terrible après la Guerre, et peut-être pendant.

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Cardinal Luçon

Lundi 24 – In Nativitate spes multi gaudebunt  ce n’est pas notre cas cette année. Visite du Général Marillier, dont le quartier général est à Tauxières, avec un lieutenant Colonel. Visite à Cumières.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 24 juin

Nous avons exécuté plusieurs coups de mains entre Montdidier et l’Oise et fait des prisonniers.
Entre la Marne et Reims, les Allemands ont attaqué la montagne de Bligny et réussi à s’emparer un moment du sommet. Une contre-attaque vigoureuse des troupes italiennes les en a rejetés peu après en faisant des prisonniers. Notre ligne est intégralement rétablie.
Les Anglais ont repoussé une vive attaque locale entreprise par l’ennemi contre leurs positions à l’ouest de Merris.
Aux environs de Morlancourt et de Bucquoy, au cours de raids heureux, ils ont fait des prisonniers.
Activité de l’artillerie allemande près de la forêt d’Aveluy.
Les Italiens ont pris l’offensive entre le Montello et la mer et repoussé les Austro-Hongrois au delà de la Piave.
Les Anglais, sur le front italien, ont exécuté heureusement un coup de main au sud d’Asiago. Ils ont infligé à l’ennemi de lourdes pertes, capturé 31 prisonniers et une mitrailleuse. Le corps d’aviation britannique a détruit, en dix jours, 23 avions ennemis.
On annonce une fois de plus la démission du premier ministre autrichien von Seidler.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 23 juin 1918

Louis Guédet

Dimanche 23 juin 1918

1381ème et 1379ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps magnifique avec grand vent. Des américains, les premiers, sont arrivés ici cantonner, une compagnie de mitrailleurs. Écrit lettres sur lettres, en verrais-je la fin ? Été l’après-midi à Songy pour me réhabituer à la bicyclette (ramenée certainement de son voyage à Paris). Je m’y suis mis comme si je n’en avais pas fait à peine depuis 1 mois. Je repris vite le mouvement et la cadence de l’équilibre. Cela va m’être bien utile, surtout ici où les routes sont très bonnes et plutôt plates. Cela me permettra de circuler un peu plus.

Joint une feuille de papier avec des lignes et en entête « American Y.M.C.A. » dans un triangle rouge inversé, et la mention « On active service with the American Expeditionnary Force… 191. » (Young Men’s Christian Association, association chrétienne de jeunesse fondée en 1844).

Mention de Louis Guédet en bas :

« Papier à lettre laissé par le 1er colonel américain qui a cantonné à St Martin. Fin juin 1918 »

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Cardinal Luçon

Dimanche 23 – Visite des Généraux Petain28, Buat29, Albricci. Pendant la nuit, attaque allemande sur Bligny

(1) Général Buat. Il a créé en 1917 la réserve générale d’artillerie (5000 canons de 75 et 5500 pièces lourdes) qui permettra par sa mobilité les offensives victorieuses de Foch en 1918. Ayant la confiance de Foch et de Pétain, il sera en juin 1918 chef d’État Major de l’Armée Française et atténuera les frictions entre le généralissime et le commandant en chef français.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 23 juin

Nous avons repoussé des coups de main ennemis dans la région de Belloy et en Haute-Alsace. De notre côté, nous avons enlevé un poste ennemi au sud-est de Saint-Maur et fait des prisonniers.
Les Anglais ont exécuté des raids et fait des prisonniers dans le secteur de Villers-Bretonneux et de Strazeele.
Sur le front belge, activité d’artillerie dans la zone de Boesinghe. Lutte de bombes à Dixmude.
Sur le front italien, l’offensive de l’ennemi, brisée et contenue sur l’ensemble du front de bataille, a recommencé.
Les Autrichiens ont déclenché une forte attaque locale dans la direction de Losson (sud-ouest de Fossalta) : ils ont été repoussés avec des pertes sanglantes. Leurs violentes concentrations de feux sur le Montello et dans la région au nord-ouest du mont Grappa, ont été efficacement contrebattues et des tentatives d’avances, faites par les troupes d’infanterie, ont été arrêtées.
A Cavazuccherina, les marins et bersagliers italiens ont élargi la tête de pont et capturé 150 soldats avec du matériel et des armes. Actions locales sur le reste du front. A Asiago, un poste avancé ennemi a été enlevé et les occupants ont été capturés. Dix avions ennemis ont été abattus.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 22 juin 1918

