• Monthly Archives: mai 2016

Mercredi 31 mai 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 31 – Nuit tranquille ; + 8° ; beau temps sans nuages. Matinée silencieuse. Violente canonnade vers 2 – 3 h. à l’est de Reims. Visite de M. Farre et de M. Misset pour l’œuvre marnaise des Prisonniers de guerre. Ecrit à M. de Lamarzelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 31 mai

Le bombardement a redoublé d’intensité entre le Mort-Homme et Cumières. L’ennemi a dirigé sur l’ensemble des positions de ce secteur une très puissante attaque où il a engagé une division fraîche et nouvellement arrivée.
A notre gauche, nos feux ont brisé tous les assauts ennemis sur les pentes est du Mort-Homme. Dans la région du bois des Caurettes, après plusieurs tentatives infructueuses de l’ennemi, qui a subi des pertes importantes, nous avons dû replier nos éléments avancés au sud du chemin de Béthincourt à Cumières. A notre droite, les Allemands n’ont pu nous déloger des lisières sud du village de Cumières.
Sur la rive droite, lutte d’artillerie très vive à l’ouest du fort de Douaumont.
Un transport autrichien a été coulé dans le port de Trieste par un sous-marin italien.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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En ces jours de commémoration du centenaire de la bataille de Verdun

Maurice Denoncin (1888-1986) Soldat de la grande guerre / « soldat de Verdun », enfant de Reims, ancien combattant, « soldat de la grande guerre 1914-1918 » (et en 39-40), … « soldat de Verdun »

Documents : François Denoncin.

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Mardi 30 mai 1916

Louis Guédet

Mardi 30 mai 1916

626ème et 624ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps de brume, de pluie, de brouillard froid. Toute l’après-midi couru par les rues pour voir à un meuble à transporter avec le déménageur Rondeau, 16, rue Caqué, succession Merlet (à vérifier), de là vu le Président pour l’ouverture du coffre-fort de M. Grenier, juge, commandant de chasseurs alpins, qui vient d’être tué par une bombe d’aéroplane à Corcieux (Vosges) (Pierre Grenier, juge à Reims, commandant le 4ème BTCA (1873-1916))

Le feuillet 332 a été supprimé. Il est allé à cette période à Paris et notamment à une réunion de l’Académie de Reims ou il a pu lire sa communication sur le pillage du Château de Saint-Thierry.

…dépouillé mon courrier que je n’avais pas encore pu voir. Je suis fatigué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 30 – Nuit tranquille ; pluie toute la nuit ; matinée paisible ; pluie. Visite de Mme la Comtesse Werlé, que je conduis à la Cathédrale. Visite au Général Debeney (1) à Villers-Allerand et à M. le Curé. Journée de pluie et de tranquillité.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Général Debenay, chef d’État-major de Nivelle puis de Pétain. Il commandera la VIIe Armée en Alsace, puis la 1e à Verdun. En mars 1918, il sauve Amiens, dégage Montdidier le 8 août (jour de deuil de l’Armée allemande selon Luddendorf), Péronne en septembre, St-Quentin en octobre. Il est l’auteur d’un livre de réflexions La Guerre et les Hommes

Le général français Marie-Eugène Debeney L'Illustration, n° 4219, 12 janvier 1924

Le général français Marie-Eugène Debeney
L’Illustration, n° 4219, 12 janvier 1924


Mardi 30 mai

Au sud de Roye (région de Beuvraignes), notre artillerie a bouleversé les organisations allemandes de première ligne.
Sur la rive gauche de la Meuse, deux attaques allemandes débouchant du bois des Corbeaux ont été complètement repoussées par nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie. Un assaut contre la cote 304 a été brisé avec des pertes sensibles, ainsi qu’un second assaut qui l’a suivi à quelques heures d’intervalle. Des rassemblements ennemis, signalés à l’ouest de la cote 304, ont été dispersés par notre artillerie.
Entre le Mort-Homme et Cumières, une forte attaque ennemie a été arrêtée par notre tir de barrage, sauf en un point où l’ennemi a pris pied sur un front de 300 mètres dans une de nos tranchées avancées.
Sur la rive droite, violente lutte d’artillerie à l’est et à l’ouest du fort de Douaumont.
Le chancelier allemand est arrivé à Munich où la presse l’a froidement accueilli.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Reims 14-18 – De ménouvelle…

ob_dd8317_amicarte51-10029 mai 1916
Mon cher Georges
je tenvoi cete carte par un camarade, il rentre chez lui il a 6 enfants, il éde la Dordogne.
Il étai aveque moi, il te donnera bien de ménouvelle.
Je suis toujours en bonne santée, nous somme toujour à Reims.
Il y a un moi que nous somela, nous feson une route, mais je travaille pour la compagnie come tailleur.
Hier, je sui sorti me promener jai vu la catédrale mes il ya baucout demaison de des moli.
Il y en a bien deux foit grand come Guéret de des moli ou de bruler.
Je ne sui pas restai lonten je navai cune permision de 2 heur.
Jai écri a la mament emmeme tan catoi.
Je termine en tenb
rassan de tou mon coeur.
Ton papas qui taime.
Louis.

CPA Coll. Pierre Cosnard

CPA Coll. Pierre Cosnard

Évidemment, j’aurais pu vous retranscrire ce courrier en corrigeant les fautes, mais je pense qu’il aurait perdu de sa fraîcheur et de sa spontanéité.

Louis n’est peut-être pas très fort en orthographe, mais ça ne l’empêche pas de donner des nouvelles à la famille… et c’est tant mieux !
Il est donc sur Reims, et fait certainement partie d’une compagnie du Génie, puisqu’il est affecté à la réfection d’une route.
Lors de sa rapide visite touristique de la ville, Louis compare les importantes destructions de la ville de Reims, à deux fois la superficie de la ville de Guéret, dans la Creuse, dont il est certainement originaire, ou proche.
Cette journée du 29 mai 1916 paraît relativement calme, en dehors de quelques obus tombés dans la matinée… quand même !

Le visuel de la carte est très intéressant, même s’il date un peu, puisqu’il s’agit d’une photo prise 20 mois auparavant, lors de la courte occupation de Reims par les troupes allemandes.
On voit ici un convoi de ravitaillement allemand passant à l’angle de la Place du Palais de Justice et de la Rue du Trésor, le 10 septembre 1914, soit deux jours, avant l’évacuation précipitée des troupes du Kronprinz.
Ils paraissent encore fiers, mais plus pour longtemps !

On n’en fera pas dire beaucoup plus à cette carte, j’en profite donc pour diffuser quelques cartes postales de Guéret, datant de cette période de conflit.

Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...
Reims 14-18 - De ménouvelle...

Guéret est une commune française, préfecture du département de la Creuse dans la région Limousin.
Guéret, après avoir été la ville principale de la partie haute du comté de la Marche et le chef-lieu du nouveau département en 1790, est aujourd’hui la préfecture de la Creuse.
Ses habitants sont appelés les Guérétois – 13 563 hab. (2011).
Guéret est situé sur un vaste plateau entre la Creuse et la Gartempe, au pied du Puy de Gaudy et du Maupuy qui atteignent 651 et 689 m. La ville s’incline sur les pentes de la colline de Guéret Grancher ou l’altitude atteint 571 m. Elle marque la limite entre la prédominance du bocage marchois au nord de la Creuse et du domaine forestier au sud.
La ville de Guéret se situe au Centre-Ouest de la Creuse. Elle est bordée par la RN 145 qui traverse le département dans un axe Ouest – Nord-Est. Guéret est aux environs de 45 minutes de Limoges, de 1h30 de Clermont-Ferrand, de 2h de Poitiers et Vichy, de 2h30 d’Orléans, de 3h30 de Bordeaux, de Lyon, de Paris et de Toulouse. Guéret est également aux environs de : 35 minutes de Montluçon et d’Aubusson, 1h15 de Chateauroux, 1h45 de Brive et 1h50 de Tulle.

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Lundi 29 mai 1916

Louis Guédet

Lundi 29 mai 1916

625ème et 623ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Pluie, lourdeur, temps de Rogations (Les jours des Rogations sont les trois jours qui précèdent immédiatement le jeudi de l’Ascension). Sorti faire des courses cet après-midi. Vu Henri Abelé, toujours aussi bon et aimable pour moi, vu aussi Charles Heidsieck à qui Louis de Baillencourt venait d’apprendre que son fils Georges venait d’être blessé dans les environs de Soissons samedi vers 8h du soir en rentrant de faire une patrouille. On n’avait pas encore pu retirer la balle qu’il a reçue au ventre.

