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Reims 14-18… Dimanche, 8 incendies et lundi 3 !

Reims 14-18... Dimanche, 8 incendies et lundi 3 ! Voici un nouveau témoignage, un instant de vie, de cette vie si précieuse en ces jours sombres…
…on donne des nouvelles, et on s’enquiert de la santé des proches.

Épernay, le 24 février 1915
Cher frère et sœur
Il y a bien longtemps que nous avons reçu de vos nouvelles, est-ce que vous êtes toujours en bonne santé ?
Tant qu’à nous, ça va pour le moment.
Je vous dirais qu’en ce moment, il y a un rude mouvement de troupes ici, la gare est consignée, ce sont des troupes du Nord et du Pas-de-Calais qui arrivent, remplacées par des anglais.
Reims a été bombardée avec une intensité effroyable ces jours-ci.
Dimanche, il y a eu 8 incendies et lundi 3.
M. Terlin du tramway a été blessé grièvement par une bombe.
A bientôt de vos nouvelles, je vous embrasse bien fort pou
r papa et maman.
Marcel.

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Témoignage civil des horreurs de la guerre, et du pilonnage incessant dont la ville et ses habitants ont été les victimes durant la Grande Guerre.
La carte envoyée nous montre les décombres de la Maison Benoît et Boucher à l’angle des rues Courmeaux et du Petit-Arsenal.
Même si tout paraît calme et tranquille dans cette vue des ruines rémoises, il faut imaginer ces longues heures de bombardements, et les incendies qui s’en suivaient !
Comme on peut le constater sur une photo d’aujourd’hui, tout a été reconstruit, ou presque, on aperçoit à l’arrière-plan, dans la Rue du Petit-Arsenal, une maison dont la façade semble avoir été épargnée.

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Mercredi 24 février 1915

Louis Guédet

Mercredi 24 février 1915

165ème et 163ème jours de bataille et de bombardement

11h1/2  Temps splendide. Nos canons ont cette nuit à nouveau tonné, canonné d’une façon terrible et précipitée. Je suis allé au 23 ter (Imprimerie Bienaimé) route de Paris prêter serment comme suppléant de la justice de Paix du 3ème canton de Reims. A 10h1/2 tout était terminé.

Vu notre Président Hù, charmant avec moi ainsi que les autres juges, M. Bouvier, Texier, de Cardaillac, qui m’a dit qu’il m’avait signalé aussi au Procureur Général pour une conduite depuis 6 mois, il m’a dit que une citation à l’ordre du jour ne pouvait faire de doutes.

Le brave Président tient toujours à son dada que tous, fonctionnaires publics, officiers ministériels, juges, etc… n’étaient pas obligés de rester à son Poste ici, étant sur la ligne de bataille, et que tout ce que les tués disent au vivant que le temps de paix !! Je l’ai écouté car il n’y a plus qu’à tirer l’échelle après celle-là !

Et franchement ceux qui restent passent bel et bien pour des imbéciles pour ceux qui ont peur, les lâches et les froussards.

C’est triste si ce n’était Honteux.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

une très forte explosion se fait entendre tout près.
La nuit a été relativement calme, mais dans la matinée, les obus ont recommencé à siffler.

– À midi et demie, tandis que nous sommes à causer tranquillement, Mme Martinet et moi, rue Bonhomme 8, une très forte explosion se fait entendre tout près ; nous ne savons à quoi l’attribuer, elle a été soudaine et nous n’avons perçu aucun sifflement. Tout en me précipitant dehors, je pense à un Taube – il en est passé un aujourd’hui qui a lancé plusieurs bombes – mais dans la rue, je trouve le caporal de chasseurs à pied, chauffeur à la Recettes des Finances (sise rue Notre-Dame-de-l’Épine), en train d’examiner le trou que vient de faire un shrapnell de 77, tombé à l’entrée de la rue du Petit-Arsenal, contre la bordure du trottoir contournant la maison n°15 de la rue Bonhomme ; un gamin accouru aussi, emporte déjà le culot à peine refroidi.

Je rentre avec une douzaine de balles en plomb provenant de cet obus tiré probablement sur un de nos avions et éclaté seulement au contact du pavé et puis continue, avec Mme Martinet, notre conversation – si subitement interrompue – que nous ne pouvons nous empêcher d’en rire franchement.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Mercredi 24 – Malade ; le soir, à 9h ½. Nuit de souffrances.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

Eugène Chausson

24/Mercredi

Gelée et temps très clair, aussi, dès le matin de nombreux aéros circulent sur la ville, principalement des Allemands on leur fait la guerre à coups de canon spéciaux. Violente canonnade et bombardement quand j’écris ces lignes à 9h du soir, c’est pas encore fini. Ça a duré tout l’après-midi et toute la nuit. Nous n’avons pas lieu de regretter d’avoir demandé des laissez-passer pour quitter cette infernale situation. Aussi, le soir, nos laisser-passer arrivent et nous partons le lendemain matin à la gare de Bezannes et de là sur Paris.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy


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Exemple de laissez-passer


Mercredi 24 février

Deux attaques d’infanterie allemande, préparées à Lombaertzyde, ont été prises sous notre feu et n’ont pu déboucher.
Le bombardement de Reims a été très violent. Il a duré en tout onze heures; 1500 obus ont été lancés; les restes de la cathédrale ont gravement souffert; une vingtaine de maisons ont été incendiées; vingt personnes ont péri.
A l’est de Reims, le combat se poursuit dans de bonnes conditions. Nous avons enlevé de nouvelles tranchées près de Beauséjour. A Drillancourt, au nord-ouest de Verdun, nous avons fait sauter des caissons ennemis. Une attaque de l’ennemi a été refoulée dans le village de Stosswihr (vallée de la Fecht) en Alsace.
L’offensive allemande parait arrêtée du côté du gouvernement de Suwalki. Nos ennemis ont subi un grave échec devant la forteresse d’Ossovietz.
Un sous-marin allemand a été atteint près de Boulogne par la canonnade d’une de nos unités légères.
Un bateau norvégien a été coulé près de Douvres.
Les Turcs fortifient en toute hâte les îles de la mer de Marmara, en prévision de la progression des forces franco-anglaises, et von der Goltz s’est rendu à Smyrne pour mettre la ville en état de défense.
Des manifestations anti-allemandes ont eu lieu à Milan.
Il a été décidé outre-Rhin que pendant une semaine les enfants rechercheraient les plus infimes morceaux de métal, afin de parer à la disette qui s’accentue sur le cuivre, le zinc, etc.

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