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Lundi 30 avril 1917

Louis Guédet

Lundi 30 avril 1917

961ème et 959ème jours de bataille et de bombardement

11h3/4 matin  Temps magnifique, splendide, très chaud. Toute la nuit bataille acharnée et bombardement de notre quartier où une 12aine (douzaine) d’obus de gros calibre à 30/40 mètres de la maison qui n’a eu que des vitres cassées et des éclats. 1 ou 2 chez Houbart, 14, rue Boulard, 1 entre la rue des Capucins, au coin de la maison qui n’a pas éclaté, 1 ou 2 dans le jardin de l’usine Benoist, 3/4 dans les numéros 19, 21-23, 25 et 27 de la rue Boulard, aussitôt Ducancel, une victime tuée. M. Guilliasse (Eugène) du 27, employé chez Camuset banque et 3 ou 4 autres blessés.

Nuit d’angoisse, terrible, c’est réellement trop souffrir. Je suis anéanti, rompu, apeuré. C’est trop d’agonie !! C’est un miracle que nous n’ayons été touchés plus gravement. C’est un miracle…  Çà a commencé vers 11h50 du soir, et n’a cessé que vers 1h1/2 du matin. Je suis sans force et sans courage.

8h1/2 soir  Il est exactement tombé 9 obus, et tous sur le trottoir de droite, numéros pairs de la rue Boulard, et les victimes et dégâts ont été côté impair comme pour Maurice Mareschal et Jacques, l’obus tombant souffle sa mitraille et ses éclats plutôt en avant. Je suis à peine remis, à 11h3/4 çà commençait à bombarder mais vers le Palais de Justice et la rue de Tambour. Vers 3h Poste, lettre de ma chère femme et de mon petit Maurice, cher Petit, non cela me fait trop de mal d’y songer. Hôtel de Ville où je rencontre Guichard qui me dit que Lenoir, que j’avais aperçu à la Poste, est là avec M. Nibelle, Député radical socialiste de Rouen (Maurice Nibelle (1860-1933)). Je veux me retirer, mais Guichard insiste pour que je reste serrer la main à Lenoir, ce que je fais quand ils descendent du campanile de l’Hôtel de Ville d’où ils voulaient voir Brimont. Lenoir toujours cordial me présente à Nibelle qui lui aussi a été suppléant de Justice de Paix. Nous causons un instant du bombardement de la nuit. Ils paraissent impressionnés quand je leur raconte mes angoisses de la nuit, attendant qu’une bombe nous écrabouille !!…  Je les quitte et je rentre à la Maison. Je suis incapable de faire quoique ce soit, aussi je m’étends sur un fauteuil et une chaise dans ma chambre et je rêve tristement…

Demain arrive notre nouveau sous-préfet, Bailliez, sous-préfet d’Abbeville, ancien receveur Général de la Marne, que j’ai connu là. Qu’est-il ?…  Dhommée, avec son dolman de dompteur de lions (qu’il n’était pas !) était un brave homme en somme. Régnier, un poivrot avec un uniforme bleu horizon, calot ou casque !…  Que sera Bailliez…  pour moi impression ???…  J’apprends que nos troupes ont pris toute la ligne de chemin de fer vers Courcy (au-delà du canal qu’elles ont donc traversé…)…  avance d’écrevisses !! Nous serons dégagés à ce compte dans 2 ou 3 ans comme le dit Guichard !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

30 avril 1917 – Obus asphyxiant au cours de la nuit, vers la place de la République et la rue de Mars.

Alerte aux gaz, à l’hôtel de ville, dans la journée et fort bombardement sur le quartier des rues Brûlée et Boulart, où M. Guillasse est tué.

A 11 h 3/4, un bombardement serré, de gros calibres, commence du côté de la mairie. C’est à peu près l’heure du déjeuner, mais les nombreuses explosions de ce nouveau pilonnage se suivent si fréquemment, tout près, qu’elles ne nous permettent la traversée de la rue de Mars, pour nous rendre seulement du n° 6 de cette rue, où sont maintenant nos bureaux, à nos popotes, au sous-sol de l’hôtel de ville, qu’à 13 h 1/4. Pendant ce bombardement des plus dangereux, un obus entré par le haut du bâtiment de la rue des Consuls, a complètement saccagé le bureau du service de la voirie ; tout y est démoli et bouleversé.

Nombreux obus éclatés rues Thiers, de Mars, de Sedan, de la Prison (Maison Decarpenterie), de Tambour (Maison Guerlin- Martin), du Petit-Four, etc.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 30 – + 9°. Nuit affreuse. Bombardement (ut supra), visite de M. Goloubew et de M. Hyde des Etats-Unis. Rue Boulard, un homme coupé en deux. Obus : rue Boulard, rue Brûlée ; incendie rue Gambetta. Un obus non-explosé dans le clocher de S. Maurice ; il est descendu. Mgr Neveux confirme à Ay. Obus chez les Sœurs de l’Espérance, à Saint-Marcoul, à la Bouchonnerie Cana (18). A 11 h. 10, visite de M. le Maire de Reims, condoléances pour la Cathédrale. Canons et bombes toute l’après-midi. Lettre du Cardinal Amette sur la Passion de Reims (Recueil, p. 135).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 30 avril

Entre Somme et Oise, actions d’artillerie intermittentes.

Des tentatives de coups de main ennemies, dans la région de Laffaux et au nord de Cerny-en-Laonnois, ont échoué sous nos feux. Rencontres de patrouilles et combats à la grenade dans le secteur de Craonne.

Au nord-ouest de Reims, des opérations de détail effectuées par nous dans la région au nord et au sud de Courcy, nous ont permis d’élargir sensiblement nos positions. Nous avons fait 200 prisonniers.

En Haute-Alsace, nos détachements ont pénétré en plusieurs points jusque dans les deuxièmes lignes ennemies. De vifs combats à la grenade se sont terminés à notre avantage.

Les Anglais ont livré un violent combat de la Scarpe à la route Acheville-Vimy. Ils ont enlevé Arleux-en-Gohelle et les positions ennemies sur un front de plus de 3500 mètres au nord et au sud de ce village. Ils ont avancé également au nord-est de Gavrelle et sur les pentes ouest de Greenland-Hill, entre Gavelle et Roeux, ainsi qu’au nord de Monchy-le-Preux.

La conscription a été votée à la Chambre américaine par 397 voix contre 24, et au Sénat, par 81 voix contre 8.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 29 avril 1917

Louis Guédet

Dimanche 29 avril 1917

960ème et 958ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Beau temps, belle matinée, tout pousse, tout verdoie, et nous nous souffrons toujours, toujours. Bombardement hier soir vers 9h, centre, boulevard Lundy, Boulingrin. Bataille enragée toute la nuit, mal dormi. Toujours vers Brimont. Nos incapables continuent à faire tuer nos enfants pour rien, si pour leur peau qu’ils n’exposent jamais, ceux-là !!

Messe de 7h de paroisse, messe basse dite par l’abbé Camu qui a prononcé un petit sermon commentant très gentiment le Pater, adapté aux circonstances actuelles. Orgue tenu par un vicaire. Boudin et un autre ont chanté le Kyrie, le Credo et le Salve Regina. Une 30aine (trentaine) de personnes au plus. S.E. le Cardinal Luçon n’était pas venu.

Rentré déjeuner, fait ma toilette. Commencé une lettre pour ma chère femme, mais que lui dire ? L’esprit s’alourdit avec cette vie de bête, toute matérielle et désœuvrée, et puis rien à conter. Toujours le même refrain…  je pense aller déjeuner aux Galeries si l’on ne bombarde pas au moment d’y aller.

6h soir  En allant aux Galeries Rémoises déjeuner, à 11h50, j’aperçois un incendie vers le Pont de Vesle, il parait que c’est une bombe incendiaire d’aéroplane qui est tombée place Colin. A la Poste je trouve une lettre de Madeleine et une de Robert, qui m’explique la formation des groupes d’artillerie légère qui permet de compléter son adresse :

  • 1er Groupe         1 – 2 – 3ème batteries
  • 2ème Groupe      4 – 5 – 6ème batteries
  • 3ème Groupe      7 – 8 – 9ème batteries

Robert étant à la 3ème batterie, 3ème pièce, fait donc partie du 1er Groupe du 61ème d’artillerie. Aux Galeries, moins de convives, Melle Claire Donneux, Melle Lemoine, MM. Curt et Bourelle, plus Melle Chauffert. Causé d’un tas de choses, mais rien d’intéressant, sauf que Lorin et Tricot s’intéressent toujours beaucoup à moi, et M. Lorin croirait savoir que le Président de la République doit venir bientôt à Reims, sans doute pour décorer : Charbonneaux, de Bruignac, Houlon, Beauvais, etc…  Rentré chez moi en passant au 76 place d’Erlon jeter ma lettre à Madeleine, à laquelle j’ai joins celle de Roby qui doit être vers, ou à Châlons-le-Vergeur, tout proche de Trigny (Il y avait là en 1917 un cantonnement important, avec baraquements en bois, abris en tôle, écuries et entrepôts de stockage de matériaux et de munitions). J’écris à mon pauvre petit et le recommande de s’adresser à Alix Sohier, la gardienne de la maison des Mareschal, s’il avait besoin ou désirait quelque chose, qu’il ne se gêne pas.

Rentré ensuite chez moi pour écrire, et classé toutes mes lettres en retard du 6 avril 1917. C’est fait. Je ne songe pas à sortir, il fait trop chaud. Il fait un temps magnifique, splendide…  que c’est triste de ne pouvoir en jouir au calme.

8h3/4 soir  A 7h1/2, je sors et je pousse jusqu’à l’incendie que j’ai vu ce matin, exactement rue de l’Abreuvoir, 6, chez M. Braidy, fabricant de paillons à bouteilles, par un coucher de soleil radieux sur lequel s’estompe les dernières fumées de cet incendie. Place Colin, je rencontre un employé de l’État-civil, M. Déloges (ce serait plutôt M. Deseau), qui me dit que l’incendie pour lui a été mis par des soldats, et non par une bombe d’aéroplane. Je pousse jusqu’à l’emplacement du sinistre. Les Pompiers de Paris se sauvent ou ne veulent rien dire. Je questionne des enfants, Robert Colinet (1905-1981), 4, rue de l’Abreuvoir, Marcel Hourlier (né en 1909 à Tinqueux), de La Haubette Tinqueux, Marcel Picquart, rue Béranger, 4, le Père Kranz (à vérifier), du lavoir St Louis. Ils ne savent rien. Colinet appelle sa mère, qui se démène et jure ses grands dieux qu’elle n’a rien entendu !! Cette femme ne me dit pas la vérité. Elle défend trop les soldats…  qui ne sont pas cantonnés là. C’est plutôt louche. A moins qu’elle n’ait couché avec les coupables. Dans les tas de paillons sauvés, je trouve 2 vestes du 220ème et une du 348ème, ancien modèle…  Mon enquête faite, je rentre chez moi nuit tombante et les bombes aussi, à telle enseigne que des éclats tombent sur la maison Hébert, au 54. Je suis au 52. Une attaque se déclenche également vers la rue de Neufchâtel, on ne s’entend plus, mais les nôtres répondent diablement.

Au moment où je termine ces lignes, çà a l’air de s’apaiser. Combien de fois aurons-nous entendu de ces canonnades endiablées, croyant que c’est enfin celle de la délivrance, et puis rien.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 29 avril 1917 – Ce dimanche, je vais faire une promenade dans la matinée et je passe rue du Barbâtre 41, pour causer un instant des événements avec d’excellents amis — la famille Cochain — dont la boulangerie, à cette adresse, est toujours ouverte.

Ils me font voir le fond du culot d’un 305, que leur ont apporté, ces jours derniers, des soldats qui venaient de le ramasser sur l’avenue de la Suippe, où il était allé retomber, vraisemblablement après l’éclatement du projectile sur la cathédrale ou dans son voisinage. Ce disque à vis de l’énorme obus, une curiosité, pèse, à lui seul, plus de 20 kilos.

— Sifflements à partir de 11 h. Incendies rues de Vesle et de Bétheny.

A 13 h 1/2, arrivée vers les Halles, au moment où les collègues de la « comptabilité » et moi, nous y trouvons en tournée. Après-midi très mouvementé. Tir de nos pièces et bombardement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – + 10°. Visite de Maurice Lamort, qui dévisse les obus, et a dévissé le 305 tombé sans exploser dans la Cathédrale, le 25 avril. Pose dans les ruines avec M. Lecomte devant l’appareil d’un photographe. Journée très agitée ; nombreuses bombes. Nuit affreuse de 8 h. soir à 4 h. matin. Bombardement mais pas sur nous. Quoique autour de nous.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 29 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, actions d’artillerie assez violentes au cours de la nuit. Escarmouches à la grenade aux premières lignes, dans la région au sud de Saint-Quentin.

Vers Laffaux, l’ennemi a tenté, sans succès, un coup de main sur nos postes avancés.

En Champagne, activité assez grande des deux artilleries. Une attaque allemande, précédée d’un violent bombardement et dirigée sur une de nos tranchées à l’est d’Auberive, a été brisée par nos feux de mitrailleuses et nos barrages.

Sur la rive gauche de la Meuse, un de nos détachements a pénétré dans les lignes allemandes de la cote 304 et a ramené des prisonniers.

Le matériel capturé par nos troupes dans la bataille engagée le 16 avril comprend 173 canons lourds et de campagne, 412 mitrailleuses, 119 canons de tranchée. Le chiffre des prisonniers atteint 20780.

Les Anglais ont attaqué, au nord de la Scarpe, sur un front de plusieurs kilomètres. Ils progressent dans d’excellentes conditions, malgré la vigoureuse résistance de l’ennemi.

Les Bulgares avaient réussi à reprendre pied dans les tranchées récemment conquises par les Anglais, à l’ouest du lac Doiran. Une contre-attaque immédiate les a rejetés.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Samedi 28 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 28 avril 1917

959ème et 957ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps laiteux, soleil perçant difficilement à travers la brume. Pas de saucisse dans la matinée comme hier. Elles ne s’élèvent qu’à midi. Il fait doux. Nuit de bataille avec canon bien fatigante. Assez calme ce matin. Vers 9h un agent de police du 4ème canton vient m’apporter, de la part de M. Gesbert, commissaire de Pailler, un paquet enveloppé dans un mouchoir contenant un couteau, une vieille montre, etc…  et 2,25 en espèces…  pour que je dépose sans doute tout cela à la Caisse des dépôts et Consignation !!!  Il y a des gens intelligents. Je ne suis cependant pas courir m’amarrer au Mont-de-piété !! Je refuse à l’agent en lui expliquant pour la Xième fois qu’il n’y a lieu de me remettre que les sommes importantes et les valeurs trouvées soit chez les personnes tuées ou asphyxiées, soit sur elles ! mais quand cela vaut la peine. Je suis convaincu que le brave agent n’a pas encore compris, ni Gesbert. Ces objets avaient été trouvés hier sur une dame veuve Eugène Cauchy, 9 rue de Cormicy, tuée hier vers 11h aux environs de son domicile… L’agent me dit que cette personne doit avoir des valeurs chez elle, et qu’il faudrait peut-être apposer les scellés. Je lui réponds que je n’ai pas de greffier et que je ne le puis…  mais que le plus simple, ce serait au commissaire d’envoyer 1 ou 2 agents, assistés d’une voisine ou 2, pour rechercher ces valeurs et me les apporter. Du reste qu’il ne peut être question d’apposition de scellés, attendu que cela n’empêcherait pas les pilleurs de voler les valeurs, s’il y en avait. Que c’est donc le plus simple de les enlever et de me les remettre. Comme il ne parait pas disposé à procéder de cette façon, je lui dis, comme la course est plutôt longue, que si on me conduisait avec l’auto du Commissaire Central, j’irais volontiers assisté d’un agent. Mais il ne parait pas se soucier de cela et…  son commissaire également, ce qui me confirme dans l’opinion que j’ai sur ce dernier. Attendons !

Je suis ainsi désœuvré, et las. Ce n’est pas une vie.

8h1/2 soir  Depuis ce matin, rien de saillant, toujours la même existence au milieu du tintamarre du canon, de la mitraille des combats, des obus, des aéros qui vibrent au-dessus de nos têtes sans discontinuer pour garder les saucisses, etc…  Tout cela pour rien.

Vu le Père Desbuquois qui, m‘apportant les clefs de la maison Hébert, 54, rue des Capucins, m’apprend que le Général Mazel, commandant la Vème Armée qui était ici à Gueux (Olivier Mazel, commandant la Vème armée jusqu’au 22 mai 1917, évincé suite à la tragédie du Chemin des Dames (1858-1940)), a eu l’oreille fendue (expression signifiant « être mis en demeure de prendre sa retraite ») à la nuit de notre échec sanglant sur Brimont. Dire que cela m’étonne ?! non ! ces gens travaillaient plutôt le Champagne et les femelles que leurs plans stratégiques !! Nous allons ensemble dans le jardin Hébert déterrer toutes les clefs de la maison qui y étaient enfouies par le gardien qui a été blessé grièvement en même temps qu’à été tué Jacques Wagener. A 1h1/2 des bombes, en cave pendant une demi-heure, on vient me trouver, Pocquet, syndic de faillite qui m’apportait l’inventaire après le décès de mon confrère Lefebvre, notaire à Ay, à signer. Je régularise cet acte avec 2 autres et les lui rend avec une lettre pour ma chère femme afin qu’elle lui arrive plus tôt. De là à la Poste où je trouve lettre de celle-ci me donnant de bonnes nouvelles de Robert, du 20 avril,…  à la Poste je me heurte à mon brave Landréat, qui est toujours à St Brice dans son four de verreries. Il vient chercher son courrier tous les 3/4 jours ou le fait prendre, donc je suis sûr d’être en liaison avec lui. Je lui parle de l’affaire Cauchy de ce matin avec le fameux Gesbert, et le prie d’aller rue de Cormicy, 9, qui est sur son chemin, pour faire le nécessaire. J’ai la conscience plus tranquille, le nécessaire est fait. Je vais au Tribunal, trouve lettre d’un officier qui me recommande une jeune veuve…  consolée par son allocation militaire. C’est un nommé Adrien Oudin, sous-lieutenant d’État-major, secteur 37, se recommandant de ses qualités d’avocat à la Cour, conseiller général de la Seine et conseiller municipal de Paris !!  Ou Diable va-t-il se nicher avec une veuve Cornet-Briffoteaux de Chaumuzy (Blanche-Cécile Cornet-Briffoteaux (1868-1952))!!…  Enfin… !…  Puis Hôtel de Ville, où je ne vois personne. Rencontré le père Hapillon qui me confirme l’histoire des sous-officiers surpris en train de piller rue de Tambour, qui pour leur excuse ont répondu que c’était leurs officiers qui les avaient envoyé piller !!!…

Ce soir en rentrant j’étais exténué, on n’est plus fort et puis on est découragé. J’envisage déjà un voyage à St Martin, car notre délivrance est bel et bien renvoyée aux Calendes grecques !…  C’est une vraie agonie. Certainement je serai mort à la Guerre avant que Reims ne soit délivrée…  Comme je le disais hier à M. Bossu. J’aurai la Croix de Bois avant toute autre.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 avril 1917 – Quelques fusants, vers 13 h 1/2. Du perron de l’hôtel de ville, où nous sommes réunis à quelques collègues, nous les voyons éclater à gauche de la place, au-dessus des toits. A 16 h 15, nouveaux sifflements ; une douzaine d’obus viennent éclater à proximité de l’hôtel de ville.