Les trois-quarts de la page suivante ont été découpés.

…En parcourant les rues, je remarquai les nombreux carreaux de fenêtres en papier huilé. Rien de nouveau sous le soleil. Qui est dit qu’à Reims on en serait revenu aux vitraux en papier du moyen-âge !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 29 – Nuit tranquille. On dirait un violent combat à l’est de Reims : grosses détonations en bordées vers 2 h. – 4 h. et vers 6 à 7 h. Item vers 9 h. 1/2 soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 29 mai

Sur la rive gauche de la Meuse, violent bombardement de toute la région du Mort-Homme ainsi que du secteur à l’ouest de la ferme Thiaumont, sur la rive droite.
En Alsace, deux tentatives d’attaque nord-ouest de Balschwiller (nord-ouest d’Altkirch) ont été enrayées par nos feux.
Les Russes ont repoussé une attaque allemande dans la région des lacs.
Les Italiens ont brisé toute une série d’offensives autrichiennes dans les divers secteurs du front ; la pression de l’ennemi augmente toutefois autour d’Asiago.
Les Bulgares, faisant irruption sur le sol grec, ont occupé plusieurs forts de la zone de couverture. Les troupes hellènes ont l’ordre de se replier.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Dimanche 28 mai 1916

Louis Guédet

Dimanche 28 mai 1916

624ème et 622ème jours de bataille et de bombardement

5h soir  Temps magnifique, chaud. Je suis exténué, depuis 7h1/2 du matin je n’ai cessé de répondre à mon courrier. Je n’en puis plus. Je crois qu’à la fin je tomberai. Hier le Procureur de la République m’a communiqué une lettre du Garde des Sceaux qui reprochait au tribunal civil et aux Tribunaux de Paix de ne pas s’occuper et de ne pas juger ni appeler les litiges pour des réquisitions militaires entre les prestataires et l’intendant militaire chargé de ce service M. Racine, et me demandait ce qu’il en était pour mon compte personnel, en ce qui concernait nos « Justices de Paix ». Ma réponse a été très simple, c’est que j’étais à jour avec toutes mes affaires de ce genre qui étaient venues devant moi.

Les trois-quarts suivants de cette feuille ont été découpés, subsiste au verso quelques lignes.

Et joint à cette page le numéro du dimanche 11 juin 1916 du journal « Le Petit Rémois », avec deux articles encadrés :

  1. Une grosse affaire, annonçant une instruction ouverte contre une personnalité rémoise pour « commerce avec l’ennemi », avec la mention manuscrite : « M. A. Goulden »
  2. Un château au pillage, relatant le pillage d’un « château aux environs » de Reims et demandant l’ouverture d’une enquête officielle.

…mais il va aussi bien que possible. Son Père va partir le voir. J’aurais des nouvelles jeudi car il doit m’en donner afin que je puisse les transmettre de vive voix.

Les trois-quarts de cette feuille ont été découpés, ainsi que la suivante.

…Chef-lieu de canton. On aura vu de singulières choses durant cette guerre. N’empêche que je suis bien fatigué, je me remotive et vais tâcher de me reposer une peu…  Je n’en puis plus.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 28 – + 10°. Nuit tranquille. Beau temps. Bombes sifflantes de 8 à 10 h. Vers 2 h. 1/2, tir contre aéroplane ; 4 ou 5 bombes sifflantes tom­bant loin. Aéroplane. Retraite du mois.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 28 mai

Au sud de la Somme, un tir de concentration de nos batteries a détruit plusieurs abris de l’ennemi.
En Champagne, grande activité des deux artilleries dans les secteurs de Ville-sur-Tourbe, Tahure et Navarin. Une attaque allemande sur nos positions à l’ouest de la route de Navarin a échoué.
Sur la rive gauche de la Meuse, canonnade dans le bois d’Avocourt et dans le secteur de la cote 304.
Nos troupes ont attaqué le village de Cumières et les positions à l’ouest. Nous avons pénétré dans la partie est du village et enlevé plusieurs tranchées, en capturant 100 hommes et 2 mitrailleuses.
Au sud-ouest du Mort-Homme, nous avons progressé et fait 50 prisonniers.
Une nouvelle attaque allemande a été repoussée aux abords du fort de Douaumont. Nous avons progressé au nord-ouest de la ferme Thiaumont.
Les Italiens ont contenu énergiquement l’ennemi par leurs contre-attaques dans la vallée de l’Adige, dans le val Sugana et sur le Carso.
Les Anglais se sont emparés de la capitale du Darfour en infligeant un gros échec au sultan Ali Dinar.
Le général Gallieni, ancien ministre de la Guerre, est décédé.
L’aviateur Gilbert s’est de nouveau évadé.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


French general Joseph Gallieni (1849-1916) George Grantham Bain Collection (Library of Congress)

French général Joseph Gallieni (1849-1916)
George Grantham Bain Collection (Library of Congress)

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17 septembre 1967, discours prononcé par Maurice Genevoix

genevoixle 29 mai 2016, inauguration du Nouveau mémorial de Verdun par le Président de la République et la Chancelière Fédérale allemande, retrouvez un extrait du discours prononcé par Maurice Genevoix, Président Fondateur du Mémorial, le 17 septembre 1967.

Lire le discours

Voir aussi l’article d’Hervé Chabaud : Grande Guerre dans la Marne : le colonel Bacquet et le sous-lieutenant Genevoix honorés

Le site du Nouveau mémorial de Verdun

 

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Samedi 27 mai 1916

Louis Guédet

Samedi 27 mai 1916

623ème et 621ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Il y a 53 ans jour pour jour, heure pour heure, je naissais le samedi 27 mai 1863 à 8h du soir… !! Que de souffrances, d’angoisses, de tortures, de pleurs, de misère…  toute ma vie n’a été qu’une succession de tout cela ! Je puis dire que je n’ai pas eu un seul instant de bonheur sans être accompagné, dominé par un souci, un tourment. Et cela continue en augmentant, et depuis deux ans presque, quel martyr, quel calvaire ! Si je souffrais seul encore, mais ma femme, mes petits !!

Eux souffrent et je ne puis rien pour eux pour leur avenir. Deux à l’armée ! Ma fillette souffrante, et les 2 plus jeunes André et Maurice avec une jeunesse bien sombre, bien triste. Qu’ai-je donc fait pour voir souffrir les miens, ces malheureux. S’il n’y avait que moi. Triste anniversaire fait et semé de douleur et de tristesse. Non vraiment ce n’est pas juste de souffrir toujours toujours, ce devrait être un peu le tour des autres. Et tant mieux d’avoir bonheur, joie, gloire, honneurs, fortune et prospérité pour mes aimés !! Non c’est trop souffrir.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 27 – Nuit tranquille. + 14°. Visite du Président Vice président de la Douma de Russie. Colonel du Grand-Quartier Major Général de Pa­ris. Vers 3 h. rafale de 6 ou 8 grosses bombes sifflantes. Item série de mi­nute en minute très au loin, vers 3 h., vers 4 h. Aéroplane français, tir con­tre lui. Visite à M. Albert Benoist, non trouvé chez lui.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 27 mai

Dans l’Argonne, nous avons fait exploser une mine avec succès à la Fille-Morte.
Violente canonnade dans la région d’Avocourt et à la cote 304.
Une attaque allemande, qui se préparait à déboucher dans la région du Mort-Homme, a avorté sous nos tirs de barrage.
Sur la rive droite, nous avons repris par une contre-attaque, un élément de tranchée que l’ennemi avait occupé entre bois d’Haudromont et la ferme Thiaumont. Au nord de cette ferme, nous avons progressé à la grenade et fait des prisonniers.
Une forte attaque, que les Allemands ont lancée sur nos tranchées, aux abords du fort de Douaumont, a été repoussée avec de dures pertes.
Les Italiens ont infligé un gros échec aux Autrichiens dans la vallée de Lagarina. La lutte, sur leur front, se développe dans la région d’Asiago.
On signale des émeutes de femmes à Francfort-sur-Mein.
La canonnade s’accentue autour de Salonique, spécialement entre Doiran et Guevgueli.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 26 mai 1916

