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Mardi 29 février 1916

Louis Guédet

Mardi 29 février 1916

535ème et 533ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Pluie battante torrentielle la nuit dernière et toute la journée, un déluge. On entend du canon au lointain, vers Souain. C’est tout, la pluie battante ne permet pas de bien distinguer. Ce matin travaillé, reçu des héritiers pour une apposition de scellés cette après-midi à 3h. Reçu à midi 2 lettres de ma pauvre femme. Je suis un peu tranquillisé, ils ont eu beaucoup de troupes à cause de la Grande Bataille autour de Verdun qui nous tient en suspens, malgré le calme que nous avons ici. Reçu visite d’un gendarme pour m’apporter un pli pour une succession Gérard. Celui-ci me dit que Hottier a compris la douche que je lui ai donnée, mais que si le capitaine Charles était si ardent, c’est qu’il était poussé non par le capitaine Bornon (à vérifier), mais par le colonel Colas, commandant de Place. Le Beau Colas. Le chaud Colas (chocolat) qui s’en mêlait aussi ? Je crois qu’il a du comprendre la leçon ! J’en suis enchanté dans le fonds…  « Cedant arma togae » (Citation de Cicéron : Que les armes cèdent devant la Toge) devient encore exact.

A trois heures été rue Dieu-Lumière 64 avec Landréat pour mon apposition de scellés qui n’ont pas été apposées…  n’ayant trouvé qu’un peu de mobilier. Revenus ensembles, quittés au Palais pour acheter un journal, « L’Écho de Paris » chez Michaud pour ma soirée, vu Lesage qui m’apprend que son patron le pauvre Ravaud du Mars (à vérifier) a été envoyé à Châlons-en-Champagne pour…  devinez ?…  faire le service de contrôle des passeports de Châlons à Épernay. Cela le changera de ses bocaux le « pôvre ». Voilà bien l’à-propos et le flair militaire !! Rrron ! Ramollot !…   Je vais tâcher de le dépêtrer de là…  Rentrant chez moi (?) je me heurte à Landréat qui en revenait avec un pli urgent du Procureur de la République…  nous remboitons le pas jusqu’au 76 de l’avenue de Paris. Arrivé sous le pont de chemin de fer une canonnade furieuse éclate pendant 5 minutes. Nous nous sommes dit voilà l’attaque qui se débouche. Puis plus rien. J’aimais mieux cela car ce n’est pas gai de faire 1 kilomètre 1/2 sous les bombes pour rentrer chez soi nuit serrée.

Vu le Procureur, causé un peu avec Mme Bossu, puis rentré seul ici. J’ai insisté pour que Landréat ne repassât pas à son bureau boulevard de la République. Il était nuit noire. Je suis rentré, éclairé par les sillages des projecteurs allemands qui sillonnaient le ciel…  Je suis las aussi je remets à demain les quelques lettres que j’ai à écrire. Et cependant j’ai séance d’allocations demain matin. Ce sera donc pour demain après-midi à ajouter au courrier de demain !!

Toute la page suivante, jusqu’au 1er mars 1916, est barrée au crayon rouge, avec la mention :

« A voir »

(Écrit le 2 mars 1916 à 10h du soir) suite à ce que j’ai écrit d’autre part le 29, et que je voulais écrire mais je n’en n’avais pas eu le temps. C’est au sujet d’une lettre qui m’est écrite par un héroïque (?) rémois réfugié au Château d’Étoges (Marne) M. Dominique Neuville (né en 1857, décédé le 6 décembre 1916 à Neuilly-sur-Seine), apprêteur à Reims. Voilà déjà 2 ou 3 fois qu’il m’annonce qu’il va venir à Reims pour m’entretenir d’une avance qu’il a sur la succession du chanoine Mimil, et voir ce qu’il pourrait faire pour rentrer dans son argent…

Le 27 janvier, il m’écrit.

« Étoges, le 27 janvier 1916. Monsieur, je pense (sans rien garantir à cause de la terrible anxiété où tous nous nous trouvons actuellement) – (bataille de Verdun) – Je pense vous voir à votre bureau jeudi matin (2 mois aujourd’hui !) de 10h1/4 à 11h. Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération. D. Neuville. P.J. Bien entendu soyez libre et si vous n’avez des occupations à ce jour et heure eh ! bien ! Je reviendrai, à l’époque où nous sommes qui peut respecter une date ?… »

Ensuite nouvelle carte datée du 28 février 1916. Écriture fiévreuse !! Et il n’est pas sous les bombes !!

« Étoges, le 28 février 1916. A M. Guédet, notaire à Reims. Devant les circonstances actuelles !! et l’affreux inconnu qui nous opprime, je suspens mon voyage pour rester ici avec les 23 personnes réfugiées chez moi. (j’te crois !). Je partirai un peu plus tard et aurai l’honneur de vous prévenir en temps voulu. (j’te crois encore !)

Veuillez agréer, Monsieur, mes biens sincères salutations. D. Neuville. »

Je n’aurai pas la cruauté de commenter ces lettres, mais je conserve dans mes archives précieusement les originaux. Toujours la même antienne. Ces gens-là se sacrifient toujours pour les autres, surtout quant il s’agit de…  se mettre à l’abri du danger. Que de fois aurais-je entendu de semblables excuses : ma femme ne pourrait pas voyager sans moi, etc…  etc… Et je suis obligé d’écrire cela après avoir essuyé 2h de bombardement, avec 8/10 obus à 30/40 mètres de ma maison !!

Les deux lettres de M. Dominique Neuville sont jointes.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

29 février 1916 – Bombardement vers la Maison-Blanche et la route de Louvois.

Une courte démonstration d’artillerie a lieu sur la fin de l’après-midi. A 18 heures, exactement, nos pièces de 120 et 155 tirent, en rafales, une centaine de coups de canon ; c’est l’affaire de dix minutes, à peine.

La lutte continue toujours furieuse, au nord de Verdun ; on attend anxieusement, matin et soir, le communiqué. Jusqu’à présent, les nouvelles qu’il nous donne paraissent satisfaisantes. On serait porté à croire que l’attaque brusquée, déclenchée le 21 par les Allemands qui cherchent encore, avec un véritable acharnement à entamer notre front, peut être considérée comme ratée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Mardi 29 – Nuit tranquille pour la ville, sauf quelques bordées de canon ou bombes de temps en temps. Température + 4. Violente canonnade entre batteries. Rafales de gros canons français vers 6 h. du soir. Pluie continuelle.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mardi 29 Février 1916.

La femme du parrain n’a plus de nouvelles. J’ai rencontré Maria ce matin. « Croyez-vous, me dit-elle, Juliette ne vit plus ». Je la rassure en lui disant que les correspondances étaient arrêtées pour Verdun, qu’elle ne se désole pas et que j’avais appris que Verdun était évacué, que le parrain sans doute bientôt fera connaître son lieu de résidence. « Vous croyez ? me répond-elle. On voit bien que ce n’est pas vous. Le parrain, qui aime tant ses enfants, et à qui on a envoyé deux paquets, il ne les aura pas ». Je n’ai rien répondu car cette parole « on voit bien que ce n’est pas vous » m’a fait de la peine. Quand depuis 18 mois je pleure, on s’est habitué à ma peine ; c’est naturel, ce n’est donc rien pour eux. J’étais déjà renfermée, je le serai encore plus.

