Bombardement.

Dans la matinée, le bruit d’explosions rapprochées nous arrive à tout moment, à l’hôtel de ville, tandis que nous travaillons et vers 11 h, le préposé au ravitaillement passant au bureau, nous annonce que huit personnes viennent d’être tuées par un obus, à proximité de la gare. Nous apprenons ensuite que ce sont : M. Labbé, 62 ans, camionneur à la maison Plumet ; Mme Laluc, 41 ans, demeurant rue Villeminot-Huart 4 ; un employé du chemin de fer et cinq soldats.

Il y aurait, en outre, trois blessés dont un très grièvement.

– Plusieurs aéroplanes évoluent toute la journée pour lancer des bombes ou laisser tomber des signaux. Du jardin de la rue du Jard, les enfants en ont suivi deux des yeux l’après-midi et ont pu remarquer leurs manœuvres plus ou moins intéressantes. A cause de cela, le voisinage a entendu de fréquents coups de clairon, aux Longaux.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
ob_d67c8b_bosco-djoukanovitch22

mardi 3 – Aéroplane, Taubes (1), bombes. 7 h, une dizaine de bombes très fortes.

 Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Taube est le nom de l’un des premiers avions militaires allemands. Il était caractérisé par une silhouette d’oiseau de proie : ailes renflées puis effilées à leur extrémité, empennage s’ouvrant comme une queue d’oiseau. Ses formes singulières en firent vite le symbole de la menace aérienne ennemie, relayé ensuite par le Gotha, type du bombardier frappant Paris en 1918.

Taube

Taube

À 9 heures, un avion allemand portant notre cocarde tricolore lance sur la gare, ou sur des groupes d’artillerie stationnés dans les promenades, des bombes dont les éclats rejaillissent jusque sur notre trottoir.

Et toute la journée la même manœuvre a recommencé, alternant avec un très lent bombardement à l’effet démoralisant.

L’énervement qui en est résulté ne nous prédispose pas à accueillir sans émoi les 6 gros obus qui à 19H et en 3 minutes de temps touchent terre dans nos environs ; le dîner se terminait, et en grande hâte nous abandonnons tout pour nous réfugier en cave en compagnie des concierges.

Là, pause d’une demi-heure au bout de laquelle nous réoccupons la cuisine en attendant que l’observation du règlement municipal nous oblige à aller coucher.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Share Button