Cardinal Luçon

Dimanche 30 – Bourg. Allocution à S. Joseph. Aux vêpres, aux domini­caines.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Juliette Breyer

Dimanche 30 Janvier 1916. Henry Rominger m’a répondu aussitôt et voici sa lettre :

« Aux tranchées, le 28.1.1916.

Madame,

Combien j’aurais voulu que ma lettre puisse vous donner l’espoir de revoir celui que vous pleurez et qui était pour moi un bon camarade. Hélas cette terrible guerre frappe sans pitié et ravit le plus chères affections. À moins d’un miracle, chose malheureusement presque impossible, notre pauvre Charles ne reverra plus ceux qu’il aimait tant et qui étaient tout son bonheur.

Vous avez sans doute appris que c’est à Autrèches près de Vic-sur-Aisne le 25 septembre 1914 que Charles est tombé pour ne plus se relever. Le soir venu, un de ses nombreux camarades est parti pour retrouver son corps ; ne l’ayant pas revu, c’est ce qui a pu faire espérer un moment qu’il pouvait n’être que blessé et peut-être prisonnier. D’autres sont plus affirmatifs pour la cruelle vérité. Pour eux, Charles serait tombé d’une balle au front et n’aurait pas souffert. Comme tous ceux qui comme lui avaient un cœur généreux, il est mort bravement.

Votre peine est aussi la mienne car il est de ceux dont le temps ne peut effacer le souvenir. Aussi avec tous mes sincères regrets soyez assurée, Madame, que je prends une part bien grande à la peine que cette séparation vous cause.

Respectueusement.

Henri Rominger ».  

Un peu d’espoir me revient car il me dit que le soir tu n’étais plus là où tu étais tombé. Je me raccroche à tout. Pauvre Lou, je t’aime tant.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


 

Dimanche 30 janvier

En Artois, à l’ouest de la cote 140, nous avons, par une vive contre-attaque, repris une partie des éléments de tranchée occupés par les Allemands. Au cours de cette opération, nous avons délivré une cinquantaine de soldats français faits prisonniers par l’ennemi.
Au sud du chemin de la Folie, l’ennemi a tenté de reprendre des entonnoirs conquis par nous. Il a été repoussé.
Au sud de la Somme, après un violent bombardement, les Allemands ont attaqué nos positions sur plusieurs kilomètres de la boucle de la Somme à Frise. L’attaque n’a réussi que sur un point, au village de Frise, qui était tenu par une de nos grand-gardes. Elle a été partout, ensuite, enrayée et nous avons repris quelques-unes des tranchées perdues.
Une attaque allemande a été brisée près de Lihons. Près de Lassigny, nous avons dispersé un convoi.
Au nord de l’Aisne, nous avons bouleversé les organisations ennemies du plateau de Vauclerc.
En Lorraine, tir efficace de notre artillerie sur les ouvrages adverses entre Nomény et Eply.
Quatorze de nos avions, près de Doiran (secteur de Macédoine) ont bombardé des campements ennemis.
Les alliés ont occupé la presqu’île de Karabournou, qui ferme l’entrée de la rade de Salonique.
Les Russes ont écrasé une colonne turque sur le front du Caucase et battu d’autres forces turques en Perse.
Le gouvernement américain a fait des propositions aux deux groupes belligérants au sujet de la guerre navale.
Un zeppelin a jeté des bombes sur Paris, faisant vingt-trois morts et de nombreux blessés.

 Archevêché de Reims : [photographie de presse] / [Agence Rol] :

 

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