9 janvier – Ce jour, le bombardement sévit dans tous les quartiers de Reims et le dimanche 10 janvier 1915, nous pouvons lire enfin ceci, dans le communiqué daté de Bordeaux 8 janvier – 15 h, relativement à l’opération qui a tenu toute notre ville en émoi, dans la nuit du 7 au 8 :

Dans le secteur de Reims, à l’ouest du bois des zouaves, nous avons fait sauter un blockaus et occupé une nouvelle tranchée à deux cents mètres en avant de nos lignes. Le combat d’infanterie, entre Bétheny et Prunay a été d’une extrême âpreté ; les Allemands ont laissé de nombreux morts sur le terrain ; nos pertes sont minimes.

Ce n’est pas encore la délivrance !

– Vers 9 h 45, ce dimanche, en me rendant ainsi que chaque semaine chez mon beau-frère, place Amélie-Doublié 8, et alors que je commence à m’engager dans la rue Lesage sans voir personne dehors, je suis absolument sidéré par le brusque sifflement montant tout de suite à l’aigu, d’un projectile qui fait aussitôt explosion, au-dessus du pont de l’avenue de Laon, que je viens de traverser. C’est fini, quelques éclats et des balles retombent ; je n’ai pas eu le temps de me jeter à plat. J’ai la chance de n’avoir pas été touché, mais l’éclatement de ce fusant m’a violemment secoué.

Tout en gagnant le trottoir gauche de la rue Lesage, vers lequel je me dirigeais et que je n’avais pas encore eu le temps d’atteindre, je me remets de l’émotion si brutalement ressentie, me rendant parfaitement compte que c’est ainsi qu’on se fait tuer – et que je viens de l’échapper belle.

Lorsque j’arrive, ma sœur, parlant de ce shrapnel isolé, me dit tranquillement :

« ça vient de bomber par là : tu as entendu ?« 

Je puis lui répondre :

« Oui, j’ai même très bien entendu ; c’est le pont de l’avenue qui a encaissé et si je ne me trouvais plus dessus, il n’y avait pas longtemps… quelques secondes à peine.« 

En un très court moment, j’ai éprouvé un sentiment d’angoisse poignante, que connaissent seuls ceux qui ont vécu de pareils instants.

L’obus que l’on entend venir directement, est si rapide dans sa course qu’il sèmerait la mort presque en même temps que son sifflement sinistre l’a annoncé. Sa menace n’est suspendue que pendant une durée fort brève, suivie immédiatement de l’effet. Tiré à faible distance, comme celui-là, il donnerait tout au plus, à qui le sent arriver sur lui ou dans ses parages, l’intuition vive de la réalité et de l’imminence du danger – terrible danger, auquel, à mon humble avis, on n’a guère la possibilité de se soustraire quand on est surpris à découvert, en ville.

– Dans l’après-midi de ce jour, nous entendons commencer une sérieuse séance de bombardement, vers 17 h 1/4. Les pièces qui tirent ne sont pas éloignées car les détonations des départs, avant les sifflements, sont aussi perceptibles, de la rue du Cloître 10, où je me trouve à ce moment, que les explosions des arrivées.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
ob_cd1e83_805-001-cr

Samedi 9 – Nuit tranquille. Obsèques du Colonel Hébert, dans une cave Mumm. J’y ai prononcé u ne allocution. Office chanté par les soldats. Cérémonie impressionnante à 8 h.

8 h 1/2 obus allemands sur la ville.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

9 – Samedi – Temps toujours couvert et grand vent. Bombardement assez proche car à 9 h 3/4 du matin un obus tombe avenue d’Épernay, plusieurs sur l’abattoir, une chez Péon avenue de Paris, Aux 3 Sabots. Nuit assez calme.

 Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

Share Button