Il y a déjà un moment que je ne suis pas allée chez eux, c’est vrai, mais le bombardement est de plus en plus violent. Juliette elle-même n’ose pas sortir. Enfin mon Charles, reviens moi.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mardi 29 février

En Champagne, l’ennemi a tenté un coup de main sur nos tranchées avancées.
En Argonne, nos batteries lourdes et de campagne ont exécuté des tirs sur les voies d’accès de l’ennemi, en particulier vers le bois de Cheppy. Nous avons fait sauter à la cote 285 une mine dont nous avons occupé l’entonnoir.
L’activité de l’artillerie est toujours très vive au nord de Verdun; elle ne s’est ralentie qu’à l’ouest de la Meuse. La côte du Poivre n’a pas été assaillie; le fort de Douaumont a été étroitement encerclé. Les attaques partielles entreprises de ce côté par les Allemands ont toutes été refoulées par nos feux d’artillerie et par nos contre-attaques. A l’ouest du fort de Douaumont, nos troupes ont engagé un combat corps à corps avec l’adversaire, qui a été rejeté d’une petite redoute où il s’était installé.
Toute une série d’attaques en Woëvre, à Eix, à Fresnes, à Manheulles, à la cote 255, ont échoué. Notre artillerie se montre active en Lorraine.
Les Anglais ont remporté un succès à la frontière d’Égypte.
M. Take Jonesco révèle que les empires du Centre ont offert la Bessarabie à la Roumanie.
La Gazette de l’Allemagne du Nord déclare que la guerre sous-marine, en dépit des protestations de M. Wilson, redoublera d’intensité à dater du 1er mars.

 

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Lundi 28 février 1916

Louis Guédet

Lundi 28 février 1916

534ème et 532ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Nuit calme. Beau temps, avion, canon, voilà toute la journée. On n’entend aucun bruit du côté de Verdun où l’on se bat toujours disent les journaux. C’est une grande bataille, mais le vent n’est pas favorable pour que nous puissions entendre quelque chose. Rendu visite au Cardinal Luçon avec lequel j’étais fort en retard. Il a été très bon comme toujours, très affectueux pour moi. Je suis resté presque une heure à causer avec lui. Et en me quittant : « Je vous ai gardé longtemps pour que vous veniez me voir plus souvent, et que vous voyez bien que je ne vous en veux pas. » Conversation sur les événements actuels et toujours en reposant le même point d’interrogation : quand serons-nous délivrés … ?

Rentré chez moi pour travailler, mais je n’y avais pas le cœur, et puis je suis un peu inquiet, car je n’ai reçu aucune lettre de ma pauvre femme depuis samedi. Sa dernière lettre est datée du 25. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, ni à ses petits. Je suis si impressionnable en ce moment, qu’un rien, un doute me fait souffrir beaucoup. Pourvu que je reçoive une lettre demain.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

28 février 1916 – Bombardement, de 16 à 17 heures, du côté des boulevards de Saint-Marceaux et Carteret.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi 28 – Nuit tranquille sauf quelques grosses bordées de canon de temps à autre, spécialement vers 3 h. m. Température : + 3. Aéroplanes 7 h.1/2 ; tir acharné contre eux. 4 h. 1/2 terrible bombardement sur les batteries, boulevard de la Paix, dit-on, après passage d’un taube. Aéroplane. Visite de M. Guedet. Écrit au Cardinal Amette pour projet d’acte collectif.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 28 lévrier

Dans la région au nord de Verdun, nous avons continué à renforcer nos positions. Plusieurs attaques allemandes contre la ferme Haudromont (est de Poivre) et contre le bois d’Haudromont (est de Douaumont) ont échoué. Une autre attaque entre la hauteur de Douaumont et le plateau au nord de Vaux a également été repoussée. Les alentours de la position de Douaumont sont couverts de cadavres ennemis. Nos troupes enserrent des fractions allemandes qui ont pu y prendre pied et s’y maintiennent difficilement.
La cote du Talon rendue intenable par le bombardement des deux artilleries, n’appartient à personne. En Woëvre, prise de contact de l’ennemi avec nos avant-postes, vers Blanzée et Moranville.
Entre Soissons et Reims, nous opérons des tirs de destruction.
Dans les Vosges, nous brisons un assaut au sud-est de Celles (vallée de la Plaine); nous dispersons un rassemblement allemand près de Senones. Duel d’artillerie à l’Hartmannswillerkopf; nous bombardons les dépôts de ravitaillement de Stosswhir (vallée de la Fecht).
Canonnade sur le front italien. Essad pacha est arrivé à Rome.
De nouvelles séances tumultueuses ont eu lieu à la Chambre de Prusse.


En Champagne - Collection Patrick Nerisson

En Champagne – Collection Patrick Nerisson

 

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Dimanche 27 février 1916

Louis Guédet

Dimanche 27 février 1916

533ème et 531ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Temps épouvantable, neige, pluie, neige fondue, etc…  Le calme. On est toujours dans l’attente et l’angoisse de connaître le résultat de la grande bataille qui se livre au nord ouest de Verdun. On dit que le combat continue, mais nous n’entendons plus ici le roulement des jours précédents. Pour tous on est surpris que les allemands aient déclenchés cette grande bataille si tôt et par un temps si défavorable. Il faut que Guillaume et ses acolytes soient bien inquiets sur l’avenir, ou bien qu’ils craignent de grands troubles chez eux, ou du découragement dans leurs troupes. Ce sont les premières convulsions et les derniers coups de boutoirs de la Bête au ferme ! (Terme de vénerie, se dit d’un animal chassé qui fait tête aux chiens) à quand l’hallali ?

Bientôt j’espère, car on est bien las ! tout de même ! Passé ma journée à pas grand-chose, écrit les lettres auxquelles j’avais à répondre, lu pas mal de journaux. Vu Charles Heidsieck qui m’a annoncé l’état plutôt grave de notre vieil ami de La Tour de Peilz près de Vevey, le brave M. Schulz. Cela nous attriste beaucoup, surtout que ce qu’il avait chez M.H. vient d’être mis sous séquestre parce que d’origine allemande, bien que de nationalité suisse et cela sur la dénonciation du propre frère de M. Schulz, c’est odieux. J’en aurai vu de toutes les façons. Nous avons décidé d’attendre pour le prévenir de cette mesure toute récente afin qu’il puisse faire agir sa chancellerie.

Alerte ce soir. Jacques n’était pas rentré à 8h, lui si exact. Lise s’inquiétait, ainsi qu’Adèle. Je les envoie chercher le frère de Jacques rue Marlot, tout près d’ici, afin que j’aille avec lui voir chercher Jacques rue Jeanne d’Arc où il allait pour toutes ses démarches et ce qu’il devient. Mais voilà mon Jacques qui rentre. C’était un cordonnier qui l’avait attardé. Tout est bien qui finit bien, mais la pauvre Lise était bien inquiète.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Dimanche 27 février – Nuit tranquille. Matinée item, sauf quelques bombes, entre batteries. Température : + 3. Neige, soleil ; abondante pluie de neige fondante. Nouvelles contradictoires : les unes tristes, les autres favorables au sujet de la Bataille de Verdun. Réponse du Cardinal de Bordeaux à (…)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 27 février

Lutte de mines en Artois. Nous avons fait sauter deux fourneaux.
En Champagne, nous repoussons une attaque de l’ennemi sur le saillant enlevé par nous au sud de Sainte-Marie-à-Py. Le nombre de nos prisonniers est au total de 340. Tirs de destruction sur les ouvrages allemands au nord de Ville-sur-Tourbe.
Au nord de Verdun, le bombardement continue sans arrêt. Nos troupes ripostent par de vigoureuses contre-attaques aux offensives ennemies. Toutes les tentatives allemandes vers Champneuville et le Poivre ont été arrêtées. Après avoir perdu le fort de Douaumont que nos adversaires avaient occupé au prix de gros sacrifices, nous l’avons repris.
Au nord-est de Saint-Mihiel, nous bombardons les hangars et les dépôts ennemis près de Vigneulles.
Les Allemands ont tiré des obus de gros calibre sur Nancy et Lunéville.
Un de nos plus héroïques aviateurs, l’adjudant Navarre a abattu, à Verdun, deux avions ennemi. Une de nos escadrilles a bombardé la gare de Metz-Sablons; une autre, Chambley, près de Pont-à-Mousson.
Les Italiens, après avoir assuré l’évacuation de l’armée serbe, ont quitté Durazzo.
Les Russes ont occupé de nouveaux points en Arménie et en Perse.


