Abbé Rémi Thinot

12 DECEMBRE – vendredi –

Bouleuse 10 heures 1/2 ; J1ai eu mon laissez-passer facilement et nous voici en route pour Reims. Nous croisons ici un train qui est parti de Reims ce matin, bondé d’émigrés, d’évacués. Il me tarde de savoir ce qui s’est passé pendant mon absence. Ma chère cathédrale, je vais te revoir, quelle longue visite je vais faire…

Je rapporte tout un parfum de Paris… Dieu soit béni des heures saintes que j’y ai vécues. J’ai revu la gare de Lyon Ou j’aime aller prendre des repas avec un serrement de cœur, Est-ce que jamais je repartirai vers les chères neiges de Savoie ? Et quand ?

Extrait desnotes de guerre de l'abbé Rémi Thinot. [1874-1915] tapuscrit de 194 pages prêté à ReimsAvant en 2017 pour numérisation et diffusion par Gilles Carré.

Louis Guédet

Samedi 12 décembre 1914

91ème et 89ème jours de bataille et de bombardement

10h soir  Journée calme. Entendu un obus siffler au-dessus de ma tête sans éclater !! ce qui est fréquent maintenant, au-dessus de ma tête vers 11h1/2 place du Parvis en allant à l’archevêché prévenir que je partirai à Paris le 17. Après-midi passée à faire courses sur courses pour obtenir mon passeport, que j’ai obtenu sans difficultés. Portevin et le commandant Colas, commandant de Place, rue Dallier, ont été plus que charmants avec moi. M. Portevin insistant auprès du commandant Colas pour lui faire remarquer que j’étais le seul notaire de Reims resté à son Poste, à mon devoir sous le feu de l’ennemi. Çà a rompu tout de suite la glace avec le commandant Colas, officier très froid, calme, très militaire réfléchi, qui a été au devant de mes désirs ! Il doit me donner des lettres pour Paris jeudi matin avant mon départ.

Pourvu que rien n’arrive durant mon absence !!

10h1/4  Quel calme !!

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

Le communiqué publié en tête de la première page du Courrier d’aujourd’hui et daté de « Bordeaux, 10 décembre, 15 heures », annonce ceci :

… Dans la région de l’Aisne et en Champagne, pas de changement. L’artillerie allemande sur laquelle nous avions pris l’avantage les jours précédents s’est montrée hier plus active, mais elle a été de nouveau maîtrisée par notre artillerie lourde ; celle-ci, aux environs de Reims, a obligé les Allemands à évacuer plusieurs tranchées ; cette évacuation s’est faite sous le feu de notre infanterie.

D’autre part, on dit aujourd’hui en ville, qu’un état-major qui se trouvait à Trigny, se serait transporté à Berry-au-Bac, mais des bruis de ce genre, souvent plus ou moins fondés, courent facilement.

Tout en désirant que cela devienne officiel, attendons ; ne risquons pas de prendre encore nos désirs pour des réalités.

– Le Courrier donne aussi le récit d’une visite du Cardinal à Saint-Jean-Baptiste :

Son Éminence le Cardinal à Saint-Jean-Baptiste.

Continuant son parcours dans les paroisses éprouvées par le bombardement, son Éminence le Cardinal a visité, avant-hier, le quartier Saint-Jean-Baptiste, s’intéressant aux misères de cette population ouvrière que le chômage et les ruines du bombardement ont si profondément atteinte.

Monseigneur a causé familièrement avec ses diocésains de ce quartier. Ceux-ci ont été très touchés de cette démarche paternelle dont ils conserveront le souvenir avec reconnaissance.

Son Éminence s’était rendue d’abord à l’église Saint-Jean-Baptiste pour constater son état actuel.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Saint-Jean-Baptiste


Cardinal Luçon

12 décembre – Nuit tranquille. Quelques bombes sifflent vers midi.

Les Sœurs de Saint Vincent de Paul ont trouvé un local pour notre Fourneau économique, chez Mlle Missat, près de la Poste de la Porte de Paris, rue des Moulins Brûlés.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

12 samedi – Comme la veille, peu de réponse.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Samedi 12 décembre

Trois attaques allemandes repoussées près d’Ypres : des combats d’artillerie près d’Arras et dans le Santerre; des progrès dans l’Argonne, et plus à l’est, dans le bois Leprêtre,la prise de la gare d’Aspach au delà de Thann : tel est le bilan officiel de la journée pour nous. Une dépêche anglaise signale une forte avance des contingents britanniques en Flandre jusqu’à 9 kilomètres de Roulers. Les Russes ont repoussé à nouveau en Pologne tous les assauts allemands qu’ils avaient à subir dans les régions de Mlava et de Lowicz, où ils ont de plus infligés des pertes énormes à l’ennemi. Au sud-est de Cracovie, ils ont enfoncé les Austro-allemands.
Les Serbes complètent leur grande bataille en refoulant les corps d’armée autrichiens en déroute vers Chabatz et la Hongrie.Leurs envahisseurs ont reculé en huit jours de 50 à 80 kilomètres. Cette série de batailles apparaît décisive : elle doit libérer définitivement le territoire serbe.
Un incident sérieux s’est produit à Hodeïdah, sur la côte arabique de la mer Rouge. Les Turcs, poursuivant le consul anglais, ont été le rechercher jusque dans le consulat italien dont ils ont violé l’immunité.
Une partie de la presse roumaine demande au gouvernement de prendre des mesures énergiques.
L’état de Guillaume II n’a pas changé.
Les socialistes du Wurtemberg approuvent l’attitude de M. Liebknecht qui a refusé de voter les crédits de la guerre au Reichstag.
Le gouvernement allemand a fait saisir la Gazette de Voss, organe d’ordinaire officieux pour avoir reproduit cette phrase de l’exposé du chancelier au Reichgtag :  » il importe que toute la nation se restreigne afin de pouvoir tenir le plus longtemps possible. »
Les Turcs prennent des précautions et construisent des tranchées à la frontière bulgare.

 

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