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Lundi 31 juillet 1916

31 juillet 1916 – Un avion allemand jette des fléchettes dans le faubourg Cérès ; les enfants peuvent, paraît-il, en trouver à poignée. On parle d’un soldat seul atteint.

Je puis me procurer une de ces fléchettes, engin redoutable en raison de son poids, de sa forme et surtout de la vitesse que doit lui donner l’accélération, dans une chute de plusieurs centaines de mètres.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

flechettes

source : Forum Pages14-18


Lundi 31 – Visite de M. Pelet, Mme Hubert, Mlle Gérard, Mme Camu. Visite à S. Sulpice.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 31 juillet

Nous avons violemment bombardé les tranchées et les gares arrière ennemies, entre l’Ancre et la Somme. Au cours de ce bombardement, nous avons fait sauter un dépôt de munitions dans les lignes allemandes, près de Courcelettes.
Des détachements d’infanterie canadienne ont pénétré en deux endroits dans les tranchées ennemies au sud d’Ypres.
Les fusiliers du Royal Munster ont exécuté une opération analogue dans le saillant de Loos.
Dans l’un et l’autre cas, les Allemands ont subi de fortes pertes. L’ennemi a tenté d’opérer deux coups de main vers la redoute Hohenzollern. L’un d’eux a échoué sur nos réseaux de fils de fer; l’autre a permis aux Allemands de pénétrer dans notre tranchée de première ligne d’où ils ont été rejetés.
Au nord de la Somme, nos troupes, passant à l’attaque, ont enlevé, entre la cote 139 et la rivière, tout le système des tranchées ennemies sur une profondeur variant de 300 à 800 mètres. Nous sommes parvenus aux abords du village de Maurepas; nous tenons le bois au nord de Hem, la carrière au nord de ce bois et la ferme de Monacu. Toutes les contre-attaques allemandes ont été brisées avec de grosses pertes. Nous avons fait plus de 200 prisonniers.
Nous avons repoussé un assaut à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont.
Les captures russes montent à 32000 hommes et 114 canons pour les journées du 28 et du 29. Nos alliés progressent sur le Stokhod

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Dimanche 30 juillet 1916

Louis Guédet

Dimanche 30 juillet 1916

687ème et 685ème jours de bataille et de bombardement

9h matin  Temps magnifique, mais nuit très mauvaise, impossible de dormir à cause du canon vers Sillery. Quelle nuit. Je suis éreinté.

5h soir  Déjeuné au Cercle avec Charles Heidsieck, Mme André Lambert (Madeleine, 1886-1952), Mlle Margotin sa sœur (Simonne ou Henriette), Hurault de La Haubette (avocat, 1848-1917), Gérardin-Dutemple (1864-1937), Robinet, Lainé père (Albert Lainé, ancien conseiller municipal (1843-1927)), Lelarge, Lieutenant-colonel Colas. Causé d’un tas de choses, rien d’intéressant. Quitté aussitôt sorti de table pour me rendre au Palais pour voir le Procureur Général Herbaux. Il y avait avec moi Dondaine et Lépinois. C’est tout. Le Procureur Général a été très aimable et nous a couverts de fleurs. Cela a duré 10 minutes. Le Procureur de la République de Reims a beaucoup insisté sur moi. Je lui ai renvoyé la balle.

Rentré ici pour finir mon courrier, écrit à Mgr Landrieux, évêque de Dijon…  Me voilà libre et prêt à partir.

Je suis fort fatigué, et je me sens en quittant le Palais que j’étais réellement ébranlé. Je ne suis guère fort.

Je viens d’apprendre la mort de ce pauvre Jules Maugin, mon seul et unique camarade de conscription. Il est du 28 avril 1863, et moi du 27 mai. Camarade d’enfance et de village. Cela m’a péniblement impressionné, que de tristesse, de deuil. Tout cela me fait beaucoup de mal et avance mes jours. Je le sens. Je ne suis plus aussi alerte et mon esprit s’obscurcit parfois, au point de me faire croire que je vais tomber, ou de me faire craindre de ne plus pouvoir m’exprimer. 2 ans de solitude sous les bombes. C’est beaucoup, c’est trop.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 30 – Messe militaire à Saint Remi par Mgr Neveux. Visite de Mesdames Devpatys, Bourin et Barthélémy.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Dimanche 30 juillet

Sur le front de la Somme, à l’ouest de Vermandovillers, deux détachements ennemis qui tentaient d’aborder nos lignes, ont été repoussés à coups de fusil.
Sur la rive gauche de la Meuse, une tentative allemande sur nos positions de la cote 304 a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite, deux attaques allemandes, lancées au cours de la nuit sur une redoute dans le ravin au sud de Fleury, ont été brisées par nos tirs de barrage, et nos feux d’infanterie qui ont infligé des pertes sérieuses à l’ennemi.
Nos troupes ont enlevé quelques éléments de tranchées au nord de la chapelle Sainte-Fine et dans la région de l’ouvrage de Thiaumont, où nous avons pris une mitrailleuse.
Les Allemands, sur le front britannique, ont fait des efforts désespérés pour reprendre le bois Delville : ils ont été repoussés avec de grandes pertes.
Lutte ininterrompue au nord et au nord-est de Pozières. Les Anglais ont progressé en plusieurs endroits sous le feu de l’ennemi. Deux ou trois régiments allemands semblent avoir été anéantis au cours des derniers combats.
Les Russes ont enfoncé les Austro-Allemands à l’ouest de Loutsk, vers la voie ferrée Kovel-Vladimir-Volynski. Ils ont pris Brody, en Galicie, capturant en tout 20000 hommes, 4OO officiers, 55 canons. D’autre part, le général Letchisky a été victorieux près de Stanislau, en Galicie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Reims 14-18… Ces hideux barbares…

ob_dd8317_amicarte51-10029 juillet 1916
Chère belle-sœur
Je t’envoie la présente pour te prouver que je ne t’oublie pas malgré mon silence.
Cette carte représente l’œuvre destructrice de ces hideux barbares, et cela n’est rien à côté de certaines autres villes dont il ne reste que des débris.
Je suis en bonne santé et désire que la présente te trouve de même, ainsi que Jeanne et Adèle qui me sont chères. Je n’oublie pas non plus nos bons parents.
Affectueuses amitiés de ton
beau-frère.
E. Monnot

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Ce courrier témoigne encore qu’il faut rassurer, et du rôle capital de donner des nouvelles, même si ce n’est pas toujours aisé en temps de guerre.
L’envahisseur a définitivement acquis son titre de « barbare »… titre qui ne semble pas usurpé si l’on s’en tient à la carte ci-dessous, représentant Guillaume II, en Hussard de la Mort comme étant « Le chef des Barbares ».