Louis Guédet

Samedi 22 juin 1918

1380ème et 1378ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, brise légère, l’air du matin était d’une légèreté surprenante. Parcouru Troyes, visite ses vieilles églises, revu St Urbain, une merveille de légèreté et sa statue de la douleur, si expressive, si touchante. Parti à 11h1/2 avec une heure de retard, mais heureusement trouvé à Vitry-le-François le train de midi 20 qui nous attendait et qui n’est parti qu’à 1h1/2. Arrivé vers 3h chez moi.

Je ne sais si j’ai noté ce que m’avait dit M. Leroux, du ministère de la Justice, à propos des vins sous séquestre  de Mumm. L’autorité militaire n’avait rien trouvé de mieux, de plus génial, que de vouloir réquisitionner tous les vins de Champagne de G.H. Mumm pour…  en faire de l’alcool…  à brûler !! Çà c’est bien culotte de peau !! Leroux les a envoyés coucher et haussait les épaules en me contant cela.

Minelle m’avait bien renseigné sur Chaumel, qui est actuellement Premier Vice-président du Tribunal de la Seine et habite 35, rue d’Eylau à Paris, dont le fils s’injectait de l’albumine d’œuf dans la vessie pour se faire réformer, et le Père, le Premier Vice-président, venant voir le médecin-chef de Minelle le Docteur Luys (Georges Jules Luys, médecin urologue (1870-1953)), pour demander la réforme de son fils, en faisant peser le poids de sa situation de 1er Président, etc… Le fils a été pris dans sa manœuvre de fraude et il a écopé d’1 mois de cellule et l’envoi au front, mais on n’a pas osé le faire passer en Conseil de Guerre ! Si c’avait été les miens ou un pauvre bougre c’aurait été une autre histoire. C’est honteux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 22 – Mgr Neveux et M. Compant vont à Épernay pour la Relique de Sainte Hélène et les objets déposés chez M. l’Archiprêtre. Répondu au Secrétaire général du Secours National pour l’annonce des 12.010 F. Écrit à Mme Havard de la Montagne et à Mme la Ctesse de Barral pour les Veuves de la Guerre. Visite de M. le Sous-préfet pour Sœurs de l’Enfant- Jésus à évacuer, et… : 2 wagons et fourgon, récupération de caisses appartenant à M. Goubernaud, déposées dans la crypte Ste Clotilde

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 juin

Nous avons amélioré nos positions au nord de Faverolles et dans la région au sud de Hautevesnes. Une vingtaine de prisonniers sont restés entre nos mains.
Les Anglais, au cours de raids et de rencontres de patrouilles dans le bois d’Aveluy, aux environs d’Hébuterne et de Boyelles et sur les deux rives de la Scarpe, ont fait des prisonniers et infligé des pertes considérables à l’ennemi.
Ils ont repoussé avec pertes pour l’adversaire plusieurs tentatives faites par lui pour reprendre du terrain au nord-ouest de Merris.
Les Américains ont avancé leurs lignes et amélioré leurs positions dans la région de Château-Thierry. En Woëvre et dans les Vosges, dans leurs secteurs, vive lutte d’artillerie.
Les Italiens ont vigoureusement contenu la pression autrichienne sur le Montello. Ils ont fait dans cette région 400 prisonniers et capturé des mitrailleuses et des canons. Ils ont brisé une offensive et regagné du terrain sur la Piave, en faisant plusieurs centaines de prisonniers.
A l’ouest de San Dona, plusieurs tentatives autrichiennes ont échoué. Au nord de Cortellazo, 200 prisonniers ont été faits. Le nombre de ceux-ci, depuis le début de la bataille, atteint à 12000.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Vendredi 21 juin 1918

Louis Guédet

Vendredi 21 juin 1918

1379ème et 1377ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, pluie en partant de Paris que j’ai quitté à 8h. Arrivé à 10h1/2 à Troyes où j’ai vu Dondaine, puis M. Champeaux Président de la Chambre des Notaires de Troyes, Moineau notaire et Vignes syndic, pour les remercier de leur hospitalité pour mes archives, celles de Labitte et de notre Chambre. Tous très cordiaux, surtout Mt Vignes que je connaissais du reste. Visité Notre-Dame, St Urbain, St Remy, etc… Revécu douloureusement des heures plus heureuses que j’ai vécues ici en septembre 1893 et décembre 1895 pour sauver les valeurs de Mme Simonnot, sauvetage que j’ai opéré à Londres dans une bande de voleurs internationaux au péril de ma vie !! Hélas c’est ma destinée, je me suis dévoué et je n’en ai été guère récompensé !! Toute ma vie a été ainsi. En visitant ces lieux j’étais bien triste…  bien le cœur crevé.

