Paul Hess

Le laitier, qui vient d’Ormes chaque jour, pour servir sa cliente, nous dit être rentré hier à son pays, au moment où les pièces d’artillerie allemandes commençaient à bombarder Reims. La batterie se trouvait placée, paraît-il, entre cette commune et Pargny.

– L’affiche s’adressant aux habitants, intitulée « Ordre » et signée du capitaine L. Kiener et du maire, retient à nouveau particulièrement mon attention aujourd’hui ; elle est datée du 3 et prescrit la remise immédiate des armes, quelles qu’elles soient, prévenant les particuliers qui ne se conformeraient pas à ses dispositions formelles, qu’ils s’exposeraient aux peines les plus rigoureuses. Ceci a été déjà demandé avant l’arrivée des Allemands, par un premier avis du maire, affiché en date du 29 août. Personnellement, j’ai obtempéré à ce moment, c’est-à-dire que mes deux revolvers et mes munitions ayant été enterrés dans ma cave, j’ai envoyé au poste central des pompes, rue Tronsson-Ducoudray, un paquet de vieux sabres, me venant de mon père. Mais, il existe un important stock d’armes en dépôt dans nos magasins du mont-de-piété, et, lorsque je l’ai rappelé au directeur, le 31 août, il m’a bien dit en avoir parlé le matin à la réunion de l’administration ; depuis, je me suis expliqué qu’il était beaucoup plus préoccupé, ce jour-là, de son départ que d’autre chose et, comme il n’avait même pas pris la peine de se rendre compte lui-même de ce dont il avait entretenu le conseil, je soupçonne qu’il n’a pu lui donner, à ce propos, que des indications très insuffisantes.

Il me semble donc qu’il est de la plus grande urgence de revenir très sérieusement sur l’examen de cette question des armes en dépôt dans les magasins, car dans les conjonctures actuelles, il faut de la netteté, de la précision – et je vais voir notre administrateur de service, après déjeuner, chez lui, rue des Capucins 54, afin de l’éclairer complètement et, en même temps, voir à obtenir de sa part, la décision ferme, prise en connaissance de cause, que je ne puis pas prendre seul.

Lorsque je lui fais part du but de ma visite, savoir ce que je dois faire des cinquante à soixante fusils de chasse ou de tir de précision et des quelque cent cinquante à cent quatre vingt revolvers, de tous calibres et de tous systèmes, dont je suis le gardien responsable, M. Hébert se montre fort étonné d’apprendre l’existence d’un véritable arsenal au mont-de-piété. Ces détails du fonctionnement, il ne les connaissait pas et c’est une révélation embarrassante, car, en ce moment, chacun doit prendre ses responsabilités et elles peuvent être grandes. Il est très perplexe. Après avoir bien réfléchi, il me dit :

« Il faut voir le maire, il est au courant ; il sait que vous avez des armes, qu’il trouvait aussi bien dans vos magasins qu’au dépôt des pompes, lorsqu’on lui en a parlé, après que son avis du 29 août eût été publié. Revoyez-le à ce sujet, soumettez-lui encore la question et entendez-vous avec le Commandant d’armes. »

Si je n’ai pas obtenu de solution, je suis néanmoins satisfait, en sortant, d’avoir exposé exactement l’état de la question à M. Hébert ; il est entièrement au courant maintenant, c’était l’essentiel. Quant au reste, je m’en charge, quoique j’aie de grandes craintes de ne pas pouvoir aborder facilement M. le maire, qui a bien d’autres choses et autrement considérables à voir, ces jours-ci. Je me dirige cependant vers l’hôtel de ville, le soir, à l’heure où j’avais l’habitude d’aller à la mairie, en temps ordinaire, avec l’intention de solliciter, si possible, un court entretien avec M. le Dr Langlet.

Mais d’abord, on n’a pas accès sur la place de l’hôtel de ville qui, tout entière, est occupée par des voitures, fourgons d’artillerie et de la troupe ; une pièce de 77 est braquée sur chacune des rues y aboutissant ; rues Colbert, de Tambour, de la prison, de Mars, de Pouilly, Salin, Thiers et des Consuls. Je traverse ce campement et arrive aux marches du perron à l’instant où 18 heures sonnent au beffroi. Deux factionnaires, baïonnette au canon, sont à la porte d’entrée du vestibule ; au moment où je passe entre eux, celui de gauche m’arrête par le bras et je puis comprendre qu’il dit :

« Trop tard, il est six heures, on ne passe plus ».

Je lui réponds : « Service. – Nein », me dit-il et je me rends parfaitement compte qu’il est inutile d’insister ; sa consigne est de ne plus laisser entrer personne après l’heure de fermeture des bureaux. Je redescends donc sur la place très ennuyé, car je veux parler, sans tarder de la question qui m’amenait ; il faut que j’entre.

