Paul Hess

Vers 22 h ½, hier soir, nous avons été réveillés par une première explosion. À 2 h, ce matin, une quinzaine d’obus éclatant encore, nous nous sommes trouvés dans l’obligation de nous lever e de nous préparer à toute éventualité, – puis le calme revenant enfin, nous sommes retournés dans nos chambres, en souhaitant ardemment de n’avoir pas à nouveau notre repos si brusquement interrompu.

Je m’aperçois, le matin, en me rendant à la mairie, qu’un des obus de la nuit est entré par le toit de la maison où se trouve une pâtisserie, en face du théâtre et qu’une maison de la place du Chapitre a été éventrée, à hauteur du premier étage, par un autre projectile.

Le bombardement continue dans la journée et les Rémois, à qui les journaux ont conseillé la patience, en attendant le refoulement certain des allemands, commencent à s’inquiéter. Ils se demandent si le souci de leurs existences est entré en considération et si des efforts sérieux ont été tentés ou le seront bientôt pour le dégagement de la région.

À ce jour, il y a un mois qu’ils ont commencé à subir le bombardement infernal de l’artillerie allemande, un mois qu’ils ont vécu sans se plaindre, dans des alternatives d’angoisses, – et quelles angoisses- ou d’espoirs constamment déçus, pour en arriver à se poser encore la même question : « L’ennemi est-il toujours aussi solidement retranché sur les hauteurs d’où il prend plaisir à saccage la ville et à massacrer ses habitants ? ».

– Dans Le Courrier de ce jour, nous lisons ceci :

La cathédrale est-elle réparable ? Voici la réponse de la Commission chargée par le Ministère de l‘Instruction publique, de préciser l’étendue des ravages commis. En résumé, est-il dit dans la conclusion du rapport, la cathédrale est défigurée dans ses lignes et dans les détails de sa décoration ; si sa construction puissante a résisté en partie au choc des projectiles, on ne refera jamais ses admirables sculptures et elle portera éternellement la marque d’un vandalisme qui a dépassé l’imagination.

 Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Cardinal Luçon

Nuit : canonnade. Bombe vers 11 h du matin ? Bombe entre 2 et 3 heures (du matin ou du soir ?).

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

Paul Dupuy

À deux reprises différentes (3H et 20H) nous devons encore descendre en cave, pendant que passent au-dessus de nous les obus qui vont atteindre la pharmacie Millot, la pâtisserie Olza et à nouveau le théâtre.

Le matin arrive la 1e lettre de M Legros (du 10) donnant son adresse à Paris, Hôtel de Bretagne et d’Orléans réunis, 23bis rue de Richelieu.

Il a passé à Dormans la nuit du 8 au 9, et est entré le 10 dans la capitale, qu’il trouve peu animée.
M’est apportée aussi une bonne lettre de Mr et Mme Dechéry, qui sont réfugiés à La Rochelle, chez M. Féval, 8 rue Dauphine.

Paul Dupuy. Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

 

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Mardi 13 octobre

Le bulletin officiel atteste que notre situation reste satisfaisante.
Sur aucun point l’ennemi n’a progressé: sur beaucoup nous avons gagné du terrain.
Les Allemands n’ont enlevé que les faubourgs de la ville d’Anvers : vingt-quatre des forts du camp retranché tiennent toujours.
Les troupes russes de la Vistule ont pris contact avec l’armée allemande vers Ivangorod et Varsovie.
Le gouvernement austro-hongrois, sans doute à la requête de l’état-major allemand, qui exerce une tutelle croissante sur lui, a décidé de changer cinq des commandants de corps d’armée. C’est un aveu dé défaite, et cette défaite est d’ailleurs d’autant plus caractérisée maintenant que l’armée russe a pénétré en Transylvanie.
Le ministre des Affaires étrangères d’Italie, M. di San Giuliano, est gravement malade.
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