M. André de la Morinerie est ici (Directeur de la Maison de Champagne Delbeck (1870-1956)), et ayant vu mon nom sur le bureau de l’Hôtel des Courriers (Grande Rue numéros 36, 28 et 30, actuellement magasin Peugeot rue Georges Clemenceau) où je suis descendu, et prié la maitresse de céans de me dire qu’il serait enchanté de me voir après dîner. La brave dame me regardait comme le Saint Sacrement en me disant : « Oh ! M. de la Morinerie m’a dit que vous aviez été admirable à Reims, aussi il veut absolument vous voir !… » C’est donc cela qu’en rentrant tout à l’heure à l’Hôtel, tous les services se mettaient presque au port d’arme sur mon passage ! Ce que c’est que la renommée !! On arriverait à vouloir me faire passer pour un héros !! Pauvre héros, qui a vécu 3 ans 1/2 sous les bombes à défendre ses compatriotes rémois, et qui est bien endolori de tout ce qu’il a vu et souffert. Hélas !! Gloire cruelle ! Héroïsme sanglant et lugubre, ce sera donc toujours mon lot !! souffrir, souffrir toujours !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Via Crucis in Ecclesia parochiali. Reçu avis d’un chèque de 12.010 F. déposé au Secours National par Mistress Witney-Warren

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 21 juin

Nos détachements ont pénétré dans les lignes ennemies entre Montdidier et l’Oise et dans la région du bois Le Chaume. Ils ont ramené 20 prisonniers.
Les Anglais ont exécuté plusieurs raids aux environs de Boyelles, Lens, Givenchy, et dans les secteurs de Strazeele et d’Ypres. De certaines opérations, il est résulté de vifs combats, au cours desquels l’ennemi a subi des pertes importantes. Nos alliés ont fait 18 prisonniers et capturé 3 mitrailleuses.
Dans le village de Morlancourt, un raid ennemi a été pris sous notre feu et dispersé.
L’artillerie ennemie s’est montrée active entre la Somme et l’Ancre. Au cours de la nuit, l’activité de l’artillerie s’est développée considérablement de part et d’autre au nord d’Albert et dans le secteur du canal de la Bassée.
Les Italiens continuent à maintenir ou à refouler les Autrichiens des montagnes d’Asiago à la Basse-Piave. Ils ont fait plus de 1200 prisonniers sur les pentes du Montello qui dominent immédiatement la plaine, et plusieurs centaines d’autres en différents points du front. Les troupes françaises ont contribué à en capturer.
Une insurrection a éclaté à Kiev et dans plusieurs autres centres de l’Ukraine contre le gouvernement de Skoropatsky, soutenu par l’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

 

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Jeudi 20 juin 1918

Louis Guédet

Jeudi 20 juin 1918

1378ème et 1376ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Toujours un temps nuageux, lourd, orageux. Ce matin rendu visite à M. Otis Mygatt, riche américain, 156 boulevard Haussmann, qui s’occupe avec sa femme du marrainage des orphelins de la Guerre. Œuvre intéressante et curieuse. On fait une fiche pour une famille dont le double avec photographie des enfants à l’appui est envoyé à New-York, et sur la vue de cette fiche et des photos une riche américaine adopte le ou les orphelins qui l’intéressent dans la collection de fiches et de photos, et s’inscrit pour 3 – 4 – 5 – 10 000 F par an pour l’éducation de ces orphelins adoptés… Toutefois dans les allures et les états qui restaient comme souches à Paris j’ai remarqué surtout des noms connus, et ma foi qui me semblaient n’être qu’à demi…  besogneux, les Févier, les de x…, de x – y, etc… Ils ont déjà 3 à 4 000 marrainages. Nous visitâmes ce M. Mygatt pour l’intéresser à la Société des Amis de la Cathédrale de Reims, ce qu’il a accepté.

