• Monthly Archives: octobre 2016

Mardi 31 octobre 1916

Cardinal Luçon

Mardi 31 – + 12°. Tempête, pluie et vent. Journée tranquille. Vers 4 h. 1/2 lourdes bordées de canon, au loin à l’est.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Mardi 31 octobre

Au nord de la Somme, nos troupes ont enlevé un système de tranchées ennemies au nord-ouest de Sailly-Saillisel. Une autre opération vivement menée nous a permis de progresser à l’est, vers Saillisel. Une soixantaine de prisonniers sont restés entre nos mains.
Au sud de la Somme, les Allemands ont multiplié les attaques, précédées de bombardement intenses sur nos positions depuis Biaches jusqu’au sud de la Maisonnette. Repoussé à plusieurs reprises avec des pertes sévères, l’ennemi, au cours d’une dernière tentative extrêmement violente, a réussi à pénétrer dans des éléments de notre tranchée de première ligne au nord de la Maisonnette et à prendre pied dans les bâtiments de cette ferme. Tous ses effort pour nous rejeter de la croupe 97 ont été brisés par nos feux.
Lutte d’artillerie sur la rive droite de la Meuse, moins vive néanmoins dans la région de Douaumont.
Les Allemands ont bombardé Reims, faisant des victimes dans la population civile.
Les Anglais ont dirigé deux coups de main heureux à l’ouest de Wytschaete et à l’est de Boesinghe. L’ennemi a subi de fortes pertes. Nos alliés ont jeté des bombes sur des groupes de travailleurs vers le canal de la Bassée.
Succès italiens à l’est du Trentin.
Succès russes en Perse, près d’Hamadan.
Succès roumains sur le Jiul; nos alliés font encore 312 prisonniers.
La Norvège a remis une réponse à la note comminatoire de l’Allemagne.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Lundi 30 octobre 1916

Cardinal Luçon

Lundi 30 – + 7°. Nuit silencieuse. Journée de pluie, tranquille. Visite à Sœur Gabriel malade ; à Saint Vincent de Paul rue de Betheny, et à M. Abelé bombardé mercredi. Tempête de pluie et vent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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Lundi 30 octobre

Au sud de la Somme, après un violent bombardement, les Allemands ont attaqué nos positions au nord et au sud de la Maisonnette en faisant usage de liquides enflammés. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont brisé tontes les tentatives de l’ennemi et l’ont refoulé dans ses tranchées de départ.

Au nord de Verdun, lutte d’artillerie très vive dans les secteurs d’Haudromont-Douaumont. Pas d’action d’infanterie.

Les Anglais ont effectué une avance au nord-est de Lesboeufs où ils ont pris une tranchée ennemie. L’artillerie allemande a bombardé différentes parties de leur front au sud de l’Ancre.

Au front d’Orient, succès des troupes britanniques sur la rive gauche de la Strouma. Elles ont repoussé une contre-attaque bulgare au nord d’Ormanli. Nouveaux progrès des troupes serbes dans la boucle de la Cerna.

Les troupes françaises se sont emparées du village de Gardilovo et d’un système de tranchées entre Kenali et la Cerna. Le tir de nos batteries a provoqué l’explosion d’un dépôt de munitions au nord de Kisovo.

Progrès des Roumains dans la vallée du Jiul. Ils ont capturé 260 Bavarois.

Les sous-marins allemands ont encore détruit plusieurs navires norvégiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 29 octobre 1916

Cardinal Luçon

Dimanche 29 – + 7°. Nuit absolument paisible. Projections. Retraite du mois. Visite du Colonel Treilhard et de son Capitaine. Journée tranquille. Pluie. Écrit à Cincinnati. Visite du Colonel Treilhard.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

Dimanche 29 octobre

Sur le front de la Somme, canonnade intermittente.
Au nord de Verdun, lutte très vive dans la région de Douaumont. Nos troupes ont brillamment enlevé à la grenade une carrière organisée par l’ennemi au nord-est du fort de Douaumont.
Les Anglais ont pris possession de plusieurs tranchées importantes au nord-est de Lesboeufs. Le tir de l’artillerie britannique a été très efficace et l’ennemi a été pris sous la fusillade de nos alliés au moment où il abandonnait ses positions. 63 prisonniers ont été faits. L’artillerie allemande s’est montrée active vers Eaucourt-l’Abbaye et Martinpuich. L’artillerie anglaise a bombardé les lignes ennemies dans la région de Messines-Armentières, Guinchy, Hohenzollern et Gomécourt.
Les Italiens ont fait un nouveau bond sur le Carso et l’Autriche ressent une inquiétude croissante du côté de Trieste.
Les Russes ont perdu deux hauteurs près de Dorna-Vatra.
Les Roumains ont consolidé leur position en Moldavie et fait des contre-offensives heureuses à la frontière de Valachie. Leur succès a été surtout marqué dans la vallée du Jiul. Au total, ils ont fait 1800 prisonniers.
Trois sous-marins allemands gardent l’entrée du fjord de Christiania. C’est la provocation directe à la Norvège.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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Samedi 28 octobre 1916

Louis Guédet

Du samedi 28 octobre 1916 777ème et 776ème jours de bataille et de bombardement

Au dimanche 12 novembre 1916 792ème et 791ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Rentré à l’instant de Paris où je suis allé pour l’enterrement de M. Benoist on, beau-père de Marcel Bataille.

Laissé hier ma pauvre chère femme bien triste, bien désolée. Jean est reçu à Fontainebleau pour son examen d’aspirant d’artillerie, et Robert pour sa 2ème partie d’examen de droit (rayé).

6h1/2  Bompas me quitte, sa douleur fait peine, il est navrant. J’ai tâché de le remonter, mais comment devant un désespoir pareil !