Dans la matinée, le chauffeur de l’auto à la disposition de la recette municipale, Maurice Lamort, nous avait annoncé, en venant déposer des pièces au bureau de la « comptabilité », ainsi qu’il le fait chaque jour, qu’il devait, au cours de l’après-midi, dévisser un obus de 305 tombé dans la cathédrale et non éclaté. Nous lui avions souhaité bonne chance.

Son Éminence le Cardinal s’était opposée d’abord, paraît-il, à ce dangereux travail, ne voulant pas qu’un homme risquât sa vie en des conditions aussi périlleuses.

Mgr Luçon ne s’était laissé convaincre que parce qu’on lui avait représenté que ce grand jeune homme de 18 ans n’en était pas — loin de là — à son coup d’essai.

Ce sont en effet des centaines d’obus, de tous calibres, qu’il a manipulés et vidés de leurs charges d’explosifs. Sa sûreté de main nous avait étonnés dernièrement, lorsqu’il nous avait montré le mécanisme d’une torpille d’avion, délicat et compliqué comme celui d’une horloge, qu’il avait réussi — en courant quels risques — à démonter de l’engin, rendu ainsi inoffensif.

Nous avons revu ce chauffeur sur la fin de l’après-midi et lui avons demandé :

« Alors ! votre opération a réussi ? »
« Ho ! très bien » a-t-il répondu en souriant, ajoutant simplement :
« Comme le projectile était enfoncé dans le dallage, les pompiers sont venus dégager un peu ses alentours, avec précaution, et puis, ils sont partis et on m’a laissé seul dans la cathédrale ; dix minutes après, c’était fini. »

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 28 – + 9°. Nuit tranquille en ville. Combats autour de Reims. Matinée tranquille en ville ; combats au nord. Visite à Courlancy et à Rœderer. Bombes sur la ville de 1 h. à Un éclat est tombé sur la salle des Archives : le toit est percé en deux endroits. Visité la Cathédrale et vu l’obus de 305 non-explosé. Visite de M. Sainsaulieu m’apportant la nouvelle que la fusée de l’obus a été extraite par le jeune Lamort et que M. le Dr Langlet, Maire de Reims, veut venir me faire visite de condoléances pour le désastre de la Cathédrale. Précédemment, le 19 déc. 1916, il m’avait amené une délégation américaine dont faisait partie M. Sharp, ambassadeur des Etats-Unis, et avait refusé d’entrer avec eux ; il explique que c’est parce qu’il n’estimait pas « digne de faire visite au Cardinal par ricochet ». Il demande le jour et l’heure. Arrivée des hirondelles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 28 avril

Activité marquée des deux artilleries dans la région au nord-ouest de Reims et en Champagne.

Aucune action d’infanterie.

Au cours de la journée du 26, 3 avions allemands ont été abattus par nos pilotes, 6 autres appareils ennemis sérieusement endommagés, ont été contraints d’atterrir ou sont tombés dans leurs lignes. Dans la nuit du 26 au 27 avril, un de nos groupes de bombardement a lancé de nombreux projectiles sur les gares et bivouacs dans la région de Ribemont-Crecy-sur-Serre (Aisne).

Sur le front britannique, l’ennemi a tenté sans succès une petite attaque dans les environs de Fayet, au nord-ouest de Saint-Quentin. Après un combat acharné, ses troupes ont été rejetées avec des pertes. L’ennemi a laissé un certain nombre de prisonniers entre les mains de nos alliés. Les soldats britanniques se sont emparés des carrières qui se trouvent aux lisières est d’Hargicourt, où l’ennemi a abandonné des fusils et du matériel d’équipement.

Une attaque de destroyers allemands a été mise en échec devant Ramsgate.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 27 avril 1917

Louis Guédet

Vendredi 27 avril 1917

958ème et 956ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Beau temps, soleil dans la brume laiteuse. Il fait chaud dehors. C’est si bon en sortant de la cave. Nuit de canon et de bataille, mais calme, du reste on n’y fait plus attention. Été porter lettres à la Poste. Causé longtemps avec M. Beauvais, Directeur de l’École Professionnelle.

Le bas de la page a été découpé.

  1. Beauvais est comme moi convaincu de notre échec devant Reims, et il en a aussi assez. Nous ne savons que penser.

Rentré pour répondre à quelques lettres. C’est calme, aussi suis-je monté dans mon cabinet pour écrire, fenêtres ouvertes, mais l’air m’étourdi un peu. Je suis comme grisé par trop d’air. C’est cependant si bon, après cette vie de cave. Quand donc pourrai-je coucher ici et y travailler en toute tranquillité. Il en est grand temps, car la vie que je mène depuis 1 mois est bien affaiblissante, anémiante !! Pour peu que cela continue je tomberai malade. Triste vie d’un agonisant, on n’a plus la force ni le courage de réunir 2 idées à la suite l’une de l’autre. Il est temps que cela finisse.

5h du soir  Été Poste à 2h, trouvé lettre désolée de ma femme, elle tombera malade !! Je le crains. Lettre de Charles Decès, des de Vroïl qui sont à Paris et croient être bientôt à Rocquincourt (Courcy). Je les désillusionne ! Car maintenant quand prendrons-nous Brimont ? Toute la population d’ici est très nerveuse à ce sujet et on ne se gêne pas pour dire que la ville est sacrifiée à plaisir et qu’on nous berne ! On est très monté ! Lettre de M. Bossu, Procureur Général à Bastia, qui part pour Jainvillotte (Vosges) jusque fin juin. Il me prie de voir à ses chers livres et il m’encourage gentiment (j’en ai besoin) et me dit qu’il va relancer Herbaux !! à ce sujet je lui réponds en plaisantant qu’il est à craindre que cette croix n’arrive qu’après la croix de bois, mais que cependant j’aimerais bien l’avoir un peu avant de passer le Styx.

Je passe à la Mairie (Caves Werlé), là Charbonneaux m’offre très aimablement de prendre une lettre pour ma chère Madeleine que j’encourage comme je…

Le bas de la page a été découpé, la première phrase suivante a été recopiée en haut de la page suivante au crayon de papier.

Madeleine me dit qu’à St Martin nous logeons un colonel qui a été au Mont-Haut, Moronvilliers, etc…  …et que celui-ci lui disait qu’ils avaient perdu beaucoup moins de monde que dans la bataille de la Somme, et que les allemands au contraire avaient perdu énormément de monde, que leurs soldats étaient en majeure partie très très très jeunes. C’est bon, mais cela ne solutionne pas notre situation d’ici.

Comme je l’écrivais à M. Bossu, si d’ici 8 jours nous n’avons pas une avance sérieuse devant Reims, j’irais à St Martin me reposer un peu. Cela me sera pénible de rentrer après, mais je ne puis tout de même pas m’éterniser ici sans voir de temps en temps les miens.

8h1/4 soir Toujours la même vie. Les aéros nous assomment à tourner autour des « saucisses », avec cela le sifflement des obus, les canons, etc…  on est assourdi. Je lis dans l’Écho de Paris que le Général Lanquetot, commandant la Division, et le Général Cadoux, commandant de Place, sont mis au cadre de Réserve. 2 vieilles badernes de moins. Surtout Cadoux qui n’a rien à faire ici. Je ne vois pas pourquoi on laisse un commandant de Place qui n’aura ses fonctions à exercer que lorsque Reims sera dégagé, mais cela leur fait toucher des appointements.

Ce soir canon, mais certainement pas d’attaque sérieuse pour nous dégager. La nuée de sauterelles des chasseurs alpins se promène dans les rues, donc pas d’attaque. En verrons-nous la fin, enfin ? J’arrive à ne plus y croire…  et encore bien moins à l’espérer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 avril 1917 – Bombardement par rafales, dès le matin, sur le centre, rue Pluche, rue Rogier, etc. ; un incendie se déclare au n° 3 de cette dernière rue.

  • Au cours d’une nouvelle tournée, du côté de la place Amélie-Doublié, je m’aperçois que la maison n° 81, rue Docteur- Thomas, est brûlée.
Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 3°. Matinée tranquille sauf tirs entre batteries. Visite du Général Cadoux. Crise de rhumatismes dès le matin. Aéroplanes toute la journée, tir des 2 artilleries l’une contre l’autre. Bombes sifflent pendant 1h. 30 (sur quoi ?). Via Crucis in Cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 avril

En Belgique, grande activité des deux artilleries dans le secteur de Westende.

Au sud de l’Ailette, nous avons pris sous nos feux et dispersé un rassemblement ennemi près de Vauxaillon.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, les Allemands, après leur sanglant échecs de la veille n’ont pas renouvelé leurs tentatives. La lutte d’artillerie a été violente dans les secteurs de Cerny et d’Hurtebise et n’a été suivie d’aucune action d’infanterie.

Sur la rive gauche de la Meuse, une forte reconnaissance ennemie qui tentait d’aborder nos lignes au bois d’Avocourt a été repoussé par nos grenadiers.

Les troupes britanniques ont attaqué à l’ouest du lac Doiran. Ils ont pris les tranchées ennemies sur un front de 1000 mètres et s’y sont maintenues après avoir repoussé quatre contre-attaques.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 26 avril 1917

Louis Guédet

Jeudi 26 avril 1917

957ème et 955ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris couvert, froid, on se croirait en novembre. Nuit tranquille, à part quelques bombes et la canonnade habituelle. Mal dormi cependant. On a malgré soi de terribles et douloureuses insomnies. Ce n’est plus une vie, c’est une agonie ! Dont on ne voit pas la fin ! Notre offensive (??) qui nous a valu toutes ces ruines, tous ces affres depuis  20 jours, est à l’eau, si jamais elle a existée. On nous a alléchés pour pouvoir durant ce temps piller à loisir pour nos galonnés et viveurs d’État-majors !! Nos soldats n’ont pas le temps de libérer Reims, il leur faut surtout trouver à ravitailler en liquides de toutes sortes, en objets de valeur, etc…  nos Galonnards divisionnaires ou autres et leurs femelles. Çà c’est le salut de la France !! Mais la France qui souffre, qui halète sous la botte allemande ne les intéresse nullement ! Verrons-nous ? Verrai-je ? un jour le châtiment de tous ces lâches embusqués ??

5h1/2 soir  Canonnade assez vive sans grand bombardement. Bataille violente vers Mont-Haut, Aubérive, Pompelle. Activité d’avions toute l’après-midi, qui devient radieuse de soleil. A 2h je vais à mon courrier rue Libergier. En passant rue Boulard j’aperçois la porte du 19 enfoncée par des pillards. Qui ont été déçus car elle est déménagée. En rentrant je trouve le Père Kuhn (à vérifier) qui vient pour une procuration, pendant que je la prépare, il va barricader la porte du 19. Quand il a fini je lui fais signer mon acte dans la cave, mon premier acte depuis le 6 est en cave. J’envoie le tout prêt à Dondaine qui fera enregistrer et légaliser, puis parvenir à Hussenot-Desenonges, notaire à Paris (Maurice Hussenot-Desenonges (1880-1969)). Le confrère aura un acte pas banal !! Aussitôt mes lettres prises à la Poste je vais porter un mot à ma chère femme place d’Erlon, chez Mazoyer. La foule qui vient chercher ses lettres à la Poste est de plus en plus houleuse et de plus en plus montée contre les pillards. Il est à craindre qu’il y ait des collisions et des tueries, si ce sont des pillards qui écopent ce ne sera que du pain bénit !

Été aux Galeries Rémoises prendre des nouvelles. Eux aussi en ont assez. J’irai peut-être déjeuner avec eux dimanche. Rentré chez moi où j’ai trouvé le papa Kuhn comme je l’ai dit plus haut.

A propos d’acte fait dans ces circonstances extraordinaires, il en est arrivé une assez curieuse à un certificat de vie authentique fait par moi pour le Dr Simon. J’avais donné cet acte à Lesage chez Ravaud pour qu’il le remette au docteur Simon qu’il voit tous les jours. Or cet après-midi là une bombe est tombée chez Degermann, en face de chez Ravaud, et toute l’officine de ce dernier fut brisée, dispersée et mon acte perdu dans le fouillis. Quelques jours plus tard le Dr Simon que j’avais prévenu de ce mécompte me dit triomphant : « On a retrouvé votre acte, mais dans quel état !! » En effet il était fortement lacéré…  mais encore très lisible. Je lui répondis que dans ces conditions il était inutile de le recommencer et qu’il était parfaitement valable. Ce sera encore un vrai document pour la compagnie d’assurances qui l’avait demandé. J’ai conservé la carte de visite qui y était jointe, ce sera un souvenir. La bataille continue, toujours formidable vers Cornillet, Mont-Haut. Si seulement nous touchions à la fin, on est si las ! Et ne pouvoir sortir qu’avec crainte par un soleil si radieux !! Quelle misère.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 avril 1917 – Bombardement dans la matinée et reprise violente vers le boulevard de Saint-Marceaux, de 13 h à 14 h 1/2.

Informé qu’un incendie s’est déclaré hier, à 19 h au n° 2 de la place Amélie-Doublié (angle de la rue Docteur-Thomas), je vais me rendre compte. Il ne reste que les murs de cette maison qui nous était bien connue et dans laquelle ma sœur et moi, nous sommes réfugiés longtemps pour y passer les nuits, quand nous habitions le quartier ; le feu progresse sur la rue Docteur-Thomas.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Jeudi 26 – + 4°. Visite à la Cathédrale avec M. Sainsaulieu. Rapporté un demi-culot d’obus 305. Vu le cratère de l’obus non-éclaté. Il a enfoncé la voûte de la basse-nef sud, a disloqué le dallage, et disparu dans la terre du trou creusé par lui. Bombes à différentes heures. De 7 h. 30 à 8 h., bombes sifflantes (sur batteries ?). Nuit relativement tranquille ; rien entendu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 26 avril

Entre Somme et Oise, calme relatif.

Un commencement de bombardement de nos tranchées près de la Fère a été arrêté net par la riposte de notre artillerie.

Dans la région de l’Aisne, nous avons réalisé quelques progrès au sud-est de Cerny-en-Laonnois, et fait des prisonniers.

Au nord de Vauxaillon, une attaque allemande sur nos tranchées a été enrayée par nos feux d’artillerie et de mitrailleuses.

Les Allemands ont subi un sanglant échec dans une attaque sur la ferme Hurtebise. Arrêtés une première fois par nos feux, ils ont repris peu après leur assaut. Une contre-attaque vigoureuse les a rejetés sur leurs lignes. Notre artillerie a pris sous son feu et dispersé d’importants rassemblements au nord du plateau de Vauclec.

Les Anglais ont pris le hameau de Bithens, au nord-est de Trescault, à l’est du bois d’Avrincourt. Un combat s’est engagé sur toute l’étendue du front, entre le Cojeul et la Scarpe. Nos alliés ont progressé. Depuis le 23, ils ont fait 3029 prisonniers, dont 56 officiers.

Un croiseur russe a disparu en mer Noire.

Des aviateurs anglais ont coulé un contre-torpilleur allemand. Un de nos torpilleurs a coulé au cours d’un engagement au large de Dunkerque. On ignore les pertes allemandes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 25 avril 1917

Louis Guédet

Mercredi 25 avril 1917

956ème et 954ème jours de bataille et de bombardement

10h3/4 matin  Temps gris nuageux, froid. Nuit assez calme. Je me lève vers 7h et monte me raser et me nettoyer un peu plus complètement. Vers 9h1/2 je me dispose à aller à l’Hôtel de Ville, mais arrivé sous les Loges rue de Talleyrand il faut rétrograder. Cela commence à bombarder vers où je vais. Rentré, lu les journaux : toujours même battage !! La Grande offensive etc…  etc…  Oh ! là ! là !…  On voit bien que tous ces phraseurs ne sont pas ici. L’opinion sur nos Grands ! Généraux !! changerait !!

4h1/2 soir  Toujours le canon et le bombardement, mais nullement vers nous : Port-sec, Cérès…  Après déjeuner, étant sur le pas de la porte, je vois déboucher de la rue de Venise des Chasseurs Alpins, du 7ème, chantant, faisant des folies en tenant toute la rue des Capucins pour la remonter. Arrivé devant moi, l’un d’eux me demande si le quartier est habité. Je lui demande pourquoi : « C’est à titre documentaire !! » Je lui répondis que je n’avais pas à le renseigner pour cela et qu’il passe son chemin. Il le prend de haut : « Je ne vois pas pourquoi vous me refusez de me dire cela, moi qui vais demain me faire crever la peau pour vous !! etc… » Je lui répondis encore : « Eh bien ! moi qui suis resté ici 30 mois et je ne compte pas les services que j’ai rendu à vos camarades et je suis aussi exposé que vous. Passez votre chemin !! » Comme il devenait plus agressif, je fermais ma porte. Quelle lie que ces pillards…  En ce moment c’est comme du temps du 410ème …  et des marocains…  Quand donc serons-nous débarrasses de ces pillards.

Je sors pour tâcher de voir à l’Hôtel de Ville aux nouvelles. Je cause en passant devant le commissaire encore assez rompu et assez émotionné. Je lui conte la scène de tout à l’heure. Il n’en n’est nullement surpris, et il me disait qu’un général avec un nombreux état-major et une grosse escorte était venu hier à Reims. Et qu’on faisait déblayer certaines grandes artères pour livrer passage à la cavalerie sans doute. Bref je crois qu’on prépare une nouvelle attaque sur Reims. Puisse-t-elle réussir celle-là !!…  et que nous voyions enfin la fin de nos misères. Il me contait aussi qu’on avait arrêté des sous-officiers qui pillaient et qui répondirent pour leurs excuses : « Ce sont nos officiers qui nous ont demandé de la faire pour eux !! » Cela ne m’étonne nullement.

Arrivé aux caves Werlé où sont installés les bureaux de l’hôtel de Ville j’y rencontre Raïssac, qui me propose de donner mes lettres à Jallade pour être mises à la Poste à Paris. J’accepte et j’écris séance tenante une lettre à la chère femme que je joins à celle écrite hier à Marie-Louise.

Survient Goulden. Que vient-il faire là. Il ferait bien mieux de rester chez lui. Enfin. Le Maire arrive et nous causons un moment. Tous nous sommes d’avis que l’attaque de Brimont a raté. Attendons le 2ème acte qu’on prépare et que ce soit le dernier. Je dis ce que je fais pour les valeurs trouvées sur les victimes et les testaments reçus en dictée aux gens. Tous m’approuvent. Et Charbonneaux de dire : « Vous voyez que vous êtes utile. C’est un à côté de la vie de notre ville que vous tenez et qui rend service… !! » Le Maire insiste pour me remercier…

Je prends l’auto municipale et Honoré me conduit à la nouvelle Poste (École Professionnelle rue Libergier), salle de physique à droite en entrant, aussitôt passé devant le bureau de M. Beauvais (Joseph). J’y trouve mon courrier et des journaux, l’Illustration (3 numéros), le Journal des Notaires de Defrénois, et une marquise envoyée par Mme Thomas. La pauvre dame est bien bonne. Du reste Thomas m’avait prévenu, je les remercierai. Lettre de ma chère femme, de Labitte au sujet de son fils et de Robert qui sera soutenu par le jeune Labitte. Très aimable à lui. Lettre de Jean qui me dit être arrivé à St Brieuc à son dépôt, où il est affecté à la 64ème batterie du 61ème d’Artillerie, J’envoie de suite ces 2 lettres à ma chère femme. Jean pense partir pour le front dès le 1er mai. Que Dieu le garde, ainsi que son frère. Ceci fait je rentre à la maison écrire, lire et tirer ma triste journée…  Cela bombarde toujours.

