Louis Guédet

Dimanche 29 juillet 1917

1051ème et 1049ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps assez beau, lourd, du reste orage en ce moment. Cette chaleur m’a fait d’autant plus souffrir que j’ai très mal dormi cette nuit passée. Combats terribles et bombardement de 1h du matin à 3h, ce qui m’a tenu en alerte continuellement. Hier, j’ai reçu la visite d’un brave homme, nommé Henry, de Condé-sur-Suippe, qui venait d’être récemment rapatrié, il avait été chassé de Condé tout au début de la Guerre, et avec les autres habitants transférés à Rocquigny d’où il arrivait. Il me contait que les allemands étaient étonnés que nous ayons abandonné les forts de Reims en août 1914, et ils y croyaient si peu, que craignant un piège, ils prirent avec eux, sous menace de mort, le maire de Condé, M. Morin, pour entrer dans le fort de Brimont. Quand ils eurent la certitude qu’il n’y avait rien, ils ne revenaient pas de leur…

Le feuillet suivant a été supprimé, avec les diatribes contre certaines autorités militaires de 1914….

…Speneux, décédé il y a un mois suivra (décédé suite à une intoxication aux gaz, décoré de la Croix de Guerre à titre posthume). Il ne l’a pas volée non plus, mais il a eu la croix de bois avant… Alors moi je vais réclamer la Croix de Guerre, puisqu’on la donne à mon commensal de simple police, moi le juge !!!!… Je puis attendre. Bref encore une promotion criante malgré tout, c’est toujours la bande ! Nous rencontrons Sainsaulieu qui nous fait visiter le Musée, rue Chanzy, 28, ancien grand séminaire, que je n’avais jamais parcouru. On déménage tout ce qui a de la valeur et c’est à peu près fini. Nous causons et je prends rendez-vous mercredi 1er août à 11h avec lui pour visiter, Houlon, Hoël (le docteur) et moi la Cathédrale que je n’ai pas vue depuis 8bre (octobre) 1914 !!! Quel changement je vais trouver !! pour mercredi 1er août à 11h.

A ce propos vers 2h1/2 on a bombardé autour de celle-ci, et je me demande si ce n’était pas le résultat d’un article, reproduit par l’Éclaireur de l’Est du 28, de Georges Rozet (professeur et journaliste (1871-1962)), dans l’Œuvre du 24 courant, qui raconte que des ouvriers travaillent à la réparation et au sauvetage des vitraux. Est-ce assez idiot. Il est probable que ce numéro est tombé dans les mains des allemands et…  comme toujours…  ils ont arrosé cette pauvre Cathédrale. Mais qu’on se taise donc sur elle, sinon pour dire qu’elle est démolie, ruinée, irréparable. Ils resteraient tranquilles, j’en suis convaincu !! Quels tue-les-gens que ces journalistes avec leurs pathos !!

Les obus qu’ils envoyaient étaient des autrichiens. Le 14 juillet ils ont envoyé des obus mais qui ne font pas de bruit, on n’entend pas leur arrivée, sauf : frou ! plouffle !! Ils sont bien plus dangereux encore que ces autrichiens, ces bombardements m’impressionnent de plus en plus. Je crois que je tomberais. Je ne puis plus y résister. Quel martyre ! quelle agonie ! quelle torture et je vais entamer le 36ème mois, sans espoir, sans encouragement !…

6h1/2 soir  On me dit que l’Enfant Jésus, rue du Barbâtre, 48, est en flammes. Cela ne m’étonne pas, car depuis 1h ils ne cessent de lancer des obus qui ne font pas de bruit en éclatant, et dont le sifflement est malheureusement trop connu de moi. Dieu ne nous délivrera donc jamais. Nous avons cependant assez payé notre tribu !! Il veut donc que Reims disparaisse totalement. Que lui avons-nous donc fait ??!! Non ! c’est trop ! (Rayé).

8h10 soir  Bombardement jusqu’à présent, et cela parait vouloir continuer ! Je suis à bout de nerfs, voilà qu’ils tirent par salves maintenant ! Dîné du bout des lèvres ! on n’a que cela à faire quand les bombes sifflent et tombent alentours de vous ! et quand la Mort est peut-être proche ! En ce moment ils envoient des salves de 3, pourvu qu’ils ne nous envoient pas d’incendiaires ! C’est celles que je crains le plus. Oh ces flammes !! ces fumées !! ces rougeoiements ! Je les ai toujours dans les yeux !! Quel horrible cauchemar !! C’est comme si on me passait un fer rouge dans les yeux !! Non ! Je ne suis plus fort !! Je n’en puis plus !

Cela continue ! ma pauvre chère petite femme aimée, tu ne sauras jamais ce que j’ai souffert ici. Malgré tout je remercie Dieu de ce que tu ne sois pas passée par ce que je suis passé. Tu aurais trop souffert !! Y aurais-tu résisté ? Non ! car j’y résiste à peine et le fourreau est usé et puis aussi…  je le crains… la larme !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 juillet 1917 – Le général commandant le 2e corps de cavalerie vient à 14 h, à la mairie, rue de Mars 6, remettre la croix de guerre à Marcelot, chef-fontainier du service des eaux ; à M. Palliet, commissaire central et au Dr Gaube, Speneux, commissaire de police du 3e canton, décédé à la suite d’intoxication par les gaz et Mlle Luigi, directrice de l’hôpital civil, ont été mentionnés, paraît-il, comme obtenant la même dis­tinction.

La cérémonie s’est passée en petit comité, dans le cabinet de l’administration municipale.

— Bombardement vers la cathédrale, de 15 h 1/2 à 16 h.

Vers 18 h, bombardement et incendie du grand immeuble de la communauté de l’Enfant-Jésus, rue du Barbâtre 48. Le bombar­dement s’accentuant ensuite devient très violent, le soir, jusqu’à 21 h.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Dimanche 29 – + 20°. Nuit assez active au loin de Reims. En ville, de temps en temps gros coups de canons. Départ ? éclatement ? Visite d’un rédacteur au Gaulois. Vers 1 h. à 2 h. canonnade au sud-est de Reims. Orage vers 5 h. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 29 juillet

L’artillerie s’est montrée très active de part et d’autre sur le front Cerny-ferme d’Hurtebise : aucune action d’infanterie.
En Champagne, dans la région des Monts, au sud et à l’ouest de Moronvilliers, les Allemands, après un bombardement intense, ont exécuté cinq attaques successives qui toutes ont échoué sous nos feux.
A l’est d’Auberive, après une préparation d’artillerie forte et violente, plusieurs groupes ennemis, commandés par un officier, ont effectué un coup de main. L’ennemi a subi de fortes pertes; l’officier a été tué.
Un coup de main allemand a échoué à l’Hartmannswillerkopf.
Les Anglais ont fait une opération de détail à la Basse-Bulle, près de Warneton, mais ils ont dû regagner leurs tranchées.
Sur le front italien, combat de patrouilles dans le val Cordevole et sur le Haut-Boite.
Canonnade dans les Alpes Juliennes. Les Russes ont repoussé l’ennemi au sud-est de Tarnopol et dans la région de Tudorf.
Leur cavalerie a engagé une série de combats formidables daus la région de Kovosmatine-Konsnova (sud-ouest de Monastésiska).
Les forces russo-roumaines ont attaqué les positions austro-allemandes entre les vallées de Casin et de Putna, et pénétré dans ce front sur une étendue de 21 kilomètres et une profondeur de 3. Elles ont capturé 1000 hommes et 43 canons.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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