Louis Guédet

Vendredi 26 mai 1916

622ème et 620ème jours de bataille et de bombardement

8h3/4 soir  Pluie, température rafraîchie. Le matin audience civile, conseil de famille de Sainte Marie (suite au décès de Jean Marcotte de Sainte Marie, père de 4 enfants, le 6 octobre 1915 à la Ferme de Navarin), je vois mon confrère Peltereau-Villeneuve qui n’a qu’un souci, celui de quitter Reims au plus tôt. M. Charles Hurault, fort vieilli…  (Charles Hurault, avocat, Président du Tribunal de Commerce de Reims en 1903, né en 1848 et décédé à Paris le 18 février 1917) une conciliation pour accusation calomnieuse, provoquée par un gendarme de Reims contre un de ses voisins. Singulière histoire qui n’a pas de sens, mais qui me fait connaître un motif de punition infligé au susdit gendarme par son capitaine, c’est à encadrer : Ce gendarme a une femme assez…  légère. Celle-ci était appelée par le capitaine Théobald et le maréchal des logis Dorigny pour s’expliquer sur certains propos qu’elle aurait tenu contre…  son prochain femelle, avait dans le feu de son explication appliquée une magistrale paire de gifles au maréchal des logis Dorigny, supérieur immédiat du gendarme mari de la citoyenne, qui n’assistait pas à la scène. Comment punir cette audacieuse ? Qu’à cela ne tienne, c’est très simple et écoutez-moi ce motif de punition : « 20 jours d’arrêts au gendarme François pour n’avoir pas empêché sa femme de frapper son supérieur !! » Je répète, le mari n’assistait pas à la scène ! Hein ! Qu’en dites-vous ? Je me tordais et mes greffiers aussi.

Après-midi inventaire avec levée de scellés pour mon confrère Béliard que je substituais. J’ai également fait le commissaire prévu. Rentré chez moi, écrit mon courrier, relu mes notes pour l’Académie. Je les recopie au net et…  il est 9h du soir, il est temps de se coucher. Je souffre beaucoup en songeant à mes 2 grands !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

26 mai 1916 – L’avis suivant est publié par Le Courrier :

Ravitaillement en pommes de terre.

Pour parer aux difficultés présentes du ravitaillement, la municipalité fera venir chaque semaine un ou deux wagons de pommes de terre, qui seront mises à la disposition des mar­chands et particuliers.

On peut dès maintenant se procurer des pommes de terre rondes blanches à 22,50 F les 100 kilos, et par 50 kilos au minimum ; ces pommes de terre devront être revendues au détail 0,25 F le kilo au plus.

Sous peu de jours, on recevra des pommes de terre ron­des jaunes, cédées à 26,50 F les 100 kilos, pour être revendues au détail, au plus 0,30 F le kilo.

S’adresser à l’abattoir, de 8 h à 12 h et de 14 à 16 h 1/2, sauf le dimanche.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 26 – Lettre et rapport au Saint-Père. Nuit totalement silen­cieuse. + 13°. Changement de Division. La 52e s’en va. De 2 h. à 3 h. bom­bes sifflantes, et canons français. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 26 mai

Violent duel d’artillerie sur la rive gauche de la Meuse (secteur 304, front du Mort-Homme-Cumières). Nous avons progressé à la grenade dans les boqueteaux à l’est de Cumières. Pas d’attaque ennemie.
Sur la rive droite, les Allemands ont tenté une série d’actions offensives entre le bois d’Haudromont et la ferme Thiaumont. Elles ont été repoussées avec de lourdes pertes sauf sur un pont où les fractions ennemies se sont emparées d’un élément de tranchée.
Le tir d’une de nos pièces à longue portée a provoqué un incendie dans un dépôt de matériel allemand à Heudicourt (nord-est de Saint-Mihiel).
Dans la région d’Étain, une de nos escadrilles a livré bataille à un groupe d’avions allemands ; deux avions ennemis, atteints, ont dû atterrir.
Les Italiens ont arrêté les attaques autrichiennes dans la vallée de l’Adige et à l’est de cette vallée, infligeant à l’ennemi de grosses pertes.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Jeudi 25 mai 1916

Louis Guédet

Jeudi 25 mai 1916

621ème et 619ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Beau temps toujours un peu orageux. Rien de saillant. Reçu lettre de Madeleine m’annonçant que Robert est pris, et partira probablement en juillet. Pauvre enfant ! Encore une épreuve, tout cela me tue, m’écrase. Je n’ai plus de larmes.

Vu le Président Hù qui a vu à Paris Leroux le Directeur du Personnel du Ministère de la Justice qui lui adit que je lui avais été présenté au Palais de Justice. Causé. Vu le sous-Préfet pour lui demander si je pourrais assez tôt connaître le régiment ou serait incorporé mon cher enfant Robert. Réception froide, correcte, il s’en fout…  du reste je l’ai peut-être dérangé, car comme j’arrivais avec le Président qui m’accompagnait au Parc de la Haubette où le sous-Préfet a son cabinet (l’Hôtel de Ville est bon pour ses secrétaires et employés, c’est moins dangereux) le susdit Jacques Régnier flirtait agréablement avec sa jeune brune, sa…  dactylographe sans doute ???!!! Glissons, surement j’ai été importun…

Rentré chez moi, fort triste, fort découragé. Causé longuement avec le fils Chapuis ce matin à sa Banque. Il était outré de tous les pillages qu’il voyait et les agissements des embusqués et galonnards. Je lui ai parlé de St Thierry, ce qui ne l’a nullement étonné. Lui m’a causé des difficultés en autorisations pour les photographes amateurs ! Quand je songe, me disait-il, que je sais que le Lieutenant Colonel Colas, commandant de Place, a demandé au Chef d’Armée l’autorisation de photographier et a promis sur l’honneur de ne faire développer les clichés qu’à Paris dans un atelier surveillé par l’autorité militaire, et quand il fut autorisé s’empressa des développer chez lui ses clichés avec Curt et Goulden !! Cela me fait bondir et me dégoute. Voilà la Parole d’honneur de ces galonnés-là ! Et nos enfants se font tuer pour ces gens-là !!!…  C’est Vrai !

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 25 – Nuit tranquille. + 14°. Journée tranquille. Visite à la Visita­tion. Visite du Commdt Billard. Visite du Général Boyer (en mon absence) ; de l’Aumônier de la nouvelle Division. Invitation à Messe avec allocution (par moi) pour la fête de Jeanne d’Arc, acceptée.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 25 mai

La bataille s’est poursuivi sur les deux rives de la Meuse, dans le secteur de Verdun. Sur la rive gauche, toute une série d’assauts allemands ont été brisés dans la région du Mort-Homme, mais l’ennemi a réussi au prix de gros sacrifices, à prendre pied dans le village de Cumières. Quand il a essayé d’en déboucher, il a été arrêté et une contre-attaque de nos troupes nous a permis alors de ressaisir les tranchées situées à la lisière sud du village.
Sur la rive droite, l’ennemi s’est acharné, à la reprise du fort de Douaumont. Des attaques furieuses ont été menées avec deux divisions bavaroises nouvellement arrivées. Les Allemands, après plusieurs tentatives infructueuses, ont réoccupé les ruines du fort, dont nous tenons les abords immédiats.
Une tentative de débordement de nos positions du bois de la Caillette a échoué sous nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie.
Deux avions autrichiens ont été abattus près de Venise. Une canonnière autrichienne a été coulée dans la haute Adriatique.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Mercredi 24 mai 1916

Louis Guédet

Mercredi 24 mai 1916

620ème et 618ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Temps toujours lourd, du reste un orage violent s’est déchainé de 1h à 3h de l’après-midi. Allocations militaires ce matin, comme tous les mercredis. Rien de saillant, sauf les salaires scandaleux de 12F – 15F – 18F et même 20 F par jour octroyés aux ouvriers des usines de guerre, tandis que les pauvres malheureux sur le front se font tuer pour 0,29 ! Ces ouvriers du reste sont à l’abri, pas exposés, et ils gagnent des salaires éhontés. Ce que cela accumule de haines et de rancunes !! Non plus cela vient, plus je suis convaincu que nous aurons une révolution terrible après la Guerre. Quels bouleversements nous attendent encore…  Toute l’après-midi j’ai travaillé à ma communication à l’Académie pour le 2 juin. Je souhaite que cela les intéresse. Pas de nouvelle de ma chère femme ! Et mon pauvre Robert est-il pris ? Que d’angoisses et que d’épreuves !! Quelles souffrances morales !…  pour la Mère et…  pour moi !…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

24 mai 1916 – Sifflement vers 13 h 3/4 et fortes explosions. Un obus tombe sur le lycée de jeunes filles, où est installé l’état-major d’une bri­gade ; il y a un tué et six blessés dont plusieurs grièvement.