Je n’ai guère le goût d’écrire ce soir. Voir des douleurs pareilles, je ne puis supporter cela ! Je suis aussi fort fatigué de mes allées et venues, et puis…  j’ai un travail formidable…  à rattraper.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 28 – Nuit silencieuse des deux côtés. Via Crucis in cathedrali, empêché hier. Après-midi, tir des canons français. L’ennemi ne répond que par 2 ou 3 obus. Visite à la Visitation. Reçu lettre de Cincinnati.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 28 octobre

Sur le front de la Somme, grande activité des deux artilleries dans les secteurs de Sailly-Saillisel, de Bouchavesnes et de Biaches.
Au nord de Verdun, où nous avons fait encore une centaine de prisonniers au cours d’opérations de détail, l’ennemi a dirigé un bombardement continu et violent sur nos premières lignes, notamment sur les ravins d’Hardaumont, le fort de Douaumont et la batterie de Damloup. Une tentative d’attaque ennemie à l’ouest de Douaumont a été arrêtée net par nos tirs de barrage.
Sur le front britannique, où la pluie est tombée en abondance, violent bombardement entre la Bassée et Hulluch ainsi que dans la région de Beaumont-Hamel par l’artillerie et les mortiers allemands. L’artillerie britannique a canonné les tranchées ennemies au sud d’Armentières.
Activité de l’aviation allemande dans la Somme.
Un raid de destroyers allemands a eu lieu dans le pas de Calais. Un transport vide et un destroyer ont été coulés du côté anglais, deux destroyers, du coté des ennemis.
Les Roumains ont gagné du terrain dans les Carpathes moldaves; ils en ont perdu à Predeal et dans la vallée du Jiul. Les Russo-Roumains ont reculé à une quarantaine de kilomètres au nord de Constantza.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Vendredi 27 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 27 octobre 1916

776ème et 774ème jours de bataille et de bombardement

5h1/2 soir  Temps gris, de gros nuages, pluie, brouillard, brume, temps sombre, mais quelle journée. J’en ai bras et jambes rompus.

Ce matin à 7h1/4 des bombes sifflent, je finis ma toilette en hâte, çà tape surtout du côté Hôtel de Ville. Je me mets à mon travail pour mettre tout en règle avant mon départ de demain. Vers 8h3/4, voilà ma bonne qui m’arrive toute bouleversée : « M’sieur la femme de Bompas (notre appariteur de la Chambre des Notaires), est blessée grièvement, une bombe est tombée près de l’Hôtel de Ville et a tué et blessé 6 à 7 personnes ». Je la calme et me dispose à partir pour le Palais où j’ai audience civile à 9h. Je passe au Palais. Personne. J’attends et enfin Landréat mon greffier me dit que ses gens ne sont pas venus. Je me dispose à pousser jusqu’à la Chambre des Notaires pour voir Bompas et me renseigner. En route, rue des 2 anges (ancienne rue disparue en 1924 lors de la création du Cours Langlet), je rencontre Dondaine qui me dit de venir de quitter Bompas qui est fou de douleur, sa femme est à St Marcoul (Noël-Caqué) (l’Hospice St Marcoul a pris le nom de Noël-Caqué en 1902, il était situé entre la rue Brûlée et la rue Chanzy) et Dondaine ne parait pas se faire d’illusions sur son état alarmant. Je passe à la Chambre place de l’Hôtel de Ville, 2. Je trouve le Bompas dans un état de désespoir navrant. Je tâche de le remonter quand des bombes se remettent à tomber. J’emmène ce malheureux avec une voisine à l’Hôtel de Ville dans la cave. Çà tombe dru tout autour. Je remonte et cause  quelques instants avec le Maire dans son cabinet et Raïssac. Vers 9h3/4 je quitte l’Hôtel de Ville, à peine arrivé rue de Pouilly, en face des Galeries Rémoises, çà retape fort. J’entre et descend dans la cave où je trouve tout le personnel du magasin réfugié là, avec des soldats et des officiers. Vers 10h1/4 je repars, mais rue des Capucins çà recommence. J’entre chez Brunot le chaudronnier (Jules Brunot, chauffeur des chaudières des Teintureries Censier-Renaud (1886-1954)), en face du Commissariat de police du 1er canton, enfin je refile chez moi non sans entendre siffler et éclater tout autour de moi. Je trouve tout mon monde dans la cave, il est 11h. Nous y restons jusqu’à 12h1/2. Mon brave papa Millet se risque à partir chez lui. Cela n’est pas sans m’ennuyer, quoique cela ne tombe pas dans son quartier rue Souyn (rue Guillaume depuis 1935). Nous déjeunons vers 1h, mais à 1h3/4 il faut redescendre en cave, pour m’occuper je fais un dépôt de publication de mariage pour Béliard, apporté ce matin sans le registre de la Chambre. On remonte, on redescend, bref cela continue jusqu’à 5h. Je fais ma valise en hâte. J’écris quelques lettres et je termine par ces notes.

Je suis rompu. Quelle journée ! Pourvu qu’ils nous laissent tranquilles la nuit. Nous sommes comme des condamnés à mort. Je pars quand même demain matin, quitte à revenir pour les obsèques de cette malheureuse femme de Bompas si elle succombe. Pour ce pauvre garçon je souhaite de tout mon cœur qu’elle survive. C’était un ménage fort uni. Je suis tout bouleversé de son désespoir. Pas de nouvelles depuis et je ne puis réellement me résigner à sortir. Ce ne serait vraiment pas prudent.

