Paul Hess

Aujourd’hui, pas un sifflement, pas un coup de canon.

Le calme singulier qui règne sur la ville depuis plusieurs jours et plusieurs nuits, donne lieu aux suppositions les plus bizarres. Il est de nos concitoyens qui ne sont pas éloignés de croire que les Allemands ont pu modifier leurs positions et sont partis des hauteurs qu’ils occupaient depuis si longtemps devant Reims. D’autres moins crédules, ne prennent pas leurs désirs pour des réalités ; ils s’attendent encore à percevoir à tout moment, les sifflements de nouveaux obus et certains mêmes, ne se décident pas à dormir ailleurs que dans les caves.

Ce calme dont on ne peut jouir pleinement, permet tout de même de passer de meilleurs nuits, après une période de huit mois vécue le plus souvent, en ne dormant que d’un œil ou pas du tout.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 19 – Nuit et matinée silencieuses.

Visite à M. Grandremy de Balan.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Mercredi 19 mai  1915


Les combats sur le canal de l’Yser ont été très meurtriers pour les Allemands, qui ont laissé 2000 morts. Nous nous consolidons à l’est du canal. Une contre-attaque très violente de l’ennemi a encore été repoussée. Deux offensives ennemies ont été arrêtées au nord de Notre-Dame-de-Lorette, sur la route d’Aix-Noulettes à Souchez. Nous avons enlevé un groupe de maisons près du cimetière d’Ablain. Dans toute cette région le combat d’artillerie est très vif et nos ennemis ont recommencé à bombarder Arras. Nous avons arrêté une attaque à Berry-au-Bac. La situation des Russes s’est améliorée. Ils ont contraint les Allemands à évacuer une partie des provinces baltiques, après avoir refoulé leurs tentatives sur le noeud de chemins de fer de Chavli. De nouveaux combats se livrent sur le San, mais plutôt en s’éloignant de Przemysl. En Bukovine, les troupes du tsar ont atteint la ligne de Koloméa. Le bruit court qu’elles auraient repris Czernovitz. Les deux ambassadeurs d’Allemagne et d’Autriche, le prince de Bulow et le baron Macchio, ont eu une brève entrevue avec M. Sonnino. le ministre des Affaires étrangères d’Italie. On croit que la rupture est maintenant décidée. Les archives diplomatiques des deux ambassadeurs ont déjà passé la frontière. Le général Gouraud est arrivé aux Dardanelles, où il a pris le commandement de notre corps expéditionnaire.

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