Reims 14-18... Ces hideux barbares...

Conflit Européen
Une Vieille Prédic
tion
Aux pages 521 et 522 de l’Echo du Merveilleux de 1911, on peut lire l’horoscope de Guillaume II examiné par M. R. Larmier. En voici les passages principaux :

  • Guillaume II, né à Berlin le jeudi 27 janvier 1859.
  • La conjonction de Saturne, de Mars et du Taureau présage : perte des biens, c’est-à-dire pour le cas qui nous occupe : chute de la maison Hohenzollern et de l’empire d’Allemagne en 1913 et 1914.
  • Jupiter présage que Guillaume II est le dernier empereur d’Allemagne de la maison des Hohenzollern.
  • Le Bélier : coup de tête, violence.
  • Enfin, s’il y a la guerre en 1914 entre la France et l’Allemagne, la France sera victorieuse.

Répétons-le : les liens ci-dessus datent d’il y a trois ans, c’est-à-dire d’une époque où l’on ne pouvait penser qu’août 1914 verrait éclater la guerre franco-allemande.

Cette carte date de fin 1914, et on ne doute pas encore que la guerre sera de courte durée, assurant ainsi une rapide victoire de la France… il en sera hélas, un peu autrement, avec un dénouement qui s’est fait attendre, et surtout, au prix de millions de morts !

Les cartes satiriques s’en prenant à Guillaume II (et aux autres), éditées pendant le conflit, ont été très nombreuses, un autre témoignage, haut en couleur :

Un empereur des barbares "crucifié", sous le coq gaulois !!! ...la victoire du gallinacé sur le rapace.

Un empereur des barbares « crucifié », sous le coq gaulois !!! …la victoire du gallinacé sur le rapace.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à la carte postale rémoise envoyée par M. Monnot… il note dans son texte que ces destructions ne sont rien comparées à d’autres villes, on peut donc se poser la question, à savoir, par où est-il passé avant de venir à Reims ?

La légende de la photo est quant à elle, pour le moins imprécise : « Reims, une rue après le bombardement ».
Il s’agit en fait de la Rue de l’Université, avec sur la gauche le Lycée de Jeunes Filles, visible sur la carte postale ci-dessous, dans son état d’avant-guerre.

Reims 14-18... Ces hideux barbares...
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Samedi 29 juillet 1916

Louis Guédet

Samedi 29 juillet 1916

686ème et 684ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps magnifique, chaleur très forte avec brise, et vents assez forts, heureusement ! Course un peu par toute la ville. Été chercher mon laissez-passer rue Dallier, car il faut maintenant se présenter soi-même et signer sur un registre, non, un cahier plus ou moins propre, une mesure nouvelle qui sauvera la France !! mais ne nous délivrera pas des allemands et encore moins des embusqués galonnés.

Après-midi courses. Lettre de Madeleine m’annonçant dans le village de St Martin deux accidents provoqués par des grenades : le premier, un enfant s’amusa à taper sur une grenade qui lui emporta une jambe, et le second, le Maire Jules Maugin, du même âge que moi, un mois plus âgé, qui prit les 2 autres exprès pour les jeter dans la rivière proche, quand malheureusement il en laissa tomber une qui éclata et le blessa grièvement au ventre. On craint pour la vie des deux.

Je ne sais si j’ai parlé de l’ouverture du Casino pour ces Messieurs !! Les officiers ! éclairé à l’électricité où ils donnent des soirées le samedi et le dimanche pour eux, pour se distraire, et pour leurs…  femelles. On en sort à des 1h du matin. Quand nous pauvres civils nous devons être couchés avec les poules, toutes lumières éteintes à 9h du soir, et surtout ne plus errer dans les rues ! Ce n’est permis qu’ici aux galonnés et à leurs valets ! C’est honteux. Scandaleux !

Demain présentation au Procureur Général à 2h au Parquet.

Il y a 2 ans à pareille date je commençais ces notes ! J’étais convaincu que la Guerre était inévitable, mais je croyais bien qu’elle n’aurait jamais été aussi longue ! Hélas ! Quand finira-t-elle ? Je n’ose y penser ! Si seulement nous étions délivrés, nous avons déjà tellement souffert ! Dans un mois il y aura 2 ans que j’ai commencé ce calvaire ! En verrai-je la fin ??

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 29 – Visite de Mgr Le Roy. Visite des demoiselles Maubeuge.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 29 juillet

Au nord de Chaulnes, une tentative de l’ennemi sur une de nos tranchées, près de Lihons, a été repoussé à coups de fusil.
En Champagne dans la région d’Auberive, une reconnaissance russe a pénétré dans la tranchée adverse qu’elle a nettoyée à coups de grenades et a ramené des prisonniers.
En Argonne, lutte de mines. Nous avons occupé les rebords de deux entonnoirs après une lutte à la grenade, à la Fille-Morte.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons fait quelques progrès à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont.
Dans les Vosges, après un vif bombardement, l’ennemi a attaqué, par deux fois, nos positions au sud du col de Sainte-Marie : la première attaque, qui avait réussi à prendre pied dans nos éléments avancés, a été refoulée a la baïonnette; la deuxième, déclenchée peu après, n’a pu aborder nos lignes et s’est dispersée sous nos tirs. Les pertes de l’ennemi ont été importantes.
Nous avons abattu deux avions ennemis dans la région de la Somme; nous avons contraint un aviatik à l’atterrissage, dans les Vosges : il a capoté. Nos escadrilles ont bombardé la gare de Charny et des convois en marche, près de Charny, plusieurs établissements militaires entre Menneville et Lavannes-Caurel.
Les Anglais ont pris tout le bois Delville, faisant 161 prisonniers, réalisé des progrès dans Longueval et près de Pozières. Ils ont canonné les tranchées ennemies au nord de Souchez.
Les Russes ont, à nouveau, avancé vers Brody, refoulant les Autrichiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 28 juillet 1916