Été cet après-midi à St Cloud voir le Président Achille Renard, ancien Président du Tribunal de Reims. Causé de sa fin plus ou moins prochaine, il a 83 ans. Il m’a fait ses ultimes recommandations et m’a prévenu qu’il voulait des obsèques civiles. Ce qui ne m’étonne nullement. Il était de cette phalange de vieux voltairiens irréductibles.

Revenu ici pour la réunion des Amis de la Cathédrale de Reims. Vu là M. Eulart, Président des Musées de Paris. Et M. Bartholomé, le sculpteur bien connu (Paul-Albert Bartholomé, auteur du dessin définitif de la croix de guerre en 1915 (1848-1928). Je pars demain matin à 7h pour Troyes où je coucherai et samedi je rentrerai enfin à St Martin. A Paris on craint beaucoup les bombardements intensifs des gros canons que les allemands installent plus près en ce moment parait-il. (Je serai parti et cela va encore vider Paris qui est déjà bien déserté). Texte du 27 octobre 2018

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

20 – Arrivée de 3 caisses contenant des vases sacres de la Cathédrale déposées dans le presbytère de Villedommange (notes de guerre de M. Camu). Écrit félicitations au Général Marillier. Visite après souper de M. l’Abbé Bourg, secrétaire de l’intendant Devort

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 20 juin

Les Allemands ont déclenché une violente préparation d’artillerie sur tout le front de Reims, depuis la région de Vrigny, à l’ouest, jusqu’à l’est de la Pompelle. Ils ont ensuite attaqué par des masses d’infanterie nos positions. Nos troupes ont résisté avec un plein succès au choc de l’ennemi que nos tirs de contre-préparation avaient fortement éprouvé. Entre Vrigny et Ormes, les troupes d’assaut allemandes ont dû refluer à plusieurs reprises sur leurs lignes de départ et n’ont pu finalement aborder nos positions.
Sur la périphérie de Reims, de violents combats se sont déroulés. L’ennemi a été partout repoussé. A l’est de Reims, la lutte s’est aussi terminée à notre avantage.
Les Anglais ont repris un poste dans le secteur de Vieux-Berquin et capturé des prisonniers.
Les Italiens ont repoussé des actions locales dans la région du mont Grappa et du Montello. Ils ont exécuté des pointes sur le plateau d’Asiago.
Une bataille a repris sur la Piave. Toutes les tentatives autrichiennes ont été brisées. L’ennemi est réduit à la défensive au nord de Capo Sile. Le chiffre des prisonniers faits par nos alliés dépasse 9000.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 19 juin 1918

Louis Guédet

Mercredi 19 juin 1918

1377ème et 1375ème jours de bataille et de bombardement

11h soir  Temps nuageux, beau et lourd. Les journaux annoncent l’attaque sur Reims repoussée. Fais toutes mes courses. Vu le matin M. Leroux, chef du cabinet du Ministère de la Justice. Fait mon rapport sur le sauvetage des archives des notaires de l’arrondissement de Reims, et je lui ai demandé, pour m’occuper, de me donner à l’occasion des missions à remplir. Il a accepté volontiers et m’a promis de ne pas m’oublier.

Déjeuné chez M. Lefèvre-Pontalis, 13 rue de Phalsbourg avec son gendre, directeur au ministère des Finances. (Rayé) conversation fort intéressante.

Passé à la Mairie de Reims, 191, avenue de l’Opéra pour prendre un partage Keller tué à Reims avant l’évacuation.