Quatre ou cinq civils sont blessés également boulevard Jamin.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Nuit tranquille, sauf canonnade violente entre batteries vers le milieu de la nuit. + 13°. A 2 h. orage violent, et bombes sifflantes sur batteries, de gros calibre : 1 homme tué.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 24 mai

Les contre-attaques allemandes ont pris un caractère d’extrême violence dans la région de Verdun ; de gros effectifs y ont participé.
Sur la rive gauche, après un bombardement par obus de gros calibre, les Allemands ont lancé plusieurs masses d’assaut successives à l’est et à l’ouest du Mort-Homme. Une première attaque a été repoussée avec des pertes sanglantes sans que l’ennemi ait pu aborder nos lignes ; une deuxième attaque est parvenue à prendre pied dans une de nos tranchées à l’ouest. Une contre attaque immédiate de notre part a entièrement refoulé l’ennemi.
Sur la rive droite, la région Haudromont-Douaumont a été le théâtre d’une lutte meurtrière. Les Allemands ont multiplié les assauts. Les positions conquises par nous ont été intégralement maintenues, notamment dans le fort de Douaumont. Dans cette région, plus de 300 prisonniers sont restés entre nos mains.
Nous avons abattu un taube dans la région de Furnes et un aviatik près de Beaumont. Dans la région du Linge, un aviateur français, attaqué par trois avions ennemis, a abattu l’un d’eux et mis en fuite les deux autres.
Canonnade sur le front anglais, dans la région de Vimy et entre Hooge et la voie ferrée Ypres-Roulers. Activité de mines en Artois.
Les Italiens se sont repliés sur leur principale ligne de résistance, entre le Haut-Astico et le val Sugana.
Les Russes ont progressé en Perse.
La presse allemande accueille en général favorablement la nomination de M. Hellferich au ministère de l’Intérieur, mais l’opinion dans les états du Sud appréhende que la dictature de l’alimentation ne fonctionne au profit de la Prusse.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Mardi 23 mai 1916

Louis Guédet

Mardi 23 mai 1916

619ème et 617ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps couvert, lourd orageux. Le calme. Audience de simple police de 2h à 5h, quelques cas intéressants, et surtout pris le parti de relaxer pour tous les procès faits aux voituriers qui sont obligés d’aider au déchargement de leurs voitures pour le réapprovisionnement des maisons d’alimentation, boucheries, boulangeries, épiceries, débits, etc …  Les gendarmes s’en donnaient à cœur joie. J’espère qu’ils comprendront la leçon. Et voilà ma journée qui m’a un peu fatigué.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

23 mai 1916 – Entendu, vers 21 h, quelques explosions qui me paraissaient être des arrivées d’obus. J’apprends, le lendemain matin que deux canonniers ont été tués à la ferme Prévot-Démolin, au bout de l’avenue de Laon.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 23 – Nuit tranquille. + 15°. Visite de M. Debeauvais. La 52e Divi­sion s’en va. Visite de M. Millac.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 23 mai

En Argonne, nous avons bombardé énergiquement Nantillois, Montfaucon et le bois de Cheppy. Sur la rive gauche de la Meuse, nous avons progressé au sud de la cote 287 et repris plusieurs petits ouvrages occupés par l’ennemi. A l’ouest du Mort-Homme, nos contre-attaques nous ont permis de chasser l’ennemi de quelques nouveaux éléments de tranchées occupés par lui.
Sur la rive droite, après une puissante préparation d’artillerie, notre infanterie s’est portée à l’assaut des positions allemandes sur un front d’environ 2 kilomètres, depuis la région à l’ouest de la ferme Thiaumont jusqu’à l’est du fort de Douaumont. Sur tout le front attaqué, nos troupes ont enlevé les tranchées allemandes; elles ont pénétré dans le fort de Douaumont
, dont l’ennemi tient encore la partie nord. De nombreux prisonniers sont restés entre nos mains.
Sur les Hauts-de-Meuse (bois Bouchot), nous avons enlevé 300 mètres de tranchées et fait des prisonniers.
Un avion allemand a été abattu à Wizzele (Nord); deux autres en Alsace ( près de Thann et au Bonhomme).
Une patrouille allemande a été repoussée par les Belges sur l’Yser.
Un détachement de cosaques a opéré sa jonction avec les troupes anglaises du général Gorringe, en Mésopotamie.

 

Source : La Grande Guerre au jour le jour

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Lundi 22 mai 1916

Louis Guédet

Lundi 22 mai 1916

618ème et 616ème jours de bataille et de bombardement

6h1/2 soir  Beau temps, lourd et orageux. Rien de saillant. J’ai préparé et délayé mes notes sur ma visite au château de St Thierry pour en faire une communication à l’Académie de Reims le 2 juin. J’espère qu’elle intéressera mes collègues. En tout cas l’intention y sera. Fait 2 courses et c’est toute ma journée ! C’est plutôt monotone – 22 mai 1916 – aujourd’hui 29 ans que j’arrivais à Reims pour ne plus le quitter !!

Quelle destinée ! J’ai beau chercher, je ne vois pas beaucoup de jours heureux. J’y aurais donc toujours souffert ? Ah ! si j’avais su ! Je crois que jamais je ne serais venu ici. C’est trop souffrir et cela sans espoir de jours meilleurs ! Quelle triste destinée que la mienne. Assis sur le bord de la route de ma vie je me sens si las que je n’ai pas la force de secouer la poussière du passé qui alourdit mes pas ! Allons ! il faut se relever, il faut marcher, marcher, finir sa course…  sans espoir !! Lasciate ultima speranza !!

Mon Dieu ! aurez-vous pitié de moi, et de mes pauvres chers aimés : femme et enfants ! Que vous ai-je donc fait ! pour me faire tant souffrir et m’abandonner ainsi !! Pitié ! Pitié ! Mon Dieu. Je n’en puis plus !! Oh ! un peu de bonheur ! ce serait si bon ! j’en ai si soif, surtout pour mes aimés !! Pitié ! Pitié !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Lundi 22 – + 14°. Nuit comme la précédente. Gros canon de 3 h. à 4 h. ; 4 h., 9 aéroplanes, tir contre eux. Journée assez paisible. Aéroplanes dans l’après-midi. Visite de M. Abelé.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 22 mai

Les attaques allemandes ont continué sur nos positions du Mort-Homme.
Aux abords de la route d’Esnes-Haucourt, nous avons enlevé deux tranchées allemandes. L’ouvrage occupé le 18 par l’ennemi au sud de la cote 287 a été bouleversé par notre artillerie.
A l’est de la cote 304, nous avons brisé une attaque ennemie.
A l’ouest du Mort-Homme, où les Allemands ont occupé une de nos tranchées avancées, ils ont subit ensuite un échec complet. Un assaut tenté par une brigade a été arrêté par nos feux et nos contre-attaques ; nos batteries ont pris sous leurs feux des colonnes qui suivaient les premières vagues et les ont forcées à refluer en arrière.
Sur la rive droite de la Meuse, nous avons enlevé les carrières de Haudromont, pris 80 hommes et 4 mitrailleuses.
Les avions allemands, en deux fois, ont jeté 120 bombes sur Dunkerque et sa banlieue, faisant 7 morts et 35 blessés. Deux des avions ont été abattus. 53 de nos avions ont été jeter 250 obus sur les cantonnements allemands de Wywege et de Ghistelles. Belfort a reçu 15 bombes.
Les Italiens, sur le front du Trentin, résistent toujours solidement aux attaques autrichiennes.
Un aviateur belge, près de Steenstraete, a abattu un taube.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


no man's land entre Esnes et Haucourt photo officielle américaine

no man’s land entre Esnes et Haucourt photo officielle américaine

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Dimanche 21 mai 1916

Louis Guédet

Dimanche 21 mai 1916

617ème et 615ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Toujours temps splendide. Réveillé de bon matin par la canonnade. Avions. Je passe 3/4 d’heure de 6 à 7h à regarder un des nôtres narguer les allemands, qui ont tiré 80 coups de canon contre lui.