Louis Guédet

Vendredi 28 juillet 1916

685ème et 683ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps splendide, quelques coups de canon. Rien de saillant. Courses, allées et venues, éreintement général ce soir. Y résisterai-je ? Notre présentation à M. Herbaux, procureur général, aura lieu dimanche vers 11h du matin. Vu l’abbé Camu, vicaire général, curé de la Cathédrale par intérim, qui les larmes dans les yeux m’appris qu’il venait de recevoir une lettre de son frère qui est resté dans les Ardennes au Chaudion (commune de Saint-Fergeux) avec sa jeune femme et ses 2 enfants qui lui annonçait qu’il était en prison dans une cellule, pas nourri, 2h de promenades, faisant des clous, sans nouvelles, condamné à un an de prison cellulaire parce que les allemands ont trouvé dans un coin du grenier de la maison de sa mère 2 vieux sabres de la Révolution !! Quel crime ! une occasion pour martyriser et laisser à l’abandon et au manque de tout une pauvre petite femme et deux jeunes enfants ! Il réclame surtout du pain !! C’est épouvantable. Rendrons-nous jamais la pareille à ces sauvages-là ! Je crains bien que non avec les gouvernants et les pleutres que nous avons ! Tout le monde en a assez et les haines, les rancœurs sourdent de partout. Gare ! quand la marmite fera monter le couvercle !

9h soir  Reçu visite de l’abbé Camu, échangé nos idées sur les événements. Ils ne sont pas encourageants ni consolants. Lui aussi craint bien que nous soyons impuissants. Quand on voit comme lui et moi ce que font les officiers !! et toute la clique des embusqués !! Alors nous risquons bien de passer encore un hiver comme celui passé à Reims !! Bref, la Guerre peut durer encore des années !

En causant cet après-midi avec le Procureur de la République du Docteur Langlet, maire de Reims, il le jugeait sévèrement : Égoïste, entêté, manquant d’intelligence, jaloux de tous, de ceux qui peuvent lui porter ombrage, voulant être le seul digne de figurer à cette époque dans les fastes de l’Histoire de notre Ville. J’ai pensé beaucoup comme lui, depuis déjà longtemps. Ceux qui nous gouvernent depuis l’échelon le plus bas jusqu’au plus haut de l’Échelle Politique et gouvernementale sont de biens petits sujets de bien petites intelligences…  et…  sans scrupules, sans conscience…  Où allons-nous ? Que deviendrons-nous ? Tel est le cri général. Dans toutes les castes, dans tous les milieux, sauf celui des jouisseurs et des embusqués ! Pauvre France !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 juillet 1916 – Bombardement à la même heure qu’hier et dans le même quartier. Aujourd’hui, des obus tombent rue Mennesson-Tonnelier, rue Pierret, rue Paulin-Paris et rue des Trois-Piliers.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Vendredi 28 – Répondu aux donateurs (américains ?)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 28 juillet

Au sud de la Somme, nous avons fait quelques progrès à l’est d’Estrées. Vive fusillade aux abords de Soyécourt.
Au nord de l’Aisne, l’ennemi, après un violent bombardement, a attaqué dans la région de la Ville-au-Bois, le saillant que forme notre ligne au nord-ouest du bois des Buttes. L’attaque a échoué sous nos feux de mitrailleuses.
En Champagne, le bombardement dirigé par l’ennemi sur nos positions a l’ouest de Prosnes a été suivi d’une forte attaque, prononcée sur un front de 1200 mètres. Arrêté par nos tirs de barrage, qui lui ont causé des pertes, l’ennemi n’a pu pénétrer que dans quelques éléments avancés de notre ligne, d’où notre contre-attaque l’a rejeté.
Sur le front de Verdun, lutte d’artillerie dans le secteur de la cote 304 et dans la région Fleury-la Laufée. Nous avons progressé à la grenade à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont.
Activité de l’artillerie anglaise sur tout le front. Les Allemands, de leur côté, ont recouru aux obus à gaz et aux obus lacrymogènes.
Les Russes ont élevé à 6250 le chiffre de leurs prisonniers sur la Slonovka, au nord de Brody.
L’armée turque fuit en désordre à l’ouest d’Erzindjan.
Des contingents turcs viennent en Galicie au secours des Autrichiens.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Prosnes

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Jeudi 27 juillet 1916

Louis Guédet

Jeudi 27 juillet 1916

684ème et 682ème jours de bataille et de bombardement

4h soir  Temps très beau, lourd, chaud. Temps de saison. Hier soir jusqu’à 1h du matin canonnade incessante et très forte, impossible de dormir. Aucune réponse allemande sur la Ville, c’est étonnant. Je suis toujours décidé à partir lundi à St Martin. Demandé mon laissez-passer, vu à l’Hôtel de Ville Raïssac, Commandant Rousseau (à vérifier) mon client, causé longuement. Vu Charlier des allocations militaires très excité contre la citation à l’ordre du jour de Loriquet (Henri Loriquet, archiviste-paléographe, archéologue (1857-1939)) comme bibliothécaire de la Ville. C’est Émile Charbonneaux qui a mijoté cela avec le Dr Langlet qui laisse faire bien des choses ! De Bruignac et Beauvais qui étaient là trouvaient cela choquant, comme moi du reste ! Il y a d’autres fonctionnaires de la Ville à citer que Loriquet. Simple police à 1h1/2, peu d’affaires, 30 jugées sur 33. Toujours des abus de la part des Gendarmes. Il me va falloir encore réagir et sévir contre eux !

