Louis Guédet

Lundi 18 février 1918                                   

1256ème et 1254ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2  Beau temps, gelée. Le matin à Épernay, après avoir vu à mon coffre de la Banque de France (2/32) je vais à l’Enregistrement où je fais enregistrer mes contrats de mariage Landragin -Dor et Lacourt- Monce, payé quelques droits de succession. Je vais au Parquet de Reims où je confère avec le Procureur de la République pour l’ouverture des coffres-forts des Banques de Reims, et sur ces entrefaites arrivent les 2 officiers qui s’occupent de l’organisation de ces ouvertures, transports à Paris, etc…

Nous devons commencer demain au Crédit Lyonnais. Il y a 54 coffres, Dondaine comme séquestre, Landréat comme greffier de Paix arrivant demain matin. Un officier assistera à l’ouverture avec moi et à la mise encaisse. Il y a 60 caisses qui arriveront ce soir ou demain matin. On fracturera les coffres, prendra le contenu sans en faire la description, on les mettra dans une caisse de la dimension intérieure des coffres ouverts, afin qu’on puisse les remettre dans d’autres coffres semblables sans toucher aux scellés que j’aurais apposés sur chacun de ces carrés. Je devrais néanmoins m’assurer sommairement s’il n’y a pas de documents intéressant la Défense nationale ou l’intérêt publique public. Dans ce cas je m’en saisirais, mettant sous scellés et en référant au Procureur de la République ou au Président du Tribunal. Quand tous les coffres auront été ouverts et leurs contenus mis en caisses  je préviendrai le Procureur de la République afin qu’il envoie les camions militaires qui devront emporter les caisses à Paris au Crédit Lyonnais sous la surveillance du séquestre Dondaine, de 2 gendarmes et d’agents de la sûreté. Durant les cours des opérations qui devront durer au moins 5 jours (à raison de 10 ouvertures par jour) les coffres scellés seront gardés par 2 gendarmes et 2 agents de la sûreté nuit et jour. Un employé du Crédit Lyonnais assistera aux opérations. Puis quand tout sera prêt j’aviserai le Procureur et le tout partira le lendemain comme je le dis ci-dessus par camions automobiles ou chemin de fer. Je dois en décider demain avec l’autorité militaire. En tout cas, c’est moi qui donne les ordres et dirige.

Je suis du reste bien tombé d’accord avec les 2 officiers qui devront se tenir à ma disposition autour pour mener à bien cette affaire. Ensuite nous prendrons une autre Banque, Société Générale, Comptoir d’Escompte de Paris, Nancéienne, Desjardins, Chapuis et peut-être Camuset.

Nous nous quittâmes à 11h1/2. Je vois ensuite le Vice-président Bouvier pour une ouverture de testament mystique pour Dondaine (Testament veuve Herbaux d’Epoye). Nous déjeunâmes au buffet avec les témoins présents, et je pars à 3h par l’autobus pour Reims. Dans la voiture Mgr Neveux, abbé Camu curé de la Cathédrale, Camuset banquier, à qui j’apprends les mesures prévues pour les coffres afin qu’il s’en inquiète, et le papa Happillon qui était l’un des témoins du fameux testament. Il m’amuse énormément en route avec ses boutades généralement très justes et spirituelles. Voyage charmant par ce soleil printanier, si ce n’était pour se rejeter dans la fournaise. Il m’apprend qu’il y a eu des gaz vésicants place des Marchés. Des incommodités, mais rien de grave. Il me donne aussi un tuyau pour faire passer une dépêche urgente en cas de besoin par Lenoir député qui se chargerait de la faire parvenir. Arrivé ici à 5h1/2, attelé aussitôt au courrier qui m’attend. Je classe, j’organise, mais avec ces diables de coffres comment arriverai-je à rattraper mon retard. Enfin on verra. D’autant que je n’ai nullement l’intention de rester à toutes les couvertures, ce serait perdre mon temps.

Enfin à demain, on verra.

En pièce jointe un ticket vert du Service automobile Reims – Épernay, daté du lundi 18 février 1918 Épernay à Reims  Prix : 6 francs

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 18 – -3°. Beau temps. Avions, obus pendant la messe sur la ville. Retour de Mgr Neveux et de M. Camu. Dit la messe de 6 h. 1/2 sans avoir besoin de bougies, à partir de l’élévation.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 18 février

Actions d’artillerie assez vives entre la Miette et l’Aisne, sur le front du bois le Chaume et en Haute-Alsace.
Un coup de main ennemi a échoué à l’est d’Auberive; un autre, au sud de Metzeral.
Activité de combat dans les zones montagneuses du front italien.
Bombardements violents dans la région de l’Astico. Actions de patrouilles sur divers points.
Devant le Montello, des groupes de soldats anglais en exploration, ayant passé à gué la Piave, ont atteint les lignes adverses.
Dans la plaine, actions locales, luttes d’artillerie. Une patrouille italienne, sortie de la tête de pont du Capo Sile, a surpris un petit poste ennemi et ramené les armes des occupants, qui ont été tués ou mis en fuite.
En Macédoine, près du lac de Pretkovo, un détachement britannique a pénétré dans les organisations ennemies et exécuté des destructions.
Sur le front serbe, deux reconnaissances bulgares ont été repoussées.
Un raid d’avions a eu lieu sur Londres. Une bombe est tombée faisant quatre victimes.
L’alerte a été sonnée à Paris, et des tirs de barrage ont été exécutés.
La Russie proteste contre la notification allemande aux termes de laquelle les hostilités reprendraient immédiatement.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


 

 

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