Messe à 7h et travaillé. Vu mes 72 procès-verbaux de simple police pour mardi. La plupart idiots, et à part 4/5, tous sont faits par la Prévôté comme s’ils n’avaient rien de mieux à faire. J’ai même deux Gendarmes, Commères (à vérifier) et Albert (à vérifier), de la 67ème DI (Division d’infanterie), secteur postal 149, qui poussent l’ignorance, l’inconscience et l’idiotie jusqu’à oublier d’indiquer l’endroit où ils ont dressé leurs procès et constatés le délit !!! Toujours le plaisir de molester le civil ! Ce sont des acquittements qui s’imposent. Après-midi fait mon courrier, reçu visite de Ravaud pharmacien et son aide Lesage. Causé un bon moment dans le jardin. Voilà ma journée qui se termine au son des canons qui tirent sur les avions français qui sillonnent et resillonnent le ciel. Et quand cela sera-t-il fini. Je crains bien que nous n’en ayons encore pour 1 an ou 2 !!! Y survivrai-je ???

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

21 mai 1916 – Le communiqué signale une reprise d’activité sérieuse dans l’action sur Verdun, qui dure depuis trois mois.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Dimanche 21 – + 14°. Nuit un peu bruyante par grosse canonnade à diverses reprises. Temps superbe. Aéroplanes et tir contre eux. Du reste journée tranquille.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 21 mai

Au nord-ouest de Roye, notre artillerie a canonné les dépôts de ravitaillement ennemis où plusieurs incendies se sont déclarés.
Au nord de Soissons, nous avons dispersé deux fortes reconnaissances allemandes.
En Champagne, un coup de main nous a permis de pénétrer au nord-ouest de Ville-sur-Tourbe dans les lignes adverses et de nettoyer une tranchée allemande dont tous les occupants ont été tués ou capturés.
Sur la rive gauche de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands ont dirigé une attaque à large envergure sur toute la région du Mort-Homme. Dans le secteur à l’ouest du Mort-Homme, l’ennemi a été rejeté avec des pertes sérieuses. Dans les secteurs Est et Nord, après une série d’assauts infructueux, il a réussi à occuper quelques éléments de notre tranchée avancée. Des contingents, qui avaient pénétré jusqu’à notre deuxième ligne, ont dû refluer en désordre, laissant de nombreux cadavres sur le terrain.
Un taube a été abattu près de Verdun.
Canonnade sur le front belge (Dixmude). Des aviateurs alliés ont bombardé des parcs d’aviation allemands.
L’offensive autrichienne a continué, avec des fortunes diverses, sur tout le front italien, de l’Adige à la Brenta.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


Verdun. État-major installé dans une cave aménagée et fortifiée. Jouvène éditeur

Verdun. État-major installé dans une cave aménagée et fortifiée. Jouvène éditeur

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Samedi 20 mai 1916

Louis Guédet

Samedi 20 mai 1916

616ème et 614ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Temps et journée magnifique, chaud mais de l’air. A 7h20 je quitte la maison pour prendre Tripette le clerc de Mandron. Mon cocher manque d’enthousiasme pour ce voyage : il trouve St Thierry trop près des tranchées allemandes !! Traversé St Brice, Champigny, Merfy bondés de troupes. Toute la campagne que nous avons parcourue est inculte, c’est fort triste, villages abîmés. En passant je remarque la propriété de M. Jules Benoist, le docteur de Merfy, on faisait des tranchées sur le terrain de son perron !! Arrivé à St Thierry vers 9h. A la porte du château, un commandant du 78ème d’infanterie me refuse avec…  hauteur (moi, un pékin, un sale civil) l’entrée du château et me renvoie avec un soldat de liaison au bureau du colonel, de là au colonel qui ne croit pas devoir condescendre à me recevoir (bref de Hérode à Pilate). Ce ne serait pas militaire ni galonnard du reste !! c’est un lieutenant aimable (?) qui me sert cette fois d’agent de liaison. Il faut attendre qu’on téléphone au général qui passe une revue dans les bois de Merfy (revue que j’avais aperçue du reste en traversant Maco).

On me parque dans le jardin de la maison des bureaux de l’État-major du susdit 78ème sous la surveillance…  discrète d’un adjudant ! pendant qu’on téléphone au susdit général. Toute la lyre quoi ! Pendant ce temps 3 ou 4 obus passent au-dessus de nos têtes le lieutenant ne parle rien moins que de descendre à la cave !! Ce qui fait rire mon clerc Tripette ! Je fais semblant de ne pas entendre la proposition…  indiscrète ! Je l’aurais refusée, car je crois que si l’adjudant discret proposé à notre garde était descendu avec nous je l’aurais…  mangé !…  Bref après 3/4 d’heure on daigne nous autoriser à entrer dans le château. Toujours en compagnie de l’adjudant nous partons, après refus du lieutenant de nous accompagner pour assister à mon constat des…  traces du passage de ses prédécesseurs ou des siens ! C’était gênant…  pour lui.

A dix heures nous rentrons dans l’antique château des archevêques de Reims, dans quel état est-il !! percé à jour, heureusement le rez-de-chaussée qui est le pus beau et le plus pur comme XVIIème et XVIIIème siècle n’est pas trop abîmé, des éraflures, de l’extérieur cela paraissait plus grave. Quels jolis appartements. Quelle jolie vue sur Reims les alentours ! Quant aux pièces, chambres, meubles en général, scènes, trous, marques du pillage le plus éhonté, cadres auxquels manquent des toiles, et surtout des gravures anciennes excessivement rares, tapisseries de canapés, fauteuils Louis XIV -XV – XVI détruits, certains découpés avec soin. Des tapisseries au petit point avec des scènes des fables de La Fontaine, enlevées avec la maestria d’amateurs et de connaisseurs de profession. Notamment un canapé Louis XVI à la rose, dont la tapisserie du dos et des coussins valent à elles seules 30 000 F… !! découpé au canif avec un méticuleux de professionnels ! Et ce sont des Français !! qui ont fait cela ! Des officiers du Génie parait-il ! Ils avaient le Génie du vol et du pillage en tout cas. Cuivres de commodes Louis XIV – XV – XVI enlevés, arrachés. Pas une serrure des meubles quels qu’ils soient qui ne portent les traces d’effraction. Papiers de famille, lettres intimes éparses, meubles jetés, culbutés à l’abandon du pillage de la rapine. Et il y a de si jolis meubles, crédences, bahuts, démolis des archevêques !!! etc…  des bijoux !! J’en suis encore tout ému tout écœuré.

Je comprends que mon Lieutenant de liaison, de l’État-major du 78ème et son colonel n’ait pas voulu m’accompagner et signer mon procès-verbal !! Le rouge lui aurait trop monté au visage ! Je fais tout le rez-de-chaussée avant midi. Déjeuné froid apporté par nous dans le Grand salon billard qui est à l’aile gauche du château en entrant par la porte d’honneur d’où l’on a une vue splendide sur Reims… Reims morte et tragique !! Vers midi 3/4 je gravis l’escalier monumental avec sa rampe en fer forgé qui vaut à elle seule la visite, et nous reprenons notre inventaire des appartements. Même désordre, même désastre, mêmes scènes et traces de pillage. Nous marchons dans les plâtras, dans la poussière, sur des tapis arrachés, souillés, au milieu des meubles charriés partout, papiers, tableaux, gravures, tout à l’inventaire, saccagé, porcelaines, potiches, faïences anciennes, etc…  brisées, ébréchées gisent çà et là, au milieu de tout ce saccage – Je m’arrête ! – Du grenier avec ma lorgnette je parcours toute la plaine qui s’étend du château de St Thierry jusqu’à Courcy, ce n’est qu’un lacis, un enchevêtrement de tranchées, blockhaus, redoutes, réduits, etc…  et pas un être vivant, le désert ! C’est poignant, impressionnant…  Une plaine inculte, avec un fouillis d’herbes folles de toutes sortes et un fort de Courcy derrière. La Verrerie de même sauf les 2 pavillons qui servaient d’habitation à Pierre Givelet le Directeur, dont les toitures paraissent intactes. Le château de Brimont à jour, le clocheton subsiste ! Quant au village de Brimont, je l’ai cherché en vain, démoli, rasé, et les bois du fort de Brimont muets et silencieux. C’est une impression de morne, de tristesse lugubre. On dirait un vaste cimetière !

Nous avons fini notre inventaire, notre triste besogne à 2h1/2. Pendant qu’on attelle, je jette un coup d’œil à l’Église de St Thierry dont ce qui reste de clocher reste debout par un prodige d’équilibre, quant à la nef, il n’en reste que des ruines. La maison de Gabriel Laignier en est à l’état de souvenir, celle de M. Gabreau (Jules Gabreau, 1844-1917, maire de St Thierry) de même. Quant à celle de mon ami Émile Français, 2 ou 3 obus et nos troupes ont fait le reste. Il reste à St Thierry 60 habitants environ.