8h3/4 soir  le calme, toujours le calme, et la même vie de misère. On se demande parfois si on en verra la fin, avec tout ce que l’on voit, le désordre et l’indifférence. On n’est guère incité à l’espoir et à la croyance d’une Victoire quelconque.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 avril 1917- La semaine passée, alors que faisant un tour matinal, j’étais ar­rêté et occupé à chercher les traces d’un obus que j’avais entends tomber au cours de la nuit, sur la cathédrale, Son Éminence le Cardinal et Mgr Neveux sont venus à passer, rue Robert-de-Coucy.

C’était la deuxième fois que je les rencontrais ainsi, à la suite de semblable circonstance, faisant leur promenade d’investigation en sens inverse de la mienne, et, pendant un instant, nous avons échangé nos impressions, simplement, en bombardés.

Mgr Luçon, après avoir regardé, après s’être rendu compte at­tentivement, me faisant part de ses constatations de sa manière si affable, paraissait solliciter mon avis. Je le lui donnai, tout en re­connaissant vite que lui-même et Mgr Neveux savaient discerner les nouvelles blessures des anciennes plus sûrement que moi, voisin novice, revenu depuis une huitaine de jours seulement dans la rue du Cloître, après avoir dû quitter le quartier en septembre 1914.

Mais depuis le 16 courant, il n’est pas nécessaire d’être ac­coutumé ou de procéder à un long examen pour s’apercevoir des horribles et épouvantables meurtrissures des 305. D’énormes brè­ches sont malheureusement trop apparentes à l’abside, aux gale­ries, aux clochetons des contreforts. Elles en laissent même deviner d’autres ailleurs, à la suite des affreuses séances de bombardement avec projectiles de très gros calibre, pendant lesquelles le tir était si bien localisé. On peut en juger par la dizaine d’entonnoirs énor­mes qui encerclent la cathédrale, place du Parvis, rue du Cloître et rue Robert-de-Coucy.

— Aujourd’hui, bombardement dans la matinée, qui a repris violemment, de 13 h à 14 h 1/2.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 25 – + 6° Nuit tranquille en ville. A 7 h. 1/2 matin, Qq. obus. Visite à l’hôpital général (militaires et civils). Visité la maison, très intéres­sante : ancienne maison des Jésuites, qui ont bâti Saint Maurice, les cha­pelles ; Bibliothèque (meuble et appartement), chapelle intérieure, caves où sont installées en passant les blessés qu’on apporte là en attendant qu’on puisse les transporter hors de la ville. M. Huart dit qu’il y a un 305 enfoncé non-explosé près du petit orgue. C’est vrai. Visite d’un Commandant et d’un Capitaine Mitchelle de l’armée des Etats-Unis19 présentés par le R. Père Dansette. Après-midi, bombes sur la ville mais sans acharnement, sur Saint-André. A 11 h. 1/2, bombes sur la ville pendant une 1/2 heure ou 3/4 d’heure. Moitié de la nuit tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 avril

Actions d’artillerie sur l’ensemble du front.

Nous avons continué nos tirs de destruction sur les batteries et les organisations ennemies dans les régions de Saint-Quentin, de l’Oise, de Corbeny-Juvincourt et en Champagne; des explosions ont été constatées dans un certain nombre de batteries.

Nous avons ramené 4 obusiers allemands de 105, capturés au cours de réçents combats sur le plateau du chemin des Dames.

Près de Moronvilliers, nos éléments léger ont pénétré, après une courte préparation d’artillerie dans les tranchées allemandes, qu’ils ont trouvées remplies de cadavres.

Canonnade intense sur le front belge.

Les Anglais ont repoussé de fortes contre-attaques avec des pertes énormes sur le front de Croisilles, au nord de Gavrelle. Ils ont maintenu toutes leurs positions. Nos alliés ont progressé à l’est de Monchy et aux abords de Roeux. Ils ont avancé également â nouveau à l’est d’Epehy sur un large front et atteint le canal de Saint-Quentin au nord de Vendhuille. Ils ont occupé les deux villages de Villers-Plouich et de Beaucamp. Le chiffre de leurs prisonniers depuis la veille atteint 2000. Ils ont détruit 15 avions allemands et forcé 24 autres appareils ennemis à atterrir, désemparés.

Le Reichstag est rentré en session.

La mission officielle, composée du maréchal Joffre, de M. Viviani et de leurs collaborateurs, est arrivée aux Etats-Unis et y a reçu un accueil chaleureux.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 24 Avril 1917

Louis Guédet

Mardi 24 avril 1917

955ème et 953ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  La nuit toujours mêmes combats et bombardement, pas très proche cependant. Beau temps, du soleil.

A 7h/ 7h1/2, au moment de me lever, bombardement tout proche par 2 à la fois. Je reste donc à la cave. J’y déjeune et je fais 2 lettres pour le remplacement d’une garde de scellés confiée à Colnart au n°39 de la rue Montoison, voisin de sa maison n°41, adressé à l’une Landréat et l’autre au commissaire central pour lui demander de me désigner un de ses agents en remplacement. Je suis à moitié engourdi, ne sachant que faire, ne pouvant sortir.

9h1/2  Le bombardement ne cesse pas. J’en suis tout frissonnant. Par quelles angoisses ne passe-t-on pas ? On s’attend à chaque sifflement, ou à chaque départ à être démoli ou touché. Nos tortures ne finiront donc jamais. Je crois cependant que nous avons suffisamment payé notre part, et ce serait bien le tour des autres à expier pour les autres. Et puis on ne voit pas la fin de cette situation, toutes les autres villes martyres sont dégagées et nous pas !! Ah ! nos État-majors auront été bien coupables…  criminels ! C’est à croire qu’ils ont désiré, voulu, la destruction de Reims. Car depuis 32 mois ils n’ont rien fait…  rien pour nous délivrer, tandis qu’ils sacrifiaient pour des gains inutiles nos hommes à profusion.

Ceux qui n’auront pas vécu durant quelques heures le bombardement ne sauront jamais les angoisses, les tortures où l’on passe. Avec le bombardement méthodique, mathématique qu’emploie le sadisme allemand pour mieux nous faire souffrir. On est là à attendre la prochaine bombe, et quand elle est passée, on attend l’autre en se demandant passera-t-elle plus loin, ou plus près ? Où tombera-t-elle ? Çà rapproche ! çà s’éloigne ! oui ! non ! Non !…  Oui !…  et cela pendant les 5 minutes d’intervalles que mettent les sauvages à nous envoyer leurs obus, et quand la dernière seconde approche, quel serrement de cœur ! quel brisement ! on suit la course impitoyable de l’aiguille de la montre ou du réveil qui, imperturbable, vous dit encore 30 – 20 – 15 – 10 – 5 – 2 – 1 seconde !!…  Et…  le coup part, l’obus siffle et tombe…  et cela à recommencer des heures et des heures !!…  Et l’on croit que nous n’avons pas assez souffert ?!!!…

Non ! vous tous qui n’y avez pas passé ! vous tous qui êtes indifférents à nos tortures, vous êtes biens, biens coupables !! Que Dieu vous préserve de vivre de pareils moments !

9h3/4  Cela continue toujours, de 5 en 5 minutes. Déjà presque 3 heures d’arrosage ! Et il fait si un beau soleil. Ce serait si bon de s’y chauffer, de vivre, de respirer un peu ! à ses rayons réconfortants, tandis qu’au contraire il nous faut rester dans la cave où il fait froid…  froid ! avec la Mort suspendue sur nos têtes !

11h  A 10h1/4 je me suis recouché sur mon lit. A 10h3/4 cela parait s’arrêter. Je vais remonter au jour, ce que je n’ai pas encore pu faire aujourd’hui !

4h1/4 soir  A 1h1/4 je sors pour aller au Palais prendre mon courrier et voir ce qu’il en est du bombardement de ce matin. Je ne tiens plus en place du reste. Cette vie de cave est trop énervante. Rue des Capucins, au commissariat, une bombe qui a démoli tous les derrières des maisons. M. Carret a été légèrement blessé à la tête et parait assez déprimé. Des bombes au Théâtre, Café du Palis, Lévy, Olza. Devant le parvis et le terrain de la prison 8 trous nouveaux énormes. Les 1er et 3ème clochetons de gauche aussitôt la tour nord, aux anges éployés sont démolis. Ils ont tiré carrément sur la Cathédrale, ce n’est pas niable. Pris mon courrier. 5ème ou 6ème déménagement de la Poste, qui demain s’installe à l’École Professionnelle rue Libergier. Quels froussards ! En tout cas ce sera plus près de chez moi, je ne m’en plains pas. En attendant un autre déménagement, ou la fuite éperdue ! Fait mon courrier dans la crypte. Touyard parle de se sauver aussi, çà va bien !! Je porte ma lettre place d’Erlon, 76, et rentre chez moi. Il fait un temps splendide et un soleil radieux plutôt chaud. Quel temps magnifique dont je ne puis jouir avec tranquillité !! Mon Dieu quand donc notre martyre finira-t-il ? Il est grand temps. Reçu lettre de Marie-Louise, finie par sa mère. Toujours aussi inquiète, il y a de quoi. Je ne sais plus que leur dire. Je suis remonté dans mon bureau pour écrire ces quelques lignes. Que c’est bon de travailler fenêtres ouvertes au grand jour. Mon Dieu ! faites donc que nous soyons délivrés bientôt !

8h1/2 soir  Le calme depuis 4h du soir. Je crois de plus en plus que notre fameuse offensive soit ratée et remise aux Calendes grecques !! C’est le sentiment unanime ici. Alors c’est à désespérer de tout et nos Généraux et État-majors sont tout justes bons pour nous piller, se saouler et faire ripaille. Dire que cela me surprend !!? Non, aucunement.

En remontant dans ma chambre tout à l’heure, je revoyais des objets que j’avais laissés là, et me souvenais de les avoir tenus, retenus, caressés presque, hésitant si je devais les prendre ou les laisser, lors de la panique et des heures terribles de la semaine de Pâques. On leur donne une âme à ces objets coutumiers, en prenant les uns et laissant les autres d’un regard caressant, on leur demande presque pardon de les laisser là, à la merci de la tourmente, de l’obus pulvérisateur ! de la tempête. Cela vous brise le cœur !! On sent que même les choses familières ont du…  cœur…  des âmes…  des choses qui vous sont attachées, et chéries. En ce moment, canonnade ordinaire, monotone, la canonnade du « statu quo ! » hélas.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 avril 1917 – Violent bombardement, à partir de 7 h. Il est toujours excessi­vement dangereux de se risquer dehors.

Encore des 305 sur la cathédrale ; ils y causent des dégâts de plus en plus considérables. Nouveaux entonnoirs sur le Parvis, dont les maisons sont disloquées.

Le théâtre, atteint près de la coupole, a été aussi fortement abîmé aujourd’hui.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 24 – + 6°. De 2 h. à 3 h., violentes canonnades françaises. De 7 h. matin à 11 h. 1/2, violent bombardement sur la ville, autour de nous ; Obus énormes tirés sur la Cathédrale, de 9 h. à 10 h. 15. La terre tremble : les maisons sont secouées à en crouler. Visite à la Cathédrale à 1 h. Elle est en ruines. Les voûtes sont écroulées en sept endroits. Le sanctuaire est rempli de décombres sous lesquels disparaît écrasé l’autel majeur.

Je me tenais sur le perron de la maison du côté de la Cathédrale. On disait que les Allemands voulaient abattre la tour nord…. je voulais voir. Quand j’entendais le coup de départ de l’obus à 15 ou 18 kilomètres au nord-est (vers Lavannes) j’avais quelques secondes, 7 ou 8, avant l’arrivée de l’obus : j’allais vite me mettre à l’abri dans le corridor où était mon lit ; là j’étais sûr que les obus destinés à la Cathédrale et dont le tir était parfai­tement réglé ne tomberaient pas sur notre maison qui est à environ 60 mè­tres de la Cathédrale. Je ne craignais donc que les éclats qui devaient entrer dans le corridor, par la porte vitrée, privée de verres et non close. Là j’at­tendais que la pluie d’éclats et de pierres fût… Le monstre accourait en rugissant, s’abattait sur la Cathédrale, la terre tremblait. Alors je retournais sur le perron. Je trouvais la Cathédrale enveloppée d’un nuage de fumée jaunâtre-verdâtre, couleur soufre. Le ciel était sans nuage ; le vent soufflait de l’ouest, emportait la fumée et je reconnaissais alors l’endroit où l’obus avait porté. Quand le coup de départ retentissait, je retournais dans mon abri, et là le dos courbé j’attendais la chute de l’engin. Le feu a… pendant une heure et un quart. C’est ainsi que j’ai pu par là être témoin oculaire du bombardement le plus violent de la Cathédrale, ce qui, après l’incendie, lui a fait le plus de mal.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 avril

En Belgique, l’ennemi a déclenché plusieurs attaques en divers points de notre front. Ces attaques ont été complètement repoussées par nos feux. Quelques fractions ennemies qui avaient réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, en ont été rejetés immédiatement après un combat corps à corps. Les Allemands ont laissé des prisonniers entre nos mains.

Entre la Somme et l’Oise, nos batteries ont exécuté des tirs de destruction efficaces sur les organisations allemandes.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons réalisé quelques progrès au nord de Sancy.

La lutte d’artillerie a été particulièrement vive dans le secteur de la ferme Hurtebise.

Nos pilotes ont livré de nombreux combats aériens, abattant six avions ennemis. Un groupe de quatorze de nos avions a lancé 1740 kilos de projectiles sur des gares et des bivouacs de la vallée de l’Aisne.

Canonnade sur le front belge.

Les Anglais ont attaqué sur un large front, des deux côtés de la rivière Souchez. Les troupes ont progressé de façon satisfaisante. Nos alliés, au sud de la route Bapaume-Cambrai, ont pris une grande partie du bois d’Havrincourt.

En Macédoine, canonnade dans la région du lac Doiran et dans la boucle de la Cerna. Nous avons repoussé plusieurs attaques.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Lundi 23 avril 1917

Avenue de Laon

Louise Dény Pierson

Aucune description de photo disponible.

23 avril 1917

A la tombée de la nuit elle se retira comme la veille vers Rilly et la riposte allemande ne se fit pas attendre.
Couchés dans les caves Walfart, nous entendions le bombardement qui encadrait tout le quartier. Au lever du jour, nous pûmes constater les dégâts, des entonnoirs partout, les vignes dévastées, les murs de clôture de la clinique Mencière éboulés sur une grande longueur, certains de ses arbres réduits à l’état de pinceaux. Par bonheur le train blindé ne revint pas. Je ne le revis jamais par la suite et le calme qui suivit dans notre quartier nous apparut comme un bienfait du ciel.
Calme assez relatif, il faut le reconnaître, car, si les bombardements étaient devenus plus rares sur Sainte-Anne, le reste de la ville n’était pas épargné, surtout les quartiers de Bétheny et de Cernay.
La saucisse de Montbré a brulé deux fois dans la même journée. L’observateur, sauté en parachute, était mitraillé en l’air par l’Allemand qui avait attaqué la saucisse, je trouvais cela une véritable lâcheté de sa part puisque l’aéronaute était sans défense et bien assez en danger sous son parapluie jaune, mais il paraît que c’était ça la guerre !!
En savoir plus sur le docteur et la clinique Mencière

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 23 avril 1917

954ème et 952ème jours de bataille et de bombardement

8h1/2 matin  Temps magnifique, froid, il a dû geler. A peine monté vers 8h pour m’habiller, il a fallu descendre en cave. Les journaux deviennent muets. Je crains bien que la grande offensive dont on nous a encore leurrés pour la ? Xième fois est encore…  retardée. C’est désespérant, décourageant. Voilà donc 32 mois de stoïcisme, de courage, de dévouement sacrifiés pour rien !! J’en suis anéanti. Tout, tout aura donc été contre moi. Sacrifiez-vous ! Dévouez-vous ! c’est en pure perte. Dieu ne protège que les lâches ! C’est la négation de tout. J’aurai tout perdu, tout sacrifié pour rien, pour rien. C’est honteux, injuste, révoltant.

A l’intérieur de ce double feuillet se trouve une petite feuille de calepin de notes relatant les évènements « pris sur le vif » concernant les journées des 21, 22 et 23 avril. Ils sont intégralement repris et développés dans le journal quotidien.

Toute la nuit on s’est battu et nous avons été aussi fort bombardés. Je ne sais encore où, étant bloqué ici et ne pouvant sortir. Pourrais-je même aller chercher mon courrier et poster mes lettres à la Poste. On n’ose plus sortir, car à chaque instant on risque d’être pris dans une rafale. Cette vie devient réellement désespérante, et sans issue !

6h soir  En cave. Il y avait longtemps qu’on y était descendu, mais je crois que ce n’est qu’une alerte.

A 9h1/4 été chercher mon courrier au Palais où j’ai répondu à quelques lettres dans la crypte tandis que çà tombait ferme aux alentours du Palais et de la Cathédrale. Un incendie s’allume rue de la Clef (située Cours Langlet et supprimée à la reconstruction de Reims. Étroite, ne faisant que 3 mètres, elle avait une longueur de 80 mètres) près de chez Thiénot, notaire (rayé).