Neri_bt_21_016_D_Poste_de_Secours_Allemand_a_Verdun - Copie

Collection : Patrick Nerisson

 

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Samedi 26 février 1916

Paul Hess

26 février 1916 – Dans la nuit, à 23 h, nous avons été réveillés, au 2 de la place Amélie-Doublié, par un coup de sonnette du sous-lieutenant mitrailleur R… du 61°, qui venait rapporter à une voisine les clés du logement où il habitait rue Victor-Rogelet et dont elle a accepté la garde. Son régiment venait de recevoir l’ordre de partir.

Nous en déduisons qu’il va en renfort du côté de Verdun, le communiqué d’hier soir ayant fait mention de nouvelles attaques furieuses et acharnées des Allemands au nord de cette place, dont ils cherchent, avec opiniâtreté à s’emparer.

— Sifflements le matin, dès 8 heures. On parle d’un tué et de blessés grièvement, rue des Moissons.

— Dans Le Courrier d’aujourd’hui, se trouve l’information suivante :

La bibliothèque de Reims.

Un député, M. Cacbin, ayant demandé à M. le ministre de l’Instruction publique « si toutes les précautions avaient été prises, pour mettre à l’abri de la destruction les archives départementales et municipales de Reims, ainsi que la Bibliothèque de la Ville”— voici la réponse que le ministre a faite à cette question, par la voie du Journal officiel.

D’accord avec l’honorable maire de Reims, des précautions sur lesquelles il pourrait être imprudent de donner des détails précis, ont été prises pour mettre à l’abri de la destruction les archives et la bibliothèque de Reims. A plusieurs reprises, le ministre lui-même et des fonctionnaires du ministère sont allés conférer sur place, à ce sujet, avec M. Langlet.

Nous lisons encore, dans le journal, cette émotionnante et combien triste nouvelle :

Un héros ignoré.

Le parquet de Reims a publié, récemment, une liste de morts non identifiés, tués au cours des bombardements de 1914.

Parmi ces morts, figure un garçonnet d’une quinzaine d’années.

Cet héroïque enfant avait secondé les brancardiers dans la relève des blessés. Il fit maint voyage, dans les rues, en leur compagnie et fut lui-même atteint mortellement par un éclat d’obus, le 15 septembre 1914.

Transporté à l’ambulance du lycée de jeunes filles, il y expira au bout de quelques heures.

La Croix-Rouge avait eu l’idée de demander une citation et la croix de guerre pour le jeune brancardier, mort au champ d’honneur, mais on ne put rien recueillir sur le cadavre qui permit de fixer son identité.

On suppose que le garçonnet appartenait à une famille belge ou ardennaise de passage à Reims et qu’il s’est trouvé séparé de ses parents.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Samedi 26 – Nuit de Bataille jusqu’à minuit ; après canon à l’ordinaire.

Température : – 1. Neige légère, non fondante. 8 h. bombes gros calibre sifflantes tombant assez près avec grand fracas et répercussion par l’écho, mais probablement tombant sur la batterie. Item l’après-midi.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 26 février

En Champagne, nous avons attaqué et enlevé un saillant ennemi au sud de Sainte-Marie-à-Py. Nous avons fait 300 prisonniers, dont 16 sous-officiers et 5 officiers.
En Argonne, à l’est de Vauquois, nous avons exécuté des tirs sur les ouvrages ennemis de la région de Cheppy et aussi au nord de la Harazée. Activité intermittente de l’artillerie entre Malancourt et la rive gauche de la Meuse.
Au nord de Verdun, après nous être établis sur une ligne de résistance organisée en arrière de Beaumont, sur les hauteurs à l’est de Champneuville et au sud d’Ornes, nous avons repoussé de violentes attaques allemandes à gros effectifs sur la côte du Poivre et sur le bois de la Vauche. A l’ouest de la Meuse, canonnade, mais aucune action d’infanterie.
Dans les Vosges, duel d’artillerie dans la vallée de la Fecht.
Le président Wilson combat les menées pro-germaines qui s’exercent dans les deux Chambres du Congrès de Washington. Il déclare qu’il mettra l’honneur au dessus de la paix.
Les Russes ont obtenu un succès important en Perse, refoulant les Turcs vers Kermanchah, capitale du Kurdistan.
Dans partie nord du secteur oriental, ils ont progressé contre les Allemands près de Dvinsk et de Tchartorysk.
Un journal allemand avoue que les pertes turques furent énormes à Erzeroum.


Source : collection personnelle Patrick Nerisson

Source : collection personnelle Patrick Nerisson

 

 

 

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Vendredi 25 février 1916

Cardinal Luçon

Vendredi 25 – Nuit tranquille pour la ville, sauf grosse et violente canonnade par intervalles, en particulier vers 3 h. 1/2. Température 0. Neige ; terre gelée. Violent combat au loin. Bataille terrible toute la journée au loin Sud-Est de Reims (1). Via Crucis. Bataille jusqu’à 11 h. 1/2 ou minuit. Canonnade lourde et terrible ; lueurs dans les airs éclairant les nuages ; au loin à l’est et au nord-est ; mais n’éclairant pas jusqu’à la ville.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
(1) Cette canonnade entendue à Reims est celle du champ de bataille de Verdun ou l’offensive allemande s’est déclenché le 21 février. Le 25 février est le jour de la chute du fort de Douaumont.

Juliette Breyer

Vendredi 25 Février 1916.  Les combats ont repris près de Verdun, violents. Les boches attaquent les forts. Il y a des monceaux de cadavres. Ils se sont emparés du fort de Douaumont et ils bombardent Verdun. Ton parrain est à Méribel. On dit que l’on évacue toute la troupe de Verdun. Par contre à Reims ils ne nous laissent pas de répit. Nous n’osons plus sortir. Leurs obus viennent tomber sur la ville sans arrêt et toujours des victimes.

On m’a fait savoir à la ville qu’il fallait que je fasse une demande pour toucher le secours immédiat, vu que j’avais eu la note officielle de ta mort, secours qui se monte à 150 francs. J’irai car cet argent là, si tu reviens, servira à te soigner. Je n’y toucherai pas.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Vendredi 25 février

L’attention se concentre toujours sur la bataille au nord de Verdun. On se bat avec violence sur les deux rives de la Meuse, et sur la rive droite jusqu’à Ornes. Nous avons évacué Brabant-sur-Meuse et nous nous sommes repliés au sud de Samogneux et d’Ornes, les mouvements de repli étant opérés avec une cohésion parfaite. Sur plusieurs points, les offensives allemandes tentées pour nous déloger sont demeurées impuissantes. L’ennemi a laissé partout des monceaux de cadavres. Notre artillerie riposte avec ténacité à l’artillerie adverse.
En Artois, lutte de grenades à l’est de Souchez.
En Champagne, nous avons exécuté une concentration de feux sur les organisations ennemies à l’ouest de Maison-de-Champagne et au sud de Sainte-Marie-à-Py.
En Argonne, tirs de destruction sur les ouvrages allemands à la Fille-Morte.
En Lorraine, nous avons chassé l’ennemi d’un de nos postes avancés du bois de Cheminet, et poursuivi une reconnaissance. Contact de patrouilles près de Reillon.
Deux généraux grecs ont visité notre camp de Salonique en compagnie du général Sarrail.
Canonnade sur tout le front italien; les Autrichiens subissent un échec sur le Haut-Isonzo.
Activité d’artillerie sur le front russe, spécialement dans le secteur Nord.