Adieu à St Thierry que nous quittons à 2h3/4 pour être rentré sans incident à Reims à 3h3/4 par un soleil radieux et chaud, atténué par une brise rafraîchissante. Néanmoins j’ai le cœur serré, meurtri de tout ce que j’ai vu et constaté.

Voilà donc ma mission qui était plutôt périlleuse terminée sans encombre. J’ai été pendant 6 heures exposé, car l’endroit, le château et son parc, sont réputés très dangereux, étant en éperon vers Courcy et balayé par les batteries ennemies journellement. J’ai donc risqué ma vie pour rendre service à mon confrère (barré et rayé) Il était préférable que je me (rayé) pour lui (rayé) du reste il, avait (rayé).

En complément et inclus dans son journal, le texte du compte-rendu de sa visite au Château de St Thierry lu à l’Académie de Reims

Tampon L. GUÉDET   notaire   REIMS  (MARNE)

Mention manuscrite en travers en tête du document :
« Lu à l’Académie de Reims le 2 juin 1916 à Paris. Pavillon de Marsan ».

J’ai accepté que cela ne paraisse pas au bulletin de la séance à cause du peu de gloire de nos…  officiers.

J’étais inoccupé (à vérifier)                                   signature suit

Une visite au Château de St Thierry.

Extrait d’un « Cahier de Notes et Impressions de Guerre »

19 mai 1916, vendredi 6h soir. On m’avise à l’instant que je dois aller faire demain l’inventaire et le constat des meubles et objets mobiliers garnissant le Château de St Thierry, appartenant à la famille de M. Ernest Julien. Il paraîtrait que des soldats et officiers français auraient pillé, brisé des meubles, lacéré des tapisseries fort anciennes, on me signale notamment des meubles de salon d’époque dont les tapisseries au petit point d’une valeur inestimable auraient été découpées et seraient disparues. Cela ne m’étonne qu’à-demi : nous verrons cela demain.

20 mai 1916, samedi 8h soir. A 7h20 du matin je monte en voiture. Il fait un temps superbe. Le cocher chargé de me conduire manque d’enthousiasme pour ce voyage, trouvant que St Thierry est bien près des tranchées allemandes ! Je prends au passage le clerc qui doit écrire le procès-verbal sous ma dictée.

Nous traversons St Brice, Champigny, bondé de troupes, puis la plaine plus ou moins inculte, franchissons la Vesle au moulin de Maco, où deux passerelles sur pilotis ont été construites par le Génie militaire pour suppléer à l’insuffisance du vieux pont. A Maco, sur notre gauche, dans une clairière des bois de Chenay, nous apercevons un rassemblement de troupes pour une remise de décorations. Tout ce coin est couvert de baraquements et fourmille de troupes. C’est un vrai camp.

Voici Merfy qui n’est pas abîmé, je remarque cependant des tranchées récentes devant le perron du château de Mme Jules Benoist. A partir de cette localité, les terres ne sont plus entretenues ni cultivées, sur notre droite à mi-côte vers Reims des corvées creusent des tranchées et établissent une redoute.

Nous entrons dans St Thierry après avoir montré nos laissez-passer à la sentinelle de garde. Il est 9h, le village jusqu’au château a peu souffert du feu de l’ennemi, maisons et ruines regorgent de soldats ; du reste il n’y a plus qu’une soixantaine d’habitants qui persiste à demeurer ici. Arrivé sur la place devant la porte du Château, nous descendons de voiture. Je m’informe près d’un sergent cantonné dans les communs où je pourrais trouver le gardien de la propriété. Il l’ignore. Je me dispose à m’en enquérir dans le voisinage, quand je m’entends interpellé par un commandant du 78ème d’infanterie, qui me dit d’un ton sec :

– « Que venez-vous faire ici ? Que voulez-vous ? »

Je lui réponds que je désire entrer dans le château et lui en expose les motifs.

– « Le château est consigné ; le gardien en a la clef et vous n’entrerez pas ! »

J’insiste, alors il me signifie d’avoir à m’adresser au Colonel du régiment et appelle un soldat de liaison pour me conduire. Accompagné de mon clerc, nous revenons sur nos pas jusqu’à l’extrémité du village, et dans une des dernières maisons, un lieutenant d’état-major nous reçoit. Je lui renouvelle ma requête : il faut en référer effectivement au Colonel. Allées et venues de la maison de ce domicile, au jardin où on nous laisse sous la surveillance discrète d’un adjudant. Pièces, papiers d’identité, passeports, pouvoirs, correspondance des propriétaires, etc…  font également la navette. Le Colonel doit demander des ordres au Général qui, heureusement a été prévenu par une des héritières, Madame de Faÿe ; mais celui-ci passe une revue (celle que nous avions aperçue dans les bois de Chenay), et nous devons attendre son retour au cantonnement pour qu’on puisse lui téléphoner. Toute la lyre !

Entre temps quelques obus passent au-dessus de nous et vont éclater près des travailleurs aux tranchées que nous apercevons voyons de l’endroit où nous sommes gardés à vue. Notre lieutenant nous propose de descendre à la cave, je ne parais pas entendre, mais je n’oublierai jamais le regard que lui lança mon compagnon en me murmurant à l’oreille :

– « Pour qui nous prend-il celui-là ?… Qu’il y aille tout seul, s’il veut ! »

Comme quoi les meilleures des intentions peuvent être très mal interprétées, même sous les bombes.

Bref, après 3 /4 d’heure d’attente et de pourparlers, nous sommes autorisés à pénétrer dans le château. Avant de prendre congé, je demande à l’officier d’état-major de m’accompagner ou de me faire accompagner par un de ses collègues pour assister à mon constat ; celui-ci décline mon offre, le colonel ayant déclaré que c’était inutile. Après ce que je vis ensuite, il a mieux fait : c’eut été plutôt gênant…  pour lui.

Toujours escortés par l’adjudant discret, nous retournons au château, prenant sur notre chemin le vieux gardien qui jardinait dans le potager et, coupant au court par la propriété de M. Émile Français dont le délabrement me fait peine, nous pénétrons par une brèche du mur de clôture dans le parc, transformé en vraie forêt vierge ; les pelouses sont sillonnées de tranchées, les arbres centenaires n’ont pas souffert, aussi l’aspect général est-il demeuré à peu près tel que nous le connaissions. Les communs sont démolis ou incendiés. Nous traversons la grande cour ; des soldats lavent leur linge ou font leur toilette autour de la vasque de la fontaine monumentale qui est au centre.

Notre garde-du-corps nous quitte et nous entrons seuls, par une porte basse, dans l’ancienne résidence d’été des archevêques de Reims.

Nous voici dans l’ancienne chapelle ; adossé aux murs des cuisines adjacentes, un autel a été improvisé par un aumônier militaire au moyen d’une vieille commode Louis XV, flanquée de deux table de nuit rondes de style empire et surmontée d’une statue en fonte de Jeanne d’Arc, apportée ici on ne sait d’où. Cette chapelle ainsi que les cuisines n’ont pas souffert, il n’en n’est pas de même des chambres d’amis au-dessus et des combles qui n’existent plus ; cette aile nord est, sans contredit, la plus détériorée. Tout le surplus vers le sud, à partir du vestibule d’honneur, c’est-à-dire la partie la plus intéressante, est beaucoup moins endommagé quoique la toiture fût crevée ou incendiée de ci de là. Les salles de réception du rez-de-chaussée sont indemnes, sauf quelques fenêtres ou persiennes brisées par les obus. Les chambres au-dessus composant les appartements particuliers de M. Julien et de sa famille ont plus soufferts, en raison du mauvais état de la toiture, de la pluie et des intempéries du temps.

En continuant notre exploration, nous notons les meubles épars ou gisant à terre, là ou les a laissé le hasard ou le caprice des occupants. Aussi trouvons-nous tantôt des meubles de chambres-à-coucher ou de salon dans la salle-à-manger ou l’office, tantôt les meubles de ces dernières pièces dans le billard, les cuisines ou un cabinet de toilette. Nous marchons au milieu de débris sans nom, linges, fragments de meubles, papiers de famille, correspondance, feuillets de livres arrachés de leurs volumes, etc…  tout cela mélangé au plâtras des plafonds et à des décombres de toutes sortes. Pas une armoire, pas un placard qui ne fut défoncé, même les cloisons intérieures ; on a voulu s’assurer qu’il n’y avait rien de caché derrière. Pas un meuble quel qu’il soit, commodes, étagères, vitrines, chiffonniers, bureaux, secrétaires, bonheurs du jour ou autres dont les serrures n’aient été fracturées.