Je ne sais pas si je pourrais résister plus longtemps à de telles secousses. Non ! c’est trop, et puis on n’est plus aussi fort après une vie pareille sui dure depuis 25 mois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 octobre 1916 – A 7 h 1/4, de nombreux sifflements se font subitement entendre pendant quelques instants ; les obus arrivent sur la ville par rafales. Nos pièces ouvrent alors le feu et ne tardent pas à faire cesser le tir ennemi.
Vers 8 heures, en me rendant au bureau par le haut du boulevard Lundy, tout en me promenant, je m’aperçois qu’un projectile est entré tout à l’heure dans la façade de l’hôtel Olry-Roederer, sis au n° 15 de ce boulevard ; passé la rue Coquebert, je vois qu’un entonnoir a été creusé aussi ce matin, par un obus, devant le grand immeuble portant le n° 13, où sont les bureaux de la même maison de vins de Champagne. Dans la rue Courmeaux, un trou d’entrée existe dans le mur de la maison faisant angle sur la me Legendre et ayant le n° 11 de cette dernière. Rue Colbert, devant la Banque de France, un obus a fait explosion, tuant un homme et blessant MM. Marcelot, chef-fontainier et Fossier, du Service des eaux de la ville ; des traces de sang vont jusqu’à la boulangerie Leroy, rue  de Tambour, au coin de la rue Cotta, où tous deux sont parvenus à se réfugier. Un obus encore, est tombé contre le mur de l’hôtel de ville, à l’entrée de la rue de Mars, blessant très grièvement la femme du concierge de la Chambre des notaires. D’autres, enfin, ont également éclaté dans les environs.
Dans la matinée, le bombardement continue ; il est mené violemment. A plusieurs reprises, au bureau, nous devons suspendre le travail pour gagner les couloirs.
Autour de midi, le calme étant revenu, je puis aller déjeuner place Amélie-Doublié. J’en repars à midi 45, dans le but de faire, si possible, une nouvelle tournée en curieux, à la suite des séances sérieuses de la matinée et je me dirige vers la rue Bonhomme et alentours, afin de me tenir à proximité de l’hôtel de ville en cas de nouveau danger.
Après avoir circulé dans le quartier des ruines, rue des Marmousets, Eugène-Desteuque, etc., le moment vient de penser à me rapprocher de la Mairie pour reprendre mon travail à 14 heures, et, alors que je débouche tout doucement de la rue de l’Université, sur la place Royale, le bombardement recommence brusquement, furieux.
Il est 13 h 40 ; des rafales de huit à dix obus à la fois s’abattent très rapidement en plein centre. Il ne me faut plus songer à traverser la place pour l’instant. Ma première pensée est de me réfugier dans la maison toute proche de mon beau-frère, rue du Cloître 10, mais je ne vois même pas la possibilité de me risquer jusque là, en essayant de longer le mur de l’ancien hôtel de la douane sans m’exposer davantage. Le mieux est certainement pour moi de ne pas bouger, ou le moins possible ; je me glisse donc seulement, sur une longueur de quelques mètres, contre la maison Genot & Chômer, pour atteindre l’embrasure de la porte.
Un seul homme est là aussi, dans les ruines de la place ; je n’ai pas vu comment il y est arrivé. Blotti contre le dernier pilier des maisons brûlées, à l’angle de la rue Cérès, il se garde bien de remuer non plus, les obus continuant à tomber trop près. Nos regards se croisent et je crois que nous nous comprenons ; nous nous rendons compte que nous sommes très mal pris et tout aussi piteusement abrités l’un que l’autre, qu’il nous faut être uniquement attentifs aux sifflements pour nous aplatir à temps.
Une rafale arrive vers la place des Marchés. J’entends des fracas de vitres brisées, des cris, des appels… J’écoute, plus rien… Une pluie d’éclats… L’un d’eux, de taille, me passe devant la figure, frappe le pavé en faisant un « paf’ sonore et après avoir ressauté, s’arrête contre ma chaussure. C’est une moitié de culot. Sans avoir à faire un pas, je me baisse instinctivement pour la ramasser et je me brûle les doigts ; j’ai oublié que ces morceaux sont toujours servis chauds.
Le tir, sans s’allonger beaucoup me paraissant s’éloigner suffisamment, j’en profite, quelques instants après pour traverser enfin la place et filer rapidement à l’hôtel de ville, tandis que le bombardement continue toujours très violent.
J’apprends, en arrivant, qu’il y a eu malheureusement encore des victimes. Un enfant de 14 ans tué et une douzaine de blessés sous les halles, par un obus tombé au-dessus de la porte d’entrée se trouvant en face de la maison Boucart et par un autre, sur la place, devant l’entrée principale. Deux projectiles sont encore arrivés, en même temps, de l’autre côté de la place des Marchés, vers les maisons historiques, et, par là, un employé auxiliaire de la police, M. Daugny, qui regagnait la mairie, vient d’être tué.
Les petites rues, de la rue Legendre à l’hôtel de ville, ont été fortement éprouvées. Des obus sont tombés dans d’autres voies, autour de l’édifice, où il y a aussi des victimes.
Le tir des pièces ennemies continue pour ne prendre fin qu’à 16 h 1/2. On estime à 1 200, le nombre de projectiles envoyés pendant cette terrible journée.
Il y a cinq morts et une trentaine de blessés dans la population civile et d’assez nombreuses victimes aussi parmi la troupe.
Nous faisons la remarque, au bureau, que pendant un moment, le bombardement a dû être dirigé sur l’hôtel de ville et exécuté un peu court, bon nombre d’obus étant tombés vers les rues de l’Avant-Garde, de l’Echauderie, etc.
En quittant la place royale, j’ai ramassé lestement, à la droite de la statue de Louis XV, un gros éclat que j’avais vu retomber, en même temps que celui qui était venu assez brutalement s’offrir à moi. C’était la seconde partie, complétant parfaitement l’autre, pour former le culot entier d’un 120.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Vendredi 27 – + 5°. Violent bombardement à 7 h. 15 au Pater de ma messe, rue Colbert, place de l’Hôtel de Ville, rue de Mars… Il y aurait 8 tués, nombreux blessés. Nouveau bombardement de 10 h. à 12 h. 1/4, très violent pendant le Conseil. Descente à la cave. Il a porté sur les batteries et sur la ville. De 1 h. à 5 h. 1/2 terrible séance sur la ville. 2 obus sont tombés dans le chantier de la Cathédrale : 1 au pied du 2e contrefort du mur latéral sud, grosse meurtrissure ; l’autre entre le 4e et le 5′ contrefort du même côté, à environ 2 ou 3 mètres du contrefort. On dit qu’il y en a eu sur les voûtes. Un ouvrier me dit qu’il y a 14 ou 16 tués, et 46 blessés. 1 obus à la Maîtrise ; 1 chez Mme Lefort ; 1 dans les ruines de l’Adoration Réparatrice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 27 octobre

Au nord de la Somme, une attaque ennemie a été repoussée au sud de Bouchavesnes. Lutte d’artillerie dans la région de Sailly-Saillisel et dans le secteur Vermandovillers-Chaulnes.

Sur le front de Verdun, violentes réactions de l’ennemi. Quatre fois les Allemands ont attaqué les positions que nous leur avons enlevées dans le secteur de Douaumont. Deux assauts dirigés sur le fort et sur notre front à l’est, ont été brisés par nos tirs d’artillerie et d’infanterie, malgré le bombardement intense qui les accompagnait. Une troisième et puissante attaque a débouché des bois d’Hardaumont. Les vagues allemandes ont dû refluer en désordre, subissant des pertes importantes. Une quatrième tentative a essuyé également un échec complet. Le front a été intégralement maintenu. Le nombre total des prisonniers décomptés dépasse 5000; de plus, nous avons recueilli plusieurs centaines de blessés.

Les Roumains ont fait reculer 1es troupes de Mackensen dans les cols septentrionaux des Alpes transylvaines. Ils tiennent bons à Predeal; ils ont reculé à l’ouest de la vallée de l’Olt, qui descend de la Tour-Rouge.

On annonce que M. de Koerber, avant d’accepter à Vienne la succession du comte Sturgh, aurait posé des conditions très strictes visant la Hongrie.

Les Serbes ont progressé dans la boucle de la Cerna. Notre cavalerie a occupé plusieurs villages à l’ouest du lac de Prespa.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 26 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 26 octobre 1916

775ème et 773ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Assez beau temps, brumeux, pluie, nuages, se refroidissant fin d’après-midi. Le calme auprès d’hier. Beaucoup de victimes hier, et aussi des soldats, une douzaine. Il y a eu des bombes un peu partout.

