Cardinal Luçon

Nuit tranquille. Aéroplane français ; tir allemand.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

 Juliette Breyer

Vendredi 18 Juin 1915. Mon Charles, aujourd’hui je reprends encore espoir. J’ai vu sur Le petit Parisien un soldat du 44e de ligne qui était porté disparu depuis le 17 septembre après le combat d’Autrèches. Il vient d’écrire pour la première fois à ses parents. Il est prisonnier en Allemagne à Weinberg. Alors encore une fois je vais essayer. Je lui ai écrit pour savoir s’il pouvait me donner un petit renseignement sur toi et s’il ne pouvait pas me répondre, qu’il l’écrive à ses parents qui me le transmettrait.

Charlotte avait écrit à Berlin au bureau des renseignements il y a deux mois. La lettre est revenue. Ils ont fait des recherches dans trois camps et Paul n’y est pas. Nous n’avons vraiment pas de chance. Enfin espérons jusqu’au bout.

Ton coco te demande toujours maintenant. Je lui ai dit que les boches t’avaient enfermé dans une maison et que tu ne pouvais pas sortir. « Coco tuera les boches, répond-il, et j’aurai mon papa Charles ».

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


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Vendredi 18 juin
Très vifs combats au nord d’Arras : les Allemands y ont engagé onze divisions. Nous avons réalisé de sérieux progrès qui, presque tous, ont été maintenus, malgré de violentes contre-attaques de l’ennemi. Nous avons enlevé plusieurs lignes de tranchées des deux côtés de la route Aix-Noulette-Souchez. Les Allemands ont été presque complètement entourés dans le fond de Buval, nous nous sommes avancés vers Souchez d’une façon presque ininterrompue. Plus au sud, nous avons pris le parc de Carleul et le cimetière de Souchez; aux abords de Neuville, nous nous sommes rendus maîtres de la première, et sur certains points de la seconde ligne ennemie. C’est ici surtout que nous avons eu à faire face à des contre-offensives réitérées : nous avons tiré près de 300.000 obus. Les pertes allemandes sont très élevées; les nôtres, sérieuses. Nos escadrilles de bombardement ont dispersé des formations ennemies. Nous avons fait 600 prisonniers. Une pièce a longue portée a bombardé Villers-Cotterets. Reims a été aussi bombardée. En Alsace, nous continuons à progresser sur les deux rives de la Fecht, près de Metzeral: nous avons faîi 500 prisonniers. Les Italiens ont bombardé la voie ferrée de Trieste à Laybach : ils ont perdu d’autre part un sous-marin. Les Russes résistent énergiquement sur le Niémen et sur le Dniester. L’offensive austro-allemande (71 corps d’armée en tout) a été brisée sur plusieurs points. Les deux objectifs des forces ennemies semblent toujours être Riga au nord et Lemberg au sud. Les forces anglaises ont progressé aux Dardanelles. Les pertes turques sont très considérables.
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