De là rendu visite à M. Lescouvé, Procureur Général de Paris, réception affectueuse. Fait mon rapport sur les archives, et j’ai fait la même demande de mission pour m’occuper, me dévouer. Cela a paru lui faire plaisir et le toucher. Il a promis d’en parler avec M. Leroux. Rentré à l’Hôtel pour divers rendez-vous, et après dîner vu Duval, avocat, toujours effondré et (rayé) faire (rayé) un délai de (rayé).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – 6 h. Bombes sur Épernay, un tué, rémois ; plusieurs bles­ses près du pharmacien. Visite de 3 officiers, dont un commandant attaché au Corps d’Armée italienne (sic).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mercredi 19 juin

Au sud de l’Aisne, nous avons réussi une opération locale.
Au sud d’Ambleny et à l’est de Montgobert, nous avons fait une centaine de prisonniers, dont deux officiers. Une autre opération heureuse, au sud de Valsery, nous a valu encore 100 prisonniers.
Entre l’Ourcq et la Marne, nos patrouilles ont capturé quelques Allemands.
Canonnade sur le front de la Somme.
Les Anglais ont repoussé un coup de main au sud-est de Villers-Bretonneux et fait des prisonniers.
Ils ont également fait des prisonniers et capturé une mitrailleuse au cours de coups de main heureux au sud-ouest d’Albert et dans le voisinage de Moyenneville, ainsi que dans des rencontres de patrouilles à l’est de la forêt de Nieppe.
L’artillerie ennemie a été plus active que d’habitude dans la vallée de l’Ancre, au sud d’Albert. Elle a montré également quelque activité à l’ouest de Serre.
Sur le front belge, lutte d’artillerie en face de Dixmude et au sud de Bixschoote.
Les Italiens continuent à briser l’offensive autrichienne sur tout le front. Ils ont fait plus de 2000 prisonniers nouveaux.
La violence de la bataille s’est atténuée légèrement dans la région montagneuse, mais s’est accrue graduellement sur la Piave. La 3eme armée a arrêté de puissantes forces ennemies devant Maserada et Candelu.
De Fossalta à Capo Sile, la lutte s’est déployée sans arrêt. Des contre-offensives italiennes ont paralysé toutes les attaques.
Les aviateurs ont partout participé au combat.
Sur le bord septentrional du Montello, nos alliés ont renforcé leurs positions sur le fleuve jusqu’à Cosa Serena. Deux attaques autrichiennes ont été contenues. Dans la région de Mont Grappa, nos alliés ont repoussé deux attaques partielles. D’autres ont été réprimées dans le val Brenta et à l’est du val Frenzela.
Des détachements français et italiens ont progressé dans la direction du versant de Costalonzo et ont fait des prisonniers.
Le cabinet bulgare, après la démission de M. Radoslavof, serait reconstitué par M. Malinof, chef du parti démocrate.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Mardi 18 juin 1918

Louis Guédet

Mardi 18 juin 1918

1376ème et 1374ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Beau temps. Eté à Versailles, vu les Demoiselles  Foulon et Maubeuge le matin. Après-midi été à l’École Ste Geneviève où était Jean avant la Guerre, rue de la Vieille-Église (Rue de l’École des Postes depuis 1953). Vu le Père Virion et le Père de Genouillac. Ce dernier a tout à fait les mêmes sentiments que moi sur les officiers d’État-majors de nos armées. Incapacité, paresse, passe-droits et embusquages. Il en a aussi sur le cœur. Il estime que le ministre Clemenceau ne tombera pas, tant mieux.

Vu l’abbé Charles, ancien supérieur du collège St Joseph de Reims (de 1901 à 1907), qui est réfugié chez le Général Hartschmidt, ancien colonel du 132e de Ligne, 19, rue Neuve (Général Auguste Hartschmidt, né en 1839 et décédé le 5 juillet 1918). Causé un instant. Vu Mme Laval, rue Mademoiselle, 5, toujours aussi triste de la perte de son fils (Jean Laval, décédé à Versailles le 2 février 1915 à l’âge de 9 ans). Été chez les Minelle, 11bis place Hoche. Causé affaires et de bien des choses. Il va tâcher de sauver de Damery ce qui n’a pas été pillé. Il me conte deux histoires d’embusquages qui ce sont passées sous ses yeux.

