Louis Guédet

Jeudi 10 décembre 1914

89ème et 87ème jours de bataille et de bombardement

6h soir  Même situation, même calme relatif. Temps triste, brumeux, pluvieux. Eté déjeuner avec le Docteur Lardennois à leur popote route de Paris, 29, à l’imprimerie Bienaimé. Là j’y retrouve tous les camarades de Maurice Mareschal : Lardennois, Bouchette, Favier, de Villars, Minet, Morange, Sanson et ? (en blanc, non cité). Nous avons causé de lui et ils m’ont promis bien de documents et souvenirs qui viennent de lui. Mais que cette entrée dans l’Hôpital Mencière m’a été pénible !

Douloureuse !!

De l’avenue (la route) de Paris je suis descendu à Mencière reconduire le bon Docteur Lardennois, et puis je suis revenu par le chemin connu que je prenais toujours, réconforté et heureux quand je venais de voir mon cher Maurice. Que j’étais triste, Mon Dieu !!

Quart de feuillet suivant découpé, les trois lignes suivantes sont illisibles.

Impressions, Louis Guédet, Notaire et Juge de Paix à Reims. Récits et impressions de guerre d'un civil rémois 1914-1919, journal retranscrit par François-Xavier Guédet son petit-fils

Paul Hess

À partir de 17 h, nous entendons régulièrement, du bureau, les sifflements d’un certain nombre d’obus passant près de l’hôtel de ville, pour aller éclater au loin. Le bruit des explosions ne nous parvient pas.

– Le Courrier d’aujourd’hui, faisant toujours allusion à la Censure, donne aussi les nouvelles concernant le bombardement :

Le Bombardement (86e jour de siège)

Le bombardement : la consigne serait, suivant un mot célèbre, d’y penser toujours, de n’en parler jamais.

Nous ne pouvons que constater chaque jour qu’il continue avec une déserpérante régularité, avec ses conséquences désastreuses.

Avant-hier soir, une vingtaine d’obus tombés ici et là.

Hier, dans la matinée, nouvel envoi d’obus qui causent leurs méfaits.

C’est tout ce que nous pouvons dire.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Rue Cérès, vers la place Royale
Rue Cérès, vers la place Royale, pas loin de la rue Bonhomme

Cardinal Luçon

Jeudi 10 – Nuit tranquille. Visite à Saint Jean-Baptiste de la Salle de 9 h à 12 heures. Réception des Bulles de Mgr Neveux. Écrit à Mgr de Paris pour les prêtres de la Classe militaire de 1887.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Eugène Chausson

10/12 Jeudi -Toujours le même temps. Violente canonnade de notre part et peu de riposte allemande. Nuit calme. Pluie

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy


Hortense Juliette Breyer

Jeudi 10 Décembre 1914.

Je vais rarement au magasin maintenant. Je vais juste chercher ce dont j’ai besoin. Les camionneurs ne veulent plus venir chez nous. Ils ont peur. Schnok est fermé aussi. Que veux-tu, il faut bien y passer. On ne peut pas aller contre. La maison a monté une deuxième maison-mère à Paris, mais pour eux, le commerce va fort. Tous les soldats se fournissent là. Je marronne, il y a des jours que notre quartier est déserté. De toute la troupe qu’il y a dans Reims, beaucoup sont logés dans le 3e canton. La gérante de la place Saint-Nicaise me disait l’autre jour qu’elle venait d’avoir une commande de mille pantalons de velours. Pense donc, quelle journée !

Mais il faut que je me raisonne. Cela viendra peut-être pour moi un jour. Je retravaillerai le plus que je pourrai.

Un gros bécot et à toi tout mon cœur.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne


Jeudi 10 décembre

Combats d’artillerie, de la mer a la Lys, dans la région de l’Aisne, dans l’Argonne, sur les Hauts-de-Meuse. Avance française dans l’Argonne et le Santerre. Attaques ennemies repoussées à Senones (Vosges) et à Tracy-le-Val, près de Soissons.
Guillaume II est assez gravement malade. Il est atteint de pneumonie et ses médecins lui interdisent de retourner, au moins actuellement sur le front.
Les Russes ont remporté un avantage signalé au sud-est de Cracovie. Il est établi, d’autre part, que les Allemands n’ont occupé Lodz que quinze heures après leur départ.
Les Serbes, reprenant l’offensive ont chassé les Autrichiens de Valjevo et d’Uchitsé. Ils ont capturé 50 canons et 20.000 hommes.
L’Escadre allemande de l’amiral von Spee qut avait détruit deux bâtiments anglais, au large des côtes du Chili, dans le Pacifique au mois de novembre, vient de subir un désastre. L’escadre britannique de l’amiral Sturdee lui a coulé trois navires : le Sharnhorst, le Gneisenau et le Leipzig, au large des îles Falkland dans l’Atlantique Sud. Nos alliés poursuivent encore le Dresden et le Nurnberg qui ont pris le large.

Source : La grande Guerre au jour le jour