L’idée me vient heureusement, tout de suite, que j’ai en poche mon brassard des « laissez-passer », marque P.R. ; je me dirige donc aussitôt vers la rue Salin déserte, je passe mon brassard à mon bras gauche, et je retourne allègrement vers l’hôtel de ville, où je pénètre en passant, cette fois, entre les factionnaires de service à la porte de la rue des Consuls, sans qu’il ne me fassent d’observation. La cour est remplie de chevaux ; des soldats font le pansage ou procèdent à leur toilette ; d’autres dorment sur la litière. Je sais où me diriger par les couloirs et je suis à peine arrivé où je voulais aller, que je reconnais l’impossibilité évidente de voir M. le maire.

Il y a une grande animation dans la salle des pas-perdus. Ce sont des allées et venues de conseillers municipaux, de notables rémois, d’officiers allemands fumant des cigares, entrant et sortant continuellement du cabinet de l’administration municipale, car on discute des réquisitions imposées à la ville.

Je viens de m’asseoir sur une banquette, à l’écart, lorsque le Secrétaire en Chef, M. Raïssac, sortant du cabinet du maire, m’aperçoit et vient directement vers moi. Il me questionne et me conseille de m’entendre avec le chef du dépôt des pompes, pour lui remettre, contre reçu, nos fusils et revolvers. Je le quitte, pensant déjà aux mesures à prendre, mais sitôt dehors, la remise ainsi envisagée ne me paraît pas réalisable avec les seuls moyens dont je dispose.

M. Raïssac m’a semblé très fatigué, surmené ; je suis tombé en un moment peu favorable pour lui causer tranquillement ; je me propose de le revoir le soir même, lors de son retour chez lui, puisqu’il passe régulièrement dans la rue de la Grue à 19 h, pour gagner la rue Saint-Symphorien, qu’il habite. Je le retrouve, en effet et lui expose alors que le grand nombre des armes à déposer m’empêche de circuler avec un pareil chargement, sans certaines garanties. Je lui demande, en conséquence, de vouloir bien mettre à ma disposition une voiture de l’un des services municipaux avec quelques hommes de la police pour l’escorter. Tout en comprenant fort bien mes raisons, M. Raïssac m’objecte que le personnel de la police dont il dispose actuellement est trop restreint – quelques auxiliaires – et il ajoute ne pouvoir distraire aucun homme de ses occupations. Il finit par me dire :

« Votre établissement est fermé, vous restez là pour le surveiller ; réflexion faite, ces armes sont aussi bien chez vous. »

Je lui déclare alors :

« Eh bien ! je les garde. Si l’on me cherche noise à propos de ces fusils et de ces revolvers, car je m’attends à ce que les Allemands viennent réquisitionner dans nos magasins, je demanderai à m’expliquer devant M. le Maire. »

La chose est ainsi entendue et je considère la question des armes, dont j’avais lieu de me préoccuper, comme bien vidée. (Le mont-de-piété avait notamment six de ses vastes magasins remplis, en grande partie, de linge, draps ou toile ; il était dépositaire, en outre, de 500 bicyclettes environ. Ces objets étaient naturellement susceptibles de réquisitions ou de prélèvements).

– Le Bulletin des Écoles de perfectionnement des officiers de réserve de la 6e Région, n° 31, Metz, juin 1926 – a publié un extrait du livre de Georg Wegener, correspondant de guerre allemand : Le mur de fer et de feu – Un an sur le front ouest, relatant la prise de Reims. Le voici dans son intégralité :

« Dans la vieille ville française des sacres 5 septembre 1914

De la hauteur de Berru, où commence la zone fortifiée de la place forte de Reims, nous descendîmes vers la ville. On ne voyait encore personne sur cette hauteur. Mais quelques kilomètres avant la ville, des habitants nous croisèrent, effaçant enfin l’impression hallucinante d’abandon de toute une contrée. A pied, à bicyclette, en voiture, ils se pressaient sur la route dans notre direction ; gens de la campagne pour la plupart, en groupes plus ou moins compacts, chargés de toutes sortes d’ustensiles de ménage et d’objets de literie ; paysans qui s’étaient enfuis vers la ville forte devant notre avance et qui maintenant, convaincus que les scènes de meurtre redoutées ne se produisaient pas, voulaient s’en retourner dans leurs villages. Sur la route, près des premières maisons, seule, mais tranquille, une sentinelle allemande se tenait au milieu de cette foule, complètement impuissante dans son isolement si la masse l’avait attaquée, mais cependant symbole de la force irrésistible qui assujettissait dorénavant le nord de la France, et comme telle, considérée et entourée avec respect. Autrement, on ne voyait aucun Allemand. Nous roulâmes alors à travers les larges rues, parmi la foule qui nous regardait avec de grands yeux, mais nous, faisait volontiers place et nous indiquait la mairie. En quelques instants, nous avions atteint le bel hôtel de ville, du style de la fin de la Renaissance, au fronton duquel se trouvait un grand drapeau blanc qui flottait lentement sur le pompeux relief équestre de Louis XIII, au-dessus du portail.