Je rentre vers 10h1/2, mais cela bombarde toujours, on déjeune tranquillement cependant. Vers 2h1/2 je me décide à pousser jusqu’à la Poste pour retirer le courrier d’aujourd’hui. Quantité de lettres auxquelles je réponds en partie dans la crypte même, et les autres sont écrites chez moi, en tout une 15aine (quinzaine). En sortant du Palais vers 3h, rencontré un capitaine du 47ème d’Artillerie qui me connait, M. Arthault (?), il était à l’aviation ici avant la Guerre. Nous causons avec le Rémois qui l’accompagnait, M. (en blanc, non cité), devant chez Touret, rue des 2 Anges. Il nous dit qu’il était à la prise de Courcy, du château de Rocquincourt dont il ne reste rien, tout est rasé. Nous sommes au canal, rien de plus. Mon soldat de l’autre jour du 61ème d’Artillerie s’était trompé. Nous étions allés plus loin, mais il avait fallu rétrograder de peur d’être trop « en l’air ». De la verrerie de Courcy, le pavillon habité par Givelet est rasé par notre artillerie, à cause des mitrailleurs qui y étaient installés. Comme nous lui disions que le sentiment de tous les Rémois était que l’attaque était ratée, il protesta très nettement et très simplement, disant qu’on ne faisait que commencer et que du reste on massait de nouvelles troupes vers Merfy et St Thierry pour enlever Brimont. Il me disait une chose qui m’a surpris, c’est qu’il est plus facile de prendre une position en montant qu’en descendant. Aussi la prise prochaine de Brimont ne paraissait faire aucun doute pour lui. Il parait aussi que nous les avons inondés de gaz asphyxiants, et que les allemands avaient perdu là énormément de monde. Il narrait que la prise de l’ouvrage quadrangulaire à l’emplacement du moulin à vent de Courcy avait coûté 50% des effectifs russes chargés de s’en emparer. Bref il nous a réconfortés, et très aimablement il me prie de rectifier cette idée que notre grande offensive était avortée. Il estime que nous devons les déloger d’ici sous peu. Je le quittais en lui disant : « Que Dieu vous entende ! »

Je poussais jusqu’à l’Hôtel de Ville où la municipalité n’est plus. Elle est installée dans une cave de la Maison Werlé, en face du commissariat central (ancienne maison Jules Mumm), j’y trouve le Maire, qui me dit qu’on me cherche pour me donner connaissance du testament du pauvre Colnart à sa femme et à sa belle-mère, et Legendre me cherche. Je saute dans l’auto d’Honoré et je rentre à la maison où je trouve la malheureuse veuve. Je lui donne connaissance du testament et lui dit d’aller chercher l’autre testament qui est enterré dans leur jardin, 41, rue Montoison. Legendre les y conduit et quelque temps après me remet ledit testament qui est la réplique de celui que j’avais déjà, sauf des recommandations et des développements sur le spiritisme. Il demandait d’être enterré selon le rite de sa secte, à moins que sa Mère (qui est morte) ait voulu qu’il fût enterré religieusement. Dans ce cas il demandait des obsèques catholiques, disant que cette religion était celle qu’il croyait la plus sincère et la plus rapprochante de ses idées spirites !! Singulière mentalité. C’était un illuminé dans son genre, et un rêveur.

Je mets ensuite mon courrier au courant. C’est fait. Il est 6h1/2, le calme. Je remonte dîner.

8h1/2 soir  Dîné en vitesse, çà tombait tout proche. A peine fini, le silence. Je sors dans le jardin, et à 7h3/4 exactement j’aperçois les 2 premières hirondelles de l’année 1917 voletant sur Reims ruiné. Sont-elles au moins les messagères de notre délivrance prochaine et définitive ??…  Toujours le calme, nous descendons nous coucher.

Aujourd’hui St Georges, il n’a pas plu, nous aurons des cerises !! dit le dicton (« Quand il pleut le jour de Saint Georges, sur cent cerises, on a quatorze »). Souhaitons que nous les mangions en Paix ou tout au moins délivrés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 avril 1917 – Bombardement serré, commencé plus tôt que d’habitude, vers 8 h du côté du boulevard de Saint-Marceaux et qui s’étend sur le centre. En même temps, un dépôt de grenades saute dans le haut de l’avenue de Laon. Des gros calibres font entendre ensuite leurs explosions autour de l’hôtel de ville. Un soldat est tué rue du Clou- dans-le-fer ; un autre blessé.

Dans la matinée, un cheval blessé dans les environs, est venu mourir rue de Mars. Cet après-midi, un poilu de passage en a dé­bité, sur place, les meilleurs morceaux. C’était une aubaine pour les amateurs des popotes de l’hôtel de ville. Guérin, notre cuistot, n’a pas laissé passer non plus cette occasion ; il s’est fait adjuger la moitié du filet.

— Nous nous demandons à quel propos le communiqué fait mention, aujourd’hui, d’un violent bombardement de Reims, puis­que depuis le 6 courant ce n’a été, pour nous, qu’une suite de bombardements terribles, dont il n’a rien dit.

Nous préférerions qu’il soit plus explicite sur les résultats donnés par la fameuse offensive déclenchée de notre part, le 16 avril, et dont nous espérions tant un changement complet de situation pour Reims, car tout ce que nous sommes à même de constater jusqu’à présent, c’est une sérieuse aggravation des condi­tions déjà fort pénibles d’existence, dans notre malheureuse ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Avenue de Laon

Avenue de Laon


Cardinal Luçon

Lundi 23 – + 2°. De 2 h. à 9 h. au nord (?) violent combat d’artillerie mitrailleuses (allemandes). A 5 h. aéroplanes. Matinée : bombardement pres­que continu en toutes directions. 2 heures : série ininterrompues de bombes allemandes : la matinée et l’après-midi, roulements de bordées de canons à l’est de Reims. Souscription ouverte par Mgr Gibier. Lettre à Mgr Gibier, publiée dans les journaux. (Recueil, p. 129).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 avril

Entre Somme et Oise, lutte d’artillerie très active dans la région au sud de Saint-Quentin et au nord d’Urvi1lers.

Entre Soissons et Reims, action d’artillerie intermittente daus certains secteurs.

En Champagne, la journée a été marquée par une série de réactions de l’ennemi sur les hauteurs que nous tenons daus le massif de Moronvilliers.

Une violente attaque, dirigée sur le Mont-Haut, a été réduite à néant après un vif combat: nos feux de mitrailleuses et nos contre-attaques ont infligé de sanglantes pertes à l’ennemi. Un bataillon ennemi a été pris sous nos feux et s’est dispersé.

Trois avions ennemis ont été abattus par nos pilotes.

Les troupes britanniques ont effectué une nouvelle progression à l’est du bois d’Avrincourt et la partie sud du village de Trescault est tombée entre leurs mains. Vif combat au sud-est de Loos. Nos alliés ont réa1isé une nouvelle avance en ce secteur et ont fait des prisonniers. Ils ont abattu quatre avions allemands, mais quatre des leurs ne sont pas rentrés.

Une escadrille de cinq destroyers allemands a lancé des obus sur Calais, puis sur Douvres. Attaquée devant cette ville par des navires patrouilleurs anglais, elle a perdu deux de ses unités: les autres ont pris la fuite.

Canonnade sur l’ensemble du front italien.

On annonce une sortie de la flotte allemande de la Baltique dans la direction des côtes russes.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Dimanche 22 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : ciel et plein air

22 avril 1917

Cette division, chargée d’attaquer les positions ennemies entre
les Cavaliers de Courcy et la redoute de Loivre, se heurta à une puissante contre-attaque allemande, fut mise en complète déroute et ses soldats se dispersèrent à l’arrière des lignes, jusque dans les bois d’Hermonville et de Merfy.
Ce fut la division française voisine chargée d’attaquer le fort de Brimont (photo ci-dessous) qui dut se déplacer rapidement pour boucher le trou et rétablir le front. Par la suite les Russes furent regroupés au camp de La Courtine, dans la Creuse, où après un long repos, ils revinrent sur le front en avant de Mourmelon et s’y comportèrent courageusement. Un petit cimetière en témoigne entre Mourmelon et Saint-Hilaire.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Dimanche 22 avril 1917

953ème et 951ème jours de bataille et de bombardement

10h matin  Temps assez élevé, mais nuageux clair. Il fait bon. Toute la nuit bataille, bombardement, on ne peut dormir que vaincu par la fatigue, on dort comme dans un cauchemar. Cela vous affaiblit beaucoup. Et parfois je me demande si je ne tomberais par manque de forces. Cette vie de cave la nuit et souvent dans la journée vous anémie extraordinairement. On n’ose même pas sortir en ville, on fait juste les courses dont on ne peut se dispenser : Poste, nourriture, c’est tout.

Ce matin été messe de paroisse à 8h1/2 du matin, rue du Couchant. Nous étions peu de monde (40), y compris les 2 chantres et l’organiste maitre de chapelle, vicaire de la Cathédrale. Le Cardinal est arrivé en camail, assisté de l’abbé Compant et l’abbé Camu Vicaire Généraux et le 2ème vicaire (le petit). L’abbé Camu, curé de la Cathédrale, tend l’aspersoir au cardinal qui asperge les fidèles. L’abbé Divoir avec un seul enfant de chœur dit la messe basse. Boudin et le valet de chambre de S.E. le Cardinal Luçon, accompagné de l’orgue tenu par le vicaire maître de chapelle chantent juste le Kyrie, le Credo, l’O Salutaris et le Salve Regina. Monseigneur Luçon donne la bénédiction pontificale à l’Ite Missa est. Voilà sous le bombardement une messe de la Cathédrale de Reims. Au prône l’abbé Divoir annonce que désormais les messes du dimanche basses (il n’y a plus de grand-messe faute de chantres et à cause des bombardements) seront dites à 6h, 6h1/2 et 7h, celle-ci paroissiale comme celle de tout à l’heure.

De la rue du Couchant je vais à la Poste porter mes lettres et écrire un mot à ma pauvre femme, bien seule, bien isolée maintenant ! Ses 2 ainés partis, moi absent. Quel martyre pour elle.

Je descends la rue Brûlée, remonte la rue Hincmar, et de là rue Chanzy, vers le Palais de Justice où est la Poste. Le café St Denis, au coin de la rue Libergier et Chanzy est réduit en miettes, littéralement. C’est la première bombe d’hier à 7h du soir qui nous avait tant effrayés qui a fait ce beau travail. Un trou énorme barrant toute le rue Robert de Coucy. Toujours le tir sur la Cathédrale pour la démolir ! Vandales !! Au Palais rien de nouveau, je prends une des lances de la barrière de fer qui entoure le square devant l’entrée principale. Ce sera un souvenir, un obus est tombé hier bers 11h50 du matin, brisant quelques barreaux de la grille et abattant 3 des lances qui surmontaient ceux-ci, à droite en entrant, à quelques mètres de la porte d’entrée de la susdite grille. Ce n’était pas un gros obus. Je monte dans mon cabinet où j’écris quelques lignes à ma chère Madeleine !!! Je poste mes lettres à la Poste et redescends la rue de Vesle jusqu’à la rue des Capucins. Là, chez Brunet, le ferblantier, une bombe qui a rasé la maison, en face de l’épicerie Robert, commissariat de Police du 1er canton. Il parait qu’il en est tombé aussi une sur la rue Clovis, qui a fait un trou énorme. Toujours le même tir, absolument dans l’axe de la Cathédrale, ou trop court ou trop long. La basilique en aurait encore reçu cette nuit et hier soir 3 ou 4. Dieu permettra-t-il cette destruction ?!! Qu’il fasse donc un miracle et nous délivre bientôt, tout de suite de ces Sauvages. Ce sont des bêtes enragées, ce ne sont plus des hommes. Qu’on détruise donc la Race pour toujours…  Le bombardement recommence, il est 10h1/2 du matin.

11h20  Les obus rapprochent. Je descends à la cave, c’est extraordinaire ce que je deviens craintif. Est-ce affaiblissement ? ou manque de courage ?

11h1/2  Ce n’est qu’une alerte. Tout à l’heure j’ai été faire le tour du jardin, mais je n’ai pas le courage d’aller jusqu’au bout. Trop inquiet que je suis à chaque sifflement. Cueilli quelques violettes. Et rentré pour descendre ici, où mes braves Parques m’ont installé une table ou je puis écrire plus facilement. Juge de Paix de Reims et notaire de Reims travaillant dans sa cave, ce serait une photographie à faire !

4h1/2 soir  A 1h20 je n’y tenais plus et je suis sorti. Où aller ? L’idée me vient d’aller voir mon vieux clerc le papa Millet. Je passe rue Clovis où je vois le trou formidable fait par l’obus tombé devant chez Senot (André Senot, quincaillier (1884-1976)). Un ancien clerc de Valentin, notaire, qui travaille maintenant chez Redout sort de chez lui, en face de ce trou, et me dit qu’il a eu une belle peur : il me conte qu’il a 8 ou 10 pavés de la rue qui ont été projetés sur son toit, tellement l’explosion a eu de force.

Je descends la rue de Vesle, rue Polonceau et le petit chemin de toue qui tombe rue Dallier. Là je rencontre le Général Cadoux, nous causons de choses et d’autres, il me parait pas très rassuré sur le résultat de notre Grrrrande offensive ! Ah ! non ! il n’est pas encourageant ni réconfortant. Il est resté toujours chez Neuville avec Lallier et Cornet. Je passe rue Souyn où je trouve M. Millet et sa femme, il est un peu enrhumé et las de la vie qu’il mène. Tous deux couchent aux caves Brissart, ils passent la journée chez eux. Comme je sortais de chez eux, une première bombe arrive vers la Porte de Paris. J’en profite pour filer rue de Courlancy et voir la Supérieure des Religieuses à l’Hôtel-Dieu de Reims, à Roederer. J’attends là en causant avec elle la fin du bombardement. Elle aussi est comme moi et nous tous, elle est lasse. Du moins leur quartier est fort tranquille, ce n’est pas comme ici. Je la quitte à 3h1/4 et revient par la rue du Pont-Neuf, et l’allée des beaux ormes et tilleuls entre Vesle et canal, dite l’allée des Tilleuls. Il fait assez vif, le vent est tourné à l’Est. A 4h j’étais à la maison, pour descendre à la cave où je suis encore.

3 ou 4 obus tombent très près. Et comme toujours Lise ne descend pas. Elle est à battre cette vieille entêtée. Quel mulet ! Je ressens toujours beaucoup de lassitude, pourvu que je ne succombe pas à la fatigue, à l’émotion de cette vie et l’affaissement moral. Mon Dieu ! faites donc que notre délivrance arrive de suite. Nous n’en pouvons plus !… Je n’en puis plus. Nous avons suffisamment assez soufferts pour que nous ayons enfin la tranquillité et le bonheur de reprendre une vie normale.

4h40  Nous remontons, encore un orage de passé, il était bien près.

8h1/2 soir  Le calme à partir de 6h, mais dire quel tintamarre depuis hier soir. Canonnade, fusillade, mitrailleuses, obus sifflant continuellement, éclatant, aéroplanes, etc…  On en est assourdi, assommé, abruti. On est dans un cauchemar habituel. Et puis c’est à peine si on peut sortir, on devient enragé de sortir à la fin. Tout cela vous use, vous éreinte, on ne désire qu’une chose, c’est de voir la fin de cet enfer.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Dimanche 22 avril 1917 – le vicaire général Compant, notre compagnon d’abri, célèbre la messe dans la cave de mon beau-frère, à 6 h 3/4. Nous sommes cinq assistants, voisinant là en réfugiés, y compris le fils Pailloux, qui fait office de servant.

Aussitôt, je me rends à l’hôtel de ville, où je pourrai au moins avoir de l’eau pour ma toilette, à laquelle il me faut procéder en me hâtant, dans le bureau que nous avons abandonné hier, car le bombardement pour ainsi dire ininterrompu maintenant, nuit et jour, se rapproche de plus en plus jusqu’au moment où il m’oblige à déguerpir pour filer à la cave, un premier obus bientôt suivi d’autres, venant de faire explosion sur la place.

—  Au cours de l’après-midi, fort bombardement et toujours 305 sur la cathédrale qui, depuis deux jours encore, a subi de nouveaux dégâts très importants.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille autour de nous. De 2 à 3 h. bombarde­ment de la ville (nuit). + 4°. A 2 h. après-midi, bombardement (de 2 h. à 3 h.) sur la ville ; + 4°. A 2 h. 15, bombardement de la Cathédrale par obus de gros calibre. A 9 h. soir, bombardement (?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 22 avril

Entre Somme et Oise, actions violentes des deux artilleries, notamment dans la région au sud de Saint-Quentin.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons poursuivi nos progrès sur le plateau au nord de Sancy. Une lutte à la grenade nous a permis de gagner du terrain dans le secteur de Hurtebise. Par quatre fois, nos tirs de barrage ont brisé des tentatives faites par l’ennemi pour déboucher des tranchées au nord de Braye-en-Laonnois.

Canonnades assez vives dans la région de Reims et en Champagne.

Du 9 au 20 avril, le chiffre des prisonniers allemands faits par les troupes franco-britanniques dépasse 33000. Le nombre des canons capturés est de 330.

Les Anglais se sont emparés de Gonnelieu, à l’alignement des positions qu’ils tiennent plus au sud. Un parti ennemi, qui tentait de pénétrer dans leurs tranchées près de Fauquissart, a été repoussé.

Les armées britanniques ont également remporté des succès en Mésopotamie, près de Samarra, où le général Maude a fait plus de 1200 prisonniers, et aux abords de Gaza.

Le cabinet portugais, présidé par M. d’Almeida, a démissionné.

Les grèves se multiplient en Allemagne dans les usines de munitions, à Berlin, Essen, Nuremberg, Magdebourg, etc.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

 

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Samedi 21 avril 1917

Louis Guédet

Samedi 21 avril 1917

952ème et 950ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Temps gris, triste, brumeux, le baromètre remonte cependant. Changement de lune, nouvelle lune. Bataille formidable toute la nuit, à peine avons-nous dormi avec un bruit pareil. Les bombes commencent à tomber, assez près. Adèle est sortie aux provisions, pourvu qu’il ne lui arrive rien. Elle rentre.

Été à la Ville, vu Raïssac où j’apprends les noms des blessés indiqués plus haut. Aucune autre nouvelle.

11h  Des bombes, il faut descendre à la cave, d’où nous remontons à 11h20. Une simple alerte.

11h50  Des bombes, redescente en cave…  à 1h05 remontée au jour !!

A 2h je vais retirer mon courrier. J’apprends là que Colnart est mort, c’est un brave et on songe à lui donner la Croix de Guerre !! On les compte à ces malheureux, tandis qu’on les prodigue à des lâches, qui au moindre sifflement se terraient dans les caves, pendant que ces malheureux sauveteurs et pompiers de Reims courraient au danger !!

J’apprends aussi que le cabinet du Maire a été éventré au bombardement d’une heure de l’après-midi par un 105. Je fais mon courrier dans la crypte du Palais, au bureau de Villain, greffier civil. Je vais chez Michaud prendre un Écho de Paris, je porte mes lettres chez Mazoyer et je rentre.

Je finis mon courrier moins pressé pour demain.

6h du soir  Une bombe toute proche, fuite éperdue à la cave. On vient de me remettre les valeurs et argent, ainsi que le testament de ce pauvre Colnart, blessé hier rue Colbert, mort aujourd’hui. Il faisait partie d’une association spirite, dont la Présidente, Mme Nicolas, habite rue de l’Équerre, 79 (l’Union spirite). Je range tout cela à la cave ! Cela me fait passer le temps, mais quelle émotion.

7h soir  Une vraie séance et près. Une de ces bombes en éclatant a secoué la cave où nous sommes. L’orage parait calmé, mais nous avons tous été fort émotionnés, sauf Lise qui était remontée malgré moi, et qui ne voulait plus descendre malgré nos appels. Quand elle est venue, je l’ai secouée d’importance et l’ai menacée de la faire partir de Reims. Je lui ai dit qu’elle devait m’obéir au moindre appel. Elle n’a pas pipé cette vieille entêtée. Quelle mule !