Du vestibule, nous passons dans l’antichambre, puis dans la salle-à-manger où nous remarquons des bahuts et des dessertes de l’époque avec leurs marbres épais ainsi qu’une belle réplique des « Docteurs » de Rembrandt, faisant face à un non moins joli portrait de Louis XV et de Marie Leczinska. Dans la bibliothèque, je constate des traces de tentatives d’effraction sur l’un des corps de la bibliothèque, mais la serrure ayant résisté, il a été beaucoup plus simple d’en briser les vitres pour y saisir les livres convoités. Sur 4 à 500 volumes, il n’en restait pas une centaine. Ensuite le boudoir, le salon vidés de leurs meubles ; ceux-ci ont été amoncelés dans l’immense salle dite « du Billard », qui  succède, dans l’aile en retour face à Reims. Nous y admirons, sans nous lasser, les magnifiques boiseries du XVIIIème siècle et l’aspect monumental des deux grandes colonnes encadrant la porte-fenêtre qui, de ce côté, donne accès au Parc.

Là, un enchevêtrement de meubles de toutes sortes, de toutes formes, de tous styles, les uns sur les autres, les uns dans les autres. Au milieu de ce dédale, nous classons, relevons, examinons : C’est un vrai travail. Je mets de côté des crédences Louis XV, Régence et Louis XVI, dont les guirlandes de feuillages de roses sont d’une rare délicatesse : de vrais bijoux. Je rassemble les meubles les plus précieux, les plus intéressants, entre autres des fauteuils et des chaises Louis XVI à la rose, de l’époque, avec leurs tapisseries au petit point (Fables de La Fontaine) ; quant au canapé ? Les tapisseries du dossier et du coussin ont été découpées et enlevées avec une maestria et un soin méticuleux d’amateurs avertis et surtout de connaisseurs, j’allais dire de…  « professionnels » ! Et qui a commis ces actes de vandalisme ?…  des Français !

Il est midi, déjeuner sommaire dans la grande salle où nous sommes, avec les provisions apportées de Reims ; les habitants étant ravitaillés par l’armée, il eut été impossible de trouver des vivres. Notre table : un petit bureau Louis XVI, et pour tout couvert, nous trouvons péniblement deux jattes à dessert, un couteau de table, deux fourchettes en fer et deux petits verres à Madère. Des larges fenêtres nous jouissons d’une vue inoubliable sur Reims…  Reims martyre, morte et tragique, dominé par sa Cathédrale meurtrie, dont les tours semblent s’élever dans l’azur du ciel comme une protestation de la Civilisation contre la Barbarie.

Nous reprenons notre mission et nous gravissons le grand escalier en pierre ; sa belle rampe en fer forgé retient notre attention pendant quelques instants. Sur le palier de l’étage, au moment de pénétrer dans l’appartement de Madame de Faÿe, je suis arrêté par cette inscription écrite à la craie par une main hâtive : Eigenstelling  // von // Einem (« Appartement réservé à Von Einem ! ») (Le Général Karl von Einem, commandant la 3ème armée allemande (1853-1934))

En effet, battu par nos troupes à la bataille de la Marne, le commandant de la IIIème Armée (saxons) devait passer ici la nuit de 12 au 13 septembre 1914,…  mais il fallut déguerpir avant.

Malgré cette interdiction tudesque, j’entre, tout en reconnaissant là la prévoyance et la prudence bien allemande du fourrier de « Son Excellence ». Le choix avait été judicieusement fait, cet appartement étant le seul qui fut isolé, avec plusieurs issues : on n’est jamais assez prudent !

Quand nos officiers arrivèrent aux trousses des Allemands dans la soirée de ce 12 septembre, ils trouvèrent donc les chambres prêtes ; mais cela n’alla pas tout droit, car ceux-ci exigèrent que les draps de lits fussent changés, et ce, malgré les protestations du gardien, notre guide, qui affirmait avec la dernière énergie que les Prussiens n’en n’avaient pas usé. Peine inutile : force lui fut de s’exécuter.

« Pensez donc, Monsieur, des draps tous neufs, qui n’avaient pas servi ! C’était-y pas malheureux ! »

Et tout en maugréant, il continue à nous précéder dans les autres pièces. Même désordre, même pillage qu’au rez-de-chaussée et, en plus, les dégâts causés par la pluie quia percé et crevé les plafonds.

Dans la chambre en désordre de M. Julien le bureau ancien a été fracturé et vidé de ses papiers et souvenirs, le lit est brisé. Dans celle de Madame Julien, un beau trumeau Louis XV, avec la peinture frontale « Amour jouant avec deux oiselets », a été projeté sur le parquet par un obus tombé dans la cheminée. Il n’est, par bonheur, nullement endommagé, et je le fais mettre en sûreté. On y trouve des fauteuils dans les armoires.

A chaque pas, on découvre des disparitions : cadres veufs de leurs gravures, toiles ou miniatures, cuivres arrachés des meubles anciens Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, et, d’après ce que j’ai pu en juger, on savait choisir. Toutefois les peintures paraissent avoir trouvé grâce devant les…  collectionneurs. Je ne parlerai pas du linge, de la vaisselle, des services de table, cristaux et autres, non plus que des nombreuses faïences anciennes qui ornaient soit les murailles, soit les meubles, dont on n’a trouvé nulle trace. Des tapisseries d’Aubusson fort rares, ramenées par deux fois des tranchées où elles avaient émigré, sont de nouveau disparues. Quant aux garnitures de cheminées, pendules, candélabres, etc…  point. Je n’ai retrouvé, malgré toutes mes investigations, qu’une seule assiette, 3 porte-bouquets en Vieux Rouen, un magnifique Cartel Louis XIV et deux charmants biscuits de Sèvres, sauvés du naufrage.

A qui reprocher ces déprédations ? à qui en incombe la responsabilité ?

D’après les témoignages que j’ai pu recueillir sur place :
Ce ne sont pas les Allemands, ceux-ci n’en n’ont pas eu le temps, et, au dire de tous, n’ont rien pris.

Pendant les quelques jours qui suivirent leur retraite une ambulance s’installa dans le château, mais fut évacuée quelques jours après. Rien de suspect.

Vinrent ensuite des officiers du Génie qui durent bientôt céder la place à des officiers d’État-major. Ceux-ci restaient de longs mois et ne vidèrent les lieux qu’après les instantes réclamations faites en haut lieu par les propriétaires dès qu’ils eurent connaissance de toutes ces scènes de rapine scandaleuse.

Le Château fut alors fermé et consigné à l’armée.

De ces derniers occupants, quels sont les coupables ? Je répondrais : les deux. Il y a cependant des présomptions contre les premiers pour les tapisseries, quant au surplus, il semble devoir échoir aux seconds. En tout cas, on ne flagellera, réprouvera jamais assez de tels actes, trop fréquents, hélas !

Le plus important de mon enquête étant accompli, je laisse mon scribe finir le reste, et je monte dans les combles, d’où j’explore avec ma lorgnette les environs, qui s’étendent à nos pieds depuis le Château jusqu’à la côte de Brimont.

Les plaines incultes sont sillonnées, je devrais dire hachées, de tranchées sans nombre, de lacis de fils de fers barbelés et de chevaux de frise s’enchevêtrant les uns dans les autres, çà et là de légères boursoufflures laissent deviner une redoute, un blockhaus ou un réduit. Les peupliers de la grande route de Laon avec leurs pâles frondaisons tranchent sur le vert plus foncé des vallons qu’elle traverse, et leur feuillage, agité par le vent qui couche et fait onduler la végétation désordonnée de cette campagne désolée est le seul mouvement que mes yeux peuvent saisir. Pas un être vivant ! C’est le silence, la Mort ! Toute la vie est sous terre.

Comme fond de tableau, Courcy montre les ruines de ses maisons et de son église. Je cherche le moulin à vent qui dominait le village : un fortin le remplace. Plus loin, j’entrevois le château de Rocquincourt et à travers les grands arbres du canal les cheminées découronnées de l’usine et les toitures des deux pavillons de la Verrerie de Courcy. Quelques pans de murs et le clocheton de la porte d’entrée m’indiquent ce qui fut le Château de Brimont. Quant au village lui-même, habitations, église, clocher, tout a disparu.