Après-midi à 2h Réquisitions militaires, quitté à 5h, vu le Procureur M. Mathieu qui s’amuse toujours de mon affaire, et pour lui si les militaires disent vouloir se reporter sur Helluy, c’est tout simplement pour couvrir leur…  retraite…  J’ai prévenu ce dernier de ce qui le menaçait, et lui ai conseillé de se retrancher derrière la censure qui a laissé les mots qui ont choqué, blessé les nobles galonnards. Et même s’ils insistaient, de bien leur dire qu’ils font du chantage, et qu’ayant laissé les mots « qui les y incite », ils ont voulu avoir l’occasion de l’ennuyer. M. Mathieu approuve ma théorie. Landréat, mon greffier, et Croquet mon greffier militaire se tordaient en me racontant tout à l’heure que l’illustre Colonel Colas, commandant de la Place, avait hier demandé l’hospitalité chez Faupin, 59, boulevard de la République où ils travaillent, et qu’il les a forcés à descendre à la cave !!!… Et voilà un homme qu’on a décoré de la Croix de Guerre…  gagnée dans la cave !!!  Croquet m’a dit qu’il l’avait envoyé promener. Mais le Colas est descendu se mettre à l’abri dans la susdite cave !!

Au sujet du procès des pains de fantaisie Émile Charbonneaux en a causé au Colonel Colas et au Général Lanquetot, ceux-ci déclarèrent qu’ils ne savaient ce que cela voulait dire !! Charbonneaux insistant sur ce que le procès était fait par 2 gendarmes. Nous n’avons donné aucun ordre, déclaraient-ils !! Alors ?… Ils n’ont même pas de courage de leur opinion ! Quels pleutres !!… En tout cas me voilà sur du velours, et je les ai bridés, murés !!…  Toisés !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 26 – Toute la nuit, de quart d’heure en quart d’heure, coups de gros canons français. Pas de riposte allemande. Visite au Bon Pasteur, à l’Enfant-Jésus, à l’Espérance et rue du Barbâtre.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Jeudi 26 octobre

Au nord de Verdun, les Allemands ont lancé deux contre-attaques sur les ailes de notre nouveau front. L’une, dirigée sur les carrières d’Haudromont, a été repoussée. L’autre, prononcée contre la batterie de Damloup, a totalement échoué. Le terrain conquis par nous a été maintenu intégralement. Le commandant du fort de Douaumont a été capturé dans les souterrains.
Nous avons progressé à l’est du bois Fumin et au nord du Chenois. Le chiffre de nos prisonniers est passé à 4500.
Onze avions de bombardement anglais, accompagnés de cinq avions de protection, ont bombardé les haut fourneaux d’Hagondange sur lesquels ils ont jeté 1300 kilos de projectiles. Plusieurs incendies se sont produits.
Sur le front britannique, l’artillerie ennemie a montré de l’activité vers le Sars et Eaucourt-l’Abbaye.
Les Russo-Roumains, en Dobroudja, se sont repliés au nord de Czernavoda. En Valachie, ils ont gagné du terrain dans certains cols des Carpathes, mais ils ont reculé à la passe de Vulkan, entre la vallée du Maros et Craïova.
Les Allemands provoquent une irritation croissante en Norvège par leurs torpillages systématiques de navires scandinaves.
En Albanie, la cavalerie de l’armée de Salonique est entrée en contact avec la cavalerie Italienne d’Albanie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 25 octobre 1916

Louis Guédet

Mercredi 25 octobre 1916

774ème et 772ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de pluie et brume, maussade. Ce matin allocations militaires, où dans une enquête pour supprimer une majoration à une malheureuse femme qui a une conduite déplorable et la reverser à la belle-mère qui a en garde un des enfants de cette malheureuse. Pendant la…

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…à 2h je sors pour faire des courses et prendre mon passeport, quand voilà les bombes qui commencent à tomber. J’entre au Palais de Justice, où je suis bloqué pendant une heure 1/2. Durant ce temps je cause avec le substitut du Procureur M. Mathieu de mon affaire de simple police du 3 octobre 1916. Tous ces militaires sont en train de bafouiller et de pagayer !! Maintenant ce n’est plus à moi qu’ils en veulent, c’est au Courrier de la Champagne !!!! Il ne manquait plus que cela. Bref, comme à la caserne, il faut que quelqu’un écope quand un galonné se croit atteint dans son autorité !! Qu’ils prennent garde de ramasser une nouvelle gifle !!…  Ils ne l’auraient pas volée !! Quels tristes sires !! A 2h12 je passe chez Ravaud, des bombes repleuvent. Je file à l’Hôtel de Ville où je reste jusqu’à 5h moins un quart, enfin je puis rentrer chez moi à 5h !! 3 heures de bombardement intense !! Le Barbâtre est atteint, mais surtout toute la partie de la rue de Vesle à partir du pont du canal jusqu’au pont du chemin de fer d’Épernay. Et aussi vers le pont de Muire, Place Colin, Hôtel de la Couronne, jardin Redont (appartenant à Jules Redont, célèbre paysagiste rémois (1862-1942)) ont surtout souffert, des victimes dont M. Hilaire Hayon, administrateur de l’Éclaireur de l’Est. Je prendrai de ses nouvelles demain. On m’a dit que ses blessures multiples n’étaient pas graves. Il faut attendre et voir. Quelle journée ! Ces bombardements intenses vous émotionnent toujours ! Ils ont du reste lancé des obus un peu partout. Mais le quartier Pont de Vesle – Porte Paris a surtout le plus souffert. Il faut que nous payions la reprise du fort de Douaumont. C’est ce qu’ils nomment de représailles militaires en…  tuant des civils !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

25 octobre 1916 – A midi 1/2, les 95 du Port-sec commencent à taper.
Vers 14 h, les Boches se mettent à riposter ferme et bombardent en ville, tandis que nos pièces continuent.
Un tir simultané de ce genre est plutôt rare.
On ne cesse ni d’un côté ni de l’autre ; le duel d’artillerie devient au contraire de plus en plus sérieux et dure jusqu’à 17 heures.
Il y a des dégâts considérables, occasionnés par les obus arrivés pendant ce singulier bombardement, dans les rues du Barbâtre, Gambetta, etc. Les projectiles tombaient également le long du canal, de Fléchambault à la Brasserie du XXe siècle.
On évalue de 450 à 500, le nombre des obus envoyés en ville. Il y a des tués et des blessés.
— Le communiqué annonçait ce matin la reprise de Douaumont et une avance de 3 km. en profondeur, sur 7 km. de front.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 25 – Nuit tranquille. + 10°. Nouvelle de la reprise de Douaumont (1). De 2 h. à 3 h. coups de canons de marine du côté français formidables, 3 ou 4 à la fois. Riposte des Allemands par bombes sur batteries et sans doute aussi ailleurs. De 1 h. à 5 h. 1/2 bombardement terrible. Quelques gros coups de canons français. Avalanches ou rafales d’obus allemands ; un d’eux achève de démolir l’Espérance 1. A la visitation 8 obus : 5 dans le jardin, 3 dans la maison (destinés sans doute au collège Saint-Joseph où étaient cantonnés des soldats). Beaucoup de dégâts ; un certain nombre de blessés Place Collin. Les pièces de marine ont tiré dans l’après-midi (on évalue à 450 obus (2).

