Paul Hess

20, 21, 22 janvier 1916

Canonnade très forte ces trois jours, dans la direction de Berry-au-Bac.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

 

Berry-au-Bac

Berry-au-Bac


Cardinal Luçon

Jeudi 20 – + 8. Nuit tranquille autour de Reims, mais gros coups de canons et bombes ? entre batteries adverses. Nuit pluvieuse. Un oiseau de nuit est venu se percher sur un arbre. Visite à S. Thomas. Dans les rues, les cours, avec M. Mailfait, visite aux malades. Côté Ch… aux Trois Fontai­nes ; visite rue de la Neuvillette, de Cormicy, du Dr Thomas, rentrée à 12 h. 1/2.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Jeudi 20 Janvier 1916.  Mon Charles, mon bon tit Lou, je pleure car je crois que c’est fini. Je ne te reverrai plus. J’ai reçu aujourd’hui une lettre d’un soldat du 354e et de ta compagnie. Il me prie de ne pas lui faire de reproche s’il a gardé le silence pendant seize mois. Aujourd’hui il se décide à m’écrire ; il se doute que je vais avoir l’avis officiel du dépôt car on lui a fait signer le procès-verbal de ta mort.

Il me dit que tu es tombé dans ses bras le 24 septembre à 6 heures du matin et que la veille au soir tu lui avais dit en pleurant: « Ma femme est à Reims ; je ne la reverrai plus jamais avant de mourir ». Il ajoute que tu as voulu lui donner ma photographie avec l’argent, 150 francs, que tu possédais encore mais que son cœur de frère lui a empêché d’accepter. Sa lettre, vois-tu mon Charles, est assez embrouillée. Cela me fait garder un peu d’espoir car je ne comprends pas bien certains passages. En outre il ajoute qu’il s’est trouvé forcé de t’abandonner aux mains des Allemands.

Cette lettre, je la reproduirai sur ce cahier et si plus tard j’avais l’immense bonheur que tu reviennes, tu pourrais te rendre compte de ce que j’ai pu souffrir. Si je n’avais pas mes petits … Pauvres cadets, ils pleuraient tous deux hier de me voir pleurer. Qu’est-ce que l’avenir nous réserve ? Il aurait été si beau de le finir près de toi.

Mon Charles, pauvre grand, voici la lettre :

« Madame,

Je vous prierai bien de ne pas me faire de reproche pour ne pas avoir dit ce que j’ai eu sous mes yeux, le jour où votre mari est tombé dans mes bras, où j’ai été forcé de le laisser dans les mains de ces maudits. Mais je vais vous dire que je viens de signer le procès-verbal de sa mort pour la France au champ de bataille le 24 septembre 1914 à 6 heures du matin.

Madame, pardonnez-moi de vous écrire sans vous connaître. Votre mari était mon caporal au début de la guerre. Je peux vous dire ce qu’il avait sur lui la veille de sa mort. Dans son bon cœur de Français il voulait me donner votre portrait et son portefeuille qui contenait 150 francs. Mais mon cœur de brave frère lui a refusé. Il a dit « Mon vieux Breyer, il faut venger notre pays ou mourir pour lui ».

Enfin chère Madame, que Dieu vous protège, qu’il vous rende heureuse et vous donne du courage pour supporter la charge de l’amour que vous avez envers lui, qui vous aimait tant. Il me disait tous les jours : « Ma femme est à Reims. Je ne pourrai plus la revoir avant de mourir pour elle ».

Enfin chère madame, je vous quitte car j’ai mes yeux qui pleurent … ( ?) Recevez d’un poilu du front les meilleurs souvenirs. Je suis natif de Sermaize les Bains et je dois y aller pour une permission de six jours. Bon courage pour supporter ma petite lettre.

André Handort. »

Tu vois ma pauvre chipette, après une lettre comme celle-là, si je peux encore espérer ! Je suis découragée.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL
De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Jeudi 20 janvier

Au sud de la Somme, (secteur de Lilions), notre tir a détruit un blockhaus ennemi.
Entre Soissons et Reims, nos canons de tranchées ont causé des dégâts sérieux aux ouvrages ennemis de la région d’Ailles (ouest de Craonne).
En Argonne (région de Courtes-Chausses), nous avons canonné des troupes en mouvement.
En Lorraine, nous avons effectué un tir sur un groupe de maisons occupées par l’ennemi près d’Alincourt (ouest de Château-Salins). Deux appareils allemands ayant jeté des bombes sur Nancy, une escadrille française a été aussitôt bombarder les gares de Metz et d’Arnanville, où des bâtiments ont été détruits. 22 obus ont été lancés.
Action d’artillerie sur tout le front belge.
Les Italiens, par une série de contre-attaques, ont récupéré autour de Goritz toutes les tranchées précédemment perdues.
Les négociations sont rompues entre le roi du Monténégro et l’Autriche, le cabinet de Vienne ayant formulé des conditions exorbitantes.
M. Briand s’est rendu à Londres ainsi que l’amiral Lacaze et M. Sembat, pour conférer avec les ministres anglais.

 

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