7h20  Nous remontons pour dîner. On mange en vitesse, un œuf sur le plat, salade de pissenlits, plus que verts, et moi un peu de saucisson, un peu de gruyère, 3 gâteaux secs. On mange sans conviction, à la hâte, l’oreille aux aguets, « La bête traquée !!… » Non, si je ne deviens pas fou avec une pareille vie !!  Le Diable m’emporte !!  Mes 3 parques sont aussi affolées que moi ! Non ! il faut que cette vie cesse bientôt, sans cela on tomberait. A 8h tout le monde est descendu à la cave pour se mettre à l’abri et se coucher. Voilà un bombardement dont on se souviendra. Peu de bombes, mais proches et vraiment impressionnantes. Il y a des victimes certainement…  Nous verrons cela…  demain ! si nous y sommes !?!?!?!  Que nous réserve la nuit ? Je ne sais !! Le temps est si beau ! Le ciel si clair depuis 4h du soir !! que l’on peut s’attendre à tout !! Oh ! si nous pouvions dire. Demain ? c’est la délivrance !!!!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 avril 1917 – A 12 h 1/2, pendant que nous déjeunions, deux projectiles de gros calibre sont arrivés sur l’hôtel de ville. Le premier a abattu une des grandes cheminées qui, en tombant, défonçait le toit, à l’angle de la rue des Consuls et de la rue de la Grosse-Ecritoire ; l’autre a éclaté sur l’encadrement du chartil (côté cour), conduisant à la rue des Consuls.

Nous avions quitté nos popotes, après les terribles secousses ressenties, afin de risquer un coup d’œil, de l’angle dans lequel se trouve la descente aux sous-sols. Il nous a fallu réintégrer vite ; trois autres obus tombaient ensuite sur la place.

Au total, ces explosions ont causé encore des dégâts considé­rables dans la plupart des bureaux de la mairie.

Le cabinet de l’administration municipale, le « 1er secrétariat » et la « comptabilité », encore saccagés, donnent, cette fois, dans leur ensemble, l’aspect d’un chantier de démolitions.

Un des obus ayant éclaté sur la place a envoyé des blocs de pierres de tous côtés, dans la salle où se tiennent d’habitude le maire, les adjoints et M. Raïssac, secrétaire en chef. D’épais mor­ceaux de plâtre, détachés de son magnifique plafond à comparti­ments, complètement disloqué, couvrent partout le plancher, les tables-bureaux chargées de papiers. Les dossiers disséminés sont en outre recouverts d’une forte couche de poussière blanche.

Au premier bureau du secrétariat, l’explosion de la cour a projeté de forts éclats qui ont disjoint les pierres de taille de la maçonnerie, sous la fenêtre et arraché les lambris ; d’autres ont crevé les pupitres. Le déplacement d’air a envoyé en tous sens les paperasses diverses, les imprimés ; expulsé hors de la bibliothè­que, dont les portes sont brisées, quantité de recueils, de livres de tous formats, de toutes épaisseurs retombés ouverts ou dont les feuillets sont épars, le tout pêle-mêle, sur les tables ou dans les coins, dans un désordre indescriptible.

Dans notre bureau de la comptabilité, tout est encore sans dessus dessous, au milieu de débris et de plâtre pulvérisé.

Le bombardement continue mais, pendant la première accal­mie, la consigne de déménager qui vient d’être donnée aux servi­ces, court comme une traînée de poudre.

L’administration municipale avec M. Raïssac, les employés des quelques bureaux qui fonctionnaient toujours dans les locaux de l’hôtel de ville et la police quittent alors en hâte le monument, au début de l’après-midi, pour aller s’installer, comme ils peuvent, dans les premières caves de la maison de vins de champagne Werlé & Cie (marque Vve Cliquot-Ponsardin), rue de Mars 6, dont l’entrée est en face des bureaux du commissariat central.

Les allées et venues pour le transport des tables, des chaises, des dossiers, de tout le matériel nécessaire à la mise en place et pour le travail de tous, se font en vitesse, malgré les sifflements, sous l’œil bienveillant de M. Raïssac, occupé lui-même à prendre ses dispositions de concert avec M. Fournier, l’accueillant directeur commercial de la maison.

Le maire, M. le Dr Langlet, M. Emile Charbonneaux et M. de Bruignac, adjoints, disposent, avec le secrétaire en chef, d’un petit caveau situé au fond, à gauche d’un grand emplacement destiné aux services et où sont placées les unes à la suite des autres, de chaque côté, les tables des différents bureaux, lesquels sont an­noncés par des pancartes.

Le personnel des plus réduit, ainsi groupé à ce moment, est composé de :

Comptabilité : MM. E. Cullier, A. Guérin, P. Hess ;

Etat-civil : MM. Cachot, Deseau ;

2e Bureau du secrétariat : MM. Landat et E. Stocker, avec, au­près d’eux, M. Bouvier, receveur des droits de place ;

Bureau militaire : M. Montbrun ;

Appariteurs : MM. Cheruy, Maillard et Haution.

En face, pour la police, M. Pailliet, commissaire central ; M. Gesbert, commissaire du 4e canton ; M.L. Luchesse, secrétaire- chef ; MM. Poulain et Compagnon, de la Sûreté ; Lion, inspecteur des sergents de ville ; Demoulin, sous-inspecteur ; Noiret, Schuller, secrétaires ainsi que quelques brigadiers et agents.

Et l’on peut bientôt recommencer à travailler, d’un bout à l’autre de la galerie, à l’aide d’un éclairage assuré par environ vingt-cinq lampes à pétrole.

— Sur le soir, des obus de très gros calibre (305), comme ceux tirés le 19, sont envoyés à nouveau sur la cathédrale. Un entonnoir, derrière son abside, tient toute la largeur de la rue du Cloître ; le trottoir lui-même est enlevé, il ne reste qu’un étroit passage sur le bord de l’excavation, contre les maisons.

Les effets des projectiles de 305 sont véritablement effrayants.

Le 19, la place du Parvis où leurs explosions, sauf une s’étaient localisées, a été recouverte, ainsi que le terrain inutilisé derrière le Palais de Justice, de nombreux pavés de grès projeté en l’air et retombés par-ci, par-là, dans ce rayon le plus court, mais il en est qui sont allés voltiger jusque sur la place des Marchés. A cours de recherches sur les causes de l’inondation d’un plafond, j’en ai trouvé un dans le grenier de la maison de mon beau-frère, rue du Cloître 10 ; il y avait pénétré en crevant la toiture.

Si l’on se rend compte que chacun de ces engins a lancé ainsi, en fouillant la terre, des centaines de pavés en tous sens, cela donne une idée de la force et de la violence de leurs éclatements.

— Cette journée du 21, de même que celle du 20, a été excessivement dangereuse et atrocement inquiétante. Pour être allé, vers 9 h jusqu’auprès des halles, rue Courmeaux, je me suis trouvé pris dans des arrivées subites. J’ai pu, heureusement, me réfugier tout de suite dans une bonne cave, au soin de la place des Marchés et de la rue Courmeaux, où il m’a fallu rester environ une heure.

Le nombre des obus, pour chaque jour depuis le 6, ne peut plus être évalué ; il est trop important.

—  Nous avons appris aujourd’hui, la mort du pompier Colnart. Ce malheureux, volontaire depuis la guerre, connu pour son dévouement et son insouciance du danger, avait été blessé hier, en même temps que le capitaine Geoffroy, des pompiers de Reims et Cogniaux, brancardier volontaire, par un des obus tombés devant l’hôtel de ville.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Samedi 21 – + 6° De grand matin, de 4 h. à 6 h., combats violents et nourri au nord et à l’est de Reims. 9 h., bombes sifflantes de gros calibre, un peu de tous côtés. A 11 h. très très violents bombardements d’un quart d’heure : 2 h. 1/2 quelques obus. Expédié aujourd’hui lettre aux Cardi­naux ;

6 h. bombardement de la Cathédrale, gros calibre ; pas atteinte. Pluie de pierres dans le jardin autour de moi. J’étais sorti pour dire mon bréviaire, croyant que c’était fini, cela reprend tout à coup. Je regarde en l’air ; le ciel est rempli de points noirs : pavés, éclats d’obus, pierres, à la hauteur du vol des hirondelles. Je remarque qu’il n’y en a pas au-dessus de ma tête. Je ne bouge pas, laissant tomber la quête. Deux pavés tombèrent l’un à 3 mètres, l’autre à 10 mètres de moi. Je ne suis pas touché. A la Cathédrale, un obus perce la voûte au-dessus du Maître-autel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, activité des deux artilleries, spécialement au nord de Grugies.

Journée calme au sud de l’Oise. Au nord de l’Aisne, nos troupes harcelant l’ennemi ont continué à progresser vers le chemin des Dames. Nous avons occupé le village de Sancy.

Après une violente préparation d’artillerie, les Allemands ont lancé sur la région Ailles-Hurtebise une attaque à gros effectifs qui a été brisée par nos feux d’artillerie et de mitrailleuses et complètement repoussée.

En Champagne, nous avons enlevé plusieurs points d’appui important dans le massif de Moronvilliers, malgré une résistance acharnée de l’ennemi.

En quatre jours, nous avons fait 19000 prisonniers entre Soissons et Auberive. Le chiffre des canons actuellement recensés dépasse la centaine. En Argonne, après un vif combat, nos troupes ont atteint la deuxième tranchée ennemie.

Les Belges ont dispersé une reconnaissance près de Stuyvekensaerke, en faisant des prisonniers.

En Macédoine, nos troupes ont repris quelques éléments de tranchée qui avaient été perdus à Cervena-Stena.

Les Serbes ont repoussé deux attaques à l’est de la Cerna.

Un raid d’avions autrichiens a échoué à Venise.

Simple fusillade sur le front russe.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Vendredi 20 avril 1917

L'intérieur de la cathédrale

Louis Guédet

Vendredi 20 avril 1917

951ème et 949ème jours de bataille et de bombardement

9h1/2 matin  Pluie hier soir, beau temps ce matin, moins froid qu’hier, matinée couverte mais claire. Le beau temps semble vouloir se stabiliser. Bombardement la nuit, de petits obus, des 77. Mal dormi, on est toujours sur le qui-vive dans la crainte des gaz asphyxiants. Ce matin été au Palais (qu’on me disait à moitié détruit, il n’en n’est rien) porter mes lettres à la Poste. Place du Parvis je rencontre Émile Charbonneaux et nous regardons ensemble le trou énorme fait par un 240 ou un 305 hier soir vers 5h au 2ème bombardement de la Cathédrale qu’ils visent avec acharnement et rage, devant la maison du marchand de tableaux et de cartes postales, près de chez Boncourt le pharmacien, juste devant l’angle de la place et de la rue Tronsson-Ducoudray, saillant sud du mur de l’ancienne prison. Ce trou a 6 mètres de diamètre et autant de profondeur !! Toute la rue est coupée à cet endroit, il faut longer le trottoir du Palais de Justice pour pouvoir passer.

Devant le Palais de Justice, dans le petit parterre de face à gauche en entrant, en face de la chambre du concierge (et non de sa loge cuisine) un autre trou de 7/8 mètres de diamètre et autant de profondeur. Il est tombé en pleine terre végétale, et cela explique sa plus grande profondeur que le 1er place du Parvis. On marche dans toutes sortes de débris, gravats, terre éclaboussée, et…

Je pousse à l’Hôtel de Ville où Raïssac me dit n’avoir pu donner mes valeurs à consigner à Charles. Je les lui laisse pour qu’il profite de la 1ère occasion pour Épernay. Là j’écris un mot à Madeleine et Robert que Raïssac m’a proposé obligeamment de donner à M. Jallade qui va à Paris.

10h matin  2 bombes, allons-nous être obligés de descendre à la cave ? Je lis dans le Petit Parisien d’aujourd’hui que M. Jacques Régnier, notre sous-préfet, vient d’être nommé secrétaire Général des Bouches-du-Rhône à Marseille. C’est la suite de son aventure avec Lenoir, à l’Hospice Noël-Caqué, où il ne pouvait se tenir debout tant il était ivre. Il est remplacé par M. Bailliez, sous-préfet d’Abbeville (Charles-François Louis Bailliez, décédé en 1922 dans l’exercice de ses fonctions).

10h20  Il faut descendre, les obus se rapprochent. Quand donc aurons-nous fini de mener cette vie épouvantable d’angoisses renouvelées à chaque instant, et sans cesse.

10h3/4  Nous remontons au soleil.

3h1/2  Déjeuner mouvementé, on mange 3 bouchées et on se lève pour descendre à la cave, assiette en main. Après 5/6 exercices variés de ce genre : Zut ! on s’assied ! et arrive qui pourra, on mange…  plutôt mal ! l’oreille au guet !! pour entendre où çà tombe et si çà rapproche.

A peine fini de déjeuner à 12h1/2 Dondaine m’arrive pour faire un inventaire chez Vassart, avenue de Paris. Je suis émotionné au point de lui faire presque un reproche de venir ici dans des moments pareils. Il avoue lui-même : « Qu’il n’a plus le pied marin pour cela ! » Nous causons et j’ai hâte qu’il parte avenue de Paris. Je lui signe l’inventaire Vassart d’avance à tout hasard si je ne puis aller avenue de Paris. Je prends l’inventaire Mareschal pour le faire signer à Bompas à la Chambre des notaires, je lui signe en blanc les requêtes d’ordonnances pour les 6 dépôts de valeurs à la Caisse des dépôts et Consignations à Fréville, lui donne une lettre pour le Vice-président, et lui dit que si je ne puis les lui remettre je lui ferai remettre par un agent cycliste les valeurs Giot et Valicourt. Nous nous quittons, lui pour l’avenue de Paris, moi pour l’Hôtel de Ville, rue du Cadran St Pierre, place d’Erlon, du Carrouge, Thiers devant la Chambre des notaires des bombes, pas de grosses.

A l’Hôtel de Ville je trouve heureusement Raïssac qui me remet mes plis. Je fais appeler Bompas qui me signe sur un coin de table l’inventaire Mareschal. Émile Charbonneaux  apprenant que j’ai un lien pour Épernay, me dit que l’abbé Camu cherche quelqu’un pour remettre un rapport et une protestation du Cardinal Luçon au Pape contre les derniers bombardements de la Cathédrale. Je saute chez l’abbé Camu qui me dit que le sous-préfet a bien voulu s’en charger pour faire porter ce pli à Paris ; on gagnera ainsi 3/4 jours. Il n’y a pas de temps à perdre, sans cela la pauvre Cathédrale sera démolie…  de là je prends mon courrier, insignifiant. 2 lettres. Une de ma femme, toujours aussi affolée. Je file enfin avenue de Paris chez Vassart au delà de la Porte en fer Louis XVI (depuis 1960 elle se trouve rue de Bir-Hakeim, en face du Cirque), en face de l’auberge du Soleil d’Or. J’y trouve Dondaine faisant son inventaire. Je trouve là Alfred, ancien cocher de M. de Vroïl, de Courcy, château de Rocquincourt, la veuve Vassart et un autre cocher…  avec M. Lavergne, chef de bureau, secrétaire du conseil Municipal qui lâche et s’en va (Chef du 1er bureau du secrétariat à la Mairie). Que de départs, surtout  de défections au…

Le tiers central de la page a été découpé.

Je rentre à la maison. Rue de Vesle, vers la rue de Soissons (rue de la Magdeleine depuis 1947), je rencontre 4 prisonniers allemands, Croix Rouge. Je ne puis m’empêcher de leur jeter : « Assassins ! assassins !! » Ils baissent la tête. Plus loin chez le marchand de bicyclettes, un peu avant Jean-Bart café rue des Capucins, j’aperçois un petit soldat avec la fourragère du 61ème d’artillerie, je lui demande où il est en ce moment, et s’il est de la batterie de mon pauvre Robert. Il me répond qu’il fait partie des batteries de crapouillots devant Brimont, et par conséquent n’est pas avec mon petit. Alors je lui demande où nous en sommes devant Brimont, et si çà va bien là-haut !!…  Il m’affirme que cela va très bien, et comme il m’ajoute que nous sommes à Brimont, je lui dis : « au château de Brimont, pas à Brimont ! » Lui de répondre : « Nous sommes à Brimont et sur la route à la redoute du cran de Brimont, près de cette route. Nous les encerclons !! J’insiste et en effet, nous avons bien le village de Brimont, il n’y a que le massif boisé qui reste à réduire. Il parait que les allemands ont creusé dans ce pic des souterrains formidables. Ils sont encerclés ou à peu près, et il faudrait qu’ils s’en aillent comme à Douaumont, ou qu’ils meurent de faim là-dedans ». Je le remercie, lui donne le nom de Robert à tout hasard, et suis un peu réconforté en sachant Brimont à merci.

5h20 soir  Le bombardement…

Le tiers central de la page a été découpé.

…cave. Je vais me coucher, n’ayant rien de mieux à faire. On ne peut entreprendre aucun travail suivi, on a toujours l’esprit en éveil, aux aguets. On mène une vie purement animale. Vie de bête sans défense traquée à chaque minute de la journée et de la nuit. Les bombes sont tombées jusqu’à 8h1/2, les coups se succédaient régulièrement par volées de 4, quand un obus éclatait on entendait le suivant siffler. Le tout vers la Gare et l’Hôtel de Ville, rue de Tambour fort abîmée et rue Colbert face Banque de France. Malheureusement là des blessés. Le capitaine des pompiers de Reims Geoffroy et Cogniaux, employé à la Ville, très légèrement blessés. Enfin Colnart (Eugène) qui s’occupait des laissez-passer, fort blessé. C’était un charmant garçon, espérons qu’il s’en tirera.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 avril 1917 – Bombardement toute la nuit, dans le centre.

— A 11 h, du bureau, nous entendons le sifflement et l’explosion d’un 150 sur la place de l’hôtel de ville, devant la rue de la Prison ; c’est le premier obus de la matinée, mais il est encore suivi aussitôt de beaucoup d’autres.

Toujours même vie pénible. Descente à la cave ; impossible d’en sortir.

Il nous a fallu, ces jours-ci, nous organiser au point de vue du ravitaillement. Guérin, notre cuistot de la « comptabilité », passe régulièrement chaque matin, à la boucherie ou aux halles, puis à la boulangerie d’Hesse, rue de Tambour, où il peut devenir très diffi­cile, sinon impossible, de courir plus tard. Nous avons dû faire, tous, une nouvelle provision de conserves diverses et l’administra­tion municipale a fait réserver à l’hôtel de ville, pour le personnel,  des boules de pain et des pommes de terre, au cas où il ne pour­rait pas faire d’achats au dehors.

Les fontaines ne coulent plus. Une arroseuse de la voirie mu­nicipale, conduite par Jacquet, cantonnier, dont nous guettons le retour dans la cour de la mairie, nous approvisionne d’un seau d’eau chaque matin, après la tournée régulière chez les boulangers qui n’ayant pas de puits, ont demandé à être servis de cette ma­nière.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 6°. Via Crucis in Cathedrali pervastata. Voûtes tom­bées au transept et devant la chaire. Amas de décombres obstruant l’édi­fice ; Fonts Baptismaux écrasés, écrasés. « La France est punie par où elle a péché : elle a renié son baptême, en déclarant ne reconnaître aucun culte ; elle a rompu l’alliance avec le Christ dont la Cathédrale est le monu­ment ; elle est frappée dans sa Cathédrale et ses fontaines baptismales » ai- je dit au Cicerone (M. Huart) en contemplant cette dévastation. Fréquentes bombes sur les batteries, sur la ville. Expédié lettres au Pape, relatant les événements.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

L'intérieur de la cathédrale

L’intérieur de la cathédrale


Vendredi 20 avril

Au sud et au sud-ouest de Saint-Quentin, grande activité des deux artilleries. Rencontres de patrouilles aux lisières de la haute forêt de Coucy.