En entrant au Palais, rencontré le Procureur tout guilleret, il est heureux de recevoir M. Herbaux, le Procureur général, dimanche. Et surtout rencontrer le susdit de nouveau, causé ensemble jusqu’à la rue des Capucins en descendant la rue de Vesle. Pour dimanche, tenue de jour en veston. C’est une simple présentation intime. Rentré à 4h. Je suis fatigué, et la tristesse s’empare de moi malgré moi.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

27 juillet 1916 – Sifflements vers 16 h. Quelques obus tombent rue Landouzy, dont un au n° 11, chez M. Charbonneaux ; un autre projectile arrive sur le talus du chemin de fer, derrière la maison n° 16. rue Lesage.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 27 – Visite chez le dentiste.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 27 juillet

Au cours du combat qui nous a permis d’enlever l’îlot de maisons situé au sud d’Estrées, nous avons fait 117 prisonniers. Nous avons pris 4 canons de 105 et un nombreux matériel. Un coup de main nous a rendus maîtres d’une maison fortifiée.
Sur la rive droite de la Meuse, grande activité de l’artillerie dans le secteur de Fleury. Nous avons pris sous notre feu et dispersé des détachements ennemis au nord de la chapelle Sainte-Fine.
Les Anglais ont occupé tout le village de Pozières. Les troupes territoriales ont poursuivi leur progression à l’ouest de la localité; elles ont enlevé deux tranchées fortement tenues et ont fait des prisonniers, parmi lesquels 5 officiers.
Les Russes ont pris Erzindjan, complétant ainsi leur conquête de l’Arménie. Les Turcs sont en pleine déroute.
Le général Zakharof, au sud de la Lipa, a remporté un succès signalé, faisant plus de 4000 prisonniers aux Austro-Allemands. Brody est menacé et, plus loin, Lemberg.
Les Italiens out repoussé plusieurs offensives dans la région de Posina-Astico.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mercredi 26 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 26 juillet 1916

683ème et 681ème jours de bataille et de bombardement

1h après-midi  5h soir  Fait quelques courses et je rentre en eau et éreinté, je ne suis plus guère fort. Reçu lettre de ma chère Madeleine, tous vont bien. Ce matin allocations militaires, peu de choses. Vu le Procureur de la République tout à l’heure, à qui je venais demander de m’absenter la semaine prochaine. Comme il me demandait si je serai là dimanche, je lui répondis que j’avais eu l’intention de partir samedi ou dimanche ou lundi. Il me dit : Faites-moi le plaisir de rester dimanche (sous le sceau du secret) M. Herbaux, procureur général, doit venir ce jour-là ici et je veux vous présenter officiellement à lui. « Je n’ai que vous à présenter et à proposer pour la Légion d’Honneur. Ce sera un peu pour le tribunal de Reims, mais ce sera reçu comme cela ». Je lui ai donc promis de rester. La présentation aura lieu à 2h ou 4h. Je ne partirai que lundi matin.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 26 – Visite du Père Bailly qui dîne avec nous ; de M. Garriguet, de M. de Lamarzelle. Écrit au Cardinal Gasparri au sujet des Déportations. Expédié.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 26 juillet

Au sud de la Somme, nous avons enlevé, au sud d’Estrées, un îlot de maisons puissamment fortifié par l’ennemi. Au cours d’une petite attaque, nos troupes ont chassé les Allemands de quelques tranchées qu’ils occupaient au nord de Vermandovillers.
Entre Oise et Aisne, nous avons dispersé à coups de fusil plusieurs reconnaissances qui tentaient d’aborder nos lignes dans le secteur de Tracy-le-Val.
Sur la rive gauche de la Meuse, une tentative d’attaque ennemie à la grenade, vers la cote 304, a échoué sous nos feux de mitrailleuses.
Sur la rive droite, bombardement violent de toute la région comprise entre Fleury et la Laufée.
En Alsace, après une préparation d’artillerie, les Allemands ont attaqué nos positions de Balschwiller (nord d’Altkirch). Ils ont été repoussés.
Les Anglais ont continué à lutter âprement sur divers points de la ligne de bataille. Ils ont occupé de nouvelles positions de Pozières. L’ennemi a essayé de lancer de gros effectifs sur cette localité. Son effort a été brisé avec pertes.
L’armée de Sakharof a obtenu un nouveau succès à la frontière de Wolhynie et de Galicie.
Les troupes russes du Caucase sont arrivées à 15 kilomètres d’Erzindjan, le centre de l’Arménie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Estrées


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Mardi 25 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 25 juillet 1916

682ème et 680ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2 matin  Temps couvert et orageux, de l’air, du calme. Pas de lettre de ma femme, cela m’inquiète. Qu’y a-t-il ? Encore une nouvelle épreuve ? Un nouveau malheur ? Si oui, j’aime mieux mourir tout de suite.

Je suis passé ce matin chez Michaud pour me renseigner sur un incident que le gardien et sa femme (M. et Mme Victor Donny) m’avaient conté. Il y a quelques jours un soldat du 291ème d’infanterie territoriale, ordonnance d’un (en blanc, rien de marqué) leur avait demandé de lui procurer un rouleau de carton semblable à celui dont on envoyait naguère les numéros de l’Illustration par la Poste, et d’un ton dégagé cette ordonnance ajoutait : « C’est pour mon officier qui désire envoyer à sa femme une gravure ancienne qu’il a trouvé dans une maison dans les tranchées !! » Voilà la mentalité de nos illustres galonnards !

Et cette autre réflexion de M. Ganteaume (à vérifier), commissaire-priseur à Reims, successeur de Barré (à vérifier), que je rencontrais avant-hier dans les rues de Reims, il est sous-lieutenant au 332ème d’Infanterie : « Je vais voir comment se comporte mon logis, il parait qu’il y a des officiers dedans, pourvu que j’y retrouve tout, et avec un sourire, c’est si agréable de pouvoir envoyer à sa petite amie un bibelot…  pas cher !!…  Oui, tout le monde n’aura pas sa philosophie souriante et gare après la Guerre. C’est révoltant.