(1) Le fort de Douaumont est repris par le régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie de Montluçon. La nouvelle de cette victoire a tout de suite été diffusée puisque le Cardinal la consigne le jour même de l’évènement
(2) Pour l’emploi de l’artillerie lourde sur voie ferrée il avait été construit, comme d’ailleurs pour le ravitaillement et les relèves des troupes, des réseaux ferrés triplant ou quadruplant les lignes existantes et des gares de triage et des dépôts en dehors des agglomérations et des vues de l’ennemi.
Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 25 octobre

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie assez violente dans la région de Biaches et d’Ablaincourt. Aucune action d’infanterie.
Au nord de Verdun, après une intense préparation d’artillerie, nous avons prononcé une attaque sur un front de 7 kilomètres. Notre avance, qui a été très rapide et qui s’est effectuée avec des pertes légères, a été, sur certains points, de 3 kilomètres. Nous avons repris le village et le fort de Douaumont et nous sommes installés sur la route de Douaumont à Bras. Le chiffre de nos prisonniers est de 3500, dont 100 officiers.
Les troupes britanniques se sont consolidées sur le terrain conquis entre Gueudecourt et Lesboeufs.
Notre aviation a été très active. Un de nos avions a attaqué à la mitrailleuse les tranchées ennemies dans le bois de Saint-Pierre-Vaast. Sur le front de Verdun 20 combats ont été livrés: 3 avions ennemis ont été abattus; 2 autres ont dû atterrir en Lorraine; un aviatik a été abattu en Alsace.
Les Russo-Roumains se sont retirés à 12 kilomètres au nord de Constantza. Ils ont infligé des pertes aux Austro-Allemands dans les Carpathes, et gagné du terrain dans certains passages. Ils ont reculé, toutefois, au col de Predeal.
Une accalmie se prolonge sur le front russe de Galicie.
La presse autrichienne continue, par ordre, à présenter Fritz Adler comme un fou, de façon à enlever à son acte tout caractère politique. On annonce qu’il sera probablement pendu. Les partis, au Reichsrath de Vienne, continuent à délibérer sur l’opportunité d’une convocation de cette assemblée.
Le gouvernement grec a interdit à la presse toute attaque, toute injure contre les Alliés.
L’amirauté allemande a installé des sous-marins le long de la côte norvégienne, comme pour assurer un blocus effectif. Plusieurs bâtiments norvégiens et suédois ont été de nouveau coulés.
L’Angleterre augmente ses effectifs en appelant les hommes de 41 ans, en poursuivant les insoumis, en remplaçant les jeunes gens qui travaillent dans les usines.
Le gouvernement autrichien a prescrit l’évacuation de la population civile de Trieste.
Les troupes italiennes d’Albanie ont opéré leur jonction avec l’extrême gauche de l’armée de Macédoine.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dessin de François Schmidt

La nouvelle boite de biscuits roses de Reims évoquant la guerre 14-18 vient de sortir. On pourra la trouver dans des magasins d’usine Fossier et sur certains points de vente. Le dessin est réalisé sur palette graphique.

La ville a subi pendant la Grande Guerre 1151 jours de bombardements allemands. Pour se protéger, les habitants se réfugient dans un endroit tout trouvé, les caves des maisons de champagne creusées sur des dizaines de kilomètres sous la ville. Une vie parallèle va s’organiser pendant toute la durée de la guerre, comme dans les caves de la Maison Krug.

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Mardi 24 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 24 octobre 1916

773ème et 771ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps de pluie diluvienne la nuit et pluie de brume la journée. Occupé le matin et audience de simple police à 1h. Peu d’affaires qui ont suivi leur cours. Incidents sur une affaire d‘injures et jets de pierres où la plaignante Luxembourgeoise s’est fait avalée par le Commissaire et par moi. Elle avait dit dans un bombardement que la France n’avait que ce qu’elle méritait, et qu’elle n’était pas encore assez punie ! Elle en a pris pour son rhume.

Affaire des pains de fantaisie qui se complique un peu. Vu le Maire et les adjoints à ce sujet et Émile Charbonneaux va faire une démarche auprès du Général Lanquetot (Pierre-Ernest Lanquetot, commandant la 151ème Division d’Infanterie (1855-1939)) pour que le procès fait par ses gendarmes soit abandonné implicitement, afin que j’acquitte…  Voilà ma journée. Nouvelles de ma femme, Maurice un peu soufrant. Demain allocations militaires.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 24 – Nuit tranquille. + 8°. Visite du Médecin-Chef de Pargny avec le Docteur Lardenois. Coups de gros canons français dans la matinée et dans la soirée. Visite de M. le Colonel Cochin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 24 octobre

Au nord de la Somme, une opération de détail nous a permis de progresser sensiblement au nord-est de Morval. Le chiffre des prisonniers faits par nous au nord-ouest de Sailly-Saillisel est de 80.
Au sud de la Somme, lutte d’artillerie très vive dans la région des bois de Chaulnes.
Entre Avre et Oise, nous avons enlevé un petit poste et causé des pertes à l’ennemi.
En Champagne, les Allemands ont fait exploser une mine au sud-est de la butte du Mesnil.
24 de nos avions ont jeté 2400 kilos de projectiles sur les hauts fourneaux de Hagondange et de Bussingen, sur les gares de Thionville, Mézières-les-Metz, Longwy et Metz-Sablons.
Les Anglais ont avancé leurs lignes à l’est de Gueudecourt et de Lesboeufs, sur un front de plus d’un kilomètre. Ils ont fait 66 nouveaux prisonniers à la redoute Schwaben et repoussé deux coups de main dans le secteur de Gommécourt.
Les Russo-Roumains ont infligé de sanglants échecs dans les Carpathes moldaves et valaques aux troupes austro-allemandes, mais celles-ci, avançant en Dobroudja, ont pris le port roumain de Constantza.
Les Italiens ont accompli quelques heureux coups de main sur le Carso.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Hagondange

Hagondange

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Lundi 23 octobre 1916

Cardinal Luçon

Lundi 23 – Nuit tranquille. + 1°. Matinée : aéroplanes allemands ; tir contre eux.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 23 octobre

