Paul Hess

L’Informateur de Reims de ce jour a encore en manchette ceci : « Les Français arrêtent momentanément l’ennemi dans la région de Rethel.

– Le chemin de fer et la poste ont évacué ce matin. Les nouvelles recueillies hier soir n’étant pas bonnes – il paraît que les Allemands occupent les environs de Neufchâtel et du Châtelet – je m’assure de l’encaisse en arrivant au bureau, ainsi que du montant des bulletins des commissionnaires et je pars signifier à ces agents d’arrêter les engagements.

– Le personnel à qui je n’ai pas pu cacher plus longtemps l’absence du directeur, se montre fort étonné de son départ. L’appréciateur, lui, lorsqu’il apprend la nouvelle, est pris d’un violent accès de colère ; son indignation égale sa fureur. Pendant quelques instants, nous entendons des imprécations, des menaces, nous assistons à une scène tragi-comique qui serait amusante en d’autres moments. Nous nous expliquons sa déception quand il nous raconte qu’il était allé, le 30 août, demander au directeur l’autorisation de partir avec sa femme, dans une auto où des places lui étaient réservés par des amis, et que celui-ci lui avait formellement interdit le départ, en lui enjoignant de continuer ses fonctions. Ah ! il n’admet pas d’avoir été pareillement joué.

– Au début de l’après-midi, j’ai eu l’occasion de rencontrer le receveur des finances, M. Fréville, auprès de l’hôpital des Femmes de France, rue de l’Université et je lui ai demandé si je pourrais obtenir encore des fonds sur le compte-courant du mont-de-piété au Trésor. II m’a répondu que ses bureaux étaient fermés ; par conséquent, nous terminons au bureau, les opérations en fin de journée, à 16 heures, après avoir épuisé l’encaisse, puisqu’il se trouve réduit à la somme de 238,12 F. Ainsi l’établissement a certainement été l’une des dernières caisses publiques, sinon la dernière, à fermer ses guichets, après avoir fonctionné toute la journée du 2.

– On entend la canonnade de plus en plus rapprochée.

– Tandis que je me trouvais dans la cour, l’après-midi, j’ai entendu une très forte explosion ; j’ai supposé que l’on venait de faire sauter les voies du chemin de fer.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Marcel Marenco

Reims, mercredi 2 septembre 1914

Séance du conseil municipal où il est décidé que Reims se rendra. On y arrête secrètement le chiffre maximum que pourra atteindre l’indemnité à verser aux Allemands (200 millions). Il est convenu que le Syndicat des Vins de Champagne fournira la moitié de la somme.

Marcel Marenco

Paul Depuy

Matinée mouvementée par suite des nouvelles reçues du théâtre de la guerre ; on dit qu’une bataille se prépare sous Reims.

Consultée à nouveau sur l’éventualité d’un départ, la famille décide à l’unanimité moins une voix de rester ici, quoi qu’il arrive.

D’ailleurs, on apprend peu de temps après qu’il aurait été impossible de faire autrement, attendu que la Cie de l’Est et le C.B.R. ne marchent plus pour les civils.

L’hôpital militaire a été évacué dans la nuit, et Félicien a pu passer chez lui pour faire ses adieux, les Postes ont suivi le mouvement, ce qui va nous empêcher complètement de recevoir des nouvelles et d’en envoyer, puis les derniers wagons ont enlevé le personnel des Chemins de fer.

Dans l’après-midi, des détonations sourdes s’entendent souvent : ce sont les aiguillages de la voie ferrée qu’on fait sauter.

À 17 heures, Marie Lallement, ses enfants et sa bonne viennent s’installer au 23.

Paul Dupuy - Document familial issu de la famille Dupuis-Pérardel-Lescaillon. Marie-Thérèse Pérardel, femme d'André Pérardel, est la fille de Paul Dupuis. Ce témoignage concerne la période du 1er septembre au 21 novembre 1914.

Source : site de la Ville de Reims, archives municipales et communautaires

ob_8fe690_pont-huet

Share Button