Un fils d’un gros banquier de Paris, pour ne pas aller au front, offrant au secrétaire du Docteur Luys, son chef, de le porter malade et le mettre en sursis disant : « Demandez-moi la somme que vous voulez, je vous signe immédiatement un chèque, peu importe le chiffre, je rattraperai cela en un mois, mais je ne veux pas partir ! »

L’autre, le fils du 1er Vice-président du Tribunal de la Seine, M. Chaumel, avenue d’Eylau, 35, Paris, (Henri Chaumel (1857-1922) et son fils Alfred, né en 1889) pour se faire mettre en réforme s’injectant de l’albumine d’œuf dans la vessie !! et le Père allant voir le collègue de Minelle pour obtenir la réforme de son fils. Rentrée à 10h du soir très fatigué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 18 – Visite du Père Decoster. II a vu tomber deux obus sur la Cathédrale, de la rue Libergier ou Chanzy. Reims est de plus en plus abime par le feu et les obus

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Mardi 18 juin

Entre Oise et Aisne, nous avons réussi une opération de détail qui nous a permis d’élargir nos positions au nord et au nord-ouest de Hautebraye. Nous avons fait une centaine de prisonniers et capturé des mitrailleuses.
Au bois des Caurières et dans les Vosges, nous avons repoussé des coups de main ennemis.
Les Anglais ont fait, à l’est d’Arras, un raid heureux qui leur a valu des prisonniers. Ils ont arrêté un coup de main tenté par les Allemands aux environs de Givenchy.
Au nord-ouest d’Albert, pendant une courte période de la nuit, l’artillerie ennemie a vigoureusement bombardé nos positions.
La lutte se développe sur le front italien. Les Autrichiens, sur le plateau d’Asiago et sur le mont Grappa, se sont bornés à lutter contre le retour contre-offensif de nos alliés, qui ont pu obtenir pourtant des succès partiels.
Sur la Piave, la bataille continue avec violence. Les ennemis ont maintenu leurs positions et tâchent d’élargir leur occupation du Montello.
Les troupes italiennes défendent bravement les passages du fleuve de San Andrea à Fossalta.
Le nombre des prisonniers faits par elles est de 4500 hommes et de 1200 officiers, y compris ceux capturés par les Franco-Anglais.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 17 juin 1918

Louis Guédet

Lundi 17 juin 1918

1375ème et 1373ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie pour partir, mais à Paris beau temps. A 10h20 je prends le train à Vitry-la-Ville où j’y vois les de Riocour, ainsi que leur fils, capitaine au 11e Dragons, blessé à la jambe. Nous causons avec un officier du 4e Cuirassiers qui arrive cantonner, et celui-ci nous dit que son régiment a perdu 1 500 hommes et 43 officiers !… M. René de Riocour (1884-1950) me dit que le Général Duchêne (Denis-Auguste Duchêne, limogé le 10 juin 1918 (1862-1950)) qui avait remplacé le Général Franchet d’Espèrey à son armée est la cause de la débâcle du Chemin des Dames. Il vient d’être envoyé à Limoges : « Limogé ». Il parle de la chute probable du ministère Clemenceau qui serait remplacé par Briand, ce que je ne crois pas. Arrivé à Vitry-le-François nous prenons la correspondance pour Paris par Vallentigny, Brienne-le-Chateau, Troyes, Coulommiers et Gretz. Arrivé à 3h1/2. Fait mes courses au Bon Marché et préparé mes rendez-vous. Pourrais-je partir vendredi ? Vu sur le quai de la gare de Troyes Giraud, représentant la Nationale Assurances qui transporte ses archives à Troyes… (Rayé) est convaincu que les allemands viendront jusqu’à Châlons.

Paris est absolument désert ! Cela m’a frappé en arrivant, mais ceux qui sont restés paraissent très calmes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 17 – Le Père Rocklette vient nous voir. Visite de M. le Cure de Magenta (Mayot) et de M. le Doyen de Boulzicourt, d’Avenay, d’Annelles, Louvois. Bouzy est bombardé. On craint une offensive sur Chalons, disent ces Messieurs, comme aussi la Croix.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Lundi 17 juin


Nous avons repris le village de Coeuvres et capturé 130 prisonniers.

Des actions locales au nord-est du bois de Genlis, au sud de Dammard et dans la région de Vinly, nous ont permis de faire 70 prisonniers et de capturer des mitrailleuses.

Une tentative ennemie pour franchir le Matz, en bordure de l’Oise, a échoué sous nos feux.

Un détachement anglais a pénétré dans un poste allemand au sud-ouest de Merris et ramené 11 prisonniers. D’autres raids ont été exécutés par nos alliés au sud de la Somme et dans le voisinage d’Hébuterne. Ils ont amené la capture de 17 prisonniers et de 3 mitrailleuses.

