Louis Guédet

Samedi 22 janvier 1916

Absence du feuillet 285, à la place une double petite page imprimée : « Pour la cathédrale de Reims » par Camille Le Seurre.

En entête, le commentaire au crayon de Louis Guédet :

Déclamé dans la Cathédrale de Reims par Madame Caristie-Martel (Léa Caristie-Martel, 1865-1934, actrice de la Comédie Française, Légion d’Honneur…) le samedi 22 janvier 1916 vers 3h après-midi. Cabotins ! Y compris le Maire et les conseillers qui se sont prêtés à cette comédie… (rayé)

POUR LA CATHÉDRALE DE REIMS

Par Camille LE SENNE

« A Madame Caristie Martel, de la Comédie-Française bien affectueux hommage.

Qui donc a dit : « il faut garder cette ruine !
« Le décombre est auguste et la lèpre est divine,
« Une grandeur sort des débris
« Laissons sans le troubler le temps faire son œuvre
« Que sous ces pans de mur l’orfraie et la couleuvre
« Trouvent à jamais leurs abris.

« Il faut que vers le ciel l’arc éboulé se dresse,
« Que le porche croulant étale sa détresse
« Et que ce témoin reste là,
« Car, sous l’éclat vengeur du soleil qui rayonne
« C’est le symbole affreux de la rage teutonne
« La signature d’Attila ! »

Eh ! bien non ! Depuis quand la France accepte-t-elle
De veiller, sentinelle inquiète et fidèle,
Sur la trace de ses affronts ?
N’avons-nous donc chassé la bête carnassière
Que pour garder après l’atteinte meurtrière,
La marque imprimée à nos fronts ?

Ne laissons pas le flux des ondes sépulcrales
Sur les piliers rompus des vieilles cathédrales
Etendre la nuit des tombeaux
D’éternels renouveaux la France est faite
Exaltons la victoire et rayons la défaite,
Et rallumons tous les flambeaux.

Non, murailles en deuil, fleurons, noble décombre
Qui de ta voute altière abaissais la grande ombre
Sur la poussière des martyrs,
Maison des purs espoirs, maison de la prière,
Châsse ardente, trésor, précieux reliquaire,
De nos plus anciens souvenirs,

O temple que hantaient en cortège funèbre,
A l’heure solennelle où tombe la ténèbre,
Les héros du temps révolu,
Sanctuaire où passaient, augustes simulacres,
Les fantômes muets des rois des anciens sacres
Et de Clovis le chevelu,

Où, tandis que, courbé pour un nouveau baptême,
Charles sept à genoux recevait le saint chrême
Et jurait le royal serment,
Se tenant à l’écart près de son oriflamme
Notre Jeanne voyait la couronne de flamme
Descendre du ciel lentement,

Reine au front orgueilleux qui dominait le monde,
O mère qui faisait tenir, urne profonde,
Toute la France dans tes flancs,
Nous ne laisserons pas ton cadavre de pierre
S’en aller par morceaux, comme sous le suaire
Pourrit un dernier ossement.

Lorsque, ressaisissant nos provinces meurtries,
Nous aurons repoussé la guerre des patries
Sur le Rhin sanglant et l’Escaut,
Lorsque dans le fourreau nous remettrons l’épée
Comme, après le labeur, sur la gerbe coupée
Le moissonneur jette la faulx.

Quant les petits enfants que berçait le tonnerre,
Las de ne plus entendre au loin trembler la terre,
S’endormirons dans leurs berceaux,
Alors tu renaîtras de ton martyre, ô sainte,
Et nos pieuses mains, déblayant ton enceinte,
Feront resurgir tes arceaux.

Ton abside sera la nef qui recommence,
Témoin des jours anciens, à voguer en silence
Sur l’Océan des nouveaux jours,
Et dans l’azur lavé, resplendissant de gloire,
Dans le ciel étoilé, dans le ciel de victoire,
Poindront les mâts de tes deux tours

Sur le sillon d’argent on verra glisser l’arche,
Auprès du gouvernail emportant dans sa marche
L’étendard de nos trois couleurs,
A la place où se tient l’attentive vigie
Nous ferons se dresser la sereine effigie
De la vierge de Vaucouleurs.

Et, pour nous rappeler l’effroyable tempête
Où le vaisseau fuyait, ballotté sur la crête
Des vagues et du noir limon,
Rendant grâce à Celui par qui le mal échoue,
Recueillis et pieux nous mettrons à la proue
Saint Michel vainqueur du démon.

Avril 1915

Les feuillets 288 et 290 ont été supprimés.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Voir un commentaire de Paul Hess sur l’action de Madame Caristie Martel du 24/2/2016
http://14-18.documentation-ra.com/2016/02/jeudi-24-fevrier-1916/

Cardinal Luçon

Samedi 22 – Nuit tranquille ; +9. Aéroplanes français ; canonnade des contrebatteurs allemands. Dîner d’adieu à Mgr de Dijon. Visite de M. Sainsaulieu ; photographies, vues de la Cathédrale.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Samedi 22 janvier

En Belgique, un tir de notre artillerie sur les tranchées allemandes de la région des Dunes a allumé plusieurs incendies.
En Artois, nous avons fait exploser avec succès une mine au sud de Thélus.
Entre Soissons et Reims, nous avons pris sous notre feu et réduit au silence une batterie ennemie dans la région de Vregny.
Dans les Vosges, au cours d’un bombardement exécuté près du Rehfelsen, nous avons détruit un observatoire allemand.
Partout ailleurs, grande activité des deux artilleries.
Les Belges ont surpris et dispersé une colonne ennemie en marche près de l’Yser.
Les Russes ont remporté un succès en Bukovine, près de Czernovitz et un autre en Perse, entre Ispahan et Hamadan.
L’Allemagne et l’Autriche exercent une nouvelle pression sur la Roumanie pour la déterminer à cesser ses bons rapports avec les puissances de l’Entente.
Guillaume II et le tsar de Bulgarie ont échangé à Nich des congratulations pompeuses et grotesques.
La reine du Monténégro a traversé Rome, elle n’y a fait qu’un très court arrêt avant de repartir pour Lyon.
Les Communes anglaises ont voté le projet qui élève l’effectif de la flotte britannique à 350.000 hommes.


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