Louis Guédet

Jeudi 30 mai 1918                                                         

1357ème et 1355ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2  Temps magnifique avec une brise fraîche. Aucunes nouvelles de la bataille, c’est bien angoissant. Et puis on est tellement las, que l’on devient fataliste. Tout est contre nous, que peut-il arriver de plus pour moi qui ne soit que ruines, désastres et découragement autour de moi. (Rayé) quand (rayé). C’est (rayé)! Bel avenir en perspective ! C’est la récompense de tout ce que j’ai fait. Je me suis sacrifié, je me suis ruiné pour les autres ! (Rayé)! Ce sont les lâches et les embusqués qui eux profitent, réussissent et nagent dans la prospérité et l’opulence. C’est là la Justice !… N’est-ce pas ?…

3h  Peu de courriers. Lettre de Guelliot qui me demande des renseignements et précisions au sujet du décès possible du Président Achille Renard (Claude Achille Renard, avocat, juge d’instruction, conseiller à la Cour d’Appel de Paris (1834-1918), beau-père du Docteur Octave Guelliot). Communiqué plutôt pessimiste de Marcel Hutin (Rédacteur en chef de l’Écho de Paris) dans l’Écho de Paris. Les allemands sont avancés vers Fismes et Bazoches de 25 kilomètres en profondeur. Nous paraissons avons résisté sur les 2 ailes de Soissons et Reims. Tout cela n’est pas gai. Pas de nouvelles de Jean. Pauvre enfant.

7h  Melle Fournier est venue voir tout à l’heure Marie-Louise, et elle a dit à Madeleine que Reims était pris par les allemands !! Agitation, etc… André est envoyé aux informations, pas de communiqué mais des aviateurs qui étaient descendus dans la prairie auraient dit que Soissons était pris mais pas Reims. Autre agitation ! C’est à devenir enragé ! et (rayé)!

8h soir  Dépêche du Procureur de la République de Reims me demandant mon avis sur l’opportunité de l’évacuation des minutes des Études du canton d’Aÿ, des archives de la Chambre, des minutes Guédet et Labitte en raison des événements. Je lui réponds que si tel est son sentiment cela me semble plus sage, mais que je le verrai demain vendredi. Je partirai donc demain pour Épernay voir sur place et décider.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 30 – Fête du Saint-Sacrement – Visite de la famille Mounier, éva­cuée de Villedommange où il ne reste plus que 12 ou 15 civils. M. le Curé est parti. Visite de M. le Cure du Mesneux, évacué. Ormes, item. M. le Cure est parti. M. Colas, neveu du chanoine est parti de Sacy où il faisait fonction de cure. St-Thierry est, dit-il, aux mains des Allemands

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Saint-Thierry en 1907

Saint-Thierry en 1907


Jeudi 30 mai

Pendant la nuit, la poussée allemande, entretenue par l’arrivée de divisions fraîches, s’est accentuée notamment sur les deux ailes, en direction de Soissons et de Reims. Après de violents combats, nos troupes ont dû se reporter jusqu’aux lisières de Soissons. La lutte continue avec des alternatives diverses au nord de Fère-en-Tardenois et sur les plateaux qui dominent au sud la Vesle.
A droite, les troupes britanniques, après une défense énergique, dans le massif de Saint-Thierry, se sont repliées lentement au sud et au sud-est de ces hauteurs, où elles tiennent entre la Vesle et le canal de l’Aisne.
La lutte d’artillerie reste vive sur les deux rives de la Meuse, en Woëvre et sur le front de Lorraine, dans le secteur d’Emberménil.
Une série de coups de main ennemis au nord de Bezonvaux, dans la région de Badonviller, et vers le canal du Rhône au Rhin, ont échoué sous nos feux.
Les Anglais ont exécuté avec succès un coup de main au sud-est d’Arras. Ils ont fait des prisonniers et capturé une mitrailleuse. Ils ont fait également des prisonniers à l’ouest de Merville. Un raid ennemi a été repoussé à Givenchy-lès-la Bassée.
Une autre attaque ennemie a été repoussée au sud de la région d’Ypres et du canal de Comines. Canonnade au nord d’Albert, à l’est d’Arras et au sud de Lens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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