Reçu dossier de simple police pour jeudi, peu d’affaires, 33 je crois.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 25 – Visite du P. Bailly, de l’Assomption, qui a reçu du Pape mission de saisir l’opinion de la question de l’indépendance du Saint-Siège avec quelque souveraineté temporelle comprenant Rome.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 25 juillet

Au sud de la Somme, une opération de détail nous a permis d’enlever une batterie ennemie au sud du village d’Estrées.
Depuis le 20 juillet, nous avons pris sur la Somme 60 mitrailleuses.
Au nord de l’Aisne, nos reconnaissances ont pénétré dans les tranchées adverses près de Vailly et ramené des prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons capturé une trentaine de prisonniers près de la chapelle Ste-Fine. Après un vif combat, notre infanterie s’est emparée d’une redoute immédiatement à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont. 5 mitrailleuses et une quarantaine de prisonniers sont restés entre nos mains.
Les Anglais ont repoussé toute une série de contre-attaques près de Guillemont, en infligeant à l’ennemi de lourdes pertes ; ils ont progressé près de Guillemont : la lutte se poursuit dans le village de Pozières où les Australiens ont pris 2 Canons, 6 officiers et 145 hommes. Grande activité d’artillerie sur le reste du front.
Les Russes se sont avancés d’une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Riga. Ils ont capturé toute une compagnie autrichienne dans la région de la Lipa. Ils ont dispersé de forts détachements turcs qui les attaquaient en Arménie.
La Suède a pris des mesures rigoureuses contre les sous-marins qui viendraient naviguer dans ses eaux.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


chapelle Ste-Fine

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Lundi 24 juillet 1916

Louis Guédet

Lundi 24 juillet 1916

681ème et 679ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Temps orageux le jour très chaud, mais on a de la brise. Silence et calme. Ce matin enterrement de la belle-sœur de Jacques. Fait quelques courses le matin, sorti également l’après-midi, rentré absolument rompu. Je ne suis plus guère fort. Rien de saillant à noter. Rencontré M. de Bruignac qui est maintenant beaucoup plus aimable avec moi. Causé de différentes choses, il allait à la Mairie. Pas de nouvelles de chez moi. Pourvu qu’il ne soit rien arrivé. Et voilà ma journée. Quelle triste vie et morne vie.

Reçu lettre des de Vroïl qui sont à Vichy, de Jolivet qui est renvoyé du front à Contrexéville pour soigner ses douleurs. Contrexéville !! Que de souvenirs ce nom remue en moi. Que de charmants moments y ai-je passé avec mon pauvre cher ami disparu Maurice Mareschal sous le toit duquel je suis actuellement réfugié, moi le « Sans-foyer » ! Ces saisons passées ensemble en juin là-bas étaient pour nous de vraies vacances de collégiens ! Que tout cela est loin ! Et tout cela ne reviendra plus, ne revivra plus !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 24 – Passage des Sœurs de l’Archevêché de Reims (se rendant à… pour leur retraite). Visite de Madame Auger, de M du Dresnay.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 24 juillet

Sur le front de la Somme, lutte d’artillerie. Au sud de Soyécourt, une attaque, dirigée contre nos nouvelles positions, a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite de la Meuse, bombardement du secteur de Fleury. Combats à coups de grenades aux abords de la chapelle Sainte-Fine.
Aux Eparges, une tentative allemande contre nos tranchées a été repoussée par nos feux de mitrailleuses.
Nos avions ont bombardé la gare de Vigneulles, la gare de Thionville où trois incendies se sont déclarés ; les gares d’Arnaville, de Loos et de Saint-Erme, et, de nouveau, la gare et les établissements militaires de Thionville. 115 obus au total ont été lancés.
Douze de nos avions ont bombardé les établissements militaires de Mulheim (rive droite du Rhin) : la gare et les casernes ont été atteintes. Au retour, il y a eu lutte entre nos avions et une escadrille ennemie. Quatre appareils allemands ont été abattus, deux des nôtres ont dû atterrir.
Une pièce ennemie à longue portée a tiré des obus de gros calibre dans la région de Belfort.
Les Anglais livrent bataille de Pozières à Guillemont ; les défenses avancées de l’ennemi ont été prises près de Pozières, où les Allemands se défendent avec acharnement. Nos alliés ont fait de nombreux prisonniers. Le quartier nord de Longueval et les abords de Guillemont ont changé plusieurs fois de mains.
Les Russes ont fait 27.000 prisonniers sur la Lipa depuis le 16. Ils ont capturé 500 Autrichiens dans les Carpathes et pris la ville de Fol sur la mer Noire. M. Sasonof cède le portefeuille russe des Affaires étrangères à, M. Sturmer.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Saint-Erme

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Dimanche 23 juillet 1916

Louis Guédet

Dimanche 23 juillet 1916

680ème et 678ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, quoique brumeux et lourd. Calme. Rien de bien saillant. Sorti vers 3h porter une lettre à la clinique Mencière, rue de Courlancy, où était ce pauvre ami Maurice Mareschal. Je n’ai pas eu le courage d’entrer ! J’ai remis ma lettre pour l’abbé Béguin et M. Moisy, qui est infirmier là avec lui. De là passé jusqu’à Roederer voir la Mère Supérieure toujours bien affectueuse pour moi. Elle me comprend parfaitement et blâme leur attitude à mon égard. Rentré ici et quelques moments après reçu visite de Charles Heidsieck de retour de sa saison à Dax. Causé de maintes choses, du rejet de ma requête en mainlevée Schulz qu’il déplore comme moi suite à l’affaire Goulden, etc…  son fils Georges, à peine remis, vient de repartir sur le Front, il ne sait où. Il a la Croix de Guerre bien entendu. Voilà ma journée, lourde à tirer. Pas de nouvelles de nos aimés. Pourvu qu’ils n’aient rien. Je suis si nerveux en ce moment, si impressionnable qu’un rien m’inquiète et me tourmente. Je m’affaiblis de plus en plus. Non ! je succomberai, si nous sommes obligés de passer encore un hiver dans la même situation. Je le crains fort ! hélas !!…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 23 – Visite du P. Salvien, de Mgr Odelun.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 23 juillet