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Source, collection particulière : Patrick Nerisson

 

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Jeudi 24 février 1916

Mme Caristie Martel devant la cathédrale.jpg

Paul Hess

24 février 1916 –  Dans un article, aujourd’hui, Le Courrier de la Champagne s’élève contre un appel à l’opinion en faveur de la « reconstruction de la cathédrale de Reims », lancé par M. Camille Le Senne, tout en remémorant en tenues comiques et plutôt irrévérencieux une autre initiative passée pour ainsi dire inaperçue, le mois dernier.

Voici la reproduction de cet article :

Faut-il reconstruire la cathédrale ?

M.  Camille Le Senne, un des imprésarios de la petite drôlerie de la place du Parvis, lance un « appel à l’opinion » en faveur de la « reconstruction de la cathédrale de Reims « .

Faut-il rappeler à cet ardélion que la cathédrale de Reims n’a pas besoin d’être reconstruite? N’a-t-il pas constaté lui-même de visu que les murs, les tours et les voûtes étaient encore debout.

Il ne peut être question que de la réfection des toitures et des charpentes, de la restauration des parties mutilées, et d’une reconstitution de beaucoup de statues et de détails ornementaux. Sur les conditions dans lesquelles ces travaux devront être faits, il y a évidemment matière à discussion, mais le moment n’est pas encore venu de se livrer à cette discussion.

Dans La Libre Parole, M. Remondet s’oppose en termes lyriques à la « reconstruction de la cathédrale ». Encore !

La cathédrale, dit-il, a désormais sa mission de propagande dans le monde. Ses blessures qui ne doivent pas se refermer, elle les étalera pour vouer à l’opprobre la race allemande.

Tout cela, comme disait l’autre, c’est de la littérature. Certes — et S.E. le cardinal-archevêque de Reims a traduit le premier ce désir de tous les Français — il n’est pas mauvais que la cathédrale reste quelque temps dans son état actuel, pour attester au monde le savoir-faire des descendants d’Attila. Mais les Rémois veulent que leur cathédrale revive avec leur ville. Ce ne serait pas la première fois qu’ils lui rendraient sa splendeur première, puisque l’incendie de 1341 lui avait fait subir autant, sinon plus, de ravages que les bombardements de 1914-1915.

Quant à la petite cérémonie à laquelle le rédacteur fait allusion, elle s’est passée le samedi 22 janvier dernier, à 14 h 1/2.

Ce jour-là, M. Camille Le Senne, président du Souvenir littéraire et un petit groupe de personnes s’étaient rendus sur la place du Parvis, où Mme et M. le Dr Langlet ainsi que quelques conseillers municipaux, vraisemblablement invités, étaient venus les rejoindre.

Après les présentations, le président du Souvenir littéraire avait ainsi fait connaitre, dans une allocution au maire, les visiteurs qui l’accompagnaient : « Mme la comtesse de Chabannes-Lapalice,
qui a gagné par son infatigable dévouement a nos services hospitaliers le glorieux insigne de la croix de guerre » ; « notre infatigable et vaillant ami, le comte de Chaffaut, qui fut en 1870 le plus jeune
volontaire de nos armées et est aujourd’hui le délégué de la bienfaisante société France-Belgique » ; « Mme Caristie Martel, de la Comédie-Française, muse du peuple, devenue la muse des armées de
la République. »

A l’étonnement des rares passants, cette dernière avait récité des strophes sur la cathédrale mutilée, dues a M. Le Senne.

Voici d’ailleurs comment le journal du 24 janvier parlait de cette réunion :

…Après les remerciements de M. Langlet, la cérémonie prit fin.

Cette récitation, devant le fond incomparable du grand portail, ne manquait pas de caractère. Il n’est que juste de rendre hommage au talent de l’auteur du poème et a son interprète. Pourtant la cérémonie nous sembla un peu falote, tant a cause du petit nombre des assistants, que de la hâte
avec laquelle elle se déroula. En même temps qu’elle, se déroula un film que l’on verra sans doute quelque jour dans les music-halls  parisiens.

Tout finit maintenant par le cinéma, au cinéma. .. et au profit du cinéma. ..

Bien des Rémois, je crois, avaient été seulement un peu surpris d’avoir en a lire, dans deux colonnes du journal, le récit très complet de cette courte manifestation.

L’incompréhension, sans doute, de la beauté du geste les avait laissés indifférents ; ils n’avaient éprouvé d’admiration ni pour I’allocution au maire ni même pour la poésie.

Ils avaient pensé tout bonnement, que les organisateurs et acteurs de ce que beaucoup d’entre eux osaient qualifier de « battage », pouvaient se féliciter de n’avoir pas eu, en même temps, à apprécier comme spectateurs, un impromptu de l’artillerie allemande. Justement, ses pièces faisaient relâche, à cette date.

— Calme assez étonnant depuis hier, qui nous laisserait supposer que les Allemands sont préoccupés avec leurs vives actions d’infanterie signalées au nord de Verdun — qu’ils ont probablement déplacé des troupes et peut-être du matériel.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Mme Caristie Martel devant la cathédrale – Source : Wikimédia


Cardinal Luçon

Jeudi 24 – Nuit tranquille, sauf quelques bordées de canon de temps en temps. Température, – 4. Aéroplane français. Canonnade de temps en temps.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Jeudi 24 février

En Belgique, un tir de notre artillerie a ouvert plusieurs brèches dans les tranchées allemandes en face de Steenstraete.
En Artois, nous avons repris plusieurs points près de Givenchy.
L’action au nord de Verdun s’est marquée comme une attaque très importante entreprise avec des moyens puissants. La bataille a continué avec une grande intensité et nos troupes, qui l’ont soutenue énergiquement, ont infligé d’énormes pertes à l’ennemi. Le bombardement d’obus de gros calibre, de part et d’autre, s’est étendu sur 40 kilomètres. On a constaté la présence de troupes allemandes de sept corps d’armée différents.
L’ennemi a vainement essayé de nous déloger de nos positions au débouché du village de Haumont; nous avons repris la plus grande partie du bois des Caures; a l’est de ce bois, l’ennemi a pénétré dans celui de la Ville. Au nord d’Ornes, ses assauts ont été enrayés.
En Alsace, nous avons repoussé une attaque au sud-est du bois de Carspach, près d’Altkirch.
Les Russes accusent une série de succès de la Courlande à la Strypa.
Un article officieux de la Gazette de Cologne menace l’Amérique de la rupture.
Le président du Conseil russe, M. Sturmer, parlant à la Douma après M. Sasonof, a dit, comme lui, que la Russie irait jusqu’au bout avec ses alliés. Le tsar, pour la première fois, venait au Parlement.