Entre l’Aisne et le chemin des Dames, nous avons continué à progresser au nord de Vailly et d’Ostel. Une attaque ennemie sur la légion de Courtecon a été arrêtée par nos mitrailleurs. Une autre attaque a été fauchée pas nos feux sur le plateau de Vauclerc. Nous avons occupé les villages d’Aizy, de Jouy, de Laffaux et le fort de Condé, ainsi qu’un point d’appui au nord de la ferme de Hurtebise. Nous avons fait 500 prisonniers et capturé 2 canons de 105. A l’ouest de Berméricourt, nous avons fait 50 prisonniers.

En Champagne, lutte violente dans le massif de Moronvilliers. Nous avons élargi nos positions au nord du Mont-Haut. Au nord-ouest d’Auberive, nous avons enlevé un système de tranchées et capturé 150 Allemands.

Echec d’une tentative ennemie à Bolante, dans l’Argonne.

Progrès anglais près de Loos. Le butin de nos alliés est maintenant de 228 canons.

Le cabinet Romanonès a donné sa démission à Madrid. Il a été remplacé par un cabinet Garcia Prieto.

Le général von Bissing, gouverneur général de Belgique, est mort.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Jeudi 19 avril 1917

Louise Dény Pierson

19 avril 1917

L’image contient peut-être : maison, ciel et plein air

A Reims la vie continuait avec ses alertes et ses avatars, le train blindé revint le lendemain au même endroit. Entre deux tirs, les artilleurs venaient bavarder avec des civils qui regardaient la batterie depuis le passage à niveau.
Par leurs conversations, nous apprîmes qu’ils tiraient à 19 km sur la gare de Bazancourt, que le calibre des obus était de 340 et qu’ils pesaient près de 400 kg et étaient destinés à détruire les voies du triage de Bazancourt qui desservait quatre lignes de chemin de fer. Des aéroplanes allemands essayèrent à plusieurs reprises de venir jusqu’au dessus des pièces mais furent chassés par nos appareils qui veillaient à la sécurité de la batterie.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Jeudi 19 avril 1917

950ème et 948ème jours de bataille et de bombardement

10h1/2 matin  Le temps a l’air de vouloir se remettre au beau ! Temps gris clair froid.

Bombardement toute la nuit avec gaz asphyxiants un peu partout, et notamment tout près d’ici au 8 et 10 de la rue du Jard, chez les Dames de l’Espérance.

Été à la Ville. On ne sait rien. Vu Paillet, commissaire central qui prétend que notre grande attaque est ratée et a fait long-feu, Houlon, Raïssac avec lequel je m’entends pour me débarrasser des valeurs pour la Caisse des Dépôts et Consignations à Épernay. Revenu avec Houlon qui retournait aux Hospices, en route je lui contais l’histoire des injures faites par Dupont aux abbés Camu, Haro et Griesbach. Quand j’ai fini il me rappela que je connaissais bien ce Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont que nous avions vu aux allocations militaires cantonales. En effet c’est ce même Dupont qui nous avait demandé il y a quelques mois de supprimer l’allocation militaire accordée à sa femme, sous prétexte que celle-ci se conduisait mal. Or enquête faite, on constate que cette femme avait une conduite irréprochable. Et qu’au contraire le joli Monsieur, le mari, avait une conduite déplorable et vivait avec une maîtresse ! Il avait voulu tout simplement nous faire retirer l’allocation à sa femme pour nous la faire reverser quelques temps après sur la tête de sa…  maîtresse !!! C’était parfait ! Vous voyez que ce citoyen a toutes les qualités requises pour faire le parfait embusqué qu’il est. Il est complet… Cela ne m’étonne plus, attendu le milieu d’embusqués dans lequel il vit à la Place.

Voilà comment la Place de Reims est gouvernée par un tas de fripouilles ! coureurs de cotillons et insulteurs de Prêtres : tout cela va bien ensemble.

1h  Nous sommes à la cave. A 11h20 3/4 obus dans les environs. Nous descendons, à midi nous remontons déjeuner. A midi 1/2 nouveaux obus, à peine notre déjeuner terminé, redescente à la cave où je finis mon café. Les obus tombent régulièrement vers le centre, Palais de Justice, Cathédrale, toutes les 5 minutes, et ce sont des gros. Et toujours le même aboiement. Quand donc n’entendrai-je plus ce martelage !

4h soir  A 2h1/2 nous remontons. Je vais aussitôt au Palais prendre mon courrier. Une lettre affolée de ma chère femme. Je vais à l’Hôtel de Ville remettre à Raïssac les 2 plis Valicourt et Giot pour la Caisse des Dépôts et Consignations à confier à Charles, notre receveur Municipal, s’il veut bien s’en charger. J’écris un mot à ma chère aimée pour la tranquilliser et la remonter un peu. Pourvu qu’elle ne tombe pas malade ! Son tourment pour Robert, pour moi et bientôt pour Jean m’effraie. Mon Dieu, ayez pitié d’elle et faites cesser ces épreuves, et que nous soyons tous sauvés bientôt, et réunis sains et saufs tous ! (Une bombe, il faut descendre). Je continue dans la cave.

Ma lettre écrite, je la confie à Houlon qui la donne pour que Charles la mette à la Poste à Épernay ou à Paris. Nous partons ensemble avec Houlon voir les dégâts faits à la Cathédrale. Il en est tombé 4/5 sur le côté sud, un obus devant la grande porte du Lion d’Or, faisant un trou énorme de 4/5 mètres de diamètre et autant de profondeur, les pavés sont pulvérisés. 3 ou 4 chez Boncourt, la maison est en miettes. Je quitte Houlon rue Hincmar où il continue vers les Hospices…  Je rentre fort impressionné. Il est temps que Dieu se montre et nous délivre. Le Cardinal a protesté auprès du Pape contre le bombardement de la Cathédrale d’avant-hier. Il ne risque rien de le faire avec la dernière énergie pour aujourd’hui encore. Ils visent à n’en pas douter les tours qu’ils veulent abattre.

Avec Houlon nous faisons la remarque qu’avec cette recrudescence de rage des allemands, le sentiment anticlérical haineux se faisait sentir aussi ici. Témoin l’affaire Dupont de l’autre jour. Tout à l’heure dans la grande salle d’attente de l’Hôtel de Ville, Charlier des allocations militaires relève de la belle manière Deseau, employé à l’État-civil qui, apprenant que la Cathédrale a été bombardée, se mit à dire : « Çà n’a pas d’importance que la Cathédrale soit démolie, je ne m’en inquiète pas plus que d’une… , mais c’est nous qui sommes à plaindre !! »…  Voilà bien la haine anticléricale et radicale. Tout périra plutôt que leurs idées, leur parti. C’est ignoble.

Les obus continuent à tomber vers notre pauvre Cathédrale. Arrêtez-les ces bandits, mon Dieu !! Épargnez-là, et qu’ils partent tout de suite.

8h10 soir  Nous sommes remontés de cave vers 5h1/2 du soir. J’ai dormi…  on dîne à 6h1/2 du soir, au cas où il faudrait descendre plus tôt…  La bataille fait rage jusqu’à maintenant. Cela parait ralentir. Il pleut. Je suis las, désemparé. Je ne vois aucune solution à notre situation. Serons-nous même dégagés cette fois-ci…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

19 avril 1917 – Bombardement, au cours de la nuit, vers le boulevard de la Paix, les rues de Contrai et du Jard.

A partir de 11 h, bombardement de la cathédrale par obus de 305. De vingt à vingt-cinq de ces énormes projectiles sont tombés, dont plusieurs l’ont atteinte ; d’autres ont formé sur la place du Parvis des entonnoirs de dimensions effrayantes et inconnues de nous jusqu’alors — 6 à 7 mètres de diamètre et 2,50 m environ de profondeur. Il existe encore un de ces entonnoirs dans le jardinet du Palais de Justice, derrière les grilles de la place du Palais.

La tour nord de la cathédrale a été très fortement entamée à sa base et la voûte crevée, paraît-il.

— Aujourd’hui, j’ai pu réussir à me rendre à Épernay, afin d’aller rassurer ma famille à mon sujet. Supposant qu’elle avait dû s’alarmer beaucoup en apprenant les tristes nouvelles de ces temps derniers, dont j’ai eu soin cepen­dant de parler le moins possible, dans mes correspondances, mais qui sont colportées là-bas par les évacués de passage venant de Reims, j’avais pu m’organiser pour partir de la permanence de la Croix-Rouge, rue de Vesle 18, sur une voiture d’ambulance emme­nant des blessés civils, étendus sur des brancards.

Le voyage a été trop court mais n’en a pas moins procuré et fait ressentir à tous une grande joie, un véritable bonheur.

Parti à 11 h 1/2, j’étais rentré à 18 h sans encombre, car pour le retour — qu’il me fallait risquer sans le laissez-passer obligatoire de plus en plus rigoureusement exigé, mais que je n’avais pas demandé parce que je me le serais vu refuser — le chauffeur, près de qui je me tenais sur le siège, à l’aller, avait pris la précaution de m’enfermer dans son fourgon sanitaire, qu’il était censé ramener à vide, ainsi qu’il le faisait fréquemment. Il s’agissait simplement d’éviter surtout de me laisser voir aux gendarmes, postés de dis­tance en distance sur la route et j’éprouvais une certaine satisfac­tion, quand nous avions passé devant eux en vitesse, à voir leurs silhouettes s’éloigner, l’une après l’autre, lorsqu’il m’arrivait de jeter un coup d’œil rapide, par l’arrière du véhicule.

— L’Éclaireur de l’Est de ce jour fait connaître les noms des différents commerçants des quatre cantons de la ville, chez les­quels on peut s’approvisionner. Voici la copie de la liste, telle qu’elle est donnée :

Le ravitaillement de la ville.

Boulangeries

1er canton : Ast ; d’Hesse.
2e canton : Lejeune.
3e canton : Clogne, Cochain, Philippe, Schick, Lefevre, Lambin.
4e canton : Barré, Lalouette, Laurain..

Boucheries Charcuteries

1er canton :Taillette, Schrantz, boucherie chevaline, boucherie municipale (viande frigori­fiée). Charcuterie Dor, charcuterie Alsacienne.
2e canton : Gaston Taillet (Foisy).
3ecanton Wiart, Hamart, Blin aîné, Fourreur.

Pétrole – Essence

1er canton : Maroteaux& Camus (A. Betsch) Ravitaillement municipal, au local habituel ; nos conci­toyens n’ont plus à se faire délivrer de bons

Farine – Charbon : Ravitaillement municipal

Épiceries et Vins

Comptoirs français (succursales ouvertes)
1er canton : Maison Félix Tonet (gros) ; Maison Gouloumès ; Maison Burguerie (maison coloniale Fillot) ; Maison Garnier ; Succursale des Comptoirs français tenue par M. & Mme Darier, pour conserves, charcuterie, vin, œufs, de 8 h du matin à 6 h du soir ; Maison Desruelles ; Maison Boscher.

Lait

Darlin est toujours à Reims. Son vaillant personnel continue ses distributions le matin.

Beurre, œufs, fromages et cafés.

1er canton : Maison Jacques.

Charcuterie, Conserves.

1er canton : Maison Fouan.

Restaurants et débitants.

1er canton : Dricot, Café Jean, Mathias (Maison histori­que), Triquenot, Charles Barlois, Café Fernand, Daimand, La Tour-Eiffel, Wanlin, Café-restaurant parisien (Maison Gau­thier).
3e canton Café Ernest.

Papeteries

1er canton Mlle Eppe ; Maison Lepargneur (Pailloux) ; Mme Thomas, Mme Feuchères, M. Richard.

Tabac – Papeterie.

3e canton M1™ Lambin.
4e canton : Berlemont.

Tailleur et nouveautés

1er canton : Maison Barrachin.

Marchands des quatre-saisons.

1er canton : Mmes Fortin, Hulot, Olive-Desroches, Jésus, Lebeau, Guillaume, M. Schenten.

Coiffeurs.

1er canton : Florent.
3e canton : Couttin, Vesseron.

Parfumerie fine, produits photographi­ques et chimiques.

Piequet de la Royère.

Menuiserie (cercueils).

1er canton :  Fontaine.

Louage de voitures

1er canton : Varet.

Sur les quatre colonnes, recto et verso compris, du nouveau format du journal (20 x 30 environ), le communiqué en occupant une et demi, l’énumération reproduite ci-dessus à peu près autant, les 3/4 du reste étant tenus par des renseignements sur le fonc­tionnement actuel des services hospitaliers à Reims, l’emplacement accordé aux nouvelles proprement dites, est donc forcément restreint.

Encore, dans cet emplacement, la rubrique portant comme ti­tre en gros caractères : « Le bombardement« , a-t-elle été en grande partie censurée après le maintien de l’information suivante, si sim­plifiée qu’on aurait pu tout aussi bien la caviarder que le reste de l’article, sans nous priver le moins du monde : dans la nuit de mardi à mercredi, nombre important d’obus. Ceci ne nous a rien appris, en effet.

Après avoir lu, au recto, sous le titre « Regrets » : Nous avons le regret d’annoncer la mort de M. Mellet, puis au verso : « M. Lenoir à Reims » : M. Lenoir, député de Reims, est depuis trois jours dans notre ville et terminé par l’annonce suivante, venant après la liste des commerçants : La Grande pharmacie de Paris est ouverte tous les jours, de 8 h 1/2 à midi et de 2 à 5 h, nous avons épuisé toute la substance contenue le 19 avril 1917, dans L’Éclaireur de l’Est nouveau modèle, qui fait certainement ce qu’il peut, dans les cir­constances présentes, pour nous renseigner, malgré les difficultés.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Toute la nuit agitée autour de Reims. Entre minuit et 2 h. violent bombardement. Gaz asphyxiants rue du Jard et chez les Sœurs de l’Espérance. A 11 h. cinq obus tirés sur la Cathédrale ; de 12 à 1 h. 30, un grand nombre d’obus, un par cinq minutes ; tous ne touchent pas l’édifice, mais ceux qui ne la touchent pas tombent tout près, dans les ruines de l’ar­chevêché, dans les chantiers sur la place du parvis ; tous la visent évidem­ment ; une dizaine la frappent et la blessent très gravement. – 3e séance de bombardement de 3 h. à 4 h. La voûte de la plus haute nef est percée devant la chaire ; l’abside est atteinte. Notre maison est arrosée d’éclats d’obus, de pierres ; des pavés tombent dessus et dans le jardin. Le crucifix de l’autel de notre oratoire et un chandelier sont renversés (dans notre oratoire). Des arbres de la place du parvis sont déracinés par les obus lancés dans l’air et s’en vont, par dessus les maisons, retomber dans des rues assez éloignées. Les pavés et fragments de pierre lancés par les obus dans les airs, montent plus haut que les tours ; ils me semblaient atteindre la région du vol des hirondelles. Ail h., bombardement sur la ville. Lutte d’artillerie, à l’est et au nord de Reims, à Moronvillers et à Brimont.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173


Jeudi 19 avril

Les Allemands ont attaqué nos positions au sud de Saint-Quentin. Ils ont réussi à pénétrer dans nos éléments avancés, mais tous les occupants ont été ensuite tués ou capturés. Notre ligne est rétablie.

Entre Soissons et Auberive, notre action s’est poursuivie. Au nord de Chavonne, nous avons pris Ostel et rejeté l’ennemi à un kilomètre. Braye-en-Laonnois a été conquis ainsi que tout le terrain aux abords de Courtecon. L’ennemi s’est replié en désordre, abandonnant ses dépôts de vivres. Un seul de nos régiments a fait 300 prisonniers. Nous avons capturé 19 canons.

Au sud de Laffaux, nos troupes ont culbuté l’ennemi et pris Nanteuil-la-Fosse.

Sur la rive sud de l’Aisne, nous avons pris la tête de pont organisée entre Condé et Vailly, ainsi que cette dernière localité. Deux contre-attaques lancées par les Allemands ont été brisées par nos mitrailleuses.

A l’est de Courcy, la brigade russe a enlevé un ouvrage. Au total, nous avons capturé dans cette région, 27 canons, dont 3 de 150. En Champagne, nous avons pris 20 canons et 500 hommes. Le chiffre global des prisonniers est de 17.000, celui des canons déjà dénombrés de 75. Les Anglais ont progressé vers Fampoux.

Une crise gouvernementale a éclaté à Vienne.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mercredi 18 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : 2 personnes

18 avril 1917

Le long de la grande allée centrale des parois de planches délimitaient des chambres où les familles trouvaient un peu d’intimité.
A côté de nous, couchaient des gendarmes et pour cette première nuit, il y eut chez eux un certain remue ménage qui nous tint éveillés.
Une de leurs patrouilles amenait un soldat d’un uniforme inconnu ; c’était un Russe et il fallait trouver un interprète, c’était un officier logé plus loin. Ce Russe faisait partie d’une division de l’armée du Tsar amenée à grands frais sur le front français. Pourquoi ? Mystère !
Peut-être pour remonter le moral de nos troupes qui était bien bas après l’échec de nos offensives des 16 et 17 avril…

A la fin de l’après-midi, le train blindé, ses canons repliés, est reparti vers Rilly-la-Montagne où il trouve un abri très sûr dans le tunnel. Il n’en a pas de même pour nous qui avons commencé à recevoir la riposte des Allemands dont les obus tombent un peu partout.
Alors que j’arrive à la porte de la maison, un sifflement très proche me surprend. Au lieu de me jeter à terre, comme on nous l’a appris, je m’élance dans le couloir en claquant la porte derrière moi, geste machinal qui ne m’aurait pas sauvée de l’obus mais peut-être des éclats et qui ne valait pas un rapide plat ventre ..
Nous sommes gratifiés, dans notre quartier, de deux variétés d’obus : l’Allemand dont on entend bien le sifflement avant l’explosion et l’Autrichien qui explose avant qu’on ait pu l’entendre venir, bien plus dangereux que l’autre.
Heureusement, si l’on peut dire, qu’il arrive plus d’obus allemands que d’autres. Pour cette nuit et les suivantes, qui menacent d’être agitées, nous quittons la maison de la vigne pour nous réfugier dans les caves Walfart plus solides et bien organisées pour recevoir les habitants voisins.

