• Daily Archives: 11 mars 2015

Jeudi 11 mars 1915

Nuit comme la précédente : canons ? bombes ? de temps en temps, avec un fracas effroyable.

Reçu la visite du P. Retter et de M. Clesse pour l’Œuvre de réconfort spirituel et conférences aux prêtres-soldats, prêtres, soldats.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Et pendant ce temps là

Jeudi 11 mars

Les Allemands bombardent Nieuport, en Flandre, avec des canons de 42 centimètres. Entre la Lys et le canal de La Bassée, l’armée anglaise, appuyée par notre artillerie lourde, a remporté un sérieux succès. Elle a pris le village de Neuve-Chapelle et progressé au nord-est et au sud-est de cette localité, en capturant un millier d’hommes et en infligeant de grosses pertes à l’ennemi.
En Champagne, toutes les contre-attaques allemandes ont été repoussées : nous avons consolidé nos positions. Les pertes ennemies, ici aussi, sont très sensibles.
En Argonne, nous démolissons un blockhaus et enlevons des tranchées. Un combat se livre entre le Four-de-Paris et Bolante. Sur les Hauts-de-Meuse, nous avons bouleversé des tranchées ennemies.
Un huitième sous-marin allemand a été coulé.
Une entrevue, qui provoque beaucoup de commentaires, a eu lien à Rome, entre MM. Salandra et de Bülow.
La déclaration du nouveau cabinet grec est trop vague pour qu’on puisse en inférer une conclusion qu
elconque.

source : La Grande Guerre au jour le jour

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Reims 14-18 – Trop heureux pour que cela dure – Mars 1915

Reims 14-18 - Trop heureux pour que cela dure - Mars 1915 11 mars 1915
Bien chère Hortense,
comme je te l’annonçais sur mes cartes d’hier, je pensais recevoir aujourd’hui de tes nouvelles, mais malheureusement, je n’ai rien reçu, mais je serai plus favorisé demain je l’espère.
Chère chérie, en ce moment, je suis bien tranquille au coin du poêle chez des braves gens qui nous logent et qui jouent de bonté jusqu’à nous mettre une brique dans notre lit.
Tu vois que nous sommes à nouveau trop heureux pour que cela dure.
Enfin, tant pis, ce sera toujours tant de pris sur les mauvais jours. Nous allons manger dans quelques instants le reblochon que m’a envoyé l’oncle Honoré.
Voilà à peu près tout ce que j’avais à te dire ma petite chérie.
J’attends de tes nouvelles avec impatience et t’embrasse ainsi que Mimi Riri de toutes mes forces comme je vous
aime.
Louis
Bons baisers pour ma nièce et pour tes parents.

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Comme on peut encore le constater, une carte qui se veut rassurante, dans laquelle on échange finalement que des banalités… en dehors d’un « trop heureux pour que cela dure », non dénué de sens !
A la lecture du texte, il semble que Louis ne soit pas soldat, mais plutôt resté seul à Reims, sa famille mise à l’abri quelque part.
Il est, comme il le note, « hébergé chez des braves gens » qui poussent la gentillesse jusqu’à réchauffer les draps du lit avant d’aller coucher.
Il faut dire qu’il ne doit pas faire chaud, si on regarde dans l’Almanach Matot-Braine de l’époque, il est écrit que 3 jours avant, la neige tombait en flocons serrés… c’est vraiment l’hiver.

Si l’on consulte les événements rémois des jours précédents, il semble que la tranquillité que décrit Louis ne soit évoquée que pour rassurer la famille…
En effet, le Matot-Braine note chaque jour des canonnades ou des bombardements presque sans répits, des blessés et des morts. La dernière nuit vraiment calme remonte au 23 février 1915. Pas de quoi vivre en toute quiétude !

Petit clin d’œil au recto de la carte. En dehors du fait que le visuel nous montre les destructions de la cathédrale de Reims, Louis a ajouté une petite phrase assez amusante, qui sera certainement appréciée par nos amis cartophiles :
« Je t’envoie ces deux vues que j’avais depuis longtemps, elles seront rares après la guerre. »
Il est vrai que ne sommes qu’en mars 1915, moins d’un an s’est écoulé depuis le début du conflit, il est encore loin d’imaginer que tout çà durera plus de 4 années ! Et des cartes… il y en aura d’édité, par millions !
Au final, en-dehors de quelques unes, ces cartes postales montrant les ravages de la guerre dans notre ville ne sont pas devenues si rares que semblait le penser Louis.

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