 

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Mercredi 23 février 1916

Cardinal Luçon

Mercredi 23 – Nuit tranquille sauf quelques coups de canon de temps en temps. Température 0. Visite à M. le Curé de S. André. A cinq heures violente canonnade.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Mercredi 23 Février 1916. Je me demande aujourd’hui si tout l’espoir que j’ai eu pendant 18 mois sera vain. Le 23, date exécrée, c’est écrit donc que ce jour là j’aurai toutes les plus grosses peines. Aujourd’hui un agent de police est venu me trouver aux caves. Je m’en doutais et pourtant quel coup au cœur ! J’ai beau vouloir ne pas y croire mais cette fois-ci l’avis officiel du Ministère de la guerre est là, m’annonçant que tu es mort pour la France au champ d’honneur à l’attaque du village d’Autrèche le 23 septembre 1914. Il a fallu que je donne ma signature.

Je suis sans courage et je veux encore espérer jusqu’à la fin de la guerre. Pauvre grand, je n’en écris pas plus aujourd’hui, je n’en ai plus la force. Je t’aime toujours et je voudrais te revoir.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Mercredi 23 février

En Artois, l’ennemi a effectué une forte attaque sur nos positions du bois de Givenchy. Il a pénétré dans nos tranchées de première ligne, complètement bouleversées, et sur plusieurs points dans nos tranchées de doublement, dont il n’occupe plus que quelques éléments. Il a subi des pertes considérables du fait de nos tirs de barrage et de nos feux d’infanterie et de mitrailleuses.
Dans la région de Verdun, les Allemands ont attaqué nos positions, à l’est de Brabant-sur-Meuse, entre le bois d’Haumont et Herbe-bois. Ils ont pris pied dans quelques éléments de tranchées avancées et poussé jusqu’aux tranchées de doublement; ils furent rejetés de ces dernières, mais ils renouvelèrent ensuite leurs tentatives, et finalement occupèrent un bois et un saillant que formait notre ligne au nord de Beaumont. Au nord-ouest de Fromezey (est de Verdun), nos tirs de barrage empêchèrent une attaque de se déclencher.
Activité d’artillerie en Belgique, en Champagne, au Ban-de-Sapt et à l’ouest d’Altkirch.
Les Russes poursuivant leurs avantages dans la région d’Erzeroum, ont fait encore des centaines de prisonniers, en capturant plusieurs batteries allemandes.
26 aéroplanes anglais ont attaqué les dépôts allemands de Don, infligeant de gros dégâts aux entrepôts et aux voies ferrées.
Un zeppelin a survolé Lunéville. Poursuivi par nos avions, il s’est dirigé vers Metz.

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La grande attaque de Verdun, destinée à influencer les neutres, à relever le moral du peuple allemand et le prestige du Kronprinz, fut imposée par celui-ci et le Kaiser. Le plan d’attaque serait dû au général Deimling et au vieux feld-maréchal von Haeseler, conseiller du Kronprinz qui connaissait bien la région. La direction de l’artillerie lourde fut assumée par von Beseler qui prit Anvers. Le Kaiser est représenté ici au cours d’une visite au quartier général du Kronprinz. Près de celui-ci, le prince Oscar.

 

 

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Mardi 22 février 1916

Paul Hess

22 février 1916 – Démonstration d’artillerie de notre part. De 16 à 17 h, les pièces de tous  calibres crachent dans la direction de Brimont et de Courcy.

Nous sommes au bureau quand le calme se rétablit, mais nous estimons prudent d’attendre la riposte avant de le quitter, car l’année dernière, à la suite d’une séance semblable elle a été terrifiante, dans la nuit du 21 au 22 février.

Cette fois, rien, absolument rien, pour aujourd’hui du moins.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mardi 22 – Nuit tranquille, sauf canonnade entre batteries — Aéroplanes matinée et après-midi. Expédié lettre à Lyon et à Bordeaux. Reçu lettre Philippe. Grosse canonnade. Lu : Camus.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 


 

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d'Esperey commandant la 5ème armée

22 février 1916 : Généraux Joffre et Franchet d’Esperey commandant la 5ème armée en visite à Reims


Mardi 22 février

En Artois, l’ennemi a fait sauter une mine (nord de la route de Lille).
Canonnade près de Givenchy. Au sud de la Somme (Lihons), après avoir dirigé sur nos lignes un intense bombardement et des émissions de gaz sur un front de 7 kilomètres, l’ennemi a tenté de sortir de ses tranchées. Il a été partout repoussé.
En Champagne, nous avons exécuté des tirs à l’ouest de la route de Saint-Hilaire à Saint-Souplet.
En Argonne, nous avons démoli plusieurs observatoires aux abords du bois de Cheppey.
Canonnade active dans toute la région de Verdun. Nous bombardons le bois d’Ailly au sud-est de Saint-Mihiel.
Les Allemands ont jeté des obus sur Saint-Dié. Nous avons abattu un fokker près d’Altkirch, un albatros près d’Épinal, un avion encore près de Parroy, deux autres près de Revigny. Un zeppelin a été détruit par nos obus aux environs de Brabant-le-Roi. 17 de nos appareils de bombardement ont opéré sur le champ d’aviation d’Habsheim et sur la gare aux marchandises de Mulhouse; 28 autres ont lancé des projectiles sur la fabrique de munitions de Pagny-sur-Moselle.
Des avions autrichiens ont survolé la plaine lombarde. Il y a eu plusieurs morts dans la population civile.
Le général Sarrail a été reçu à Athènes par le roi de Grèce.
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Lundi 21 février 1916

Paul Hess

21 février 1916 – Dans la matinée, aux environs de 10 h, un aéro boche qui circulait depuis un moment, passe au-dessus de l’hôtel de ville et en s’en retournant dans ses lignes, laisse tomber une demi-douzaine de bombes sur le faubourg de Laon. Elles font explosion rue Pierret, avenue de Laon, etc. et un obus tiré par une de nos pièces contre cet avions — un 75 — n’ayant pas éclaté en l’air, retombe sur une maison de la rue de la Neuvillette, dans laquelle le sous-lieutenant S… du 61e d’Infanterie et une jeune personne sont tués.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

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Cardinal Luçon

Lundi 21 – Nuit tranquille en ville, sauf quelques gros coups d’artillerie de temps en temps. Température : 0. Matinée aéroplanes, canonnade contre eux et au loin. A 10 h. un aéro allemand laisse tomber une bombe sur une maison en ville, où elle tue un jeune officier et une jeune fille couchés dans le même lit, sans blesser une autre fille assise sur le lit. M. de Vitray connaissait le jeune officier. Refus de sépulture religieuse. Dans l’après-midi violente canonnade contre avions. Lettre du Cardinal Sevin pour poursuite de la Dépêche et de Paul Adam. Histoire de deux peuples.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 21 février

En Belgique, après un violent bombardement de nos positions, les Allemands ont tenté de franchir le canal de l’Yser à Steenstraete. Quelques groupes ennemis ayant pu pousser jusqu’à notre tranchée de première ligne, ont été chassés aussitôt.
En Champagne, action d’artillerie sur les positions allemandes au nord de Tahure et à l’est de Navarin.
En Argonne, nous avons fait sauter deux mines à Vauquois.
Entre Meuse et Moselle, nous avons bombardé les établissements ennemis vers Etain, Varcy et Saint-Hilaire, en provoquant des incendies et des explosions.
Au sud de Saint-Mihiel, nous avons opéré des tirs de destruction à l’ouest de la forêt d’Apremont.
Un taube a lancé sans résultat plusieurs bombes sur Dunkerque. Un autre a opéré -sans résultat aussi- près de Lunéville.
Les Russes ont occupé deux villes au sud d’Erzeroum : Mouch et Aklat, coupant ainsi les communications entre les fronts ottomans.
M. Tittoni, ambassadeur d’Italie en France, a prononcé un important discours à Nice.
On annonce que le chancelier allemand demandera au Reichstag le vote de 500 millions d’impôts nouveaux.
Des avions italiens ont survolé Laybach en Carniole.