Sur ma droite : les cavaliers de Courcy (levées de terre bordant le canal de la Marne à l’Aisne) bouleversés, crevés, ravinés et enfin La Neuvillette et sa verrerie, dont le désastre est lamentable. Ces contrées autrefois si riantes, si vivantes sont transformées en un vaste désert et ne sont plus que ruines et décombres.

Je ne puis m’arracher à ce spectacle poignant de désolation et de morne tristesse, je voudrais pouvoir fouiller de mon regard dans les entrailles de cette terre champenoise où s’agite, vit, respire et lutte la ruche héroïque de nos soldats, mais je ne vois que la campagne muette et silencieuse. Je me trompe, voici qu’elle s’éveille, une batterie ennemie tire sur nous, sur la terrasse du vieux château un officier d’artillerie scrute l’horizon avec ses jumelles et le cherche pour lui répondre.

Il faut descendre ; songeur, je repasse dans ces appartements et ces grandes salles, vestiges d’une époque fastueuse, me demandant si toutes ces richesses, meubles et lambris, ne seront pas un jour livrés au vent des enchères et ne traverseront pas les mers pour aller orner le palais d’un Rockefeller ou autres milliardaires du Nouveau Monde ! Je n’y puis croire. A Dieu plaise, que ces reliques de notre cher passé, et qui sont notre gloire, ne quittent jamais la Champagne et demeurent là où elles sont, chez elles, pour témoigner que la France, malgré la tourmente, sait garder ses Trésors !

A 3h1/2, tout est terminé, signé, il est temps de songer au départ. Pendant qu’on attelle, je descends jusqu’à l’Église, sa nef est défoncée, et ce qui reste de sa vieille tour romane tient que par un prodige d’équilibre. Toute cette face nord du village est entièrement détruite.

Nous quittons enfin St Thierry par un soleil radieux dont la chaleur est atténuée par une brise rafraîchissante ; la vue sur la vallée de la Vesle est splendide ; néanmoins je ne puis éloigner ma pensée du souvenir de ce que je viens de voir et malgré moi mon cœur se serre et en reste tout attristé.

Guédet 27 mai 1916 9h soir

Pièce jointe à ces pages :

Laissez-passer, au nom de Guédet Louis, 52 ans, juge de Paix, France, Résidence : Capucins Reims

Est autorisé à se rendre de Reims à St Thierry en voiture attelée. Aller et retour.

Motif du voyage : Constat au Château.

Pièces d’identité présentée, valable le 20 mai 1916.

Signé : COLAS

Mention au crayon de papier en bas du document :

Expliquer. J’ai jeté mon cri d’alarme, n’y aurait-il pas lieu de voir à sauvegarder ces vestiges ou tout au moins les boiseries ??

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Samedi 20 – Nuit tranquille, sauf violent combat au loin vers le nord de Reims, avec gaz asphyxiants vers Souain, St-Hilaire, de 9 h. à 11 h. soir ; et grosse canonnade de temps en temps, spécialement à 4 h. du matin. + 13°. Temps superbe. Aéros et tirs violents contre eux. Visite au Petit Séminaire, à l’ambulance qui y installée. Visite à M. le Curé de S. André qui a eu 4 de ses paroissiens tués : un mari et sa femme, un père et sa petite fillette. Aé­roplane et tir contre lui.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 20 mai

Violente canonnade en Champagne.
En Argonne occidentale, l’ennemi a tenté de pénétrer, à la suite d’une explosion de mine, dans un petit saillant que forme notre ligne, près de Saint-Hubert. L’ennemi a été arrêté net par nos tirs de barrage et rejeté dans ses tranchées.
Les Allemands ont renouvelé leurs attaques sur la région bois d’Avocourt-cote 304. Ils y ont employé de gros effectifs. Ils ont été impuissants à nous déloger du bois et de nos positions à l’ouest de la cote 304. Au centre, ils ont pris un petit ouvrage mais n’ont pu élargir leurs progrès. Une tentative qu’ils ont faite pour reprendre le fortin conquis par nous sur les pentes nord-est de la cote 304 a totalement échoué.
Canonnade sur la rive orientale de la Meuse, en Woëvre et dans les Vosges.
Des taubes ont jeté des bombes sur Gérardmer. Un avion allemand a été abattu près de Sainte-Menehould. Le sous-lieutenant Navarre a descendu son dixième avion près de Bolante (Argonne).
Les sous-marins russes ont coulé trois vapeurs allemands dans la Baltique.
Les Autrichiens ont procédé à de nouvelles et violentes attaques dans la vallée de l’Adige. Ils ont été repoussés avec de très grosses pertes.
Les Anglais ont bombardé par air et par mer le fort d’El Arysch occupé par les Turcs à la frontière d’Égypte.
M. de Saint-Allaire est nommé ministre de France à Bucarest en remplacement de M. Blondel.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


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Vendredi 19 mai 1916

Louis Guédet

Vendredi 19 mai 1916

615ème et 613ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Très beau temps. Nuit agitée, du canon toute la nuit et du vrai ! Été rue Buirette, 32, chez les Delles (Demoiselles) Cartier (à vérifier) avec Melle Valentine Laignier pour qu’elle m’indique où l’argenterie de ces demoiselles pourrait être enfouie dans le jardin, fait ensuite des courses. Reçu lettre de ma chère femme, triste et résignée. Reçu lettre de mon confrère et ami Zabette (à vérifier), qui a repris du service comme capitaine de Territoriale au 40ème d’artillerie à St Grégoire près de Rennes (Ille et Vilaine) qui me dit qu’il a vu Jean et l’a trouvé bien et avec un bon moral. Il lui a donné quelques conseils, doit lui en donner encore et le suivre, quoique n’étant pas dans le même régiment. Il pense qu’il pourra entrer à Fontainebleau dans 3 mois. Ma pauvre Madeleine va être un peu remontée, réconfortée par cette lettre.

Fait encore des courses. Vu Palliet, commissaire central, qui m’a dit que Colas, le commandant de place ne pouvait…  rien !!?? Je n’ai pas insisté, c’est une affaire malpropre…  malheureusement je crains bien d’être obligé de condamner le moins coupable. Cependant je me donnerai la satisfaction de sabrer (rayé) et ses comparses.

Demain départ à 7h du matin en voiture pour St Thierry avec un clerc de Mt Mandron pour faire un constat des meubles lacérés, pillés, volés par les troupes françaises dans le château de St Thierry appartenant à la famille Julien. Il paraitrait que des soldats et des officiers auraient lacérés des tapisseries de toute beauté et de grande valeur pour en enlever les plus beaux morceaux !! On parle d’un canapé ainsi lacéré qui aurait une valeur de 30 000 F !! Enfin nous verrons cela demain. En tout cas ce sera un voyage intéressant pour moi car je vais voir dans quel état ces villages sont et leurs aspects, avec leurs tranchées et travaux militaires, St Thierry formant un vrai bastion face à Courcy.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Vendredi 19 – Nuit tranquille sauf grosse canonnade de temps en temps. Temps superbe, chaud + 15°. Aéroplanes et tir contre eux. Visite aux Peti­tes Sœurs des Pauvres. Via Crucis in cathedrali.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Vendredi 19 mai

Au nord de l’Aisne, nous avons dispersé un détachement ennemi qui tentait d’aborder une de nos tranchées au sud de Nouvron.
Sur la rive gauche de la Meuse, l’ennemi, après un violent bombardement, a déclenché une forte attaque sur nos positions du bois d’Avocourt et et de la cote 304. Nos tirs de barrage et nos feux de mitrailleuses ont arrêté l’ennemi, qui semble avoir subi des pertes élevées. Violente action d’artillerie dans l’ensemble du secteur.
Bombardement sur la rive droite et spécialement aux Eparges.
Nos avions ont effectué de nombreux bombardements. 15 obus ont été lancés près de Haucourt (10 kilomètres sud de Sedan) sur un dépôt de munitions ; 5 sur la gare de Sedan ; 15 sur un dépôt de munitions près d’Azannes ; 80 sur la gare de Metz-Sablons.
Des taubes ont survolé Lunéville, Épinal et Belfort.
Les Russes ont refoulé une attaque allemande dans la région du lac du Sventen et progressé à l’ouest d’Olyka ; ils ont forcé les Autrichiens à se replier près de Boyanc.
Sur le front italien, cinq attaques autrichiennes ont été brisées avec des pertes énormes dans la vallée de Lagarina (Adige). D’autres ont été arrêtées dans le secteur d’Asiago. Les Italiens ont fait 300 prisonniers dans le val Sugana.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


55 Haucourt

55 Haucourt

 

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