Sur la place de l’hôtel de ville et sur l’escalier, un petit nombre de soldats allemands, et à l’entrée quelques personnalités officielles françaises avec des brassards blancs; sur notre demande de la Kommandantur, on nous adresse à l’hôtel du Lion d’Or, le célèbre et antique premier hôtel de la ville ». Nous traversons une paire de rues étroites et subitement, s’offre à nos yeux une image qu’un Allemand ne pourra jamais oublier.

A l’arrière plan d’une large place, agrandie encore par la belle rue Libergier, s’élevait du sol, dans sa beauté écrasante et rayonnante la façade de la cathédrale de Reims, avec ses trois magnifiques portails couverts de statues, avec la célèbre Grande Rose au-dessus du portail central, avec l’ornementation somptueuse qui représente le baptême de Clovis, le couronnement des Rois de France, etc. Et par dessus tout cela, les deux tours de plus de 80 mètres de hauteur, qui atteignent au prodigieux et complètent la structure du plus beau gothique. Dans la couleur blanchâtre de la pierre dont elles sont faites, les tours s’élevaient dans le clair coucher du soleil rayonnant, comme taillées dans le marbre blanc, sous la lumière bleue du ciel. La tour nord portait un échafaudage. A sort sommet, un petit objet blanc encore plus haut, qui se mouvait lentement : le drapeau blanc qui nous avait annoncé la reddition de la place forte. ,

Au milieu de la place, dans l’axe de l’église, s’élevait, en bronze et entouré d’une grille de fer, un simple monument équestre de Jeanne d’Arc. La pucelle, représentée en une délicate jeune fille élancée, montée sur un cheval fougueux, tient dans la main droite une épée ; son beau visage tout jeune et émouvant regarde le ciel avec un sourire d’extase. L’ensemble est d’une délicatesse un peu mièvre et romanesque mais pourtant très attirant.

Ainsi, ce sol était celui sur lequel tant et tant de rois de France, en costume d’apparat, s’étaient avancés et parmi eux Charles VII. Ceci était le portail par lequel il était sorti, orné de la couronne de France. Comme ce tableau était connu ! Car nos théâtres ont l’habitude de représenter scrupuleusement ce parvis comme fond de scène du brillant cortège de chevaliers, d’évêques et de nobles français qui défile solennellement sur la scène, dans la Jungfrau von Orléans. Et maintenant devant ce portail, autour du monument de la prodigieuse Pucelle d’Orléans qui de nouveau et plus que jamais est la sainte nationale de la France, une compagnie de soldats allemands de l’infanterie saxonne, en simple uniforme gris de campagne, qui parlaient des fatigues et des combats des jours passés. Leurs fusils en faisceaux, leurs sacs sur le sol, ils se tenaient debout ou couchés par petits groupes, bavardant tranquillement, riant et fumant, entourés timidement à distance d’habitants et d’habitantes de Reims, qui regardaient curieusement les barbares du nord, s’étonnant de leur bienséance.

Devant la porte d’entrée du Lion d’Or, sur le côté de la cathédrale, se trouvaient quelques camions allemands et deux sentinelles, baïonnette au canon. C’est là que le général von S…, commandant une brigade de réserve saxonne et actuellement commandant de place de Reims, s’était logé avec sont état-major.

Après que nous eûmes annoncé notre arrivée aux officiers du bureau de la place, nous laissâmes provisoirement nos autos dans la rue, devant le Lion d’Or, sous la garde du poste de police allemand et nous parcourûmes en tous sens la belle ville, visitâmes la cathédrale et d’autres églises, cafés, magasins; nous fîmes des achats, nous parlâmes avec les habitants et avec nos officiers et soldats et nous recueillîmes ainsi, dans le cours de la journée, une foule de détails intéressants sur la manière dont la prise de Reims s’était passée.