Ce matin, nous avons eu une surprise : un train que nous appelions peut-être à tort, blindé, est arrivé dans la nuit. Il est venu prendre position dans la grande tranchée du chemin de fer, tout en haut des vignes (Sur la photo, l’endroit est aujourd’hui le pont Franchet d’Espèrey).
Ce sont deux pièces d’artillerie de marine montées sur des wagons métalliques très longs, dont les bouches impressionnantes émergent de la tranchée.
Dès les premiers coups, c’est la panique parmi les travailleurs de la vigne, d’autant plus que des morceaux de cuivre rouge, arrachés de la ceinture des obus tombent çà et là. Un ouvrier a voulu en ramasser un et s’est brûlé les doigts.
Notre surveillante a voulu nous répartir aux deux extrémités de la vigne et continuer le travail mais un officier de la batterie est apparu en haut du talus et d’un ton sans réplique, s’adressant à la surveillante : « Je ne veux voir personne en avant des pièces, sortez tous immédiatement ou je ferai exécuter une évacuation totale et définitive du personnel civil travaillant sur ce terrain ».
Bon gré, mal gré, la surveillante a dû bien exécuter cet ordre et nous avons été répartis dans d’autres services des caves Walfart.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

Louis Guédet

Mercredi 18 avril 1917

949ème et 947ème jours de bataille et de bombardement

11h matin  Temps gris brumeux, glacial, de la neige fondue, du grésil, de la pluie, sale temps. Nuit tranquille dans notre quartier. Mais boulevard Lundy, bombardement vers 2h du matin, tir de barrage. Pierre Lelarge a encaissé pour son compte 6 obus, Lorin rue de Bétheny un, etc…  etc…

Hier soir j’ai reçu la visite du bon R.P. Desbuquois, charmant homme, beaucoup de cœur, et qui me comprend très bien et sent mes souffrances auxquelles il compatit en même temps (rayé) qu’il n’est pas surpris de leur (rayé) cruauté même envers (rayé). Causé longuement, il reviendra me voir puisqu’il est revenu habiter rue de Venise au Collège, dans la crainte des gaz asphyxiants, rue St Yon où il habitait seul. Il était plus raisonnable pour lui de se trouver avec les collègues, c’était du moins plus prudent. Je pourrai ainsi aller le voir plus facilement.

Ce matin le calme. La bataille continue dans le lointain, toujours vers Berry-au-Bac, mon pauvre Robert !!!! Été à la Poste, trouvé lettre du Père Griesbach retirant sa plainte contre Dupont, son insulteur, et mis une lettre pour Madeleine. Été à la Ville, rien de saillant, on est sans nouvelle de la bataille. Les employés de la Ville sont toujours heureux de me voir, ainsi que les agents de Police.

Repassé chez Mazoyer, mes lettres d’hier ont été prises par lui. Çà va bien !! Ce soir j’en remettrai une pour ma chère femme. Rencontré en route Lesage, pharmacien, casqué comme un vrai poilu. Il a bonne tête là-dessous, cela lui va !! Il est las comme nous tous !! Rentré à la maison par un brouillard tombant frais ! On est glacé. Aussi bien physiquement que moralement. Il serait pourtant bien et temps que notre martyr cessât ! On est au bout de tout, forces physiques et morales, on vit en loques !

6h soir  A 2h été prendre mon courrier, reçu lettre de ma pauvre femme, toujours aussi angoissée. Je lui réponds de mon cabinet de juge. Elle me disait qu’elle avait reçu une lettre du 10 de Robert qui allait bien et disait que de la hauteur où il était il voyait les allemands qui en…  prenaient pour leur rhume !..

Carte de Charles Defrénois, du Répertoire Général du Notariat, très gentille et admirant ma conduite. Je lui réponds pour le remercier et lui dire que je ne pourrais lui régler les frais de légalisation, procuration Heidsieck qu’il me retournait que lorsque la Poste recevra le mandat Poste.

De là je vais à la Ville, monte avec Charbonneaux au campanile de la Ville, où je retrouve Lenoir député, le Maire et Sainsaulieu, architecte de la Ville. Nous contemplons le champ de Bataille de Brimont, malheureusement la pluie ne nous permet guère de bien voir quelque chose. Je termine ma lettre à Madeleine dans la salle du Conseil, et vais porter mes lettres à Mazoyer que je rencontre sous les loges (de la place d’Erlon). Il me dit qu’à l’État-major on est satisfait de la bataille.

Nous sommes au Mont Cornillet, Mont-Haut, Moronvilliers où je chassais. Le Mont Cornillet ! Quels souvenirs, c’est là où mes 2 grands artilleurs ont tué leurs 1ers lapins. Rentré à la maison, rencontré en route le Commissaire Central Paillet. Vraiment crâne ! Avec moi il se gausse de la fuite lâche de Speneux, commissaire du 3ème canton, de Mailhé, commissaire spécial près la Place, encore un crâneur celui-là, des employés des Postes, des bureaucrates, etc…  etc… « Tous foutu le camp ! M. Guédet » me dit le Brave Paillet. Nous nous quittons, et je lui dis : « on devra cingler après la Guerre ces peureux-là !! » Lui me reprend : « Oui, mais je dis on devrait !! car on n’osera pas !! » Moi de répondre : « Nous verrons bien !! »

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 avril 1917 – Au cours de la nuit, bombardement ; les obus sont tombés boulevard Lundy. Rien dans la journée. Le soir, forte canonnade, surtout par les 75, qui claquent bien.

La place Amélie-Doublié que j’ai tenu à revoir, aujourd’hui, a changé beaucoup d’aspect depuis une dizaine de jours. Là comme ailleurs, on a maintenant une impression de désolation, de des­truction qui, toutefois est bien pire encore avenue de Laon où les premières maisons de gauche sont entièrement détruites, de même que celles situées à droite et comprises entre la rue Lesage et le local de la poste. En passant, j’y ai remarqué un incendie en pleine intensité, brûler sans pouvoir être combattu, les maisons nos 7 et 9.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 2°. Toute la nuit combats au loin autour de Reims. Obus. Visite du Général Lanquetot (venu pendant ce temps-là à la maison) dans les caves Walfard où les bureaux sont installés. Notes pour la presse approuvées par lui (sur les bombardements de la Cathédrale) et de la ville. Visite aux Sœurs de Saint Vincent de Paul. Familles Walfard et Bec­ker, à M. le Curé. On nous prévient que l’opération qui délivrera Reims sera dure et longue. Les Français ont attaqué du côté de Moronvillers : les objectifs assignés sont tous pris(1). Allemands résistent avec acharnement ; 2 400 faits prisonniers dans leurs défenses ou cernés. Visite du Général de Mondésir qui avait envoyé hier demander de nos nouvelles. Comme le général Lanquetot, il dit : « Vous n’avez rien vu ! Reims peut passer de très mauvais jours(2). » Il craint surtout les incendies et les obus asphyxiants.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Les sommets des monts de Champagne qui dominentla plaine de la Vesle sont effectivement entre nos mains (le Mt Cornillet, le Casque, le Téton, le Mt Haut, le Mt Perthois, le Mt sans Nom, le Mt Blond)
(2) Le général Pierron de Mondésir a malheureusement raison puisque les destructions de Reims atteindront leur pont culminant au printemps 1918, alors que la ville est heureusement évacuée en totalité.

Mercredi 18 avril

Au nord et au sud de l’Oise, activité intermittente des deux artilleries. Nos patrouilles ont ramené des prisonniers.

Entre Soissons et Reims, nos troupes se sont organisées sur les positions conquises. Dans la région d’Ailles, une forte contre-attaque allemande sur nos nouvelles lignes a été brisée par nos barrages et nos feux de mitrailleuses qui ont fait subir des pertes élevées aux assaillants.

D’autres contre-attaques ennemies dans le secteur de Courcy ont également échoué. Le temps continue à être très mauvais sur l’ensemble du front.

En Champagne, nous avons attaqué à l’ouest d’Auberive, sur un front de 11 kilomètres en enlevant la première ligne ennemie et, sur certains points, la seconde. Cette avance nous a valu de faire 2500 prisonniers.

Sur le front, entre Soissons et Reims, où les pertes allemandes ont été très considérables, le chiffre de nos prisonniers atteint à 11000.

Les ouvriers de Berlin se sont mis en grève pour protester contre le rationnement, qui est devenu insupportable. Des bagares sanglantes ont eu lieu, de même qu’à Leipzig.

Les aviateurs anglais et français ont accompli un raid aérien de représailles sur Fribourg-en-Brisgau.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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Mardi 17 avril 1917

Louise Dény Pierson

17 avril 1917 ·

Le lendemain 17, c’est la bataille pour les Monts de Champagne, Mont Cornillet, Mont Blond, Mont Haut… Reims se trouvait au milieu de ces combats qui s’étendaient au moins sur 50 km de front.
Le travail dans les vignes n’en étant point arrêté pour cela, tous les matins dès 6 heures. il fallait s’y mettre.

Aucune description de photo disponible.
Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Mardi 17 avril 1917

948ème et 946ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Pluie hier soir et aujourd’hui, nous n’avons pas dû être bombardés la nuit. Le combat continue toujours sur notre front vers Brimont. Toute la nuit nos canons ont grondé, vers 3h du matin j’en étais réveillé et assourdi. Quel martelage !! Poussé jusqu’à l’Hôtel de Ville voir aux nouvelles. Rue de Vesle, face chez Bienvenot, le sellier, un des gros obus d’hier a crevé la chaussée et l’égout, excavation de 8 mètres de profondeur. Chez Brémont, rue des 2 Anges, maison éventrée. La Cathédrale est fort endommagée, surtout ses contreforts. Elle a reçu au moins 12 ou 14 obus énormes. Du reste il ne fait pas de doute qu’ils ont tirés carrément dessus.

A la Ville, vu Lenoir, Raïssac, Guichard. Le communiqué est bon : nous avons fait ici 10 000 prisonniers. Nous encerclons Brimont, nous avons Bermericourt. D’aucuns disent que nous serons en ce moment à Juniville. Enfin attendons, mais que cela finisse bientôt…  Raïssac me donne une lettre pour la Commission d’appel des Allocations Militaires que j’ai à remettre à Martin à la sous-préfecture établie au Palais. Il me demande aussi de la part du Maire l’adresse d’Hanrot, notaire, (rayé) fichu le camp à Paris 70, rue d’Assas, et prétend être resté toujours à Reims, quand il y fait des apparitions de 4/5 jours (rayé). Vu Charlier et les employés de la Ville. 2 employés de l’État-civil et une dactylographe du même bureau sont seuls restés ici, le fameux Cachot est filé. Bref toujours les fiers à bras qui ont donné le signal de la peur et de la lâcheté.

11h3/4  La bataille devient formidable direction faubourgs Cérès, Bétheny, Cernay. Allons-nous enfin être délivrés… ??

1h1/2  Je sors pour avoir mon courrier. En arrivant devant la Cathédrale je vois de la fumée, d’où vient-elle ? On me dit que c’est du pâté de maisons qui sont entre le pont de l’avenue de Laon, la place de la République et la rue Chaix d’Est Ange. Les pompiers de Paris, sur l’ordre de leur capitaine, se refusent à porter secours. Il parait que ce capitaine est au-dessous de tout comme…  lâcheté.

Le vent souffle du nord ouest en rafale et tempête, la fumée vient jusqu’à la rue des Capucins, de cet incendie avenue de Laon.

En longeant certaines maisons je souris en voyant les moyens enfantins employés pour garantir des bombes les soupiraux des caves : 3 ou 4 briques et c’est tout. Après ce que j’ai vu des effets des bombes d’hier des 190 doubles, on sourit malgré soit. Comme quoi il n’y a que la foi qui sauve.

Je prends mon courrier, juste une lettre de ma chère femme. Toujours désolée, effrayée. Je passe chez le R.P. Griesbach, rue des Chapelains, pour le prier de m’écrire une lettre me disant qu’il se désiste de sa plainte d’hier contre Dupont. Je serais en règle et nous serons parés contre toutes entreprises de cet embusqué, de ses acolytes et des galonnards de la Place. S’ils bronchent, je les cinglerai.

A l’Hôtel de Ville, Raïssac, Houlon, Charbonneaux et…  Goulden ! Que vient-il faire là !! Non, ce garçon-là manque absolument de sens moral ?! Il est dans le cabinet du Maire absolument comme chez lui. Il est désarmant d’inconscience !!

J’écris un mot à ma chère Madeleine dans la salle des pas perdus d’attente de la Ville sur un coin de table. Nous n’avons aucune nouvelles. Houlon me dit que dans les ambulances ont met le français dans les lits et le Boche par terre sur la paille. On est encore bien bon !! Je les tuerais moi !

Vers 4h je rentre chez moi, fatigué, déprimé. J’en ai assez, je tomberais malade si c’était pour durer encore longtemps.

On causait à la Ville du bombardement d’hier de la Cathédrale. Les uns disaient que c’était peut-être le P.P.C. d’une de leurs grosses pièces. Les autres croyaient que ce n’était qu’un tir de réglage pour pouvoir démolir notre Merveille le jour où ils seraient obligés d’abandonner les hauteurs de Berru, Nogent l’Abbesse et Brimont. Ils en sont bien capables ! les Bandits !!

Vu l’abbé Dupuis, curé de St Benoit, très affecté de la mort de sa sœur et de la destruction de son église, qui venait d’être terminée vers 1913. Ils en veulent à toutes nos églises ! St André n’existe plus, St Remy fort abîmé comme St Jacques, et hier c’était le tour de la Cathédrale. La Bataille continue toujours. Je tremble pour mon pauvre Robert.

Je songeais en marchant dans les rues à ce que m’avait dit dans les cours de la Semaine Sainte le Pasteur Protestant (en blanc, non cité) (?) que je voyais dans le couloir de la Police à l’Hôtel de Ville où on délivrait les passeports, et qui venait justement chercher le sien pour quitter Reims : « J’ai dit à mes fidèles de partir, de quitter Reims », me disait-il d’un ton onctueux, « et alors le Pasteur suit son troupeau !! » L’excuse était toute trouvée, mais bien faible à mon avis. Nos Prêtres ne pensent pas de même ! Le troupeau est bien parti, mais eux restent au Devoir, au Danger.

C’est là toute la différence qui existe entre le clergé Protestant et le clergé Catholique !! et la supériorité de celui-ci sur celui-là.

Et moi, je reste bien, malgré que tous mes justiciables soient partis.

Vu Lenoir à l’Hôtel de Ville, où on lui a dit ce qu’on pensait de la Place et des Pompiers !! de Paris !! Il est renseigné. Le capitaine des Pompiers de Paris refusant ses hommes pour éteindre les incendies !…  sous prétexte qu’on n’a pas d’eau. On pourrait tout au moins faire la part du feu, en faisant des coupures !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

17 avril 1917 – Quelques obus seulement dans le quartier de l’hôtel de ville, à midi 1/4. Après les journées atroces et les nuits vécues depuis le 6 courant, cela donnerait une impression de calme, sans la canon­nade épouvantable qui tonne de façon ininterrompue au loin, toujours dans la même direction, nord-nord-est. Voici une dizaine de jours que nous entendons des roulements effrayants de coups de canon, qui se confondent en un grondement continu et ce soir, vers 20-21 h, le tapage infernal redouble encore. Le nombre des pièces en action, par-là, doit être considérable.

Aujourd’hui, mon voisin occasionnel, le gardien de l’im­meuble Polonceaux, mitoyen avec celui de mon beau-frère, m’a proposé, quand je sortais ce matin, de me mener voir dans l’hotel du Commerce, où il habite seul, à l’angle des rues du Cloître et Robert-de-Coucy, un 210, tombé là hier sans éclater, mais non sans avoir annoncé son arrivée par une secousse terrible, paraît-il, et j’ai vu l’engin, qui est survenu pendant le tir sur la cathédrale et ses environs ; ses dimensions sont vraiment imposantes. En le con­templant, allongé sur des gravats, nous exprimions l’un et l’autre le souhait qu’il demeure inerte car, autrement, il pourrait provoquer de sérieux dégâts dans les deux propriétés, si l’on songe qu’un pareil projectile pèse plus de 100 kilos.

Rien ne prouve, d’ailleurs qu’il n’aura pas d’amateur tel qu’il est. Il se pratique à Reims, depuis longtemps, un véritable com­merce occulte des différents obus que nous envoient les Boches ; ceux qui n’ont pas explosé sont par conséquent considérés comme une aubaine et recherchés par quelques-uns de nos concitoyens. Ne se contentant pas, en effet, de courir déjà bien des risques d’une façon normale, si l’on peut dire, ils s’ingénient à arriver pre­miers pour se les procurer, les dévisser, les débarrasser de leur charge d’explosif et les vendre ensuite, principalement aux per­sonnalités de passage. Tous ne réussissent pas, à coup sûr, leurs délicates manipulations ; il en est qui se sont fait déchiqueter. Plu­sieurs de ceux qui ont acquis une réputation d’habileté, dans ce genre d’opérations, infiniment dangereuses, nous sont bien con­nus.

L’un d’eux a eu, il y a peu de temps, une surprise dont on n’a pu que rire, parce que, heureusement, elle a été amenée sans ac­cident.

Un obus de 150, qui traînait sur la place des Marchés, avait été bien repéré, certain matin, au passage, par le chauffeur d’une auto, que son service particulier empêchait de s’arrêter avant d’al­ler, ainsi que chaque jour, jusqu’à l’hôtel de ville. Naturellement, le dit chauffeur se proposait bien de retourner l’enlever sitôt libre. Cet obus, tombé la veille au soir, après avoir heurté de biais le haut de la maison Girardot, s’était borné à dégringoler sans éclater et à rouler jusque vers la maison Fossier ; il venait seulement d’être remarqué. Mais, quelques secondes plut tard, un pompier sorti de la permanence toute proche de la rue des Élus, pour humer l’air frais, avait eu, lui aussi, son attention attirée par ce projectile qui s’offrait ainsi ; aussitôt, sans plus de façons, il s’empressait de le soulever et de le placer sur son épaule pour l’emporter — cepen­dant, mal maintenu en raison de son poids sans doute, l’obus glis­sait et retombait sur le pavé… sans exploser encore. Le pompier s’en chargeait donc de nouveau, avec plus de succès — peut-être en pensant tout de même qu’il avait eu de la veine dans sa mal­adresse — et, lorsque le chauffeur vint à repasser, avec sa « Ford », il s’aperçut qu’il était trop tard.

J’ai eu l’occasion de voir dernièrement, rue de la Justice 18, une collection probablement unique à Reims, montée par les soins de M.H. Abelé et présentée d’une manière originale, au milieu d’un cadre magnifique, spécialement aménagé dans ses caves. Les spé­cimen de tous les genres ou à peu près, des projectiles employés sur le secteur s’y trouvent réunis en une copieuse variété, depuis les différents modèles de grenades, torpilles, etc. jusqu’aux obus de tous calibres et de toutes les longueurs — du plus minuscule aux projectiles de rupture.

Ch. Legendre, avant la guerre agent général de la compa­gnie d’assurances L’Aigle, qui s’est mis à la disposition du maire et, comme chauffeur, le conduit chaque jour de sa maison à l’hôtel de ville, et vice-versa, a rassemblé, lui aussi, à son domicile, 8, rue de la Belle-Image, une série assez importante de projectiles divers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos


Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit active autour et près de Reims ; tranquille à peu près dans notre voisinage immédiat. Journée très active d’artillerie sur le front. 18 contre-attaques, dit-on ; à l’est de Reims, à Moronvillers, a dit le Géné­ral Lanquetot(1). Vers 6 à 10 h., très violent combat d’artillerie. Toute la nuit, roulements de canons au loin. Bombes assez près de nous vers 2 h. 1/2. Les Sœurs se sont levées. Je n’ai pas entendu. Obus tombé à l’angle que notre maison fait sur la rue du Cardinal de Lorraine et la rue de l’Ecole de Médecine et de l’Université.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) L’attaque sur les monts de Champagne, par contre, fut une opération particulièrement bien réussie à partir du 17 avril 1917.