Entre Oise et Aisne, nous avons dispersé une forte reconnaissance allemande dans la région de Moulin-sous-Touvent.
En Argonne, nous avons fait jouer une mine à Bolante, dans de bonnes conditions.
A la Fille-Morte, un coup de main de l’ennemi sur un de nos petits postes a été repoussé.
Sur la rive droite de la Meuse, violent bombardement des secteurs de Fleury et du bois Fumin. Une attaque ennemie, dirigée sur une de nos tranchées au sud de Damloup a échoué sous nos feux. De notre côté, nous avons fait soixante-dix prisonniers près de Fleury.
Dans les Vosges, après un vif bombardement, les Allemands ont attaqué nos positions au nord de Saint-Dié: ils ont été repoussés avec de fortes pertes.
Une de nos escadrilles a bombardé à trois reprises la gare de Metz-Sablons. 115 obus de gros calibre ont été lancés au total, en faisant d’importants dégâts. Un avion allemand a été abattu. Belfort a été bombardé à deux reprises par avions.
Aucun incident important n’a été signalé sur le front britannique. Nos alliés ont détruit six avions allemands et en ont forcé plusieurs autres à atterrir.
Les Italiens ont réalisé des avances et fait des prisonniers dans la région des Dolomites.
Les Russes ont enlevé Beretchko et capturé 300 officiers et 12000 soldats austro-allemands.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Samedi 22 juillet 1916

Louis Guédet

Samedi 22 juillet 1916

679ème et 677ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Très beau temps. Nuit relativement calme. Journée tranquille, quelques avions. Fait des courses toute la journée ou à peu près. Été à la Caisse d’Épargne ce matin ou le « bateau » de la décoration a repris avec ce brave M. Baudoin. Je l’ai envoyé au diable, mais il ne veut pas en démordre, ainsi que M. Grandsart. Bref je les ai laissé dire, puisque cela leur fait rire. En tout cas je leur ai dit qu’ils avaient bien des chances de ne pas boire de Champagne en cet honneur malgré leur désir !!… Écris à ma pauvre Madeleine pour sa fête. Je lui disais que je n’osais lui rien souhaiter, ou ce que je souhaitais ne serait certainement pas réalisé. Il suffit que je décide quelque chose pour que cela me soit refusé…

Après-midi couru encore beaucoup, en sorte que ce soir je suis passablement éreinté. D’autant qu’on perd énormément de temps dans ses courses, et il m’a fallu encore faire mon courrier. Je n’ai plus qu’une lettre pour Béliard qui m’a enfin donné signe de vie. Le brave confrère est reversé du 46ème Territorial (ce régiment avait été mobilisé à Reims et le 10 avril 1916, le 3ème bataillon, détaché à Verdun, est rattaché au 95ème RI) dans le 95ème d’infanterie territoriale (ce n’était pas un régiment de la Territoriale, mais de première ligne) comme sous-lieutenant. Il ne parait pas être très enchanté de se retrouver parmi ces mangeurs d’ail ! (Le 95ème RI était originaire de Bourges, sa devise : « Debout les morts ») Je lui répondrai demain.

Voilà ma journée, une de plus, triste et longue à vivre…  et sans espoir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Samedi 22 juillet

Au sud de la Somme, l’ennemi a lancé une contre-attaque sur nos nouvelles positions au sud de Soyécourt. Le bataillon de tête, pris sous nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses, a reflué en désordre, après avoir subi de très grosses pertes.
Dans la région de Chaulnes, un fort détachement ennemi, qui tentait d’aborder nos lignes au sud de Maucourt, a été repoussé à la baïonnette.
Entre Soissons et Reims, au nord-est de Vendresse, nos reconnaissances ont pénétré, à la faveur d’une explosion de mine, dans une tranchée adverse, qu’elles ont nettoyée à la grenade.
Grande activité sur le front de Verdun, dans les secteurs de Chattancourt et de Fleury.
Dans les Vosges, une tentative d’attaque sur nos positions au nord de Wissembach, est restée sans succès.
Nos escadrilles d’avions ont bombardé les gares de Conflans, Mars-la-Tour, Longuyon, Brieulles et la bifurcation de Ham.
Les Allemands ont bombardé les villes ouvertes de Baccarat et de Lunéville et jeté des obus sur Belfort.
Intense activité de l’artillerie belge au sud de Nieuport.
Une grande manifestation a eu lieu à Rome en l’honneur de Battisti, le député de Trente, pendu par le bourreau de Vienne. La foule a crié:  » A bas l’Allemagne! ».

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Soyécourt

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Vendredi 21 juillet 1916

Louis Guédet

Vendredi 21 juillet 1916

678ème et 676ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Beau temps, du canon, des avions, des dirigeables toute la nuit qui m’ont empêché de dormir, aussi suis-je bien fatigué. Les journaux paraissant (?) nous donnent de bonnes nouvelles, mais cela ne va guère vite. Je me demande si nous ne serons pas obligés de passer encore un hiver ici dans la même situation !! Alors autant mourir tout de suite.

Ce matin audience de conciliation, 12 affaires. De plus en plus les locataires se refusent à payer leur loyer et à déménager leur mobilier sans payer. C’est passé à l’état d’institution. C’est odieux. Et la loi, l’État protège ou tolère cela ! avec tous ces moratoires qui ne profitent qu’aux malhonnêtes gens. Cela devient écœurant. Fait quelques courses l’après-midi. Il fait fort chaud et je ne sais si c’est fatigue ou faiblesse, mais j’ai eu comme un léger étourdissement dans la rue !! Hélas ! Je suis bien usé…  ajoutez à cela le découragement et la désespérance de voir une situation meilleure ! Non tout s’acharne contre moi et mes aimés. Alors ! Désespoir et malheur toujours ! toujours !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 21 – Idem.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 21 juillet