Le drapeau blanc sur Reims

Le 3 septembre 1914, la xe division qui, dans de durs combats sur l’Aisne et la Retourne, au nord-est de Reims, avait contraint les troupes françaises à la retraite, avait atteint PontFaverger (environ 13 km de la ceinture des forts de la place forte) et reçu, vers 5 h de l’après-midi, l’ordre de s’emparer des forts à l’est de Reims par coup de main. Elle s’avançait de l’est et du nord-est contre la ligne des forts et se déployait pour l’assaut dans la région boisée à l’est de Reims que nous avions parcourue aujourd’hui. Des hussards éclairaient le front. Sur ces entrefaites, le capitaine von H…, qui commandait un escadron de hussards, apprit par des paysans français que la forteresse était vide de défenseurs. Pour vérifier la véracité de ces dires, le capitaine von H… (Capitaine von Hubrecht, d’après le communiqué allemand du 8 septembre 1914.) décida d’employer une ruse de hussards excessivement téméraire. Il se rendit à cheval, avec une escorte d’élite qu’il avait choisie parmi un grand nombre de volontaires, jusqu’au fort de Vitry-les-Reims. Par un chemin forestier, ils trottèrent jusqu’à proximité de la ligne des forts, ensuite au galop jusqu’au fort lui-même. Si celui-ci avait été occupé, on aurait aussitôt tiré sur eux, mais ils le trouvèrent complètement vide. Le capitaine renvoya alors le lieutenant von S… vers le commandement, pour le renseigner au plus vite et résolut d’accomplir quelque chose de plus téméraire encore. Avec le reste de son escorte, il trotta directement jusqu’à Reims, où il arriva vers 9 h du soir. D’un pas paisible, la petite troupe traverse la ville. En chemin, ils virent devant une église deux fantassins français, se saisirent d’un et se firent conduire au maire, sur la place de l’hôtel de ville, dont il a été question plus haut. Le maire se rendit à leur rencontre devant le portail ; à droite et à gauche, se pressait une foule d’habitants. Le capitaine von H…, du haut de sa selle, tint une petite harangue dans laquelle il expliquait au maire qu’il était l’avant garde d’un gros de troupes qui le suivait immédiatement, et qu’il avait à prendre des mesures, en vue de réquisitions importantes. Il passerait la nuit à l’hôtel de ville et garderait le maire près de lui comme otage. Et, pendant que le lieutenant M.. . avec une dépêche annonçant la prise de Reims était envoyé au commandement (il revint d’ailleurs deux heures après, les autres membres de l’escorte, sous les ordres du Fähnrich J… s’installaient en cantonnement dans le voisinage. Le capitaine von H. . ., le lieutenant von W. et le sous-officier Dr. A… restèrent durant la nuit, montant alternativement la garde, en compagnie du maire, dans la salle des séances de l’hôtel de ville, jusqu’à 5 heures du matin. Comme jusque là, aucun renfort n’était arrivé et que le minuscule détachement n’aurait pas pu tenir sérieusement, le capitaine von H . . se décida à une retraite provisoire de cette curieuse situation et il réussit encore, au lever du jour, à faire sortir ses gens saints et saufs de la ville.

Cependant, le soir précédent, la brigade s’était approchée sur un large front des forts situés au nord-est et à l’est de Reims. La plaine était toute blanche sous la pleine lune. Si les forts avaient été occupés, toute la troupe aurait été fauchée ! Vers 10 heures du soir, elle atteignait le fort de Vitry-les-Reims que la patrouille avait déjà reconnu, les batteries annexes et le fort de Nogent-l’Abbesse. Tout était vide, les canons détruits, les munitions emportées. Pendant la nuit du 3 au 4, les autres forts furent également occupés. Tous étaient dans le même état d’abandon et les canons rendus inutilisables. Et pourtant, c’étaient des fortifications grandioses, tout à fait modernes et installées pour de la grosse artillerie. Pendant que la division elle-même devait poursuivre sa marche de Reims vers le sud, un détachement fut constitué par elle, composé d’artillerie et d’un régiment d’infanterie sous les ordres du général von S… pour l’occupation de Reims. Lorsque le jour du 4 septembre se leva, la ville de Reims fut invitée à se rendre. Cependant, par suite de la retraite de l’audacieuse patrouille, elle faisait maintenant des difficultés, si bien qu’à 8 h 1/2 du matin, un bombardement commença. Une heure après, le drapeau blanc apparaissait en haut de la tour nord de la cathédrale. C’est alors que nos troupes entrèrent dans la ville en chantant des refrains allemands : « L’Allemagne, l’Allemagne au-dessus de tout ! », et « Que dieu te bénisse, toi, cher pays natal ». Dans le cours de la journée, les casernes et quelques bâtiments vacants furent occupés. Le bombardement n’avait causé que relativement peu de dégâts, mais suffisamment pour causer une frayeur épouvantable à la masse des habitants. Diverses maisons étaient détruites par des obus et en partie par l’incendie. Ailleurs, c’était seulement une traînée en oblique de trous d’éclats d’obus depuis le sol jusqu’au toit. comme les gouttes d’un pinceau sur la façade d’une maison. A un endroit, un obus avait fait un trou profond dans la chaussée, un autre était tombé dans une chapelle de l’église Saint-André et avait fouillé la terre devant l’autel. Nombreuses étaient les vitres cassées par les explosions. Un projectile avait aussi pénétré dans le sol à proximité de la cathédrale et on pouvait voir quelques éclats sur le mur extérieur. Pourtant, elle n’avait souffert aucunement d’un dommage sérieux.