L’activité de l’artillerie ennemie s’est développée considérablement au nord de Béthune et entre Locre et le canal d’Ypres à Comines. Elle a été particulièrement intense dans le voisinage du lac de Dickebusch.

Les Autrichiens ont attaqué les Italiens sur un front de 150 kilomètres entre Asiago et la mer. Après avoir cédé du terrain sur quelques points, les Italiens en ont repris la plus grande partie, et les Autrichiens avouent qu’ils ont dû rétrograder sur la Brenta et aux Sept-Communes. Nos alliés ont fait 3000 prisonniers.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 16 juin 1918

Louis Guédet

Dimanche 16 juin 1918

1374ème et 1372ème jours de bataille et de bombardement

2h soir  Beau temps, froid plutôt. Lettres diverses, de M. Bossu qui s’inquiète de son mobilier en garde-meubles à Épernay chez Rondeau, entrepreneur de roulage, 7, rue Hôpital Auban-Moët… J’ai écrit à ce dernier pour qu’il fasse le nécessaire.

M. Liance, notaire à Rosnay, mobilisé, qui me demande de m’occuper de l’évacuation de ses archives qui sont chez Bientz, notaire à St Martin d’Ablois, de mettre ses minutes en paquets dans des sacs, etc… etc… et de les expédier aux Sables d’Olonne où est sa femme ! Rien que cela !! Bientz renâcle, et son prédécesseur Laduré préfère ne pas…  s’exposer !…

Bref, je suis toujours bon pour les corvées et m’exposer, pour ensuite…  m’oublier et ne même pas donner signe de vie, sans un remerciement…  sinon encore des « vous auriez dû faire ceci, penser à cela, etc… » Je réponds au confrère en lui donnant tous les renseignements nécessaire et la marche à suivre pour que son courageux prédécesseur prenne…  son courage à 2 mains et les mesures utiles pour procéder à cette évacuation. Il ne parlait rien moins que j’aille à Dormans sur la ligne de feu pour que je lui sauve 10 années de minutes !!! Je ne suis pourtant pas déménageur !!

Félicitations de M. Henri Gentil, secrétaire Général de la Résidence à Bingerville, en Côte d’Ivoire (Capitale de la Côte d’Ivoire jusqu’en 1934), du 11 avril 1918 ! Sa lettre a mis du temps à me parvenir. Rien d’autre. Je pars toujours demain matin à 10h20.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 16 – Réponse du Président du Conseil, négative, mais polie et courtoise. Visite du Général d’artillerie italien Consone(1). Après Vêpres, visite à Dizy, par chemin à travers les vignes

(1) Le général Consone commande l’artillerie du 2e Corps d’Armée italien.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Dimanche 16 juin

Lutte d’artillerie assez vive entre Montdidier et l’Oise, au sud de l’Aisne, ainsi qu’à l’ouest de Reims, vers Champlat et Bligny.
Au matériel pris à l’ennemi le 11 et déjà dénombré, il faut ajouter 9 canons dont sept lourds, et 40 mitrailleuses. Nos patrouilles, opérant en Champagne, ont ramené des prisonniers. Dans le secteur au nord de Bailleul, nous avons fait des prisonniers.
Les bataillons anglais et écossais ont réussi une opération au nord de Béthune. Plus de 60 prisonniers sont restés entre les mains de nos alliés. Ils ont également réussi un coup de main dans le secteur de Villers-Bretonneux où 3 mitrailleuses ont été capturées. Ils ont repoussé une attaque dans le bois d’Aveluy.
Un combat local s’est livré dans le voisinage d’un poste avancé de la forêt de Nieppe.
Sur le front américain, au nord-ouest de Château- Thierry, actions réciproques d’artillerie très violentes, accompagnées de gaz.
Deux appareils allemands ont été abattus.
La canonnade devient plus violente sur l’ensemble du front italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Devoir de mémoire

Ce livret a été réalisé, au Groupe Saint-Michel, grâce à la participation et à l’engagement collectif de l’ensemble des élèves de CAP2 2017/2018 ainsi que les élèves de 3e PP pour leurs motivations, leurs engouements. Pour la création des photographies, l’écriture des textes, pour la réalisation des maquettes du livret, des carnets, des lettres et des affiches : la plasticienne Caroline Valette et Madame J. Coutelot

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