Louis Guédet

Jeudi 19 août 1915

341ème et 339ème jours de bataille et de bombardement

8h soir  Nuit calme, le temps parait se remettre. Révision des allocations militaires pour les commerçants, où il y avait de graves abus. Au comité secret : Jallade, Beauvais et moi. Demain à la même heure 9h1/2, réunion de la Commission pour trancher les cas douteux et service délivrance des allocations. Après-midi vers 2h, comme j’allais à la Poste, bombardement pendant 1h, des victimes. J’ai continué mon chemin tandis que cela tombait de la rue de Vesle à l’Hôtel de Ville. En rentrant eu la visite de l’abbé Andrieux, aumônier de 2 régiments de fusiliers marins à Nieuport, très crâne. Hier il m’avait salué Porte de Paris en auto, je ne l’avais pas reconnu avec sa barbe et son calot avec ses 2 ancres. Il m’a conté quelques unes de ses aventures de sa vie dans les boues et les eaux de l’Yser ! C’est effrayant. Dimanche dernier il a faillit être tué pendant qu’il prenait le thé avec son colonel et son aide de camp, un éclat d’obus a brisé le sucrier qui était sur leur table dans le jardin du notaire de Nieuport où ils logent…  dans la cave. Auparavant il a vu un médecin tué à ses côtés dans une tranchée. Il attend d’un moment à l’autre la Croix de Guerre, et après, le ruban rouge, c’est très chic et mon petit abbé va bien, je l’avais deviné. Il a vu un jour faucher avec nos mitrailleuses et nos 75 2 régiments allemands criant : « Nach Calais ! » en sortant de leurs tranchées à 300m. Les nôtres ont attendu à 200 mètres, puis les allemands brisés, fauchés comme des blés, parait-il. Il suivait avec sa lorgnette les sillons que notre feu faisait de gauche à droite, c’était effrayant et en 20 minutes les 2 régiments n’existaient plus. A peine 100 allemands sont arrivés sur nos réseaux de fils de fer, où ils ont été tués à bout portant. Tout ce charnier là est resté et y est encore depuis 2 mois entre les 2 tranchées adverses. « Heureusement, m’ajoutait-il, que le vent ne porte pas de notre côté ! »

Pas un n’a réchappé, et pendant 3 jours et 2 nuits ils ont entendu agonir ces Prussiens !! Ils avaient demandé un armistice pour les enlever, on le leur a refusé, et mon doux abbé de dire : « On a bien fait, ce sont des bandits ! » Il a raison.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Vers 14 h 10, nous entendons, du bureau, un premier sifflement suivi d’autres, peu après. La mairie semble visée. Un obus ne tarde pas à faire explosion sur l’immeuble n° 1, rue des Consuls quelques minutes se passent et un autre projectile vient éclater sur le trottoir, devant la maison n° 1, rue Thiers, — enfin un nouveau sifflement annonce un obus qui, cette fois, fait explosion en touchant le bâtiment de l’hôtel de ville situé rue des Consuls.

Les 75 et les 120 ripostent, tandis que cela continue et c’est tout de suite un beau vacarme — puis le calme revient.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Jeudi 19 – Nuit tranquille. Matinée, à 9 h., visite à Clairmarais avec le Père Fitzger. Bombes sur la ville et les batteries vers 10 h. Item de 2 h. à 3 h. 1/2. Bombes gros calibre sur la ville. Plusieurs personnes tuées rue de Vesle : un soldat et une bonne.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 

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jeudi 19 août

Combats d’artillerie en Artois, au nord d’Arras; entre Somme et Oise, dans la région de Roye et de Lassigny; en Champagne, dans la forêt d’Apremont et à la Louvière et à la Vaux-Féry; au bois Le Prêtre, dans la région de la Croix-des-Carmes et sur le front de la Seille.
Lutte de mines près de Roye; lutte de bombes et de pétards en Argonne (Haute-Chevauchée, Fontaine-aux-Charmes, bois de Cheppy).
Toutes les tentatives de l’ennemi à Marie-Thérèse ont échoué.
Dans les Vosges, nous avons repoussé plusieurs attaques sur la crête de Sondernach.
Les Russes ont brisé diverses offensives dans les régions de Riga et de Jacobstadt, comme dans celle de Dwinsk. Devant Kovno, l’ennemi a employé l’artillerie lourde, puis a essayé de prendre d’assaut les fortifications de la gauche du Niémen. Il a enlevé un fortin. Il attaque également avec violence les travaux défensifs de Novo-Georgiewsk.
Les Italiens ont avancé sérieusement dans le massif de l’Ortler, et dans la vallée de l’Isonzo. Ils ont infligé un échec à l’escadre autrichienne qui essayait de reprendre l’île de Pelagosa.
Un nouveau raid de zeppelins a eu lieu sur la côte est de l’Angleterre. Il y a dix morts. Un dirigeable aurait été atteint.
M. Venizélos a été chargé par le roi de Grèce de former le ca
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Source : La guerre au jour le jour

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