 

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Dimanche 20 février 1916

Paul Hess

Dimanche 20 février 1916 – Bombardement de 14 h 1/2 à 15 h 1/4. A ce moment, j’entends passer exactement au-dessus du cimetière du Sud, où je me suis rendu ce dimanche, les obus qui s’en vont éclater vers Bezannes et la Maison-Blanche.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Bezannes


Cardinal Luçon

Dimanche 20 – + 2. Nuit tranquille sauf ce qui précède. Retraite du mois. Aéroplane, fortes canonnades, bombes sifflantes sur la périphérie de Reims (Bezannes ? Maison Blanche ?)

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Dimanche 20 février

En Artois, au nord-ouest de la cote 140, nous avons fait exploser une mine sous un saillant allemand.
Entre Oise et Aisne, nous avons pris sous notre feu une colonne d’infanterie ennemie au nord de Vic-sur-Aisne.
En Lorraine, nous avons bombardé les établissements ennemis de Domèvre. Un incendie a été allumé.
En Haute-Alsace, nous bombardons les tranchées allemandes à l’est de Seppois et de Largitzen.
Le butin conquis par l’armée russe à Erzeroum a été considérable. Dès à présent, on sait une nos alliés ont pris quantité de pièces d’artillerie, de munitions et d’armes.
A la nouvelle de la chute de la place, des troubles ont éclaté à Constantinople et aussi à Smyrne et à Beyrouth. Des dissentiments graves se seraient élevés entre Enver pacha et les généraux allemands. La Porte a retiré une partie des troupes qu’elle avait envoyées en Bulgarie.
Le général Sarrail a visité le front de Salonique en compagnie des généraux grecs Moschopoulos et Zimbrabrakis.
Une fabrique de munitions a encore été incendiée aux Etats-Unis.
Le Sénat américain s’est prononcé pour une politique de vigueur vis-à-vis de l’Allemagne.
La presse allemande tonne contre le cardinal Mercier.

 

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Samedi 19 février 1915

Samedi l9 – Nuit très bruyante. Violente et lourde canonnade (française ou allemande ?) au loin autour de Reims, toute la nuit ; bordées de canons ou de bombes à intervalles fréquents ; + 7. Visite du lieutenant porte-drapeau M. Millac. 10 h. violente canonnade (bombes ? canons français ?). Vi— site de M. Farre de la Croix-Rouge ; Messe de la Croix-Rouge, dimanche de Carême, 12 mars. Vers 9 h. soir jusqu’à 11 h. violent duel d’artillerie entre les batteries de Reims et les  allemandes ; de temps en temps, violentes bordées. Via Crucis, retardé d’hier.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 19 février

En Artois, au nord-ouest de la cote 140, nous avons fait exploser une mine sous une tranchée allemande qui a subi de graves dégâts. Une autre de nos mines a produit entre les deux tranchées un vaste entonnoir dont nous avons occupé la lèvre sud. Notre feu a brisé net une tentative allemande pour nous en chasser.
Dans la région, au sud de Frise, notre artillerie, de concert avec l’artillerie britannique, a effectué des tirs de barrage qui ont arrêté une attaque ennemie en préparation.
Au nord de l’Aisne, dans la région du Choléra, nous avons exécuté sur un saillant de la ligne ennemie un tir efficace.
Dans la Haute-Alsace, près de Largitzen, l’ennemi, après un violent bombardement, a attaqué nos positions. Il a pu prendre pied un instant dans une tranchée, mais il en a été aussitôt chassé par une contre-attaque.
Sur le front belge, lutte à coups de bombes dans le secteur de Steenstraete.
Les Russes ont capturé dans Erzeroum un millier de canons. L’armée turque qui formait la garnison de la place est prisonnière ou fugitive. 16 avions francais ont bombardé Stroumitza-station, en avant de Salonique, à 20 kilomètres de Stroumitza-ville qui avait été bombardée la veille. Un aviatik a été abattu dans la même région par un de nos avions.


Artois

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Vendredi 18 février 1916

Louis Guédet

Vendredi 18 février 1916

524ème et 522ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit calme. Journée de même, mais triste, sombre, froide et glaciale. Pluie, vent, de vraie journée de glace. Triste et lugubre et Dieu sait combien avec la tristesse, le morne et le lugubre de la ville. Aussi ai-je eu une après-midi plus que pénible à passer. J’ai souffert !!!…  Je ne puis le dire ni l’exprimer. C’était de l’angoisse…  et je ne sais pourquoi ! mais que c’est pénible…  et quelle vie misérable. J’avais beau m’acharner au travail, malgré moi je pleurais, en songeant à ma femme, à mes enfants. Non, c’est trop, et je crois vraiment que je tomberai.

Ce matin audience de conseil de famille, de conciliations, etc…  En ce moment j’ai une coterie d’agents d’affaires véreux qui veulent absolument me berner. Je suis décidé à les briser pour m’en débarrasser une fois pour toutes. C’est odieux, honteux. C’est la coalition pour ne pas payer ses loyers coûte que coûte et certains gagnent plus que jamais ils n’ont gagné avant la Guerre. Bref il faut que je brise cet obstacle et je vais voir le Président pour qu’il abonde dans mon sens, et ce ne sera que juste et en même temps le monde sera averti qu’il y a encore des juges à Reims pour condamner les gens de mauvaise foi. Leur idée : Employer tous les moyens pour ne pas payer jusqu’à la fin de la Guerre et au juge auquel nous dirons que nous ne devons rien !…  Et le tour sera joué. Tout une bande est organisée dans ce sens et même en va presque jusqu’à me faire sentir qu’on me le fera…  payer. Ils se trompent à mon endroit s’ils croient ainsi me faire reculer, ce sera tout le contraire.

Absence des feuillets 295 à 297.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

18 février 1916Le Courrier donne le compte-rendu de la réunion du Conseil municipal, qui s’est tenue le mercredi 16, à 15 h. sous la présidence de M. le Dr Langlet, maire et à laquelle étaient présente : MM. Bataille, de Bruignac, Em. Charbonneaux, Chezel, Demaison, Drancourt, Houlon Gustave, Jallade, Lapchin, Pierre Lelarge, Mennesson-Dupont.

Nous y lisons ceci :

…M. le maire donne lecture des divers chapitres de recettes et de dépenses du budget communal proposé pour 1916. Par suite de l’état actuel de notre ville, quelques-uns de ces articles ne figurent que pour ordre. On conçoit que le résultat présente un déficit considérable, soit .-

— Total des recettes

ordinaires et extraordinaires 1 066 272,06 F
— Total des dépenses
ordinaires et extraordinaires 5 061 258, 40 F

Déficit prévu 3 974 896,34 F

pour lequel des pourparlers avec l’Etat permettent d ’escompter qu’une partie sera prise en charge par lui.

M. Demaison demande des félicitations pour le personnel du Service des eaux qui, par son zèle et son dévouement, a pu assurer une distribution constante malgré le danger.