Au nord de la Somme, violentes réactions de l’infanterie allemande qui a multiplié les tentatives pour nous chasser du village de Sailly-Saillisel. Trois vagues d’assaut ont été dirigées contre nous. Elles ont été brisées par nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses avec d’énormes pertes pour l’ennemi.
Au sud de la Somme, même acharnement des Allemands contre les positions conquises par nous entre la Maisonnette et Biaches. Dans la région du bois Blaise, les Allemands ont usé de liquides enflammés. Repoussés sur l’ensemble du front, ils ont pris pied dans quelques-uns de nos éléments avancés au nord du bois Blaise.
Brillant succès de nos troupes dans la région de Chaulnes. Nous avons pris les bois au nord de cette localité jusqu’au carrefour central. 250 prisonniers sont restés entre nos mains.
Canonnade sur la rive droite de la Meuse.
Succès italien dans les hautes Alpes du Trentin.
Les Russes brisent plusieurs offensives ennemies en Galicie.
Les Roumains sont victorieux des Austro-Allemands aux divers cols des Alpes transylvaines, sauf dans la région de Dageo où ils ont reculé. Mackensen a avancé en Dobroudja.
Le comte Sturgh, premier ministre d’Autriche, a eté assassiné a Vienne par le socialiste Fritz Adler.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 22 octobre 1916

Louis Guédet

Dimanche 22 octobre 1916

771ème et 769ème jours de bataille et de bombardement

5h3/4 soir  Il a gelé très fort cette nuit dernière. Très beau temps mais fort froid toute la journée. Voilà les feuilles complètement gelées, voilà l’hiver, ce qui n’est pas sans m’attrister et me serrer le cœur.

Messe de 7h ce matin. Travaillé, vu mes procès de simple police, rien que du normal, sauf le procès pour pains de fantaisie, mais l’arrêté préfectoral n’a pas été affiché. Charles Heidsieck est venu me voir vers 9h1/2 et est resté fort longtemps à causer avec moi. Il est enchanté du mariage de son fils Marcel. Son fils Georges a été à Combles (village de la Somme, centre de résistance allemand, pris le 26 septembre 1916 par le 73ème RI de Georges Heidsieck) et en ce moment à l’arrière, ayant la dysenterie. Christian a échoué à son examen d’aspirance à cause d’une maladresse d’un de ses camarades qui, déjeunant avec lui dans un restaurant, s‘est mis à « déblatérer » contre les instituteurs, or un des officiers de Christian justement instituteur a entendu les propos de son ami. Bref, « recalé ». Il m’a quitté vers 11h, je dois déjeuner avec lui demain.

Cet après-midi poussé jusqu’au parc de La Haubette pour voir Dupont-Nouvion, avocat, afin d’avoir son avis sur l’application de la loi du 6 octobre 1916 relative à la culture des terres abandonnées, afin de savoir ce que je dois répondre au Maire de Perthes au sujet de mes fermes de Perthes et de Sapignicourt qui sont abandonnées par mon fermier mobilisé, et ses père et mère cautions. Vu Texier, causé, et reparti par Courlancy. Causé un moment avec la Mère Ste Thérèse. Rentré, découragé, désemparé, je suis si seul, si abandonné, (rayé).

Le haut du feuillet suivant a été découpé.

…questions. En attendant, pour ne pas, (rayé)…barras, puisqu’il n’a pas affiché l’arrêté, je mettrais l’affaire en délibéré. Cela nous donnera un mois pour respirer. Pris des nouvelles en passant près de son Père de Melle Boudin qui, se promenait avec son fiancé vers les Bains froids, a été blessée assez sérieusement à la tête par un éclat de 105.

Rentré travailler et écrit quelques lettres.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 22 – Nuit tranquille. + 1°. Messe et allocution à Saint-Thomas, aux Trois Fontaines (Chapelle des Trois Fontaines) où se fait le culte paroissial depuis la dévastation de l’église. Journée tranquille et belle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 22 octobre

Au sud de la Somme, les Allemands, après un violent bombardement, ont dirigé une attaque sur la partie sud du bois de Chaulnes que nous occupons. Repoussé partout avec des pertes sérieuses, l’ennemi a laissé entre nos mains un nombre de prisonniers assez considérable. Les attaques que l’ennemi a menées les derniers jours dans cette région ont été très meurtrières pour lui. Des fractions qui avaient réussi à prendre pied dans nos premières lignes, ont été complètement cernées. 150 Allemands survivants ont été capturés.
Les Anglais ont repoussé deux attaques sur la redoute Schwaben en faisant 84 prisonniers dont 5 officiers. Ils ont ensuite attaqué à leur tour et avec succès sur un front de 5 kilomètres entre la redoute Schwaben et le village de Sars. Ils ont avancé leurs lignes de 300 à 500 mètres et ont pris les tranchées Stuss et Regina. Ils ont capturé plus de 800 prisonniers et leurs pertes sont légères.
La neige arrête les opérations dans le Haut-Trentin.
Les Russes luttent avec acharnement sur la Narajovka.
Les Roumains ont remporté des succès dans les montagnes, mais effectué un nouveau repli en Dobroudja.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Samedi 21 octobre 1916

Louis Guédet

Samedi 21 octobre 1916

770ème et 768ème jours de bataille et de bombardement

6h45 soir  Très beau temps, il a gelé et il fait froid. Le matin couru à l’Enregistrement, à la Recette des Finances, au Crédit Lyonnais pour l’ouverture d’un coffre. Après-midi été à l’Hôtel de Ville où on m’a remis le dossier de simple police pour le mardi 24 octobre. Que les temps ont changés, en dehors des 25 anciennes affaires il n’y a que 24 nouvelles !! 24 nouveaux procès !!! Que nous sommes loin des audiences de 100 et 150 procès !!!!

