Dans Le Courrier de la Champagne, on lit aujourd’hui cet article :

Reims-la-morte

On peut certes, appliquer à notre pauvre ville, cette qualification réservée jusqu’ici à Bruges, aux béguinages discrets se mirant sur les canaux silencieux.

Le promeneur solitaire qui, le soir au coucher de soleil, erre sur nos promenades ou boulevards déserts est frappé du grand calme qui plane sur la cité. Le moindre bruit se répercute avec une intensité étonnante ; on perçoit nettement les coups de fusil isolés qui se tirent sur le front à quelques kilomètres de là, dominés parfois par le coup de départ d’un canon, immédiatement suivi du sifflement strident de l’obus qui vient éclater avec fracas sur nos demeures et éveille, pour un instant les échos assoupis.

Quelle différence avec l’animation de ces quartiers les années précédentes à la même époque ! Baraques foraines, tirs et chevaux de bois, dressés sur nos places et boulevards, faisaient retentir les environs du bruit de leurs parades et de leurs musiques assourdissantes, attirant la foule toujours renouvelée, cependant que la foire à la porcelaine étalait, sans danger, dans les promenades, ses fragiles produits pour le plus grand profit des ménagères.

Dans les usines, toutes éventrées par les obus, les feux sont éteints et les métiers, au claquement bruyant, ne battent plus. Fabricants et négociants, lassés d’une situation qui se prolonge, ont fait enlever leurs marchandises et tenté », de dehors de Reims, d’entretenir des relations commerciales auxquelles une si longue interruption pourrait porter un coup fatal.

La foule est partie, disséminée dans toute la France ; les maisons sont désertes, les volets clos. La vie semble avoir abandonné ces quartiers de la ville mais le cœur est intact et, vienne la délivrance, avec le concours d’une municipalité en majeure partie demeurée à son poste, les habitants accourront bien vite vers leurs logis et rendront à notre cité son ancienne splendeur.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Lundi 5 – Nuit tranquille ; canonnade violente pendant la journée de notre côté du moins.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Lundi 5 avril

Nos progrés ont continué en Woëvre. Nons avons enlevé le village de Régniéville, à 2 kilomètres et demi à l’ouest de Fay-en-Haye, déjà enlevé le 1er avril.
L’offensive russe est toujours couronnée de succès dans les Carpathes. Les progrès de nos alliés se confirment spécialement dans la région d’Usjok. Ils ont capturé 100 officiers et 7000 hommes, ce qui atteste la désagrégation et la démoralisation de l’armée autrichienne. Le général Alexeief remplace au commandement des armées du nord-ouest le géneral Rousski.
Des voyageurs arrivés d’Autriche en Italie, racontent que des révoltes ont éclaté à Vienne, à Prague et à Brünn et que des barricades y ont été dressées. La population n’a plus de quoi manger et les enfants meurent en masse faute de lait.
L’incident serbo-bulgare serait réglé : la Bulgarie aurait désavoué les comitadjis et promis de les châtier. Il est avéré, d’autre part, que des Turcs s’étaient glissés parmi les bandes qui ont attaqné Valandovo et la gare de Stroumitza.
Le croiseur turc Medjidieh, de 3500 tonnes, a heurté une mine et a coulé.
L’Italie poursuit ses préparatifs militaires. Le gouvernement a créé la charge de sous-chef de l’état-major général et constitué une catégorie de capitaines en premier. Mais les ministres sont partis en vaçances. M. Salandra est à Sorrente. On dit que les décisions diplomatiques sont désormais prises.
Des taubes ont survolé Saint-Dié, les environs de Chalons-sur-Marne et Clermont-en-Argonne.
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