Le Conseil adopte.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Vendredi 18 – Nuit tranquille sauf gros coups de canon ou bombes au loin. Vers midi lourde canonnade au loin. Visite du Colonel cantonné à Chamfleury, parent de Mgr Soubiranne, marié avec la nièce de Mgr, sœur de M. Louis Soubiranne, mort il y a un an ou 2, à 52 ans, – M. Do mort il y a trois ans à 60 ans.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

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Vendredi 18 février

Tirs de destruction en Belgique sur les organisations allemandes vers Steenstraete et en face de Boesinghe.
En Artois, aux abords de la route de Lille, l’ennemi a fait exploser une mine dont nous avons occupé l’entonnoir.
Entre Soissons et Reims, nous avons canonné des troupes en mouvement vers Condé-sur-Aisne et bombardé des ouvrages au nord de Soissons. L’activité d’artillerie est, en général, plus faible.
L’artillerie belge a pris sous son feu une colonne d’infanterie à Schoore.
Le président de la République et le tsar ont échangé des télégrammes à propos de la prise d’Erzeroum.
Les combats sont moins violents sur le front russe, de la Courlande à la Galicie.
Le général Sarrail a prescrit un raid d’avions de représailles au-dessus des campements bulgares de Stroumitza-ville, qui ont été bombardés.
La chambre grecque a entendu un débat passionné au sujet de l’intervention italienne dans les Balkans.
Les pro-germains ont fait sauter le club américain de Toronto (Canada).
Tout est remis en question à propos de la politique navale entre l’Allemagne et les États-Unis, et l’opinion dans l’Union se montre plus ferme que jamais à l’encontre de l’empire germanique.

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Jeudi 17 février 1916

Louis Guédet

Jeudi 17 février 1916

523ème et 521ème jours de bataille et de bombardement

7h soir  Calme, vent, ondées. Audiences réquisitions militaires. Je me suis bien amusé. Bertaux huissier à Reims, actuellement officier d’intendance, sous les ordres du Sous-intendant Racine (le galonné) lui racontait son infortune et sa surprise en arrivant chez lui ce matin rue Cérès, de trouver son « home » occupé…  militairement. Prise de tête, engueulade, etc…  Racine menaçant de toutes ses foudres le malheureux officier qui avait violé le domicile de son sous-ordre, etc…  C’était plutôt hilarant, et je pensais à tous les pauvres malheureux propriétaires qui étaient molestés de la même manière et n’avaient pas le droit de sévir et de se plaindre. Pour cette fois c’était bien tombé. Aussi n’ai-je pu m’empêcher de dire à Racine : mon cher Sous-intendant, vous voyez comment vos camarades nous traitent. Je ne suis pas fâché que vous le constatiez personnellement !…

Il n’a pas protesté et il a…  encaissé.

Ma pauvre femme m’annonce la disparition de mon chien Bock qui était si bon, si bien de sa race. Encore une peine ajoutée à toutes les autres. Il est dit que tout ce que j’aimais disparaitrait…  me serait enlevé. J’en ai gros cœur. J’aurais tant aimé l’avoir encore après la guerre, il était une compagnie pour moi, un ami. Tout m’est enlevé ! Je ne puis m’attacher à rien sans qu’il me soit ravi. C’est dur…  triste, douloureux. Mon pauvre Bock qui lisait si bien dans mes yeux ! Pauvre cher chien !! C’est dur !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Jeudi 17 – Nuit tranquille ; pluie ; + 4. Visite à M. Heidsieck, à M. Abelé.

Reçu lettre de Mgr Sevin ; formule

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 17 Février 1916. Charlotte va revenir. Paulette est malade et moi je n’ai toujours pas de réponse de chez Mignot. Tant pis, mais je voudrais pourtant travailler. Ton papa est venu nous voir. Si tu voyais quand il arrive, ta petite Blanchette regarde toujours s’il a un paquet dans ses mains. Pense donc mon Charles qu’elle va avoir l’âge qu’avait André quand tu es parti. D’y penser, vois-tu, cela me fait mal.

J’ai encore appris aujourd’hui que le petit Charles Arnould, celui qu’on appelait Mikado, avait été tué en Septembre 1914. Combien de morts ?

Je t’aime mon Charles, toujours autant.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 17 février

En Artois, nous avons fait jouer aux abords de la route de Lille, un camouflet qui a bouleversé les travaux de mines de l’ennemi.
Notre artillerie a canonné les convois de ravitaillement allemands an nord de Tracy-le-Val, à l’est de l’Oise, et dans la région de Berry-au-Bac.
Au sud-est de Saint-Mihiel, nous avons bombardé les organisations ennemies dans la forêt d’Apremont.
L’armée allemande, après un terrible bombardement du front d’Ypres, a fait plusieurs attaques d’infanterie. L’ennemi a pénétré sur environ 600 mètres de large dans une tranchée anglaise de première ligne. Partout ailleurs il a échoué. Le bombardement a continué.
Les Russes, qui avaient enlevé successivement un fort, puis un second, puis sept autres à Erzeroum, se sont rendus maîtres de la capitale de l’Arménie.
Les ministres de la Triple Entente au Havre ont déclaré au gouvernement belge :
I° que leurs pays ne cesseraient pas les hostilités tant que la Belgique ne serait pas restaurée dans son indépendance politique et économique et n’aurait pas été indemnisée des dommages subis;
2° qu’elle serait appelée à siéger à la conférence de la paix.
Un incendie allumé par des criminels a sévi dans le port de Brooklyn (New-York) où il a causé de graves dégâts.

 

Gare de Reims

 

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Mercredi 16 février 1916

Louis Guédet

Mercredi 16 février 1916

522ème et 520ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit de tempête violente, de pluie, de vent. Toute la journée a été de même, c’était à croire que mes pauvres carreaux, vitres en tarlatane (étoffe de coton à tissage très lâche) et papier allaient être crevées par le vent. Elles claquaient avec un bruit de canon.

Encore une…  souffrance que cette privation de vitres en verre qui nous permettaient de voir au-dehors, tandis qu’avec ma tarlatane je suis à demi-occulté, mais je suis enfermé dans ma chambre et mon bureau comme dans une prison. Ce serait si bon de voir à travers une belle vitre claire où la lumière du jour joue et vous réjouit et votre regard, malgré pluie, vent, froid, tempête, neige, etc…  peut se reposer sur tout autre chose que les 4 murs d’une chambre de guerre ! de siège ! Souffrir et toujours souffrir ! voilà mon lot si encore mes chers aimés ne souffraient pas, mais eux aussi souffrent de la séparation ! J’ai pourtant fait mon devoir…  et les épreuves ne cessent de m’accabler ! que c’est dur ! que c’est long ! quelle vie de sépulcre, de tombeau !

Ce matin allocations militaires, avant de partir, Peltereau-Villeneuve, mon confrère, est venu me rendre visite, il était déjà venu hier après-midi. C’est bien. Lui sent que je fais mon devoir. Malade il a été obligé de partir et il se rend compte que notre Poste était à Reims et non ailleurs à l’abri des bombes. Nous sympathisions peu jadis, il parait avoir trouvé son chemin des Dames à mon endroit. Causé de choses et d’autres, de ce pauvre Montaudon, et les autres qui font leur devoir au front et de ceux…  qui sont embusqués. Thiénot fils, le plus jeune de nous, 27 ans, dans un conseil de guerre de tout repos, Harel, 40 ans, idem, conseil de guerre à Ambonnay, Mandron automobiliste comme son Père (rayé) à ce (rayé)! pour après dire (rayé)! Le voilà ! Il va (rayé) pour cela.

Voilà les 3… (rayé)

Les autres : Montaudon, 37 ans, tué, Croix de Guerre, lui le bon tranquille a été vaillant et noble.

Jolivet dans les tranchées, 45 ans, toujours brave. Celui qui aura le plus souffert…

blessé, fait bien son devoir.