Mardi 17 avril

Entre Saint-Quentin et l’Oise, tirs de destruction sur les organisations allemandes. La riposte ennemie à été vive dans la région au sud de Saint-Quentin.

Au sud de l’Oise, nous avons continué à progresser vers l’est, sur le plateau, entre Barisis et Quincy-Basse et occupé de nouveaux points d’appui ennemis. Nos patrouilles sont au contact des tranchées allemandes sur la lisière ouest de la haute forêt de Coucy.

Entre Soissons et Reims, après une préparation d’artillerie qui a duré plusieurs jours, nous avons attaqué les lignes allemandes sur une étendue de 40 kilomètres. La bataille a été acharnée.

Entre Soissons et Craonne, toute la première position allemande est tombée en notre pouvoir. A l’est de Craonne, nous avons enlevé la deuxième position ennemie au sud de Juvincourt. Plus au sud, nous avons porté notre ligne jusqu’aux lisières ouest de Berméricourt et jusqu’au canal de l’Aisne, de Loivre à Courcy. De violentes attaques déclenchées par l’ennemi au nord de la Ville-au-Bois ont été brisées. Le chiffre de nos prisonniers actuellement dénombrés dépasse 10.000. Nous avons également capturé un matériel important non encore recensé. Lutte d’artillerie sur le reste du front de Champagne.

Les Anglais ont fait au total 14000 prisonniers et ont capturé 194 canons.

Echec des Germano-Bulgares en Macédoine, dans la boucle de la Cerna. Fusillade dans le secteur italien.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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La Guerre 14-18 – Ce sont aussi des témoignages au dos des Cartes Postales…

ob_dd8317_amicarte51-100…Me voilà arrivé à destination depuis six jours, mon voyage s’est effectué sans incident.
Ces jours-ci, j’ai été faire une tournée parmi les ruines de la ville, les trois quarts des maisons sont détruites et tous les jours, de nouvelles bombes tombent dans la cité.
Depuis huit jours, on entend le canon de la bataille de l’Aisne, les journaux ont du vous renseigner sur les résultats.
Affectueux bonjour au Brigadier Serperstre et aux amis, sans oublier Mme Dubois.
Cordiale poignée
de main, un ami qui ne vous oublie pas.

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Dans ce courrier, non daté, l’expéditeur évoque la seconde bataille de l’Aisne, commencée le 16 avril 1917, avec la tentative pour nos soldats de reprendre le front allemand entre Soissons et Reims vers Laon, sous les ordre du général Nivelle.

Le 15 au soir, le général Nivelle faisait communiquer à toutes les troupes l’ordre du jour suivant :

« Aux officiers, sous-officiers et soldats des Armées françaises. L’heure est venue. Confiance, courage et vive la France ! »

La carte envoyée de Reims représente les importantes destructions à l’angle des rue de l’Isle et Montoison, des rues proches du square des Cordeliers, mais difficile, vue l’état des maisons, d’affirmer de quel côté a été prise la photographie, mais il semble bien que ce soit dans l’axe ci-dessous, en direction de la Rue des 3 Raisinets.

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Lundi 16 avril 1917

Louise Dény Pierson

L’image contient peut-être : plein air

16 avril 1917

L’autorité militaire donnait beaucoup de facilités aux personnes désirant quitter la ville, notamment en assurant l’enlèvement des meubles.
C’est ainsi que nos amis Mavet purent rapidement déménager, ayant trouvé un logement à Malakoff : quatre grandes pièces, plus cuisine, pouvant convenir à deux ménages. Sitôt installés, ils insistèrent pour qu’Émilienne vienne les rejoindre avec les enfants, ce qui fut fait très peu après. Nous perdîmes momentanément nos amis, ma sœur et mes nièces qui, de Malakoff, nous conseillaient vivement d’en faire autant… Mais mes parents ne voulaient pas s’éloigner et laisser vide notre petite maison de Sainte-Anne.

Ce texte a été publié par L'Union L'Ardennais, en accord avec la petite fille de Louise Dény Pierson ainsi que sur une page Facebook dédiée :https://www.facebook.com/louisedenypierson/

 Louis Guédet

Lundi 16 avril 1917

947ème et 945ème jours de bataille et de bombardement

7h matin  Hier soir il tombait une pluie fine. Ce matin, temps nuageux avec brise assez forte, de la neige sur le gazon. A 6h1/2 Nuit calme, pas entendu d’obus siffler, mais nos canons n’ont cessé de tirer. Il y a une batterie toute proche de la maison qui la fait trembler, et n’est pas sans m’inquiéter à cause des ripostes allemandes qui nécessairement nous éclabousseraient. Quand donc n’entendrai-je plus ces pièces aboyer comme des monstres. A 6h1/2 il faut se lever, la bataille fait rage et on ne s’entend pas. Les avions nous survolent et montent la garde.

7h  Les petites laitières sortent de leur dépôt de la rue des Capucins. Voilà des femmes qui ont été courageuses, héroïques, par tous les temps, au propre et au figuré, sous la mitraille elles ont toujours fait leur service. Bien des fois quand je les entendais rester tout en caquetant entre elles sous les obus, je pensais que je ne voudrais pas que mes bonnes sortissent sous une telle mitraille. Ce sont des humbles qui méritent l’admiration.

J’oubliais hier de conter que j’avais encore trouvé 2 russes ivres, comme des polonais quoique russes, à la sortie d’une autre maison place d’Erlon. Je fis le geste de mettre la main au revolver. Alors tous deux de lever les bras et de me crier : « Kamarad !! Niet ! Niet !! » Gesticulant, faisant des signes de croix (ils y tiennent) pour prouver l’innocence (!!?) de leurs intentions !! Bref ils se mirent à se sauver tout en titubant, c’était tordant ! Si je me souviens de cette scène, je crois qu’eux aussi en conserveront un…  mauvais souvenir de ce terrible…  « Fransouski » qui joue du revolver sur des pauvres soldats russes qui visitent des caves pour…  se désaltérer à nos frais !!

9h1/2 matin  La bataille continue toujours.

11h matin  Le combat semble se calmer, il dure depuis 6h du matin !! Un soldat aurait dit à ma bonne que cela allait bien ?

On m’a apporté le coffre-fort de la famille Valicourt. Le Père, la mère, la fille (morte la dernière) asphyxiés par les bombes asphyxiantes, hier 15 avril vers 1h du matin. J’en fais l’ouverture et la description : des valeurs dont je trouve la liste : une obligation Crédit Foncier qui est chargée de numéros, il manquerait une obligation Varsovie, mais elle semble avoir été remplacée par une Pennsylvanie. Du reste cette liste date de 1905, une pièce de 100 F or, 400 F en or et 290 F en billets de banque… On me laisse tout cela avec une caisse en carton Lartilleux (carton de la pharmacie de la place St Thimothée). Si cela continue je pourrais m’établir marchand de bric-à-brac !!

5h1/4 du soir  Reçu à midi encore des valeurs d’une dame Veuve Giot, asphyxiée, 59, rue Victor Rogelet. Je finis de déjeuner, prépare le pli Valicourt, et vais à la Poste du Palais prendre mon courrier. Lettre désolée de ma pauvre femme. Je la remonte comme je puis. Comme je descendais de mon cabinet du Palais, j’entends une altercation dans la salle des pas-perdus. Le R.P. Griesbach, rue Nanteuil, 6, à Reims et Pierlot, impasse St Pierre, discutaient avec un nommé Paul Alexis, employé de bureau aux Docks Rémois à Reims, mobilisé à la 6ème section, secrétaire d’État-major, planton cycliste à la Place de Reims, matricule 2247, qui avec un de ses collègues également attaché à la Place, le nommé Fernand Baillet, qui s’est lui défilé, aurait crié : « Couac ! Couac ! » (jeu douteux qui consistait, pour de jeunes anticléricaux, à imiter le cri du corbeau lorsqu’ils croisaient un religieux en soutane noire) en passant devant le R.P. Griesbach qui causait avec l’abbé Camu, curé de la Cathédrale, vicaire Général, et l’abbé Haro, vicaire de la Cathédrale. Dupont se démène parce qu’un médecin major, capitaine à 3 galons, décoré de la Croix de Guerre étoile d’argent, lui a demandé son livret pour prendre son nom et le signaler à la Place. Je m’approche et comme je m’informe le Docteur me dit : « Vous êtes le commissaire de Police ? » Je lui réponds que non, mais juge de Paix de Reims. Alors il m’explique l’affaire et me remet le livret pour prendre les renseignements. Je fais monter mon homme avec le R.P. et Pierlot. (Robinet dentiste, témoin se défile !!) Il n’a pas le courage de son opinion celui-là. Comme je leur dis de me suivre un soldat de l’état-major à libellule vient se mêler de l’affaire et m’interpelle. Alors je le plaque en lui demandant de quoi il se mêle, et que cela ne le regarde pas, et qu’il me laisse la paix. Il rentre dans sa…  libellule aussi celui-là !!

Monté je prends note de toute l’affaire, le pauvre Couaceur Dupont fait dans ses culottes, et excuses sur excuses. Le R.P. tient bon…  et on s’en va. A peine Dupont est-il parti que le Brave Père Griesbach me prie de n’en rien faire et de ne rien signaler à l’armée, au G.Q.G. de la Vème Armée, trouvant que la leçon avait été suffisante. Je suis de cet avis, mais j’ai le citoyen sous la main. Gare s’il bronche !! Il était 2h1/2. Je file à la Mairie pour avoir des nouvelles, qui sont très bonnes parait-il ! Devant les Galeries Rémoises rue de Pouilly j’entre m’excuser de n’être pas allé déjeuner hier comme je l’avais à demi-promis sans m’attendre. Au moment de repartir, des bombes. A la cave, où je reste jusqu’à 4h1/2. Je rentre à la maison vers 5h où l’on était inquiet. Par ailleurs on a des nouvelles bonnes, Courcy, Brimont seraient pris. On serait à Auménancourt-le-Grand. On dit les troupes massées pour l’assaut de Cernay ce soir.

Curt me dit que les 2 petits meubles de Marie-Louise et de ma pauvre femme, fort abîmés par notre incendie et confiés aux Galeries pour être réparés sont réduits en miettes. Cela me serre le cœur. Nos ruines ne cesseront donc pas. J’ai dit qu’on mette tous ces débris en caisse. En rentrant on me dit que le Papa Morlet de chez Houbart s’est foulé le pied en tombant d’une échelle. Je vais aller le voir. Ce n’est qu’un effort. Ce ne sera rien.

8h35  En cave pour se recoucher. 10ème nuit couché sans se déshabiller. Je n’aurais jamais cru qu’on s’y faisait aussi facilement.

A 7h je finis de clore et sceller mes plis consignations Valicourt et Giot. A 7h1/2 je les porte à mon commissaire Cannet, qui est vraiment brave !! Je ne me suis pas trompé, cet homme-là est un homme de valeur…  Intelligent, de sang-froid et ne reculant pas devant les responsabilités. A signaler, c’est à mon avis un futur commissaire central dans une grande ville, ou commissaire à Paris. Il les remettra (mes plis) à la première voiture d’évacués demain à 8h… En allant je suis passé rue Clovis voir l’École Professionnelle. Atterré par les décombres, c’est épouvantable, c’est une crevaison de maison mise à jour. Je remonte rue Libergier. La maison Lamy, une dentelle, un autre 210 dans la rue, de quoi enterrer un cheval. Je continue toujours, rue Libergier, en face de la porte particulière de Boncourt, 2 trous d’obus côte à côte ont formé une cave de 10 mètres de diamètre au moins au milieu de la chaussée, perpendiculairement à la rue Tronsson-Ducoudray et à la statue de Jeanne d’Arc (en tirant 2 perpendiculaires) un trou de 5 mètres de profondeur !! On me dit que la Cathédrale a reçu 14 bombes semblables !! Jeanne d’Arc toujours glorieuse et triomphante n’a rien et dans la pénombre du ciel gris surveille la place et lève toujours son glaive vengeur.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

16 avril 1917 – Canonnade très sérieuse vers Brimont. C’est le déclenche­ment de la grande offensive de notre part, annoncée comme de­vant donner les résultats décisifs.

Nous avons dû encore abandonner le bureau et rester tout l’après-midi à la cave. Ainsi que les jours précédents, nous y res­sentons les fortes secousses des arrivées et des explosions lors­qu’elles se produisent au-dessus de nous, c’est-à-dire sur l’hôtel de ville et son voisinage immédiat.

Nous sommes groupés, à quelques-uns, du côté du calori­fère, qui n’a pas fonctionné depuis la guerre, et assis sur des lits, nous causons doucement. La situation considérée dans sa plus triste réalité, tandis que ne cessent de tomber les projectiles, par rafales, est jugée par tous comme véritablement tragique. On ne voudrait cependant pas s’avouer qu’il est de plus en plus clair que les chances d’en sortir sont moindres que les risques d’y rester tout à fait. On essaie tout de même de blaguer un peu, parfois, tout en bourrant une pipe, pour tuer le temps, mais la conviction n’y est pas. Guérin, lui-même, n’a jamais fumé sa petite « acoufflair » avec autant de gravité. Nous nous trouvons l’un en face l’autre, et, à certain moment, nos regards se croisent ; il me demande :

« Eh bien ! crois-tu que nous remonterons aujourd’hui ? »

Ma réponse est simplement

« Mon vieux, je ne sais pas. »

Nous avons eu certainement la même pensée : pourvu qu’un 210 ou qu’un percutant à retardement, comme les Boches nous en envoient maintenant, ne vienne pas nous trouver jusque là, dans ce pilonnage frénétique de gros calibres !

— Le soir, après avoir lestement dîné à la popote et appris, avec plaisir notre avance sur Courcy, Loivre, etc. je puis, malgré tout, retourner coucher dans la cave du 10 de la rue du Cloître ; ses occupants sont navrés du décès de Mlle Lépargneur, voisine, de l’immeuble mitoyen avec celui de mon beau-frère — qu’ils m’ap­prennent dès mon arrivée.

Cette malheureuse personne avait été intoxiquée hier matin dimanche, atteinte par les voies respiratoires, alors qu’elle gravis­sait sans méfiance les dernières marches de sa cave, où elle s’était abritée pendant le violent bombardement ; celui-ci prenait fin en effet, mais un obus à gaz avait éclaté quelques instants auparavant, dans la cour de la maison.

L’Éclaireur de l’Est, indique le chiffre de quinze mille obus, tirés sur Reims, au cours de l’effroyable avant-dernière nuit et de la matinée d’hier.

Pendant l’après-midi, aujourd’hui, le bombardement a été particulièrement dur sur le centre et la cathédrale, qui a été atteinte par une quinzaine d’obus de gros calibre, dont quatre sur la voûte. Son voisinage a été massacré. La cour du Chapitre, la place du Parvis, certaines maisons de la rue du Cloître sont méconnaissa­bles, dans cette dernière rue, derrière l’abside, M. Faux a été bles­sé mortellement, alors qu’il se trouvait dans l’escalier de la deuxième cave de la maison Gomont.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Place du Parvis


Cardinal Luçon

Lundi 16 – + 2°. Neige presque fondante sur la pelouse. Nuit extrême­ment agitée, mais entre batteries. Pas d’obus autour de nous, si ce n’est en petit nombre. A 6 h., activité d’artillerie qui nous a fait croire au déclenche­ment de l’offensive annoncée pour le printemps(1). Des bombes sifflent. A 9 h. 45, visite de M. le Curé de Saint-Benoît. Il m’apprend qu’hier, 15, trois personnes de sa paroisse, réfugiées dans son presbytère, y sont mor­tes des gaz asphyxiants. Son clocher est criblé par des obus et son église aussi ; la toiture est trouée ; le plafond écroulé, les murs percés de brè­ches. On dit que nous avons attaqué les tranchées ennemies et fait 200 pri­sonniers. Visite de M. le Curé de Saint-André : son clocher est démoli ; église incendiée, église en ruines. De 3 h. à 4 h. 1/2, Bombardement de la Cathédrale pendant 1 heure 1/2 avec des obus de gros calibre. Un ving­taine d’obus ont été lancés sur elle. Le 1er tomba à moitié chemin du canal ; le second se rapprocha de 200 mètres ; le 3ed’autant ; le 4e et les suivants tombèrent sur la Cathédrale ou dans les rues adjacentes, sur le parvis. Les canons allemands lancèrent un obus par chaque cinq minutes environ ; le temps de remplacer l’obus lancé par un autre obus. Un homme a la jambe coupée par un obus dans sa cave, rue du Cloître. L’abside de la Cathédrale est massacrée. 13 obus au moins l’ont touchée. Les rues sont jonchées de pierres, de branches d’arbres commençant à avoir des feuilles, de lames de zinc ou de blocs de plomb fondu projetés par les obus tombés sur les voû­tes. Tout le monde se terre dans les caves. En nous apercevant, M. Sainsaulieu vient à nous ; la terreur règne dans la ville : on dirait la fin du monde. Sept à neuf grands cratères sont creusés dans les rues et sur la place du parvis creusés par la chute des projectiles.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Début de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames et au Nord de Reims (premier engagement des chars de combat français à Juvincourt). En dépit de la discrétion du Cardinal, on perçoit  bien que cette action a fait l’objet d’innombrables bavardages avec son  déclenchement et qu’elle était donc attendue de pied ferme par l’adversaire sur un terrain particulièrement favorable à la défensive

Lundi 16 avril Deuxième bataille de l’Aisne

Activité d’artillerie au nord et au sud de l’Oise. Nos reconnaissances ont trouvé partout les tranchées ennemies fortement occupées.

En Champagne, violente canonnade. Escarmouches à 1a grenade à l’ouest de Maisons-de-Champagne. Nos reconnaissances ont pénétré en plusieurs points dans les tranchées allemandes complètement bouleversées par notre tir.

Sur la rive droite de la Meuse, l’ennemi a lancé deux attaques : l’une sur la corne nord-est du bois des Caurières, l’autre vers les Chambrettes. Ces deux tentatives ont été brisées par nos feux.

En Lorraine, rencontres de patrouilles vers Pettoncourt et dans la forêt de Parroy. Nos escadrilles de bombardement ont opéré sur les gares et établissements du bassin de Briey et de la région Mézières-Sedan. Les casernes de Dieuze ont été également bombardées.

Les Anglais ont arrêté une forte attaque allemande sur un front de plus de 10 kilomètres de chaque côté de la route Bapaume-Cambrai. L’attaque a été repoussée sauf à Lagnicourt, où l’ennemi a pris pied, mais d’où il a été aussitôt chassé. Nos alliés ont enlevé la ville de Liévin et la cité Saint-Pierre. Sur tout le front de la Scarpe, ils se sont avancés à une distance de 3 à 5 kilomètres de la falaise de Vimy. I1s arrivent aux abords de Lens.

Les Belges ont pénétré dans les deuxièmes lignes ennemies qu’ils ont trouvées inoccupées, près de Dixmude.

Violente canonnade en Macédoine, entre le Vardar et le lac Prespa.

Source : La Guerre 14-18 au jour le jour

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