Ils ont compris la leçon ! Il n’est que temps. Bref Colas et Girardot se sont mis une muselière !! Vu le Président Hù et Texier pour un envoi en possession (procédure autorisant certaines personnes désignées par la loi pour leur permettre d’entrer en possession de biens issus de la succession d’un défunt). Causé longuement. Le Président part à Paris mardi et il causera de toute cette affaire mémorable à la Chancellerie. Ils sont convaincus que Colas, Girardot et toute la clique militaire vont rentrer leurs grands sabres…  de bois ! C’est ce qu’ils auraient dû faire dès le début !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 octobre 1916 – Bombardement vers le cimetière du Sud.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Samedi 21 – Nuit un peu bruyante. Coups de fusil et mitrailleuse toute la nuit. A 6 h. 0 degré. A 9 h. grosses bombes allemandes sur les batteries. Violent duel entre les deux artilleries adverses. A 2 h. aéroplanes français ; tir contre eux. Bombes sifflantes ; très violent bombardement… on ne sait sur quoi. Aéroplane français de 4 à 5 h. Un obus contre aéro blesse à la tête la fille du chantre de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 21 octobre

Sur le front de la Somme, aucune action d’infanterie.
Lutte d’artillerie intense dans la région du secteur de Sailly-Saillisel et du secteur Belloy-Berny.
En Lorraine, nous avons repoussé facilement des coups de main sur un de nos petits postes près de Bezanges.
Sur le front belge, activité d’artillerie, particulièrement dans le secteur au nord de Dixmude et vers Hetsas.
Les Italiens ont été attaqués sur le mont Pasubio par de gros contingents autrichiens. Ils ont infligé à l’ennemi de lourdes pertes et lui ont fait 107 prisonniers.
Les Roumains ont résisté à de nouvelles attaques des troupes de Falkenhayn, dont les pertes ont été considérables. Ils tiennent tête en Dobroudja, à une nouvelle offensive bulgare.
Succès serbe au nord de Brod dans la direction de Monastir. Nos alliés prennent 4 canons.
Un grand transatlantique anglais, de la ligne Cunard, l’Alaunia, a été coulé par un sous-marin.
Une conférence a eu lieu au grand quartier général allemand entre l’empereur et le chancelier, M. de Jagow et M. Burian, le ministre des Affaires étrangères d’Autriche-Hongrie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Mont Pasubio

Mont Pasubio

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Vendredi 20 octobre 1916

Louis Guédet

Vendredi 20 octobre 1916

769ème et 767ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps. Activité de nos canons ce matin. Après-midi c’était le tour des allemands, vers St Charles. Audience civile ce matin, 2 conseils de famille, une conciliation, et ce soir à 5h autre conseil de famille chez moi. Vu cet après-midi le Cardinal Luçon, avec lequel j’ai causé près de deux heures pendant que les allemands bombardaient et qu’un de leurs avions volait très bas, canons et mitrailleuses ont crépité. Quelques lettres à répondre, mais je n’en n’ai pas le courage. Je suis fatigué et n’ai nullement l’idée à faire quoi que ce soit. Voilà toute ma journée. J’ai la tête bien vide.

Hier soir j’ai écrit la genèse de mon affaire des procès de simple police au Procureur de la République qui m’a écrit une si gentille lettre hier. J’en avais 10 pages. Il sera renseigné.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 octobre 1916 – Bombardement vers le Port-sec dans la matinée. L’après-midi, plusieurs obus tombent du côté de l’abattoir.

— Un avion allemand passe au-dessus de la ville, à faible hauteur, à peine trois cents mètres.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 20 – + 3°. Nuit tranquille. Projections toute la seconde moitié de la nuit. De 3 h. à 6 h. nombreux coups de fusil. Beau soleil. Via Crucis in cathedrali. Photographe de l’armée vient nous voir et nous photographier. Avions allemands dans la matinée et l’après-midi ; tir contre eux. Vers 11 h. coups de gros canons français jusqu’à midi. A partir de 2 h. 1/2 riposte des Allemands. Vers 3 h. 1/2 bombes sifflantes sur port sec et chemin de fer. Un obus français tiré contre les aéroplanes tombe en éclats devant le café Saint-Denis. Mis à l’impression une lettre prescrivant des prières pour la Saint Martin.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 20 octobre

Les Allemands ont tenté toute une série d’attaques au nord de la Somme, dans la région de Sailly-Saillisel. Nos tirs d’artillerie ont disloqué au départ les vagues d’assaut et infligé des pertes sensibles à l’ennemi.
Au sud de la Somme, nous avons accompli de nouveaux progrès entre Biaches et la Maisonnette. Le chiffre total des prisonniers faits pendant les actions de la veille dépasse 350 dont une dizaine d’officiers.
Les Anglais, par d’heureux coups de main, ont réussi à pénétrer dans les tranchées ennemies vers Loos et au sud d’Arras. Ils ont légèrement progressé à la butte de Warlescourt où ils ont arrêté une contre-attaque par leurs tirs de barrage.
Les Russes ont repoussé une offensive dans la région du Stockod.
Brillant succès des Italiens au Pasubio.
Les Roumains ont surpris un détachement ennemi dans la vallée du Trotus, et ont fait 600 prisonniers. Un autre corps roumain a fait 300 prisonniers dans la vallée de Trous. Nos alliés ont brisé une attaque dans la vallée de l’Uzul.
Les Serbes ont pris le village de Brod, où ils ont capturé 3 canons et plusieurs mitrailleuses.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Jeudi 19 octobre 1916

Louis Guédet

Jeudi 19 octobre 1916

768ème et 766ème jours de bataille et de bombardement

9h3/4 soir  Pluie diluvienne toute la journée, couru en ville. Reçu une souscription à l’Emprunt, la seule sans doute que je recevrai moi-même. Réquisitions militaires, toujours aussi camarade avec mon sous-intendant Payen. Peu d’affaires. Mais très occupé par une lettre plus qu’amicale de mon cher Procureur Bossu au sujet de mon affaire de simple police. Que d’encre ! que d’encre !! Vu le Président qui tonne contre les soudards et contre tout le monde, n’admettant pas qu’on me touche. Texier affectueux et bon ami. Cela m’encourage, car je vois que tous m’aiment !! bien et fort et fidèlement. M. Mathieu très affectueux et navré avec moi de toute cette histoire, tout en lui occasionnant un travail formidable. Je viens d’écrire 10 pages de lettres à mon vénéré Procureur, pour lui faire la Genèse de toute cette histoire. Enfin je vais me reposer ! Je suis éreinté ! Pas écrit à ma Pauvre femme ! Je n’en n’ai pas le temps. Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – + 10°. Nuit tranquille. Pluie. Vers 3 h. gros canons français. Pluie toute la journée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 19 octobre

Au nord de la Somme, nous avons achevé la conquête du village de Sailly-Saillisel et occupé les croupes qui se trouvent au nord-ouest et au nord-est du village.
Au sud de la Somme, la première ligne allemande a été enlevée d’un bond sur tout le front entre la Maisonnette et Biaches. Nous avons fait 250 prisonniers dont 5 officiers et capturé plusieurs mitrailleuses.
Notre aviation de chasse s’est montrée très active: 3 avions ennemis ont été abattus sur le front de la Somme.
Sur la rive droite du Vardar, nous avons enlevé les tranchées ennemies sur une profondeur de 400 mètres. Les troupes serbes ont progressé sur les pentes nord-ouest du Dobropolie. Fusillade et canonnade dans la plaine de Monastir. Des contingents turcs sont signalés sur la basse Strouma.
Les Italiens ont détruit deux colonnes autrichiennes au Pasubio.
Les Roumains, qui tiennent bon sur tous les cols des Alpes transylvaines, ont fait 440 prisonniers
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Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 18 octobre 1916