Rentré assez tôt des allocations, il y avait peu de choses. Après-midi pluie tournoyante de vents, tempête. Sorti été mettre mes lettres à la Poste de la rue de Vesle, travaillé et abattu de la besogne. Du front devant nous ? Rien ou peu de choses ! On ne pouvait rien entendre. Je suis surpris et je ne puis comprendre que les allemands ne profitent pas de semblables tempêtes pour tenter un coup de main sur Reims ou un bombardement avec des obus incendiaires qui réduirait la Ville en cendres avec des vents pareils !!  Eux les sadiques des flamboiements d’incendies, de meurtres, de feu et de sang ! J’avoue que je ne comprends pas ! Nous réservent-ils pour leur…  soif (départ) ? où n’osent-ils plus ? Cela je ne puis y croire. Ils ont le crime, la destruction dans les veines…  Non ! C’est singulier.

Reçu pas mal de visites, intéressées, consultations, etc…  et maintenant je vais tâcher de dormir…  sous le canon, comme depuis 18 mois ! Que c’est long ! Bonsoir mes aimés chéris. Quand donc nous retrouverons-nous réunis tous les 7 bien à nous, et libres de toutes inquiétudes et de tous soucis ?…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mercredi 16 – Nuit tranquille militairement. Tempête de vent ; + 10.
Matinée calme ; pluie diluvienne. Visite de M. Mosquin. Testament de M. Wagnart. A 9 h. bombes sur les tranchées.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF

Le Palais du Tau, collection Gallica-BNF


Mercredi 16 février

Journée plus calme.
En Artois, nos canons de tranchées ont exécuté des tirs sur les organisations ennemies aux abords de la route de Lille.
En Champagne, nous avons repris une partie des éléments avancés occupés par l’ennemi à l’est de la route de Tahure à Somme-Py.
A l’est de l’Oise, nous avons bombardé un train et un convoi de ravitaillement au nord de Vic-sur-Aisne.
Au nord-est de Soissons, nous opérons des tirs de destruction.
En Argonne, à la Fille-Morte, après avoir fait sauter une mine, nous en occupons l’entonnoir.
En Lorraine, combat de patrouilles près de Reillon.
En Haute-Alsace, nous bombardons les positions allemandes à l’est de Seppois.
Une escadrille d’avions belges a lancé des obus sur l’aérodrome de Handzaeme.
Des avions autrichiens ont opéré au-dessus de Schio (Italie), tuant six personnes.
Les journaux allemands prétendent que l’accord avec l’Amérique au sujet du Lusitania n’est plus qu’une question de forme.
Les organes conservateurs de Berlin commencent à attaquer le chancelier de Bethmann-Hollweg.

 

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Mardi 15 février 1916

Louis Guédet

Mardi 15 février 1916

521ème et 519ème jours de bataille et de bombardement

9h soir  Tempête formidable la nuit dernière. Pluie, soleil, vent…  Couru…  de droite et de gauche, passé ma journée fort occupé pour n’avoir pas beaucoup fait d’ouvrage. C’est à désespérer pour moi d’oser sortir. Je suis raccroché continuellement car (et) une course de 10 minutes me prend une heure, au diable les gêneurs, quémandeurs, clients, justiciables, etc…

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Cardinal Luçon

Mardi 15 – Nuit militairement tranquille. Tempête pluie et vent ; + 6.

Journée assez tranquille ; canonnade au loin. Visite à l’ambulance Mencière et à l’ambulance Sainte-Geneviève. Visite à M. Danel.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mardi 15 février

En Belgique, nous avons fait sauter un dépôt de munitions au nord de Boesinghe.
Au sud de la Somme, au sud de Frise, nous avons occupé plusieurs éléments de tranchées et décimé une compagnie allemande qui était entourée par nous. Nous avons fait là une centaine de prisonniers. Les pertes de l’ennemi sont considérables.
Au nord de Soissons, l’infanterie ennemie a tenté de déboucher par la rive droite de l’Aisne. Elle a été arrêtée net par nos tirs de barrage et nos feux d’infanterie.
En Champagne, l’ennemi s’est maintenu dans les éléments avancés qu’il avait occupés près de la route Tahure-Somme-Py, mais il n’a pu pousser plus loin et a perdu beaucoup d’hommes.
En Haute-Alsace, à l’est de Seppois, une violente offensive dirigée par eux a mis les Allemands en possession de 200 mètres de nos tranchées. Une contre-attaque immédiate nous a rendu ces éléments, mais un intense bombardement nous a forcés à les évacuer de nouveau. Les renforts ennemi ont été pris sous nos tirs de barrage.
L’Amirauté anglaise signale la perte du croiseur Arethusa, qui a coulé sur une mine près de la côte orientale de la Grande-Bretagne.
Trois avions autrichiens ont bombardé Milan et les environs : il y a huit morts et soixante blessés.
Les Bulgares sont arrivés à 30 kilomètres de Valona


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Lundi 14 février 1916

Louis Guédet

Lundi 14 février 1916

520ème et 518ème jours de bataille et de bombardement

6h3/4  Tempête la nuit. Bataille et canonnade violente vers Souain. Bombardement intense sur Reims, Cérès, Laon. Porte de Paris de midi à 1h…  Hier les 4 obus lancés ont fait 5 victimes Porte de Paris. Journée pluvieuse, chaude, du vent, brumeuse triste, comme nos cœurs, on est si las. Reçu lettre fort triste de ma chère pauvre femme. Quelle souffrance ajoutée pour moi à toutes les autres. Vais-je succomber, si ce n’était nos aimés. La mort serait une délivrance.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

l4 février 1916 – Canonnade violente et ininterrompue le matin, dans la direction de Berry-au-Bac. De midi à 14 h, bombardement serré sur le Port-Sec.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Lundi l4 – Nuit bruyante un peu au loin. 4 h. 1/2 du matin, très violente canonnade ou combat et duel violent. 7 h. 1/2 item. + 8. Bombardement continu de 11 h. 1/2 à 2 h. Visite aux Petites Sœurs des Pauvres ; des éclats sont tombés chez elles aujourd’hui ; elles sont bien inquiètes, et avaient besoin de réconfort. Tempête de pluie et de vent.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 14 février

Les Allemands ont opéré une série d’attaques en Artois, de la cote 140 au chemin de Neuville-la Folie. Une première attaque a échoué à l’ouest de la cote 140. Trois autres, survenues après un violent bombardement, ont été arrêtées par notre feu. Au cours d’une cinquième, les Allemands avaient réussi à pénétrer dans une de nos tranchées de première ligne, mais ils en ont été chassés immédiatement, en subissant des pertes sensibles.
Nos batteries ont abattu un avion près de Givenchy.
Une attaque allemande a échoué au sud de Frise.
A l’est de l’Oise, nous avons bombardé les positions ennemies.
Artillerie allemande active de Soissons à Reims. Nous brisons des attaques d’infanterie en préparation.
Nous avons capturé des soldats ennemis en Champagne ; l’ennemi a toutefois pris pied dans quelques tranchées avancées à l’est de la route Tahure-Somme-py.
En Haute-Alsace, à l’est de Seppois, nous enrayons une attaque.
Les aviateurs belges ont attaqué avec succès l’aérodrome de Ghistelle.
Le croiseur français Amiral-Charner a été coulé sur la côte de Syrie.
L’Italie prohibe tout commerce avec l’Allemagne.
M. Briand a visité le front de l’Isonzo, puis est reparti pour Paris.

Source : La Grande Guerre au jour le jour


La gare de Reims

 

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