De part et d’autre de la Somme, notre infanterie a attaqué les positions allemandes et réalisé des avantages marqués.
Au nord de la Meuse, nous avons enlevé des tranchées ennemies et porté notre ligne à l’est d’Hardecourt, le long du chemin de fer à voie étroite qui va de Combles à Cléry.
Au sud de la Somme, nous avons pris la première ligne allemande depuis Estrées jusqu’à la hauteur de Vermandovillers. Nous avons capturé 2900 prisonniers, dont 30 officiers, 3 canons, 30 mitrailleuses et du matériel.
En Champagne, nous avons pénétré dans une tranchée d’Auberive, ramenant des prisonniers.
En Argonne, nous avons repoussé les Allemands près de Bolante.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons progressé à l’ouest de l’ouvrage de Thiaumont; au sud de Fleury, nous avons saisi un ouvrage puissamment tenu par l’ennemi. Au total, 300 prisonniers sont tombés entre nos mains.
Nos avions ont bombardé les gares de Thionville, Brieulles, les bivouacs d’Azannes et la gare de Roisel; les établissements militaires de Lorrach (nord-est de Bâle) ont reçu huit obus.
Les Anglais ont progressé à Longueval et dans le bois Delville ainsi qu’au nord de Bazentin.
Les Russes ont pris l’offensive à Riga et repoussé des attaques sur le Stokhod.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Bazentin

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Jeudi 20 juillet 1916

Louis Guédet

Jeudi 20 juillet 1916

677ème et 675ème jours de bataille et de bombardement

7h1/2 soir  Beau temps. Va-t-il enfin y rester. Cette nuit à 3h du matin une escadrille d’avions est passée au-dessus de Reims jusqu’à 4h. Pourvu que nous n’en subissions pas le contrecoup ! Audience de réquisitions militaires avec Payen (à vérifier). Je crois que nous pourrons liquider rapidement nos 287 dossiers. Nous en avons nettoyés 64 aujourd’hui. Nous avons pris rendez-vous pour les 8 – 10 – 12 août, ensuite nous verrons. Le Président est venu nous voir et nous a annoncé triomphalement qu’il avait loué un appartement à Épernay et que le Tribunal serait installé pour le commencement d’août…  et puis…  ce sera les vacances ! Belle occasion de ne rien faire !! encore pendant 3 mois !! C’est triste ! Vu le Père Virion (au Collège St Joseph, rue de Venise) qui m’a dit que le Père Pottié était revenu exténué de Verdun où son régiment le 291ème avait perdu 80% de son effectif, ils l’ont refondu dans le 348ème Régiment d’Infanterie. (Le 291ème RI a été effectivement dissous en juin 1916, un monument à sa mémoire se trouve à la nécropole de Sillery(51)).

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

20 juillet 1916 – A 22 h 1/2, au moment où je commence à sommeiller, les doubles détonations bien connues de certaines pièces ennemies se font entendre. Ces pièces, qu’à tort ou à raison on a dit être montées sur tracteurs, nous ont toujours paru tirer tout près de la ville, car les explosions des arrivées suivent presque immédiatement les coups des départs.

Cette nuit, elles tirent précipitamment et je crois à un bombardement en ville, que je cherche à m’expliquer à cause du passage, le matin, d’une escadrille d’avions partie pour un raid dans les lignes allemandes. Mais nos 95 du Port-sec se mettent bientôt à riposter énergiquement ; peu après, les 75 qui claquent si bien qu’on les croirait parfois en batterie sur la place même, devant nos fenêtres, se mettent, eux aussi de la partie.

Pendant quelques minutes, on tire de part et d’autre ; pour celui qui aime ce bruit, c’est un beau vacarme.

Finalement, les Boches se taisent et je puis faire une bonne nuit. Le lendemain, nous apprenons qu’il s’agissait encore d’un bombardement des tranchées.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 Cardinal Luçon

Jeudi 20 – Paris. Soigné, électricité par Dr Fiessuiger.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 20 juillet

Deux coups de main dirigés par l’ennemi sur nos petits postes, l’un dans la région de Paschendaele (Belgique), l’autre au nord de l’Aisne, vers Paissy, ont totalement échoué.
Au sud de la Somme, une petite opération effectuée par nous au sud d’Estrées, nous a permis d’enlever quelques tranchées et de faire une soixantaine de prisonniers.
Sur le front de Verdun, bombardement de nos premières et de nos deuxièmes lignes dans la région de la cote 304. Activité intense de l’artillerie dans le secteur de Fleury sans action d’infanterie.
Aux Eparges, une tentative d’attaque sur un de nos petits postes a été repoussée.
Les Allemands ont donné un violent assaut aux nouvelles positions anglaises à l’est de Bazentin. Ils avaient concentré là des forces importantes. Après une violente préparation d’artillerie, ils s’élancèrent en masses profondes. Ils pénétrèrent dans le bois Delville et prirent pied sur la lisière nord de Longueval. Toutes leurs attaques contre la ferme Waterlot étaient arrêtées. Un peu plus tard, les Anglais reprenaient à Longueval et au bois Delville la majeure partie du terrain perdu. Ils dispersaient un gros rassemblement ennemi qui préparait une nouvelle attaque contre Waterlot.
Les Russes ont accentué leur avance sur la Lipa, en Wolhynie, et fait pénétrer d’importants contingents en Hongrie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Paschendaele

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Mercredi 19 juillet 1916

Louis Guédet

Mercredi 19 juillet 1916

676ème et 674ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps, magnifique même, aussi les avions s’en paient-ils… !…  Le calme à part cela. Allocations militaires ce matin. Vu beaucoup de monde. Organisé mes audiences de réquisitions militaires avec mon greffier et mis au point nos lettres, formules, etc…  pour ces audiences-là. Un vrai travail. Reçu lettre de ma chère femme. Tout cela m’attriste et me navre. Je suis donc condamné à souffrir toujours sans répit.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – Paris, à l’Adoration Perpétuelle. Visite de M. Letourneau.

