L’hôtel de ville offre, dans son ensemble, un aspect lamentable, à l’intérieur. Quand j’arrive, à 9 heures, fatigué de n’avoir pas dormi un instant, les hommes préposés au nettoyage travaillent activement à tout remettre en ordre, dans la mesure du possible, ainsi qu’après chaque explosion.

Au bureau, les plancher, les pupitres sont couverts de morceaux de vitres que l’on met en tas pour les ramasser. Dans l’impossibilité où nous nous trouvons, mon collègue cocher et moi de continuer à travailler à nos places, nous prenons le parti d’aller rejoindre à l’annexe de la « comptabilité », déjà installé dans le couloir fermé allant du vestibule d’entrée à la salle des appariteurs, MM. Cullier, Vigogne, Joly et Guérin, travaillant dans cet endroit sombre, depuis le 6 mars et obligés de s’y éclairer à la lampe à pétrole toute la journée.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Vendredi 9 – Nuit épouvantable. À 9h soir, commence le bombardement, d’une violence extrême – les plus gros calibres – nous tremblons pour la Cathédrale. Plusieurs obus tombent chez nous, un dans le jardin. On ne sait s’il est éclaté. D’autres dans l’appartement des Sœurs (aile sur la rue de l’École de Médecine) dont la façade sur la rue du Cardinal de Lorraine est éventrée, toutes les vitres de mon cabinet de travail sont brisées, ainsi que celles de l’antichambre où je couche. Les vitres ont été projetées en morceaux sur mon lit. J’étais d’abord allé à la cave, puis j’étais remonté me coucher. À peinte couché, le bombardement recommence ; on vient me prier de redescendre. À peine étais-je descendu, que les vitres furent mises en pièces et projetées sur mon lit et par terre. Bombardement jusqu’à h du matin. On parle de 30 tués. Dans la matinée, bombes ; item dans la soirée. Le Patronage de Saint-Thomas – où se faisaient les offices – est incendié. Le culte se fera dans la Chapelle de l’Orphelinat des Trois-Fontaines.

Visite à 9 h ½ du matin, du Général Franchet d’Esperey qui me demande à voir les éclats d’obus qui avait démoli l’angle de la conciergerie.

Je lui en montre un très gros. Il le regarde, et admire la pureté de l’acier (1).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) On peut admirer le point de vue strictement professionnel du général sur la nature de l’acier de l’éclat d’obus. (Note du Colonel Marc Neuville)

Vendredi 9 Avril 1915.

Mon Charles, hier soir quand je me suis couchée les boches bombardaient, mais tu parles, quelle nuit ! Jusqu’à quatre heures du matin ils ont envoyé tout prêt de 2000 obus sur tous les quartiers. Combien de morts ? Aussi aussitôt levée, je me suis empressée de courir chez vous, voir s’ils avaient eu peur. Ils n’avaient pas dormi ni l’un ni l’autre. Je suis allée jusque la rue de Beine. Chez nous il n’y a rien. Il y en a eu une chez Mme Mitouart mais ils n’étaient pas là heureusement.

L’après-midi cette fois-ci, je suis allée jusqu’aux caves car on ne trouve plus de lait pour faire la bouillie de la sœurette et je savais que maman en avait. Ils étaient contents de me voir ; ils ne vivent pas de me savoir en danger. Maman a pleuré toute la nuit. A six heures, en me reconduisant sur le pas de la porte, il y avait de nouveaux bombardements et on se battait ferme sur Brimont. Elle a voulu me retenir, mais je sais que tes parents ne sont pas contents quand je reste aux caves. Ils ont peur et ne comprennent pas que je cherche à mettre à l’abri ma sœurette. Tant pis, il arrivera ce qui doit arriver.

Je vais me coucher ; je dormirai peut-être mieux. Bonne nuit mon Charles et à toi toujours.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne
Vendredi 9 avril

Nouveaux succès pour nous entre Meuse et Moselle. Nouveau bond en avant aux Eparge,où nous repoussons préalablement trois violentes contre-attaques et où nous comptons sur le terrain plus de 1000 cadavres allemands. Au bois de la Morville, plus au sud, nous détruisons complètement une compagnie ennemie. Au bois d’Ailly, nous prenons quelques tranchées. Au bois de Mortmare, nous nous installons dans les organisations défensives de l’ennemi, qui ne peut, malgré ses efforts, parvenir à nous en chasser.
D’après un résumé officiel, nous avons réalisé, au cour des quatre derniers jours, les progrés suivants : à l’est et au nord-est de Verdun, gain de un à trois kilomètres en profondeur sur un front de vingt kilomètres en longueur, occupation des hauteurs qui dominent l’Orne; sur les Hauts-de-Meuse, conquête de la position allemande des Eparges; près de Saint-Mihiel, prise de la partie sud-ouest du bois d’Ailly; dans la Woëvre méridionale, occupation de 3 kilomètres en profondeur sur un front de 7 à 8 kilomètres.
Les Autrichiens ont, une fois de plus, bombardé Belgrade sans résultat.
Le croiseur allemand Eitel Friedrich se fait interner aux Etats-Unis.
M.Venizelos déclare que, mécontent de l’attitude du roi à son égard, il va se retirer de la vie publique. Ses amis s’efforcent de le faire revenir sur cette décision.
Une violente manifestation interventionniste a eu lieu à Gênes.
Les Turc ont vainement dirigé une attaque contre le canal de Suez.

 

 

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