Paul Hess

Dans la matinée de ce jour, je ne puis résister au désir de faire une promenade. Après être passé par la place du Palais de justice, où j’ai vu la maison Jules Matot (papeterie de la mutualité) complètement détruite par un incendie consécutif au bombardement, la curiosité me pousse vers le quartier Saint-Remi, dévasté aussi et, par là, j’apprends que l’obus tombé rue Saint-Sixte, dans une maison habitée par un entrepreneur de maçonnerie, aurait tué cinq personnes. La brasserie Veith, a reçu deux obus. Au coin de la rue Féry et sur la place, du côté du petit portail de la basilique, plusieurs obus sont tombés également. Un obus est entré dans l’église, de ce même côté, pour éclater à l’intérieur, au pied des marches d’entrée. Un autre projectile a éclaté sur la droite du grand portail, en haut de l’escalier extérieur. Rue Saint-Bernard, une maison est démolie ; une autre l’est aussi à l’angle des rues Chantereine et Tournebonneau. En remontant cette dernière rue, j’en remarque une, détruite encore, à gauche. La maison de retraite a été touchée une ou deux fois. Rue Saint-Remi, il y a une maison effondrée, toujours du fait du bombardement du 4.

En somme, il résulte de ces différentes visites faites dans les quartiers bombardés, que ce que nous avions compris par intuition en entendant pour la première fois des sifflements d’obus, se trouve confirmé.

Nous nous étions parfaitement rendu compte, en éprouvant nos sensations terribles, que les buts cherchés avaient été d’abord la cathédrale puis l’église Saint-André, l’hôtel de ville et la basilique Saint-Remi, à la manière dont le tir, après avoir atteint notre voisinage, se dirigeait à gauche, puis à droite au loin, pour revenir sur nous. Les églises Saint-André et Saint-Remi avaient été touchées ; si la cathédrale n’avait pas été atteinte, toute une série de projectiles, ayant suivi la même ligne de tir allongée insensiblement, était passée à quelques mètres à peine et à gauche de sa tour nord.

– A mon retour, en faisant une tournée dans les magasins et sur les toitures du mont-de-piété, je puis mieux constater le désastre causé dans le voisinage de l’établissement et j’en suis presque effrayé plus que le jour même.

A gauche, je remarque un hangar démoli par un obus, dans la propriété du Comptoir de l’Industrie. Dans le zinc de la toiture de la maison en angle, rues d’Avenay et de la Gabelle, se voit l’entrée du projectile qui, en éclatant, l’a ouverte en deux ; le toit de la partie de maison qui abritait, avant la guerre, les bureaux de l’état-major de la 12e Division, n’existe plus et tout est brisé à l’intérieur. Un obus a tout saccagé dans la maison Buirette. Dominant cela, du point d’observation où je suis posté, je compte qu’avec les autres projectiles éclatés encore bien près, le nombre de ceux tombés là, dans un très faible rayon, est d’une trentaine. Je ramasse des éclats et trouve notamment, dans la case d’un magasin, un morceau de culot provenant d’un gros calibre. D’ailleurs, nous avons appris que le tir de ce bombardement du vendredi 4, avait été effectué par une batterie de quatre pièces de 150.

– Toute la matinée, on a entendu tirer le canon au loin, par véritables rafales – ainsi que les jours précédents.

– En me rendant chez notre administrateur, l’après-midi, je croise, rue Robert-de-Coucy, un groupe de trois soldats allemands, baïonnette au canon, entourant un civil qui me paraît être un homme de la campagne ; il est vêtu incomplètement d’une tenue de cérémonie, pantalon, gilet et cravate noirs, chapeau mou noir aussi sur la tête, mais en bras de chemise, et a les mains liées avec une corde, derrière le dos. Il marche avec assurance ; cependant la situation de ce malheureux me paraît assez inquiétante. Pourquoi a-t-il été arrêté ; où le conduit-on ? Je me le demande.

– Au moment où je rentre, une colonne de fantassins, escortée de voitures, que je vois passer de l’entrée de la rue de l’Université, débouche de la rue Cérès et arrive sur la place royale. L’officier à cheval qui la commande, se place devant la pharmacie Christiaens, de manière que les hommes qui viennent en chantant opèrent le virage en défilant devant lui, pour se diriger vers l’hôtel de ville.

Remarqué encore la beauté et la justesse des voix, dans le chœur à deux parties que ces soldats font entendre.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

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Paul Dupuy

Rien de nouveau ; toute la journée on entend la canonnade lointaine.

Très peu d’animation dans les rues, et le soir, dès 19 heures, plus rien du tout.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


Lundi 7 septembre

Dans la grande action engagée entre l’armée franco-anglaise et l’armée allemande sur le vaste front qui s’étend de la région de Meaux aux approches de Verdun, tandis que nous avons dans les Vosges des succés partiels, et lorsque la reste sans changement à notre centre, l’armée de Paris livre sur l’Ourcq des combats heureux et la progression des troupes franco-anglaises s’accentue à notre aile gauche.
Le ministre de la Guerre, au nom du gouvernement et du pays tout entier, adresse aux défenseurs et à la population de Maubeuge, l’expression de son admiration pour leur attitude héroïque. Le gouverneur de la ville est cité à l’ordre du jour des armées.
Les Russes détruisent deux divisions de l’armée autrichienne de Lemberg, battent une seconde armée dans la région de Lublin, et s’emparent des puissantes fortifications de Nicolaïeff, détruisant les coupoles blindées et prenant 40 canons et de fortes quantités de munitions.
La panique grandit à vienne, où 20000 hommes sont employés à des travaux de défense. L’Autriche, aux abois, convoque en hâte ses dernières recrues.

Source : La Grande Guerre au jour le jour

 

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