Les habitants de Reims se répandaient en foule dans les rues. Ils allaient çà et là pour voir les quelques maisons détruites par les obus, entouraient nos soldats, regardaient les autos et les cavaliers allemands qui se hâtaient à travers la ville ; ils stationnaient en groupes compacts sur la place royale, devant le monument de Louis X, désigné ici par une inscription comme étant le « meilleur des rois » et regardaient de là les événements devant l’hôtel de ville. Des citoyens au brassard blanc s’employaient au maintien de l’ordre et disaient : « Circulez, messieurs ». De grandes affiches étaient collées au coin des rues et sur les premières, le commandant de la place forte avait plusieurs fois, et sous la menace des peines les plus sévères, invité les habitants à livrer toutes les armes qu’ils pouvaient avoir en leur possession. Déjà deux jours auparavant, semble-t-il, on a eu en vue la reddition de Reims sans combat, pour éviter le plus possible les destructions. Enfin le 2, le maire avait publié une proclamation qui préparait la population à l’arrivée probable de l’ennemi, disait que l’on devait conserver l’ordre pour empêcher un malheur pire et conseillait au public de garder une attitude sérieuse et digne. L’appel était un chef d’œuvre. Comme il était à penser que nous en aurions connaissance, toute expression offensante pour nous en était bannie et il était encore d’un style élevé et digne. Je dois ce témoignage aux habitants. Certainement ils avaient avant tout peur ! Le sort des localités belges, dans lesquelles les civils offensaient nos troupes leur était sans doute connu et la crainte était certainement le motif de leur tranquille attitude en face de nous. Ils étaient partout aimables et obligeants, sans être un instant dépourvus de dignité comme les Belges de Namur. Leurs regards étaient pleins de tristesse, mais ils ne se montraient pas sombres ni sournois ; ils maintenaient au contraire, là aussi, l’aimable charme particulier aux Français. Cela ne leur était pas trop difficile, du reste, car nos hommes se comportèrent d’une façon impeccable. En toute tranquillité, gaiement mais sans aucun cri, ils se promenaient dans la rue, faisaient des emplettes, allaient dans les cafés, causaient ça et là avec les habitants, autant qu’il était possible de se comprendre et visitaient, la tête découverte, la cathédrale, dont leurs supérieurs leur avaient dit toute l’importance ; quelquefois même, cette visite avait lieu sous la conduite de ceux-ci. Pas un seul acte arrogant ou brutal ne s’est produit. Et les habitants de Reims qui auraient pu s’attendre à tout autre chose après les tableaux sanglants de leurs journaux, paraissaient le reconnaître avec surprise. Le dernier numéro du grand journal parisien L’illustration contenait une image sur une page tout entière sur laquelle, à l’arrière plan, un village belge est en flammes, devant un monceau de tués : hommes, femmes, enfants, les uns sur les autres. Au premier plan, un fantassin prussien à la physionomie brutale, posant le pied sur le corps d’une femme assassinée et tombée à terre ; Combien c’était différent ici ! Nous entendîmes même, de la bouche d’habitants de Reims, combien ils avaient souffert des leurs, depuis plusieurs jours, lors de la retraite des troupes à travers la ville et combien la tout autre tenue de nos hommes les étonnait. Je vis aussi un des nôtres remplir sa main de pâtisseries, tirées de sa musette, et les tendre à un vieil homme qui paraissait nécessiteux en lui disant ces mots qui constituaient probablement toute sa connaissance du vocabulaire français : « Voulez-vous ? ».

Je fus aussi témoin de nos soldats qui, lors de leur visite de la cathédrale, silencieux et sans se regarder mutuellement, tiraient leur porte-monnaie et jetaient leur menue monnaie dans la sébile des mendiants du portail.

A la tombée de la nuit, nous rentrâmes à l’hôtel. Je liai précisément conversation avec quelques messieurs, lorsque arriva un officier couvert de poussière, qui raconta avec une joie débordante la réussite grandiose d’un autre « coup de main de hussard » des plus audacieux qu’il venait de réaliser. C’était le commandant du parc d’aviation d’étapes de la xe Armée, capitaine de R. .. M. .., jadis conseiller de justice à Weimar. La nouvelle de la chute de Reims lui était parvenue de bonne heure, le matin, à Rocroi, à la frontière belge. En spécialiste avisé, il savait que Reims était un centre important d’aviation de l’armée française et en même temps l’un des principaux ports aériens de France. Peut-être y avait-il là-bas des choses de valeur à trouver.