Louis Guédet

Mercredi 18 octobre 1916

767ème et 765ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie froide, journée maussade. Déjeuné avec Marcel Heidsieck (Marcel Heidsieck (1883-1975), épousera à Paris le 16 janvier 1917 Suzanne Cuvillier (1893-1987) qui m’a annoncé ses fiançailles avec Melle Suzanne Cuvillier, fille du docteur Cuvillier (Jean Henri Cuvillier (1864-1914)), bien connu à Paris – grosse fortune – Il parait très heureux. Couru à l’Enregistrement et au Pont de Muire à la Poste pour envoyer une procuration urgente, passé au Tribunal, vu mes juges toujours charmants. M. Mathieu est convaincu que mon affaire n’ira même pas au Ministère de la Justice, car que si elle y allait ils recevraient une tape, et qu’on ne me dirait rien. Bref, çà va bien ici à Reims ou à Paris ou autres lieux. J’ai une presse excellente. Il y a (rayé) qui se ressemble s’assemble (rayé) pas au paradis. Voilà ma journée !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 18 – + 8°. Nuit tranquille. Pluie. Visite de M. le Commandant d’Orgeval

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 18 octobre

Au nord de la Somme nous avons conquis un nouvel ilot de maisons du village de Sailly-Saillisel. L’ennemi a prononcé une contre-attaque violente et a réussi à pénétrer dans quelques éléments de notre première ligne. Une contre-attaque immédiate l’a entièrement rejeté. Nous avons fait 90 prisonniers et capturé 2 mitrailleuses. L’ennemi a lancé à l’est de Belloy-en-Santerre, de nouvelles attaques qui, comme les précédentes, ont été complètement repoussées et ont subi de fortes pertes.
Des avions allemands ont lancé quelques bombes sur Amiens sans aucun résultat militaire.
Les Belges ont fait une vingtaine de prisonniers aux alentours de la Maison du Passeur.
Nos avions ont livré soixante-cinq combats; deux appareils ennemis ont été abattus, trois autres ont dû atterrir précipitamment.
En Macédoine, le duel d’artillerie continue. Il est particulièrement violent sur la rive droite du Vardar.
Les troupes serbes ont repoussé des contre-attaques sur la Bela-Voda et la Cerna.
Succès italiens au Pasubio.
Les Roumains ont repoussé les attaques allemandes qui se multiplient maintenant dans les cols de la frontière.
Des manifestations contre l’Entente ayant eu lieu à Athènes à la suite d’une revue passée par le roi Constantin, et les réservistes s’étaient livrés à des excès, l’amiral Dartige du Fournet a débarqué 240 fusiliers marins qui ont pris possession du théâtre. En même temps il exigeait et obtenait du cabinet Lambros des mesures propres à nous assurer le contrôle de la police et des voies ferrées.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 17 octobre 1916

Louis Guédet

Mardi 17 octobre 1916

766ème et 764ème jours de bataille et de bombardement

6h soir Journée grise, froide. Pour la première fois j’ai été obligé de faire du feu. Je vais dîner ce soir dans ma chambre aussi pour la première fois. Reçu lettre de Madeleine me disant que Jean et Robert sont très fatigués !! Il faut que tout s’en mêle. Mes épreuves ne cesseront donc pas. Vu le président Hù qui prétend que si la Chancellerie me faisait la moindre observation que je devrais leur jeter ma démission à la figure. A la Ville Raïssac, Houlon et le Maire sont d’un avis contraire : « Les habitants de Reims, disent-ils, vous font confiance et vous sont tous reconnaissants d’avoir élevé la voix pour les défendre. Si vous donnez votre démission, ils vous reprocheraient de déserter et de les abandonner ! » C’est un peu mon avis. Enfin attendons et Dieu veuille que le Procureur Général envoie promener toutes ces brutes galonnées qui n’admettent pas qu’on leur résiste. Ce sont des brutes ! Le substitut Mathieu est arrivé quand j’étais avec le Président pour lui communiquer une lettre du Général qui renvoyait mon jugement Simon sous prétexte que les considérants n’étaient pas les mêmes que ceux publiés dans les journaux. Le Président lui a dit d’envoyer coucher le Général en lui disant qu’il n’avait qu’à se rapporter aux considérants du jugement qui est l’acte authentique, et non au texte des journaux qui ne le regardent pas…  Pan !! attrape ! (rayé)…foiré ! encore une bûche !

Parti à 2h, rentré à 5h1/2. Je suis éreinté. Mon Dieu pourvu que je sorte avec honneur de tout cela. C’est tout ce que je demande. Du reste ce que j’ai fait, c’est pour l’honneur que je l’ai fait.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 17 – Nuit tranquille. + 5°. Huit bombes (sur batteries ?). Visite à l’Ambulance, à M. le Doyen de Saint-Remi, au Lieutenant Colonel Colas. Rentrée en France et visite de M. l’Abbé Poreau, prisonnier en Allemagne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Mardi 17 octobre

Nous avons pénétré dans le village de Sailly-Saillisel et occupé les maisons en bordure de la route de Bapaume jusqu’au carrefour central. L’ennemi a réagi très violemment. Nous nous sommes néanmoins consolidés dans la partie conquise.
Au sud de la Somme, nous avons repoussé une violente contre-attaque à l’est de Berny-en-Santerre; nous avons enlevé un petit bois et pris deux pièces de 210 et une de 77 entre Genermont et Ablaincourt. Au cours de ces actions, nous avons fait 110 prisonniers dont 4 officiers. Dans le secteur de Lassigny, un avion allemand atteint par notre artillerie est tombé en flammes dans ses lignes.
Sur le front belge, duel d’artillerie vers Ramscapelle, Dixmude et Steenstraete.
Les Anglais signalent un violent bombardement ennemi au sud de l’Ancre. Au nord de Courcelette, une attaque à la grenade a été aisément rejetée, une autre plus considérable a été repoussée à la redoute Schwaben. Nos alliés ont exécuté avec succès des coups de main au nord-est d’Ypres, au sud-est de Saint-Eloi et à l’est de Ploegsteert. Ils ont ramené des prisonniers.
Les Russes ont fait 1200 prisonniers en Galicie.
Les Roumains ont brisé de nouvelles offensives austro-allemandes tout le long de la chaîne des Alpes transylvaines.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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