Paul Hess

Le Courrier de la Champagne reproduit aujourd’hui, sans commentaires, l’article suivant de La Libre Parole, qui nous paraît assez étrange :

Prévoyance et Fermeté

Il est quelques esprits qui s’émeuvent devant la perspective d’une nouvelle compagne d’hiver.

Il faut pourtant voir les choses telles qu’elles sont. Nous devons lutter jusqu’à la victoire – qui ne peut pas échapper à notre ténacité – sans quoi serait absurde d’avoir lutté jusqu’à présent.

La campagne d’hiver est une éventualité susceptible de devenir réalité. Donc, admettons-là, prévoyons-là et préparons-nous.

Ce n’est pas le fait de nous y préparer qui la rendra plus probable.

On pourrait même penser avec quelque raison que mieux nous l’aurons prévue, plus nos chances grandiront de voir la guerre se terminer auparavant.

Qui a parlé d’abord de la campagne d’hiver? Les Allemands Et ils ont annoncé à grand fracas qu’ils fabriquaient des quantités de chaussettes de laine et de bonnets fourrés.

Pourquoi nous donner cette nouvelle – qui est l’aveu de leur impuissance à nous vaincre auparavant, et qui peut nous servir d’utile avertissement ?

Tout simplement parce que, suivant la méthode de bluff qui constitue toute la diplomatie de Berlin, cette affirmation devait avoir ce résultat de faire croire que les ressources des empires centraux – en hommes, en argent, en munitions, en vivres – étaient encore surabondantes et, par voie de conséquence, d’inquiéter et d’amollir la volonté des Alliés.

Se prêter à cette suprême manœuvre du mensonge allemand – en se lamentant par avance sur les sacrifices que nous coûterait une nouvelle campagne d’hier – c’est tomber complaisamment dans le panneau qui nous est tendu.

Les Français n’y tomberont pas : si une campagne d’hiver était nécessaire pour liquider les empires de proie, ils l’accepteraient. Mais le bluff allemand nous donne précisément sujet de penser que Berlin et Vienne demanderont grâce avant les premières neiges.

La Libre Parole

– Dimanche dernier, au cours d’une promenade vers le faubourg Fléchambault, je remarquais des tranchées faites le long du talus, près du canal et je voyais des soldats occupés à placer des fils de fer en arrière de l’écluse. Tout ceci indique décidément que la guerre se prolonge et se prolongera beaucoup plus qu’on ne l’avait généralement prévu.

On pourrait même soupçonner l’autorité militaire et la censure, si réservées et si sévères d’habitude pour tout ce qui est publié dans les journaux, d’avoir laissé imprimer, sinon d’avoir inspiré cet article pour préparer l’opinion.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Mercredi 7 – Nuit tranquille. Enlèvement du Trésor par M. Marcou et M. Dreyfus, israélite. Ces Messieurs furent très convenables. Ils expliquèrent que le Trésor n’était pas en sûreté ; exposé au péril de bombardement et d’incendie, sans parler de l’humidité. Ils descendirent dans la 2e cave, où était le Trésor, depuis l’incendie de la Cathédrale. En passant par la 1e cave, où étaient les lits des Sœurs, ils parlaient tout bas, et avaient l’air très émus. C’est là qu’ils couchent ! dirent-ils. Les Sœurs seules couchaient dans cette cave. Nous couchions, Mgr Neveux et moi dans le sous-sol au bas de l’escalier qui descend de la cuisine, pour ne pas encourir le reproche des Rémois d’avoir laissé emporter à Paris, dans rien dire à personne, un dépôt auquel ils tiennent extrêmement, je demandai une promesse écrite que les objets du Trésor reviendraient à Reims dès que l’on pourrait les replacer dans le local qui lui est destiné. Cela me fut accordé ; et l’acte signé fut déposé au secrétariat. Les objets du Trésor furent enfermés dans les caisses en (…), et scellés de mon sceau archiépiscopal.

Visite à M. le Curé de Saint-Thomas, M. Fournier frappé de paralysie.

Visite au Fourneau Économique de la rue Saint-Thierry

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173Mercredi 7 juillet 1915

Mercredi 7 juillet 1915

Les Anglais s’emparent de quelques tranchées allemande à Pilken, en Flandre, puis repoussent toute une série de contre-attaques. Lutte violente à notre avantage autour de la gare de Souchez. Arras et Reims sont bombardés. Sur les Hauts-de-Meuse, après avoir brisé deux offensives ennemies, nous reprenons un élément de tranchée – à Sonvaux, d’où nous avions été délogés le 27 juin, – puis nous progressons au delà. Une contre-attaque allemande est paralysée par nos mitrailleuses et l’ennemi, s’enfuyant en désordre, laisse de nombreux morts sur la place.
Au bois Le Prêtre, il subit aussi de grosses pertes et deux assauts qu’il dirige contre nos lignes sont arrêtés. Bombardement, dans les Vosges, de la Fontenelle à Thann.
Le général de Mackensen chemine beaucoup moins vite en Pologne. Sur plusieurs points, les Russes remportent des succès signalés, en particulier à Krasnik, où ils ont fait une attaque de flanc réussie.
Un raid aérien sur la côte est de l’Angleterre a piteusement échoué.
La Chambre des Communes britanniques a voté le projet instituant le recensement national.
Les Italiens bombardent les forts de Malborghetto et du Predil, tandis qu’un de leurs dirigeables jette des obus sur des établissements militaires près de Trie
ste.

Source : blog de la Grande Guerre au jour le jour


 

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Pièces d’artillerie de siège transportées à 2000 mètres devant Malborghetto

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