Aussitôt, il fait mettre en marche sa meilleur auto, et, accompagné seulement d’un officier et de deux hommes, foncé à 100 km â l’heure vers le dépôt d’aviation militaire de Bétheny au nord de Reims. Tout était évacué ! Tout autre en aurait été découragé. Lui, non. Il savait où il y avait encore des terrains d’aviation privés et des hangars à Reims. Il se mit à leur recherche et trouva en effet, en dehors de Reims, dans la fabrique d’avions Deperdussin, dissimulée derrière un pli de terrain, étroitement entassés dans un hangar, pas moins de neuf biplans militaires et vingt monoplans avec réservoirs remplis d’essence, tous paraissant prêts à voler, et dans une pièce voisine, trente à quarante moteurs Gnôme et autres matériels de grande valeur, évidemment la majeure partie du parc d’aviation militaire de Reims. Il plaça provisoirement l’officier qui l’accompagnait, de garde devant ce matériel et alla chercher lui-même au plus vite, une section de troupes arrivantes qui, jusqu’à la fin de la nuit, protégèrent le précieux trésor d’une destruction éventuelle. C’est seulement alors qu’il vint rendre compte de sa brillante découverte dont la valeur se montait peut-être à un million. Le lendemain matin, il pensa à visiter, accompagné d’otages, l’endroit en question, peut-être miné et à faire débarrasser le hangar. De vives félicitations récompensèrent encore dans la soirée l’heureux officier et le jour suivant, j’avais moi-même, au grand quartier général, l’occasion de raconter la chose, dans tous ses détails, à une personnalité par l’intermédiaire de qui, elle parvint au plus vite à Sa Majesté l’Empereur.

La soirée de ce jour glorieux se termina comme elle devait se terminer. Comme il convenait, nous n’oubliâmes pas le fait que Reims est le centre de l’industrie et du commerce du vin de Champagne et nous nous souvînmes du vieux vers que la hardie chanson allemande mit, il y a ,juste cent ans, sur les lèvres de notre Blücher :

« Je pense que le vin de Champagne Sera le meilleur là où il pousse. »

Il ne fut naturellement pas question d’une continuation de notre randonnée pour la nuit. Comme il n’y avait pas de place au Lion d’Or, nous prîmes notre cantonnement pour la nuit au Grand Hôtel.

Quelque tranquille qu’ait été la population, quelques précautions étaient cependant de raison. C’est que le nombre de troupes entrées dans Reims était encore très restreint. A la vérité, on avait fait comprendre aux autorités que, si la moindre des choses se produisait, un simple signal par fusée déclencherait aussitôt le bombardement de la ville par les forts. Seule quelque folie de la population était cependant imaginable. Étant donné l’abandon à peine explicable des forts, étant donné aussi le fait extraordinaire de la non-évacuation des avions, on pouvait aussi supposer que la garnison n’avait pas tout entière battu en retraite, mais qu’elle s’était, au moins en partie, vêtue d’habits bourgeois, comme le fait s’était souvent produit en Belgique. Nos troupes reçurent en conséquence la consigne de se tenir prêtes à une alarme nocturne. A nous-mêmes, il fut dit : « S’il se produit quelque chose, nous irons vous chercher. Si cela ne nous était plus possible et que vous ne puissiez pas nous rejoindre, tenez vous dans les caves de votre hôtel pendant le bombardement ». Sur cette perspective mouvementée, qui, en définitive n’était qu’un attrait de plus à cette magnifique journée, nous gagnâmes notre cantonnement, en passant au milieu de nos Saxons qui sommeillaient sur des bottes de paille autour de la Pucelle d’Orléans, et nous dormîmes tranquillement jusqu’au lever du soleil.

Lorsque, de bon matin, je sortis sur mon balcon, le soleil dardait de nouveau ses rayons sur les blanches tours de la cathédrale et sur nos braves soldats, qui avaient dormi un peu fraîchement sur des bottes de paille répandues sur les pavés de la place du Parvis, et qui, maintenant, étendaient leurs jambes endolories et se réchauffaient aux rayons du soleil.

A midi, mon collègue Pietsch et moi prîmes congé de la Kommandantur. Les deux peintres de batailles restèrent avec l’une des autos et nous retournâmes vers l’Allemagne. »

Les habitants demeurés à Reims, savent que leur ville ayant été abandonnée sans défense ni défenseurs à l’ennemi – du moins momentanément – celui-ci n’avait qu’à y entrer. Il a pu le faire sans la moindre résistance. Nos armées poursuivaient plus loin leur retraite devant les armées allemandes et Reims, dans ces conditions, ne pouvait échapper à l’envahissement.

Les troupes allemandes ont donc pu pénétrer à l’aise dans notre ville déclarée ouverte, à l’avance, par le maire, dans sa proclamation du 3 septembre. S’il y a eu simulacre d’investissement de leur part, il n’a pas été suivi de siège, si court soit-il, ni par conséquent de ce que l’on pourrait qualifier de reddition. Les voies étaient simplement libres et sans obstacle.