Cardinal Luçon dhttp://14-18.documentation-ra.com/wp-admin/post-new.phpans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 19 juillet

Les Allemands ont attaqué nos positions de la Somme depuis le village de Biaches jusqu’à la Maisonnette. Malgré des tentatives réitérées qui leur ont coûté de lourdes pertes, ils n’ont pu s’emparer de la Maisonnette. Quelques portions ennemies s’étaient infiltrées le long du canal dans la partie est de Biaches : elles en ont été délogées presque en totalité.
Sur la rive gauche de la Meuse, un coup de main dirigé sur nos tranchées de la cote 304 a échoué sous nos feux.
Sur la rive droite, combats à la grenade aux abords de la chapelle Sainte-Fine et à l’ouest de Fleury. L’ennemi a été partout repoussé. Lutte d’artillerie assez vive dans la région de la Laufée et du Chenois.
En dépit du brouillard et de la pluie, les Anglais ont fait de sérieux progrès au nord d’Ovillers, sur un front d’un kilomètre. Ils ont enlevé plusieurs points fortement tenus, faisant des prisonniers et capturant 6 mitrailleuses.
Ils ont effectué un coup de main heureux près de Wyschaete.
Les Belges, de leur côté, ont opéré un raid hardi près de Dixmude.
Les Russes continuent leur avance en Volhynie; leur cavalerie s’avance sur la chaussée de Kirlibaba à Maramaros-Sziget (Transylvanie).
Les Italiens ont progressé dans le Vallarsa et dans la région de Posina-Astico.
Les ouvriers anglais, pour ne pas suspendre la fabrication des munitions et pour répondre à la demande du général Douglas Haig, renonce à leur congé de l’été.
La presse allemande reconnait de plus en plus nettement la gravité de la situation militaire de l’empire sur le front Est et sur le front Ouest.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


biache

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Mardi 18 juillet 1916

Louis Guédet

Mardi 18 juillet 1916

675ème et 673ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  La nuit dernière canonnade terrible qui m’a empêché de dormir une partie de la nuit, ajouté à cela un chien hurlant au loup !! Pluie torrentielle effrayante jusqu’à midi, cet après-midi temps sombre, triste, maussade et lourd…  le silence !! Fait quelques courses et cet après-midi. Greffe civil. Hôtel de Ville. Caisse d’Épargne. Greffe de Paix pour organiser mes audiences de réquisitions militaires. Rentré pour écrire quelques lettres.

Les journaux de ce soir nous donnent de bonnes nouvelles des Russes. (Offensive Broussilov de juin à septembre 1916 ; cette offensive, couronnée de succès au départ, ne peut se poursuivre en raison des pertes subies, dont de nombreuses troupes fidèles à Nicolas II) Si ce pouvait être la même chose de notre côté. Toujours fort triste et découragé.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 juillet 1916 – Depuis trois nuits, nous entendons de très fortes explosions d’arrivées sur les tranchées, vers minuit. Il nous semble que ce sont des torpilles, qui tombent assez nombreuses pendant une demi-heure environ. Par contre, les journées sont calmes.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 18 – Nuit tranquille à Reims. Voyage à Paris pour traitement.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 18 juillet

Rien d’important sur notre front. Une attaque a été repoussée par les Russes en Champagne.
Dans la région de Souville (rive droite de la Meuse), le combat d’artillerie a continué. Le chiffre des prisonniers que nous avons faits ces derniers jours, autour de Souville, est de 200 environ.
Journée calme sur le front belge. L’artillerie belge exécute des tirs de destruction dans la région d’Hetsas-Boeshinge.
L’armée anglaise a réalisé de sérieux avantage au nord de la Somme: elle a pris d’assaut sur un front de 1400 mètres, la deuxième ligne allemande au sud-ouest du bois de Bazentin-le-Petit. Les pertes ennemies ont été très lourdes. Les forces britanniques ont, d’autre-part élargi leur trouée dans la deuxième ligne allemande à l’est de Longueval où elles ont enlevé la forte position de la ferme Waterlot.
Les dernières positions d’Ovillers-la-Boisselle sont également tombées aux mains de nos alliés, qui y ont capturé 2 officiers et 124 hommes de la garde.
Depuis le 1er juillet, ils ont pris 189 officiers et 10.779 hommes, 8 gros obusiers, 9 gros canons, 37 pièces de campagne, 30 obusiers de tranchées et 66 mitrailleuses.
Les Russes ont victorieusement repoussé les attaques de Linsingen au sud-ouest de Loutsk et largement progressé dans ce secteur. Ils ont fait 12000 prisonniers et capturés 59 canons. En Arménie, ils sont maîtres de Baïbourt.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Ovillers-la-Boisselle

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Lundi 17 juillet 1916

Louis Guédet

Lundi 17 juillet 1916

674ème et 672ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Nuit avec canon comme d’habitude. Journée calme et monotone. Pluie battante toute la nuit et ondées dans la journée. Rien de saillant. Sorti pour faire quelques courses, je suis de plus en plus désemparé, et d’une tristesse. Je pleure à chaque instant, c’est malgré moi, en pensant à ma femme et à mes enfants, à leur misère et aussi à la mienne. Je n’en puis plus ! Et rien, rien pour relever mon courage, me consoler un peu, un tout petit peu !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 17 – Nuit tranquille ; pluie continuelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 17 juillet

Au sud de la Somme, les Allemands, profitant du brouillard, se sont glissés le long du canal et ont lancé des attaques violentes contre la Maisonnette et le Village de Biaches, qu’ils ont enlevés par surprise. Mais nos troupes ayant contre-attaqué avec vigueur, se sont de nouveau rendues maîtresses de Biaches et de la Maisonnette.
Dans la région de Chaulnes, où un détachement ennemi avait pénétré dans notre première ligne à la faveur d’un bombardement, nous avons ressaisi toute notre position par une contre-attaque.
Au nord de l’Aisne, près d’Oulches, nous avons effectué un coup de main heureux; coup de main heureux aussi pour nous près d’Avocourt, où nous avons fait des prisonniers.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons rejeté de fortes reconnaissances ennemies près de la côte du Poivre. Nous avons progressé à l’ouest et au sud de Fleury.
Activité d’artillerie dans les régions du Chenois et de la Laufée.
Les Anglais ont pris à l’est de Longueval la totalité du bois de Delville puis repoussé des contre-attaques allemandes. Au nord de Bazentin-le-Grand, ils ont pris pied dans la troisième ligne ennemie, au bois des Foureaux. A l’ouest de Bazentin-le-Petit, ils ont occupé le bois de ce nom et rejeté deux contre-offensives. Ils ont encore pris à l’est d’Ovillers et poussé jusqu’aux abords de Pozières.
Les Russes ont détruit un régiment turc en Arménie.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

Chaulnes

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