Canon pour le réveil, journée calme.

– Une diminution très sensible du nombre des habitants de notre ville peut-être facilement constatée et cependant, il reste à Reims beaucoup de bouches à nourrir ; aussi l’administration municipale s’est-elle très activement préoccupée du ravitaillement de la population civile, après entente avec le service de l’Intendance militaire.

Dans ses attributions d’adjoint au maire, M. Em. Charbonneaux a cette lourde charge. Il paraît en porter allègrement l’énorme responsabilité et donne directement l’impulsion au très important organisme qui a été spécialement mis sur pied à cet effet.

La direction d’un service provisoire du Ravitaillement a été confiée à M. N. Grandin, employé au Bureau d’Hygiène ; il a pour collaborateurs MM. P. Blondiaux, du Bureau de Conditionnement, Madosse, des services de la mairie, secondés par des auxiliaires et des équipes de journaliers, pour le déchargement des wagons et le transport, par camions, des marchandises qui sont amenées par trains militaires, généralement à Muizon et à Saint-Charles.

D’importants achats de bœuf, porcs, pommes de terre, sucre, chocolat et denrées diverses sont faits continuellement par la mairie, pour être répartis aux grandes maisons d’alimentation et aux autres commerçants. Le secrétaire en chef délivre lui-même des bons de réquisition aux boulangers, qui sont approvisionnés en farine par l’entrepôt, situé chaussée Bocquaine.

– Reims jouissant d’une tranquillité relative depuis quelques jours, il semble qu’un peu d’animation veuille reprendre dans le centre. Cela change agréablement l’aspect de notre pauvre ville, car il y a longtemps qu’elle était déserte, la plupart des magasins ou boutiques ayant à l’extérieur des pancartes avec cette inscription : « Fermé pour manque de marchandises ». Le gaz et l’électricité faisant défaut, les tramways ne marchaient plus.

Aujourd’hui, comme hier déjà, on voit du monde dans les rues.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

jeudi 22

Quelques coups de gros canons français. Visite à Mencière

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims
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Pas de fait saillant.

Paul Dupuy Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

Jeudi 22 octobre

Les forces alliées et les forces allemandes se livrent un formidable choc sur les trois fronts – qui se prolongent d’ailleurs : Nieuport à Dixmude, Ypres à Menin, Waterloo à la Bassée.
Tout l’intérêt de la journée se reporte sur les mouvements de l’armée russe qui a infligé aux armées austro-allemandes un échec peut-être décisif.
Après avoir été chassé du gouvernement de Suwalski, et de la région du Niémen dans la Prusse orientale, l’état-major de Berlin avait pris outre le commandement de ses propres contingents, celui des contingents que L’Autriche avait pu encore réunir en Galicie. Il y avait là de 1.500.000 à 1.600.000 hommes échelonnés sur un front colossal, et ce front menaçait le cours de la Vistule moyenne vers Varsovie et Ivangorod, – deux places fortes de premier ordre. Guillaume II avait comme toujours, pressé la marche en avant de ses généraux. Ayant besoin d’un succès, il comptait entrer dans Varsovie, et à cette fin, s’était installé en Pologne, d’où il pouvait surveiller les opérations. Mais celles-ci ont tourné complétement contre lui.
Deux millions de Russes au moins étaient en armes de ce côté. Ils ont commencé par repousser les Allemands qui avaient essayé de prendre pied sur la rive droite de la Vistule, puis, passant de la défensive à l’offensive, ils ont franchi le fleuve et livré combat sur la rive gauche. L’armée allemande a battu en retraite, et cette retraite n’a pas tardé à dégénérer en déroute.
II y a eu là une opération dont les conséquences peuvent être capitales, car cette réussite pour les Russes peut entraîner maintenant une progression rapide des armées du grand-duc Nicolas vers la Posnanie et la Silésie. En tout cas, cette bataille, qui a coïncidé avec de violents combats et toujours avantageux pour nos alliés, sous Przemysl, décide du sort de Cracovie.
Faut-il rapprocher de ce grand succès russe les bruits de préparatifs de départ qui ont couru, d’après les journaux hollandais, parmi les troupes allemandes de Belgique? Il est certain que le kaiser, pour ralentir l’invasion cosaque vers l’Oder, prélèvera des contingents sur les effectifs cantonnés autour de Bruxelles, et ainsi la victoire de nos alliés aura une répercussion directe sur nos propres opérations sur le champ de bataille occidental.
Les journaux belges se sont transférés à Londres, où ils commencent leur publication.

 

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