La lecture, dans le récit qui précède, de ce qui a trait au bombardement de la matinée du 4 septembre 1914, laisse une impression désagréable d’évidente mauvaise foi. L’apparente sincérité donnée à l’ensemble de la relation, l’exactitude de détails secondaires, alors qu’il n’est pas parlé des nombreuses victimes, font ressortir une lacune d’importance, manifestement voulue. Et, lorsque après avoir connu à Reims la terreur amplement motivée par ce bombardement barbare, on a eu tout à coup, plus tard, à lire semblable narration, on ne peut que la signaler comme un mauvais ersatz de vérité, en ce qui concerne les résultats du bombardement du 4, avant l’entrée des troupes allemandes.

On n’en comprend pas moins l’enthousiasme débordant d’un correspondant de guerre allemand venant d’apprendre la « prise » de Reims. Il exulte à l’annonce de cette importante nouvelle dont il veut, sans tarder, s’assurer lui-même ; il accourt, afin de s’informer et de se documenter auprès de l’état-major qui a eu l’honneur de mener à bien la prise de possession de cette place forte – sans risques d’ailleurs – et il est heureux enfin de fêter comme il convient, avec les officiers généraux ou supérieurs de la division d’occupation, cette glorieuse étape dans l’avance foudroyante des armées allemandes.

Cependant, sa chronique est bien incomplète, car tandis que l’on sablait le champagne au Lion d’Or, notre malheureuse cité était dans les larmes, après avoir subi ce bombardement des plus meurtriers, que rien ne pouvait faire prévoir.

Le correspondant de guerre allemand glisse sur la question assez gênante du motif de ce bombardement, cherchant seulement à lui donner, en passant, une explication plausible ou à présenter, sans assurance, un vague essai de justification en parlant de difficultés faites par la ville, le matin du 4 septembre, après qu’elle fut invitée à se rendre.

Quelles difficultés pouvaient être faites à l’entrée des troupes ennemies, et qui aurait pu en faire, en l’absence de tout élément militaire à Reims et dans les forts ?

Au surplus, le maire n’avait-il pas dit, la veille, dans la proclamation dont il est fait mention plus haut : Il ne dépend pas de nous, population d’une ville ouverte, de changer les événements. Il dépend de vous de ne pas en aggraver les conséquences. Il faut pour cela du silence, de la dignité, de la prudence. Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous. Ces sages recommandations adressées aux habitants, avaient été comprises et scrupuleusement observées.

Et non seulement le narrateur ne s’appesantit pas, mais, après avoir mené une enquête minutieuse sur les événements qu’il tient à conter en détail, après avoir parcouru la ville en tous sens, causé avec les habitants, il mentionne uniquement les dégâts matériels, les nombreuses vitres cassées et, s’il peut dire que le bombardement a causé une frayeur épouvantable à la population, il feint d’ignorer que l’artillerie allemande a semé la mort, en même temps que l’épouvante et la dévastation, en anéantissant des familles entières, au cours de ce massacre inutile à coups de canon.

Il ne daigne pas parler des malheureuses victimes.

Il risquerait en effet, de déflorer son joli récit, duquel la lourdeur n’est pas exclue, lorsqu’il étale avec complaisance, la bienséance, la tenue impeccable et la générosité des soldats allemands. Évidemment, ces qualités s’allieraient mal avec la barbarie impitoyable du commandement, s’il faisait connaître exactement tous les faits, tels qu’ils se sont passés.

Aussi, ne voulant pas apporter la déconsidération sur les chefs de haut rang avec lesquels il termina comme elle devait se terminer, la soirée de ce jour mémorable pour lui, du 5 septembre 1914, il préfère ne pas parler des tragiques effets du bombardement de la veille ; il garde le silence à ce sujet.

Quant à nous, Rémois, nous sommes à l’époque dans la consternation, car si nous n’avons encore qu’un aperçu des ravages causés par ce bombardement du vendredi 4, il est combien effroyable.

Le haut de la rue du Barbâtre et le quartier Saint-Remi paraissent avoir été des plus éprouvés par le nombre des victimes. On cite entre autres, les cinq personnes composant toute la famille Caudron-Remy, habitant 221, rue du Barbâtre, qui ont été retrouvées affreusement déchiquetées par l’explosion d’un obus, dans l’escalier de la cave où elles s’étaient réfugiées : le père, renvoyé dans ses foyers après être parti à la mobilisation, 29 ans ; la mère, 24 ans ; un jeune enfant de deux ans ; le grand-père et la grand-mère. Dans la même rue, au n° 225, un obus aurait encore tué trois personnes. On parle également d’une famille anéantie (mère et trois enfants), rue Saint-Sixte 2, où l’on aurait retrouvé vivant, sans son berceau, un bébé de six mois, alors que tout était effondré autour de lui. Des cadavres d’inconnus – pauvres gens évacués des Ardennes ou d’ailleurs, sans doute – ont été ramassés sans avoir pu être identifiés.

D’autre part, M. Thiltgès Henri, 66 ans. que je connaissais comme philatéliste expérimenté a été tué ainsi que sa femme, à leur domicile, ruee Saint-Pierre-les-Dames 9.

Il y aurait de soixante à quatre-vingt malheureux qui auraient été tués ou blessés mortellement, pendant cette terrible matinée.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918
Marcel Morenco

Marcel Morenco

Les Allemands encombrent la ville. Ils ricanent en voyant les dégâts causés par le bombardement. On annonce que la route des Ardennes est libre. Je me procure un laissez-passer (rédigé en allemand) pour gagner Charleville.

Marcel Morenco

Renée Muller

5 septembre : les gens reviennent soigner leurs bêtes. je vais à St l’on ne voit pas grand chose ici les boches sont rares.

(note à l’envers en bas de page 🙂 quelques personnes de T.(=Taissy) qui étaient parties se réfugier à R. (= Reims) reviennent et … le 5 septembre.

41 je vais à St Léonard et raconte chez Me FOURMET qu’un jeune homme civil est déjà prisonnier.

Renée Muller dans Journal de guerre d'une jeune fille

Voir la suite sur le blog de sa petite-fille : Activités de Francette: 1914 : 1er carnet de guerre d’une jeune fille : Renée MULLER

La population curieuse se porte aux endroits les plus atteints, circulant librement au milieu des soldats allemands, qui s’intéressent plus aux provisions de bouche ou aux cartes postales.

Les victimes d’hier seraient au nombre d’une cinquantaine ; parmi celles déjà enterrées aujourd’hui, on cite Melle Horn, nièce de Mme Hourlier, M. Pouyat (12 ans) fils de Pouyat-Champeaux, pharmacien.

Dans l’après-midi, on dit que le Kronprinz doit bientôt entrer en ville ; une salve d’honneur de 21 coups de canon serait tirée, dont il n’y aurait pas lieu de s’effrayer.

Il n’en a rien été : néanmoins de beaucoup trop nombreux Rémois s’étaient portés vers les rues présumées du passage de ce personnage.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires


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Les principaux lieux de bombardements cités par Paul Dupuy


Juliette Breyer

J’ai reçu une lettre de toi hier. Sans doute la dernière pour le moment car tant que les Allemands seront à Reims, la Poste ne marchera pas.

Tu me racontes que le 25 août tu as pris part au combat de Bressy. Pauvre grand, juste le jour de la fête de ta maman. Mais tu vois mon Charles, on sait toujours tout. Tu me dis que le combat n’a pas duré longtemps et des Hussards qui sont passés chez nous fin août m’ont dit que cela avait duré quatre jours. J’ignorais à ce moment là que tu y avais pris part. Je ne vis plus de te savoir exposé ainsi; surtout je te connais, je sais que tu ne reculeras jamais.

Et ta lettre a l’air si triste, pauvre Lou. Je sais bien que tu m’aimes et déjà un mois que nous ne nous sommes pas vus. Mais courage, va. Gaston écrit un peu de temps en temps, Paul aussi, mis on ne sait pas où ils sont.

Aujourd’hui papa est venu chez Mignot porter toute la monnaie que j’ai chez nous. Il y a au moins 15 jours qu’on n’est pas venu me la chercher. Alors je prends André dans sa voiture et en avant : tout est désert, j’arrive près de la gare, il n’y a plus rien, tout a été évacué, on n’y voit que des têtes de pioches. Enfin ma course est faite, je reviens boulevard Lundy, j’entends des pas martelés accompagnés de sifflements. C’est une compagnie de croix rouge allemande qui arrive, logée chez Verlé. Je m’arrête, André les regarde. « Vois-tu, lui dis-je tout bas, ils sont méchants ; ils font du mal à ton papa Charles ; il ne faut pas leur causer ». Il me regarde. A-t-il compris ? Enfin je remarche et je promets à mon coco de lui acheter un bon gâteau. Mais les pâtissiers ne font plus que du pain. Aussi quand je sors sans rien lui donner, pleure-t-il à chaudes larmes. Il se rappelle sans doute le temps où nous sortions ensemble et que tu lui en achetais un. Pauvre petit cadet, il est si gentil.

Enfin la journée se passe. Des Prussiens sont venus acheter mais ils n’ont rien dit et tu vois, mon Charles, cela m’a servi d’aller à Metz. Je connais un peu leur monnaie et je ne m’y perds pas. Ils sont gourmands sur le chocolat. Ils ont l’air de se trouver bien à Reims. On y respire mal pourtant depuis qu’ils sont là. Prenons patience, ils ne resteront peut-être pas si longtemps qu’il croient.

Ton parrain est reparti à Guingamp et il a emmené sa femme et ses enfants. Ils sont en sûreté dans une ferme. Moi je préfère rester à Reims et t’y attendre.

Bons baisers et à toi toujours

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu’elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu’au 6 mai 1917 (avec une interruption d’un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne.


Victimes des bombardements des civils ce jour là

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